Le plan de salut
 

par Marcel Kahne

Je souhaite présenter ici la perception que nous avons, dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, des trois grandes questions : D’où venons-nous ? Que sommes-nous venus faire ici ? Où allons-nous ? Ce qui suit représente ma compréhension personnelle de la chose et n’engage ni l’Église, ni idumea.

L’expression « plan de salut » est utilisée dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours pour désigner le programme divin qui a présidé à la Création et aux destinées de l’humanité et qui a été révélé par Dieu à ses porte-parole, les prophètes.

Les idées traditionnelles

Pour mieux faire ressortir l’originalité de la doctrine des saints des derniers jours, il convient d’abord de rappeler succinctement les idées entretenues traditionnellement dans le christianisme.

Nous l’avons déjà relevé ailleurs : la conception que le christianisme a de Dieu, de la Création et de l’homme diffère de celle de la Bible. Le Dieu de la Bible est anthropomorphique, il a des passions (il aime, hait, pardonne, se venge, se repent, s’irrite, a compassion, etc.), tout en étant tout-puissant, omnipotent et omniscient. Il a créé l’univers à partir du chaos et a fait l’homme à son image, déclarant que nous sommes des dieux, nous sommes tous des fils du Très-Haut (voir Ps 82:6 ).

Cette conception biblique était inacceptable pour les intellectuels des premiers siècles du christianisme, formés dans les grandes écoles néoplatoniciennes. Elle rappelait trop les divinités grecques aux mœurs par trop humaines sorties de l’imagination populaire. Ces intellectuels vont donc adopter une conception issue de la philosophie de Platon. En bref, celui-ci conçoit Dieu comme un être qui est le Totalement Autre par rapport à l’univers et à l’humanité. Il est immatériel, hors de l’espace, hors du temps, c’est un tout sans parties et, comme il est infini, rien d’autre que lui ne peut exister : il est forcément unique. Étant dans un état de perfection, il est immuable, parfaitement immobile (puisque tout mouvement implique un besoin de changer, donc un manque de perfection) et sans passion, donc parfaitement indifférent. En d’autres termes, c’est un néant tout-puissant.

Ce Dieu de Platon, les intellectuels chrétiens vont le substituer au Dieu de la Bible. Il va d’ailleurs leur donner du fil à retordre, car il va falloir faire des adaptations, ne serait-ce que parce que le Nouveau Testament conçoit Dieu comme trois Dieux, Père, Fils et Saint-Esprit et que l’un de ces Dieux, le Fils, va aller jusqu’à sortir de la Divinité pour vivre comme un mortel sur la terre, état dans lequel il ne cessera de déclarer qu’il est subordonné au Père, ce qui est incompatible avec le tout parfait et sans parties du Dieu de Platon. Il va même remonter au ciel avec son corps et a promis de revenir de la même façon. Cela fait beaucoup de monde et beaucoup de mouvement pour un Dieu unique et immuable. Il faudra de nombreux conciles et un millénaire pour parvenir à une définition finale de la Divinité, celle de la Trinité, qui postule, entre autres, que Dieu est un et trois en même temps.

Immobile, ce Dieu va agir en créant l’univers. Situé hors de l’espace et du temps, il va créer l’espace-temps. Immatériel, il va créer un univers matériel et comme rien d’autre ne peut exister en dehors de lui, puisqu’il est infini, il va le tirer du néant, c’est-à-dire de lui-même, bien qu’il soit un tout sans parties (Dieu est tout entier dans la plus infime des particules, néanmoins il n’y a pas une infinité de Dieux, mais un seul Dieu. Voir credo d'Athanase). Infiniment parfait, il va créer un univers imparfait qui, en vertu de la seconde loi de la thermodynamique, s’achemine de l’ordre vers le désordre. Quant à l’homme, point culminant de la Création, que la Bible dit avoir été créé « à son image, selon sa ressemblance », il est agité par toutes sortes de passions, dont beaucoup sont mauvaises. La seule ressemblance entre l’homme et Dieu, c’est l’étincelle d’intelligence que Dieu lui a donnée.

Divers problèmes sont engendrés par cette conception de la création : (1) Pourquoi Dieu a-t-il voulu créer quelque chose d’aussi totalement étranger à lui-même que l’univers et l’homme ? (2) Pourquoi l’avoir créé imparfait avec tout le cortège de misère que cela entraîne ? (3) Si Dieu a tout tiré du néant, n’est-ce pas lui qui a aussi créé le diable et le mal ? Pour quoi faire ? (4) Si l’homme ne commence à exister qu’à sa naissance, n’est-il pas tel que Dieu l’a fait et, dans ce cas, n’est-ce pas Dieu qui est responsable du mal qu’il commet ? (5) Pourquoi a-t-il fallu qu’il envoie une partie de lui-même (bien qu’il n’ait pas de parties), son Fils bien-aimé par-dessus le marché, se faire crucifier pour sauver les hommes ? Et les sauver de quoi au fait ? Et en quoi va consister ce salut ? À chanter éternellement les louanges d’un Dieu qui n’en a pas besoin ? À quoi peut bien rimer ce spectacle – « plein de bruit et de fureur qui ne signifie rien », comme dit le Macbeth de Shakespeare à propos de la vie – spectacle qui se passe à l’intérieur d’un Dieu qui n’a pas d’intérieur ?

L’apport de la Révélation

Tout ce qui précède, rappelons-le, est le fruit des cogitations philosophiques des érudits chrétiens des premiers siècles du christianisme, pas de la révélation divine, alors que celle-ci aurait été essentielle. Paul ne dit-il pas : « Dieu nous les a révélées par l'Esprit. Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu » (1 Corinthiens 2:10-11) ?

Nous allons maintenant voir ce que la Révélation divine a à dire sur Dieu, sur l’homme et sur la Création. Elle nous donne une vision radicalement différente de celle qu’entretient le christianisme traditionnel.

Dieu

Comme nous l’avons déjà prouvé ailleurs, la Bible montre d’une manière irréfutable que Dieu a une forme humaine (voir "Dieu a-t-il une forme humaine"). Cette conception de Dieu est largement confirmée par la Révélation moderne. Lors de la Première Vision, Joseph Smith vit « deux Personnages dont l'éclat et la gloire défient toute description, et qui se tenaient au-dessus de [lui] dans les airs. L'un d'eux [lui] parla, [l]'appelant par [son] nom, et dit, en [lui] montrant l'autre: Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le! » (Perle de Grand Prix, JS-Histoire v. 17). En un instant, il avait appris que le Père et le Fils avaient une forme humaine et étaient deux personnes distinctes, ce qui l’amena plus tard à donner cette description de la Divinité :

« Le Père a un corps de chair et d'os aussi tangible que celui de l'homme, le Fils aussi; mais le Saint-Esprit n'a pas de corps de chair et d'os, c'est un personnage d'esprit. S'il n'en était pas ainsi, le Saint-Esprit ne pourrait demeurer en nous » (Doctrine et Alliances, Section 130:22).

À la suite d’une autre vision, Joseph Smith et Sidney Rigdon purent témoigner :

« Nous, Joseph Smith, fils, et Sidney Rigdon, étant dans l'Esprit, le seizième jour de février de l'an de grâce mil huit cent trente-deux: Par la puissance de l'Esprit, nos yeux furent ouverts et notre intelligence fut éclairée de manière à voir et à comprendre les choses de Dieu… Et tandis que nous méditions sur ces choses, le Seigneur toucha les yeux de notre entendement, et ils furent ouverts, et la gloire du Seigneur resplendit alentour. Et nous vîmes la gloire du Fils, à la droite du Père, et reçûmes de sa plénitude; nous vîmes les saints anges et ceux qui sont sanctifiés devant son trône, adorant Dieu et l'Agneau, lui qu'ils adorent pour toujours et à jamais. Et maintenant, après les nombreux témoignages qui ont été rendus de lui, voici le témoignage, le dernier de tous, que nous rendons de lui: qu'il vit! Car nous le vîmes, et ce, à la droite de Dieu; et nous entendîmes la voix rendre témoignage qu'il est le Fils unique du Père » (Doctrine et Alliances, Section 76:11-12, 19-23).

En 1836, lors de la consécration du temple de Kirtland, Joseph Smith, accompagné cette fois d’Oliver Cowdery, eut cette vision :

« Le voile fut enlevé de notre esprit, et les yeux de notre entendement furent ouverts. Nous vîmes le Seigneur debout sur la balustrade de la chaire devant nous. Sous ses pieds, il y avait un pavement d'or pur, d'une couleur semblable à l'ambre. Ses yeux étaient comme une flamme de feu, ses cheveux étaient blancs comme la neige immaculée, son visage était plus brillant que l'éclat du soleil et sa voix était comme le bruit du déferlement de grandes eaux, oui, la voix de Jéhovah, disant: Je suis le premier et le dernier; je suis celui qui vit, je suis celui qui fut immolé; je suis votre avocat auprès du Père » (Doctrine et Alliances, Section 110:1-4).

Non seulement ces visions montrent que les membres de la Divinité ont une forme humaine et sont des personnes séparées et distinctes, mais affirment aussi que Jésus-Christ est le Jéhovah (l’Éternel) de l’Ancien Testament, ce qui cadre avec les affirmations de la Bible elle-même.

Les Écritures modernes vont dans le même sens. Voici comment Néphi décrit sa rencontre avec l’Esprit :

« Je lui parlais comme un homme parle; car je voyais qu'il avait la forme d'un homme; mais néanmoins, je savais que c'était l'Esprit du Seigneur; et il me parlait comme un homme parle avec un autre » (Livre de Mormon, 1 Néphi 11:11).

L’apparition de Jésus au frère de Jared nous apprend qu’il avait un corps de forme humaine avant sa venue sur la terre :

« Et il arriva que lorsque le frère de Jared eut dit ces paroles, voici, le Seigneur étendit la main et toucha les pierres, une à une, du doigt. Et le voile fut ôté des yeux du frère de Jared, et il vit le doigt du Seigneur; et il était comme un doigt d'homme, semblable à la chair et au sang; et le frère de Jared tomba devant le Seigneur, car il était frappé de crainte. Et le Seigneur vit que le frère de Jared était tombé sur le sol; et le Seigneur lui dit: Lève-toi! pourquoi es-tu tombé? Et il dit au Seigneur: J'ai vu le doigt du Seigneur, et j'ai craint qu'il ne me frappe; car je ne savais pas que le Seigneur avait de la chair et du sang. Et le Seigneur lui dit: À cause de ta foi, tu as vu que je prendrai sur moi la chair et le sang; et jamais homme n'est venu devant moi avec une foi aussi extrême que toi; car s'il n'en était pas ainsi, tu n'aurais pas pu voir mon doigt. As-tu vu plus que cela? Et il répondit: Non. Seigneur, montre-toi à moi. Et le Seigneur lui dit: Crois-tu aux paroles que je dirai? Et il répondit: Oui, Seigneur, je sais que tu dis la vérité, car tu es un Dieu de vérité, et tu ne peux pas mentir. Et lorsqu'il eut dit ces mots, voici, le Seigneur se montra à lui et dit: Parce que tu sais cela, tu es racheté de la chute; c'est pourquoi, tu es ramené en ma présence; c'est pourquoi je me montre à toi. Voici, je suis celui qui a été préparé dès la fondation du monde pour racheter mon peuple. Voici, je suis Jésus-Christ. Je suis le Père et le Fils. En moi toute l'humanité aura la vie et ce, éternellement, à savoir ceux qui croiront en mon nom; et ils deviendront mes fils et mes filles. Et je ne me suis jamais montré à l'homme que j'ai créé, car jamais homme n'a cru en moi comme toi. Vois-tu que vous êtes créés à mon image? Oui, tous les hommes ont été créés au commencement à mon image. Voici, ce corps, que tu vois maintenant, est le corps de mon esprit; et l'homme, je l'ai créé selon le corps de mon esprit, et j'apparaîtrai à mon peuple dans la chair comme je t'apparais dans l'esprit » (Livre de Mormon, Éther 3:6-16).

Enfin le témoignage d’Abraham :

« C'est ainsi que moi, Abraham, je parlai avec le Seigneur, face à face, comme un homme parle avec un autre; et il me parla des œuvres que ses mains avaient faites. Et il me dit: Mon fils, mon fils (et sa main était étendue), voici, je vais te les montrer toutes. Et il mit la main sur mes yeux, et je vis les choses que ses mains avaient faites, qui étaient nombreuses; et elles se multiplièrent devant mes yeux, et je ne pus en voir la fin » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:11-12).

Ainsi donc, toutes les Écritures, anciennes et modernes, s’accordent sur le caractère anthropomorphique de la Divinité. Selon ces mêmes Écritures, le fait que Dieu ait un corps ne l’empêche pas d’être tout-puissant, infini et éternel.

L’homme

La Révélation apporte sur l’homme des informations-clefs pour la compréhension du plan de salut de Dieu à son égard :

« Et maintenant, en vérité, je vous le dis, j'étais au commencement avec le Père et je suis le Premier-né… Vous étiez aussi au commencement avec le Père; ce qui est Esprit, c'est-à-dire l'Esprit de vérité… L'homme était aussi au commencement avec Dieu. L'intelligence, ou la lumière de la vérité, n'a été ni créée ni faite et ne peut assurément pas l'être. Toute vérité est indépendante dans la sphère dans laquelle Dieu l'a placée, libre d'agir par elle-même; et il en va de même pour toute intelligence; sinon il n'y a pas d'existence… Car l'homme est esprit. Les éléments sont éternels, et l'esprit et l'élément, inséparablement liés, reçoivent une plénitude de joie; et lorsqu'ils sont séparés, l'homme ne peut recevoir de plénitude de joie. » (Doctrine et Alliances, Section 93:21, 23, 29-30, 33-34).

« Moi, le Seigneur Dieu, je créai spirituellement toutes les choses dont j'ai parlé, avant qu'elles fussent naturellement sur la surface de la terre. Car moi, le Seigneur Dieu, je n'avais pas fait pleuvoir sur la surface de la terre. Et moi, le Seigneur Dieu, j'avais créé tous les enfants des hommes. » (Perle de Grand Prix, Moïse 3:5)

« S'il y a deux esprits, et que l'un soit plus intelligent que l'autre, cependant ces deux esprits, malgré que l'un soit plus intelligent que l'autre, n'ont pas de commencement; ils ont existé avant, ils n'auront pas de fin, ils existeront après, car ils sont 'olam, ou éternels » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:18).

« Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu; Il juge au milieu des dieux… Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut » (Psaumes 82:1, 6).

« Jésus leur répondit: N'est-il pas écrit dans votre loi: J'ai dit: Vous êtes des dieux? Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et si l'Écriture ne peut être anéantie, celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous lui dites: Tu blasphèmes! Et cela parce que j'ai dit: Je suis le Fils de Dieu » (Jean 10:34-36).

De ces passages d’Écriture découlent les faits suivants :

1. L’homme – du moins son « moi » fondamental – est éternel. Il n’a jamais eu de commencement. Ce qui veut aussi dire qu’il existait avant sa naissance ici-bas .
2. Jésus-Christ est le Premier-né, ce qui signifie que son Intelligence primordiale éternelle a été dotée d’un corps d’esprit par Dieu, établissant ainsi la filiation de l’un par rapport à l’autre. Le fait qu’il ait été le Premier-né implique que d’autres intelligences primordiales éternelles – le reste de l’humanité – ont acquis cette même filiation, un fait qui donne un relief singulier à cette parole du Christ : « Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Paul confirme : « Il [Jésus] a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères » (Hébreux 2:17) et « D'ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons-nous pas à bien plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour avoir la vie? » (Hébreux 12:9).
3. Le libre arbitre, c’est-à-dire la faculté de choisir et de s’autodéterminer, est un élément essentiel et donc inaliénable de l’existence.
4. La matière (l’élément) – du moins sous sa forme fondamentale – est éternelle.
5. Pour accéder à une joie complète, l’esprit de l’homme et son corps de chair (d’élément) doivent être inséparablement liés (comme cela nous est promis à la résurrection).

Pour nous résumer, les hommes, en tant qu’entités intelligentes primordiales, n’ont jamais eu de commencement. Dieu a fait d’eux ses enfants en les dotant d’un corps d’esprit (un peu comme nos parents terrestres font de notre esprit leur enfant en le dotant d’un corps de chair et d’os). Ces êtres d’esprit conservaient leur pleine liberté de choix, mais ne pouvaient accéder à la perfection qu’en étant inséparablement unis à un corps de chair et d’os.

La Création

Le sens donné actuellement au verbe créer (hébreu bara) dans Genèse 1:1, c’est-à-dire tirer quelque chose de rien (création ex nihilo) n’est pas le sens originel de l’hébreu. Le sens premier de bara est « couper, diviser ou séparer » et de là, organiser quelque chose qui existe déjà. C’est ainsi que Dieu « crée » Israël à partir d’un peuple préexistant dans Ésaïe 43:15 et « crée » en David un cœur pur à partir d’un cœur déjà existant (Psaumes 51:12). La Bible, comme tous les textes religieux anciens, enseigne la Création sous la forme d’une organisation à partir du chaos primordial. Le commentaire de Rachi (1040-1105), le plus célèbre des rabbins et grammairiens juifs, est à cet égard intéressant. Faisant observer que : « On ne rencontre… jamais dans la Bible le mot réchith [commencement – le premier mot de la Bible en hébreu est beréchith, traditionnellement rendu par « au commencement »] qui ne soit ‘construit’ avec le mot suivant », il affirme que l’expression indépendante « Au commencement » est une erreur. Elle doit obligatoirement être liée à la suite de la phrase par un « de ». Il rend donc la première phrase de la Genèse comme suit : « Au commencement de la création des cieux et de la terre, alors que la terre était tohu et bohu et ténèbres, Dieu dit : Que la lumière soit. » Autrement dit, le chaos précède l’acte créateur ou plus exactement organisateur. Ce qui correspond parfaitement à ce que l’on peut lire dans la Révélation :

« Et il y en avait un parmi eux qui était semblable à Dieu, et il dit à ceux qui étaient avec lui: Nous descendrons, car il y a de l'espace là-bas, nous prendrons de ces matériaux, et nous ferons une terre sur laquelle ceux-là pourront habiter » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:24)

Il ressort de ce qui précède que ce que Dieu a fait lors de l’acte créateur a été d’organiser une matière éternelle, donc déjà existante.

ET LE MAL?

La vision des choses que nous présentent les Écritures permet d’éliminer les problèmes insurmontables qui se posent aux tenants du christianisme traditionnel. N’étant pas la cause première de tout, Dieu ne peut être responsable des imperfections de la création. Les hommes étant libres de choisir, ils assument la pleine responsabilité de leurs actes. La notion même de salut prend tout son sens : L’homme, ayant existé éternellement, est appelé à exister éternellement ; mais avec quelle qualité de vie ? L’homme est un dieu en embryon (Jean 10:33-36), il est de la race de Dieu (Actes 17:28-29). « Dieu lui-même a jadis été tel que nous sommes maintenant et est un homme exalté et siège sur son trône dans les cieux là-haut » et il s’efforce de nous amener à la perfection qu’il a lui-même atteinte. Le divin qui est en l’homme ne peut se contenter de rien moins que l’état divin. La damnation, pour l’homme, ce sera de n’avoir pas atteint le maximum qu’il peut atteindre et de devoir rester éternellement chenille plutôt que de devenir papillon. C’est de cela que Dieu veut nous sauver, mais il ne peut pas nous forcer au salut, seulement essayer de nous persuader.

Et le mal dans tout cela ? D’où vient-il ? Le prophète Léhi nous l’explique :

« Il doit nécessairement y avoir une opposition en toutes choses. S'il n'en était pas ainsi… la justice ne pourrait pas s'accomplir, ni la méchanceté, ni la sainteté ni la misère, ni le bien ni le mal. C'est pourquoi, chaque chose doit nécessairement être un composé; c'est pourquoi, si c'était un seul corps, cela devrait nécessairement rester comme mort, n'ayant ni vie ni mort, ni corruption ni incorruptibilité, ni bonheur ni malheur, ni sensibilité ni insensibilité… Il fallut nécessairement, pour accomplir ses desseins éternels à l'égard de la destinée finale de l'homme, qu'il y eût une opposition, le fruit défendu par opposition à l'arbre de vie, l'un étant doux et l'autre amer. C'est pourquoi, le Seigneur Dieu donna à l'homme d'agir par lui-même. C'est pourquoi, l'homme ne pourrait agir par lui-même s'il n'était attiré par l'attrait de l'un ou de l'autre » (Livre de Mormon, 2 Néphi 2:11-12, 15-16).

En d’autres termes, le mal est comme le verso d’une feuille de papier dont le bien serait le recto. Il n’y a pas de recto sans verso. Le mal n’est pas une création, il est une composante de l’existence. Sans lui, il n’y aurait pas de choix, donc pas d’action, donc pas de vie. On ne peut pas l’éliminer, mais on doit le neutraliser.

L’existence prémortelle ou préexistence et le Grand Conseil dans les cieux

Les intelligences primordiales devenues enfants de Dieu par l’acquisition d’un corps d’esprit ont connu une période de formation auprès de Dieu. Dans sa révélation concernant la rédemption des morts, Joseph F. Smith écrit à propos de certains esprits des morts :

« Avant même de naître, ils avaient reçu, avec bien d'autres, leurs premières leçons dans le monde des esprits et avaient été préparés pour paraître au temps fixé du Seigneur pour travailler dans sa vigne au salut de l'âme des hommes. » (Doctrine et Alliances, Section 138:56).

Cette période d’apprentissage va déboucher sur un grand rassemblement des esprits dans ce que les saints des derniers jours appellent le « Grand Conseil dans les cieux » au cours duquel la phase suivante de la progression des esprits prémortels vers la perfection divine va être présentée. À l’issue de ce Grand Conseil, la Divinité passera à l’action et, à cette occasion, nous apprenons quel est le dessein divin :

« Nous descendrons, car il y a de l'espace là-bas, nous prendrons de ces matériaux, et nous ferons une terre sur laquelle ceux-là pourront habiter; nous les mettrons ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera; ceux qui gardent leur premier état [vivent à la hauteur des principes appris dans la vie préterrestre] recevront davantage; ceux qui ne gardent pas leur premier état n'auront pas de gloire dans le même royaume que ceux qui gardent leur premier état; et ceux qui gardent leur second état [réussissent le test sur la terre] recevront plus de gloire sur leur tête pour toujours et à jamais » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:24-26).

Le passage sur terre est donc un examen, une mise en application de ce qui a été appris en la présence de Dieu, mais est resté sur le plan théorique. De toute évidence, l’homme va être éloigné de Dieu, de manière à pouvoir agir en toute indépendance, mais il ne va pas être laissé à lui-même, sans personne pour le guider :

« Or, le Seigneur m'avait montré, à moi, Abraham, les intelligences qui furent organisées avant que le monde fût; et parmi toutes celles-là, il y en avait beaucoup de nobles et de grandes; et Dieu vit que ces âmes étaient bonnes, et il se tint au milieu d'elles et dit: De ceux-ci je ferai mes dirigeants. Car il se tint parmi ceux qui étaient esprits et il vit qu'ils étaient bons; et il me dit: Abraham, tu es l'un d'eux; tu fus choisi avant ta naissance. » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:22-23)

C’est alors que se pose un problème qui va déboucher sur une crise grave. Trois passages d’Écriture l’abordent sous diverses facettes et nous en livrent une image composite :

« Le Seigneur dit: Qui enverrai-je? Un, qui était semblable au Fils de l'Homme, répondit: Me voici, envoie-moi. Et un autre répondit et dit: Me voici, envoie-moi. Le Seigneur dit: J'enverrai le premier. Et le second fut en colère, et il ne garda pas son premier état; et ce jour-là, beaucoup le suivirent. » (Perle de Grand Prix, Abraham 3:27-28)

« Et moi, le Seigneur Dieu, je parlai à Moïse, disant: Ce Satan que tu as commandé au nom de mon Fils unique, est celui-là même qui était dès le commencement, et il vint devant moi, disant: Me voici, envoie-moi, je serai ton fils et je rachèterai toute l'humanité, de sorte que pas une seule âme ne sera perdue, et je le ferai certainement; c'est pourquoi donne-moi ton honneur. Mais voici, mon Fils bien-aimé, qui était mon Bien-aimé et mon Élu depuis le commencement, me dit: Père, que ta volonté soit faite, et que la gloire t'appartienne à jamais . C'est pourquoi, parce que Satan se rebellait contre moi, qu'il cherchait à détruire le libre arbitre de l'homme, que moi, le Seigneur Dieu, je lui avais donné, et aussi parce qu'il voulait que je lui donne mon pouvoir, par le pouvoir de mon Fils unique je le fis précipiter; et il devint Satan, oui, le diable, le père de tous les mensonges, pour tromper et pour aveugler les hommes et pour les mener captifs à sa volonté, oui, tous ceux qui ne voudraient pas écouter ma voix. » (Perle de Grand Prix, Moïse 4:1-4)

« Et il arriva qu'Adam fut tenté par le diable — car voici, le diable était avant Adam, car il se rebella contre moi, disant: Donne-moi ton honneur, qui est mon pouvoir; et il détourna également de moi le tiers des armées du ciel à cause de leur libre arbitre; et ils furent précipités et devinrent ainsi le diable et ses anges; Et voici, il y a un lieu préparé pour eux depuis le commencement, lieu qui est l'enfer. Et il faut que le diable tente les enfants des hommes, sinon ils ne pourraient pas agir par eux-mêmes; car s'ils n'avaient jamais ce qui est amer, ils ne pourraient pas connaître ce qui est doux — » (Doctrine et Alliances, Section 29:36-39)

En quoi réside le conflit ? Privé de la présence divine et n’étant pas inhibé par elle, l’homme va pouvoir exercer sa liberté de choix, ce qui implique la faculté de choisir le mal plutôt que le bien. Or « rien d'impur ne peut demeurer auprès de Dieu » (Livre de Mormon, 1 Néphi 10:21). Il saute donc aux yeux que les pertes seront nombreuses. Tablant sur la réticence devant l’effort, la recherche de la facilité et la veulerie des masses, celui que l’on va appeler diversement Lucifer (le porteur de lumière), Satan ou le diable, propose la première des solutions démagogiques, un système attrayant grâce auquel tout le monde sera sauvé, une dictature absolue sous laquelle les hommes perdront leur libre arbitre et parviendront au bonheur parfait à l’état de zombies. Dans ce « Meilleur des Mondes » de son cru, Satan sera le maître absolu et, assuré de son succès, invite Dieu à lui céder sa place.

Mais c’est vider le plan de salut de sa substance. Le seul bonheur véritable que l’homme peut atteindre, c’est celui qu’il conquiert à force de sacrifices et de ténacité, et parce qu’il le veut. C’est parce que c’est dans ce sens-là qu’il veut œuvrer, que c’est le futur Jésus-Christ qui va être envoyé.

Satan ne l’entend pas de cette oreille et fomente la première tentative de coup d’état. N’a-t-il pas déjà entraîné le tiers des esprits préexistants derrière lui ?

« Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et les jetait sur la terre… Et il y eut guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon et ses anges combattirent, mais ils ne furent pas les plus forts, et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel. Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. » (Apocalypse 12:3-4, 8-9)

C’est sans doute à cet événement qu’Ésaïe, dont les prophéties jouent constamment à la fois sur l’actualité politique et sur le plan eschatologique, associe la chute du roi de Babylone, quand il écrit :

« Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations! Tu disais en ton cœur: Je monterai au ciel, J'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu; Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, À l'extrémité du septentrion; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très-Haut » (Ésaïe 14:12-14).

Nous n’avons aucune idée de la nature du combat que les deux camps ont mené. Ce qui est clair, c’est que le diable et ceux qui ont pris parti pour lui se sont retrouvés exclus de la présence de Dieu et précipités sur la terre. Il n’est pas inutile ici d’examiner d’un peu plus près le chapitre 12 de l’Apocalypse, car il nous donne une idée de la partie qui se joue actuellement et dont nous sommes l’enjeu.

« Un grand signe parut dans le ciel: une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l'enfantement. Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et les jetait sur la terre. Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant, lorsqu'elle aurait enfanté. Elle enfanta un fils, qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer. Et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône. Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, afin qu'elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours. Et il y eut guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon et ses anges combattirent, mais ils ne furent pas les plus forts, et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel. Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui … Malheur à la terre et à la mer! car le diable est descendu vers vous, animé d'une grande colère, sachant qu'il a peu de temps. Quand le dragon vit qu'il avait été précipité sur la terre, il poursuivit la femme qui avait enfanté l'enfant mâle … Et le dragon fut irrité contre la femme, et il s'en alla faire la guerre aux restes de sa postérité, à ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus. »

 

La femme est l’Église. Elle mène à la gloire céleste, figurée par le soleil. À sa tête se trouvent les douze apôtres et elle porte une couronne, symbole de victoire. L’Église doit amener ses membres à un niveau de sainteté qui assurera leur salut et cela ne se fait pas sans mal. Le dragon est le diable. Les sept têtes symbolisent l’universalité de son règne et les diadèmes représentent son pouvoir politique. Le tiers des enfants d’esprit de Dieu l’ont suivi. Il est l’ennemi juré de l’Église. L’Église doit donner le jour au Royaume de Dieu, constitué de ceux de ses membres qui vivent vraiment l’Évangile. La verge de fer fait penser à la barre de fer du songe de Léhi. Le Royaume nourrira les nations en leur apportant l’Évangile. Mais l’opposition du diable est si forte que le Royaume a dû être retiré de la terre. L’apostasie étant consommée, il ne reste de l’Église qu’un pâle reflet qui subsistera jusqu’au Rétablissement. Le texte fait maintenant un retour en arrière vers le grand conflit prémortel pour expliquer qui est le diable et comment il s’est retrouvé sur la terre. Fin du retour en arrière. C’est Satan qui est derrière les persécutions dont souffre l’Église du Christ. Satan ne cesse de harceler les saints.

Battus dans leur tentative de révolte, Lucifer et ses partisans se retrouvent sur la terre avec un handicap majeur : ils n’ont pas de corps de chair et d’os, indispensable à l’acquisition d’un bonheur complet, comme nous l’avons vu plus haut. La prise de conscience de ce qu’ils ont ainsi perdu explique peut-être le curieux comportement des démons mentionnés dans Matthieu 8:28-32 :

« Lorsqu'il fut à l'autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient si furieux que personne n'osait passer par là. Et voici, ils s'écrièrent: Qu'y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps? Il y avait loin d'eux un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Les démons priaient Jésus, disant: Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de pourceaux. Il leur dit: Allez! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux. »

La nécessité d’un Rédempteur

Étant imparfait, l’homme, une fois sur terre, allait forcément, par manque de vision ou pour d’autres raisons, utiliser son libre arbitre pour agir à l’encontre des lois qui devaient l’aider à accéder à l’état divin ; d’autre part, « rien d'impur ne peut demeurer auprès de Dieu » (Livre de Mormon, 1 Néphi 10:21). Une fois de plus, la loi de l’opposition en toutes choses, qui permet aux hommes d’exercer leur libre arbitre « sinon il n’y a pas d’existence » (D&A 93:30), va jouer. Le Livre de Mormon explique que la présence de la loi et de ses corollaires – le péché, le châtiment, le repentir, la justice et la miséricorde – sont des éléments inhérents à l’existence même. Qu’on les supprime, c’est l’immobilisme total, il n’y aura plus de bien ni de mal, ni de possibilité pour l’homme de progresser, d’évoluer et de parvenir un jour à la divinisation. Dieu lui-même ne peut empêcher qu’il en soit ainsi.

Ceci pose un problème : S’il y a infraction à la loi, il doit y avoir réparation intégrale. Or l’homme n’est pas en mesure d’effectuer cette réparation. C’est ici que Dieu, en la personne du Fils, intervient en accomplissant ce que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes, mais que lui peut faire grâce à sa perfection.

« Et maintenant, le plan de la miséricorde ne pouvait être réalisé que si une expiation était faite; c'est pourquoi Dieu lui-même expie les péchés du monde, pour réaliser le plan de la miséricorde, pour apaiser les exigences de la justice, afin que Dieu soit un Dieu parfait et juste, et aussi un Dieu miséricordieux. Or, le repentir ne pouvait être accordé aux hommes que s'il y avait une punition, qui était aussi éternelle que devait l'être la vie de l'âme, attachée en opposition au plan du bonheur, qui était, lui aussi, aussi éternel que la vie de l'âme. Or, comment un homme pourrait-il se repentir, s'il ne péchait pas? Comment pourrait-il pécher, s'il n'y avait pas de loi? Comment pourrait-il y avoir une loi, s'il n'y avait pas de punition? Or, une punition fut attachée, et une loi juste fut donnée, qui apportèrent le remords de conscience à l'homme. Or, si aucune loi n'était donnée, stipulant que si un homme commettait le meurtre il mourrait, aurait-il peur de mourir s'il commettait le meurtre? Et en outre, si aucune loi n'était donnée contre le péché, les hommes n'auraient pas peur de pécher. Et si aucune loi n'était donnée, si les hommes péchaient, que pourrait faire la justice, ou même la miséricorde, car elles n'auraient aucun droit sur la créature? Mais une loi est donnée, et une punition est attachée, et un repentir est accordé; et ce repentir, la miséricorde le réclame; sinon, la justice réclame la créature et exécute la loi, et la loi inflige la punition; s'il n'en était pas ainsi, les œuvres de la justice seraient détruites, et Dieu cesserait d'être Dieu. Mais Dieu ne cesse pas d'être Dieu, et la miséricorde réclame le pénitent, et la miséricorde est accordée à cause de l'expiation; et l'expiation réalise la résurrection des morts; et la résurrection des morts ramène les hommes en la présence de Dieu; et ainsi ils sont ramenés en sa présence pour être jugés selon leurs œuvres, selon la loi et la justice. Car voici, la justice exerce toutes ses exigences, et la miséricorde réclame aussi tous les siens; et ainsi nul n'est sauvé, sauf ceux qui sont vraiment pénitents. Quoi, penses-tu que la miséricorde puisse frustrer la justice? Je te dis que non, en aucune façon. S'il en était ainsi, Dieu cesserait d'être Dieu. » (Livre de Mormon, Alma 42:15-25)

Nous ne savons pas en quoi a consisté l’Expiation. Ce qui est certain, c’est qu’elle a eu lieu dans le jardin de Gethsémané, comme le montre une révélation de Jésus-Christ donnée à titre de réprimande à Martin Harris :

« C'est pourquoi, je te commande de te repentir! Repens-toi, de peur que je ne te frappe du sceptre de ma parole, de ma fureur et de ma colère, et que tes souffrances ne soient atroces; et tu ne sais pas combien elles sont atroces, tu ne sais pas combien elles sont extrêmes, oui, tu ne sais pas combien elles sont dures à supporter. Car voici, moi, Dieu, j'ai souffert ces choses pour tous afin qu'ils ne souffrent pas s'ils se repentent. Mais s'ils ne se repentent pas, ils doivent souffrir tout comme moi. Et ces souffrances m'ont fait trembler de douleur, moi, Dieu, le plus grand de tous, et elles m'ont fait saigner à chaque pore et m'ont fait souffrir de corps et d'esprit — et j'ai voulu ne pas devoir boire la coupe amère, mais je n'ai pas non plus voulu me dérober — Néanmoins, gloire soit au Père, j'ai bu et j'ai terminé tout ce que j'avais préparé pour les enfants des hommes » (D&A 19:15-19).
 

Nous n’avons naturellement aucune idée de ce que le Sauveur a pu souffrir. La seule autre description de souffrance que nous avons et qui peut nous donner une faible mesure de ce que le Christ a pu souffrir est celle des fils de perdition (voir plus loin), les seuls qui se placent totalement en dehors de l’œuvre rédemptrice du Christ, « les seuls sur lesquels la seconde mort aura un pouvoir quelconque » (D&A 76:37). La révélation précise :


« Il sauve donc tout le monde, sauf eux: ils s'en iront au châtiment perpétuel, qui est le châtiment sans fin, qui est le châtiment éternel, pour régner avec le diable et ses anges dans l'éternité, là où leur ver ne meurt pas, là où le feu ne s'éteint pas, ce qui est leur tourment — et nul n'en connaît la fin, ni le lieu, ni leur tourment. Et cela n'a pas été révélé à l'homme, ne l'est pas et ne le sera jamais, si ce n'est à ceux à qui il est donné d'y prendre part. Néanmoins, moi, le Seigneur, j'en donne la vision à beaucoup, mais je la referme immédiatement; c'est pourquoi, ni eux, ni personne, si ce n'est ceux qui sont soumis à cette condamnation, n'en comprennent la fin, la largeur, la hauteur, la profondeur et la misère » (Doctrine et Alliances, Section 76:44-48).

Jésus, ayant payé le prix à notre place, la miséricorde et la justice peuvent jouer équitablement leur rôle et agir selon que nous nous plaçons sur le territoire de l’une ou de l’autre. La miséricorde nous permet de nous repentir et de nous corriger sans devoir traîner le fardeau d’une culpabilité insurmontable. L’alliance du baptême non seulement efface nos péchés antérieurs, mais continue à les effacer au fur et à mesure que nous nous en repentons véritablement. Cela veut dire aussi que Jésus est le passage obligé, comme il le dit lui-même : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14:6). « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé » (Jean 10:9).

Sauvé de quoi, au fait ? Tout d’abord de la mort éternelle. Le Livre de Mormon l’explique très bien :

« Car comme la mort est passée sur tous les hommes, pour accomplir le plan miséricordieux du grand Créateur, il doit nécessairement y avoir un pouvoir de résurrection, et la résurrection doit nécessairement être donnée à l'homme en raison de la chute; et la chute s'est produite en raison de la transgression, et parce que l'homme est devenu déchu, il a été retranché de la présence du Seigneur. C'est pourquoi, il doit nécessairement y avoir une expiation infinie: si ce n'était pas une expiation infinie, cette corruption ne pourrait pas revêtir l'incorruptibilité. C'est pourquoi, le premier jugement qui est tombé sur l'homme aurait nécessairement dû rester pour une durée sans fin. Et s'il en avait été ainsi, cette chair aurait dû se coucher pour pourrir et se désagréger, et retourner à la terre, sa mère, pour ne plus se relever. Oh! la sagesse de Dieu, sa miséricorde et sa grâce! Car voici, si la chair ne se relevait plus, notre esprit serait soumis à cet ange qui tomba de la présence du Dieu éternel et devint le diable, pour ne plus se relever. Et notre esprit serait devenu semblable à lui, et nous serions devenus des démons, anges d'un démon, pour être exclus de la présence de notre Dieu et rester avec le père des mensonges dans la misère comme lui » (Livre de Mormon, 2 Néphi 9:6-9 ; voir aussi les versets 10, 19 et 26).

Ce salut-là est acquis car l’Expiation garantit la résurrection à tous les hommes : « Comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1 Corinthiens 15:22).

Ensuite, l’Expiation offre aux hommes – mais ceci est conditionnel – de les sauver en leur permettant d’accéder au seul mode de vie qui leur apportera l’épanouissement complet, la vie éternelle. Immortalité et vie éternelle, dans les Écritures, ne sont pas la même chose. L’immortalité est dans la durée, la vie éternelle est une qualité de vie, celle que Dieu mène et que l’on ne peut connaître que si l’on vit en sa présence. Comme nous le verrons plus loin, Dieu, dans son grand amour pour ses enfants, accordera à la quasi-totalité d’entre eux une forme de salut. L’Évangile et ses ordonnances ne concernent que ceux qui ont la volonté d’accéder au salut en la présence de Dieu, celui auquel notre nature profonde aspire puisque nous sommes de souche divine. Les autres n’ont besoin ni du baptême ni des autres ordonnances.

Notre condition mortelle

Nous sommes donc venus de la vie prémortelle sur cette terre pour les raisons suivantes :

1. Obtenir un corps de chair et d’os et faire les expériences qu’il rend possibles :
-Assujettir la matière (en vue de créer un jour des univers. Adam et Ève reçoivent ce commandement : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez », Ge 1:28)
-Fonder une famille et élever des enfants (en vue de prendre un jour en charge des intelligences)
-Maîtriser les passions et les tendances propres au corps de chair (en vue de le posséder éternellement dans un état glorieux)
-Affronter les conditions que nous impose le monde matériel : maladies, catastrophes naturelles, accidents, conditions climatiques, etc. L’humanité progresse grâce à l’ingéniosité qu’elle déploie à affronter la nature.


2. Montrer si nous sommes disposés à « faire tout ce que le Seigneur, [notre] Dieu, [nous] commandera ». Il convient de noter ici qu’on appelle à tort « épreuves » les difficultés, les contrariétés et les revers que nous rencontrons dans la vie. Le texte d’Abraham 3:25 est clair : il n’y a qu’une épreuve à laquelle nous soyons soumis : c’est la façon dont nous allons réagir aux situations que nous rencontrons. C’est cela l’épreuve et non les situations elles-mêmes. Allons-nous rester fidèles à notre programme éternel face aux obstacles, aux injustices, à toutes les choses mauvaises qui nous arrivent et que nous ne comprenons pas ou allons-nous nous aigrir et abandonner notre idéal de vie ?

Autant que nous puissions en juger, notre passage sur cette terre est une sorte de plaque tournante sur laquelle nous choisissons la direction que notre vie – ici-bas et dans l’au-delà – va prendre. Le type d’existence pour lequel nous optons va engendrer des comportements qui vont se cristalliser peu à peu en nous et figer notre personnalité. Comme le dit le Livre de Mormon :

« Je vous supplie donc de ne pas différer le jour de votre repentir jusqu'à la fin; car après ce jour de vie, qui nous est donné pour nous préparer pour l'éternité, voici, si nous ne faisons pas meilleur usage de notre temps pendant que nous sommes dans cette vie, alors vient la nuit de ténèbres où aucun travail ne peut être accompli. Vous ne pouvez pas dire, lorsque vous êtes amenés à cette crise affreuse: Je vais me repentir, je vais retourner à mon Dieu. Non, vous ne pouvez pas le dire; car ce même esprit qui possède vos corps au moment où vous quittez cette vie, ce même esprit aura le pouvoir de posséder votre corps dans le monde éternel » (Livre de Mormon, Alma 34:33-34).

Nous ne sommes bien entendu pas livrés à nous-mêmes à un moment aussi critique de notre devenir. Même si Dieu doit se faire aussi discret que possible pour que nous ayons les coudées franches et choisissions en toute liberté ce que nous voulons, il nous envoie les prophètes, les Écritures et son Église et surtout la possibilité d'avoir la compagnie du Saint Esprit pour nous avertir et nous montrer le chemin. Ceci est nécessaire, car, sans repères, les hommes s’égarent vite. Le nombre de pratiques et d’idéologies aberrantes ainsi que de vies gâchées que nous voyons autour de nous en sont la preuve.

L’apôtre Paul a décrit avec beaucoup de précision le rôle que l’Église doit jouer dans le devenir de l’homme :

« Et il [le Christ] a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ » (Éphésiens 4:11-15).

Il vaut la peine d’examiner ce passage avec soin. Paul nous dit clairement que le Christ, contrairement à ce que d’aucuns pensent, a bel et bien organisé son Église.

Pourquoi des apôtres, des prophètes, etc ? Parce qu’ils sont capables de donner aux hommes les repères dont ils ont besoin pour s’orienter dans la vie. Qu’est-ce qui leur confère cette capacité ? Le fait qu’ils jouissent de la révélation divine. Matthieu 16:13-18 est très clair là-dessus :

« Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme ? Ils répondirent: Les uns disent que tu es Jean-Baptiste; les autres, Élie; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. »

Qu’est-ce qui faisait que Simon était aussi ferme qu’une pierre ? C’était le fait que sa connaissance ne lui venait pas des hommes (la chair et le sang), mais de la révélation du Père. Et Jésus enchaîne en disant que c’est sur la pierre de la révélation qu’il bâtira son Église, ce qui veut dire qu’elle doit être dirigée par des hommes qui reçoivent la révélation divine et être constituée de personnes qui reçoivent la révélation pour leur propre domaine..

Quelle est la raison d’être de l’Église ? Premièrement, perfectionner les saints jusqu’à ce qu’ils deviennent des « hommes faits », des hommes qui soient « à la mesure de la stature parfaite du Christ », qui « croissent à tous égards en… Christ », des hommes ayant suffisamment absorbé les caractéristiques voulues par Dieu pour pouvoir rentrer en sa présence. Deuxièmement, leur fournir une connaissance suffisante pour leur éviter d’être « emportés à tout vent de doctrine ». Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que rejeter l’Évangile révélé, c’est créer un vide dans lequel vont s’engouffrer toutes sortes d’idéologies de moindre valeur dont beaucoup sont aberrantes. Troisièmement, amener tous les hommes « à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu » et non à une diversité de doctrines et d’églises, parce que le but ultime est « l’édification du corps de Christ », c’est-à-dire l’établissement du Royaume de Dieu.

Cette Église, encore faut-il la trouver et la reconnaître une fois qu’on la rencontre. Comme Paul l’a dit : « Il [Dieu] a voulu qu'ils [les hommes] cherchassent le Seigneur, et qu'ils s'efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu'il ne soit pas loin de chacun de nous » (Actes 17:27). Pareille recherche est loin d’être simple. Il faut pour cela être disposé à remettre en question les traditions dans lesquelles on a été élevé et se trouver dans des conditions de vie permettant une telle recherche. Il y a les barrières dressées par l’éducation reçue, par les circonstances géographiques, économiques et culturelles dans lesquelles on se trouve. La plupart des hommes sont trop pris par le quotidien pour lever la tête et se poser des questions. Et si on s’en pose, encore faut-il pouvoir s’y retrouver dans le concert des voix discordantes qui se revendiquent de la Vérité. L’Église va bien entendu à la rencontre des hommes par son œuvre missionnaire, mais celle-ci est loin de donner à toute l’humanité l’occasion d’être exposée au message de l’Évangile.

Il est toutefois clair que tout homme sera jugé selon le choix de valeurs qu’il aura fait et qu’il aura mises en application dans sa vie, en fonction de la lumière dont il dispose. Comme le dit Paul dans 2 Corinthiens 5:10 : « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps. »

L’au-delà

C’est ici qu’intervient un élément-clef du plan de salut : la mort. La mort constitue un traumatisme qui arrache tous les hommes à leur ancrage culturel et à toutes les valeurs autres que celles qui concernent leur propre évolution. Quelles que soient les croyances qu’ils aient entretenues vis-à-vis de l’au-delà, elles seront confrontées à une réalité qui sera nouvelle pour beaucoup et les obligera à réviser toutes les idées qu’ils entretenaient en la matière.

Que se passe-t-il entre la mort et la résurrection ? Tandis que le corps retourne à la terre, l’esprit immortel poursuit une existence consciente. L’état d’esprit dans lequel se trouvent alors les morts est décrit comme suit par le Livre de Mormon :

« Les esprits de ceux qui sont justes seront reçus dans un état de bonheur, qui est appelé paradis, un état de repos, un état de paix, où ils se reposeront de toutes leurs difficultés, et de tous les soucis, et de toute tristesse… Les esprits des méchants… seront chassés dans les ténèbres du dehors… dans un état d'attente affreuse et terrible de l'indignation ardente de la colère de Dieu contre eux » (Livre de Mormon, Alma 40:12-14).

C’est dans ce contexte que l’Évangile va pouvoir être présenté à toute l’humanité. Les passages d’Écriture suivants vont nous montrer ce qui se passe :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui l'auront entendue vivront. Car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même… Ne vous étonnez pas de cela; car l'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement » (Jean 5:25-29).

« Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, mais ayant été rendu vivant quant à l'[e]sprit, dans lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison, qui autrefois avaient été incrédules, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé, pendant la construction de l'arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, c'est-à-dire, huit, furent sauvées à travers l'eau » (Pierre 3:18-20).

« Ils rendront compte à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts. Car l'Évangile a été aussi annoncé aux morts, afin que, après avoir été jugés comme les hommes quant à la chair, ils vivent selon Dieu quant à l'esprit. » (1 Pierre 4:5-6).

Ces passages évoquent ce que l’on appelait autrefois « la descente de Jésus aux enfers », notion aujourd’hui rejetée, parce qu’incomprise, par le christianisme, et pourtant essentielle au plan divin si l’on veut qu’il donne une chance égale à tous les hommes.

Les passages bibliques qui précèdent sont rendus plus explicites par une vision donnée en 1918 à Joseph F. Smith, sixième président de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours :

« … Je vis les multitudes des morts, petits et grands. En un seul lieu était rassemblée une foule innombrable d'esprits des justes qui avaient été fidèles au témoignage de Jésus tandis qu'ils vivaient ici-bas, et qui avaient offert un sacrifice à la similitude du grand sacrifice du Fils de Dieu et avaient subi des tribulations au nom de leur Rédempteur. Tous ceux-là avaient quitté cette vie, fermes dans l'espérance d'une glorieuse résurrection par la grâce de Dieu le Père et de son Fils unique, Jésus-Christ. Je vis qu'ils étaient remplis de joie et d'allégresse et se réjouissaient ensemble parce que le jour de leur délivrance était proche. Ils étaient assemblés, attendant l'avènement du Fils de Dieu dans le monde des esprits pour annoncer leur rédemption des liens de la mort. Leur corps endormi et en poussière allait être rendu à sa forme parfaite, chaque os à son os, et les tendons et la chair sur eux, l'esprit et le corps devant être unis pour ne plus jamais être divisés, pour qu'ils reçussent une plénitude de joie. Tandis que cette vaste multitude attendait et conversait, se réjouissant de l'heure où elle serait délivrée des chaînes de la mort, le Fils de Dieu apparut, proclamant la liberté aux captifs qui avaient été fidèles, et là il leur prêcha l'Évangile éternel, la doctrine que l'humanité ressusciterait et serait rachetée de la chute et des péchés personnels à condition de se repentir… Je vis que… parmi les justes, il organisa ses forces et désigna des messagers revêtus de pouvoir et d'autorité, et les chargea d'aller porter la lumière de l'Évangile à ceux qui étaient dans les ténèbres, oui, à tous les esprits des hommes. Et c'est ainsi que l'Évangile fut prêché aux morts » (Doctrine et Alliances, Section 138:11-19, 29-30).

C’est ainsi que, grâce à ce plan admirable, tous les hommes auront l’occasion d’entendre l’Évangile dans une situation où, débarrassés des contingences terrestres, ils seront suffisamment sensibilisés pour lui accorder leur attention et décider en connaissance de cause s’ils veulent l’accepter ou non. Ils seront néanmoins jugés en fonction de leur conduite dans la condition mortelle et de la lumière dont ils disposaient, comme le précisent 2 Corinthiens 5:10 et 1 Pierre 4:6.

Le millénium

Le Christ étant le passage obligé, comme montré plus haut, le baptême et les autres ordonnances de l’Évangile doivent impérativement être conférés à tous ceux qui seront héritiers du salut. Si un seul homme pouvait rentrer en la présence de Dieu sans recevoir toutes ces ordonnances, elles ne seraient d’aucune utilité pour personne. D’où la pratique, chez les saints des derniers jours (comme dans l’Église primitive d’ailleurs) de rechercher leurs ancêtres et d’aller ensuite au temple afin de recevoir pour eux, par procuration, toutes les ordonnances requises. C’est une grande œuvre d’amour que Dieu confie à ses saints, « afin qu'ils [les morts] ne [parviennent] pas sans nous à la perfection » (Hébreux 11:40).

Il va de soi qu’une œuvre pareille, qui implique que l’on retrouve la totalité de ceux qui ont vécu sur la terre, ne peut qu’être ébauchée ici-bas dans les conditions actuelles. De là la nécessité d’une période où l’univers des vivants et celui des morts ne seront plus cloisonnés comme ils le sont aujourd’hui, d’une période de paix où l’œuvre de rédemption des morts pourra s’accomplir sans entraves. Cette période, ce sera le millénium, inauguré par la seconde venue du Christ, qui régnera et fera en sorte que tout soit accompli avant de présenter l’humanité au Père pour un jugement dernier véritablement équitable.

« Pendant cette période de paix, quand les justes se lèveront de leur tombe, ils se mêleront aux mortels de la terre et les instruiront. Le voile qui sépare les vivants des morts sera écarté et les mortels et les saints d’autrefois converseront ensemble. De plus, ils travailleront dans une entente parfaite au salut et à l’exaltation de ceux qui sont dignes, qui sont morts sans avoir reçu les bénédictions de l’Évangile. La grande œuvre du millénium sera accomplie dans les temples qui couvriront toutes les parties du pays et dans lesquels les enfants iront accomplir pour leurs pères l’œuvre que ceux-ci ne pouvaient pas faire pour eux-mêmes quand ils étaient dans cette vie mortelle. De cette manière, ceux qui sont passés par la résurrection et qui sont informés sur les gens et la situation de l’autre côté, mettront entre les mains de ceux qui sont dans la mortalité les renseignements nécessaires par et grâce auxquels la grande œuvre du salut pour toutes les âmes dignes sera accomplie, et ainsi les desseins du Seigneur, définis avant la fondation du monde, seront pleinement réalisés » (Joseph Fielding Smith, Doctrines du Salut, vol. 2, p. 235).

Le jugement dernier

Une fois que l’œuvre du millénium sera terminée, le Christ pourra présenter l’humanité au Père pour le jugement final. Il y aura alors une résurrection générale des non-justes (Apocalypse 20:5) et tous les hommes se tiendront devant Dieu pour le Jugement dernier. Le Livre de Mormon explique comment ce jugement aura lieu :

« L'homme qui… entre en rébellion ouverte contre Dieu… si cet homme ne se repent pas, et reste et meurt ennemi de Dieu, les exigences de la justice divine éveillent son âme immortelle à la conscience vive de sa culpabilité, ce qui le fait reculer hors de la présence du Seigneur et remplit son sein de culpabilité, et de souffrance, et d'angoisse, ce qui est semblable à un feu qui ne s'éteint pas, dont la flamme monte pour toujours et à jamais » (Mosiah 2:37-38).

« Et si elles [leurs œuvres] sont mauvaises, ils sont condamnés à la vision affreuse de leur culpabilité et de leurs abominations personnelles, ce qui les fait reculer hors de la présence du Seigneur, vers un état de misère et de tourment sans fin d'où ils ne peuvent plus revenir; c'est pourquoi, ils ont bu de la damnation pour leur âme » (Mosiah 3:25).

« Pensez-vous que vous pourriez être heureux de demeurer avec cet Être saint, alors que votre âme est tenaillée par la conscience de votre culpabilité d'avoir constamment enfreint ses lois? Voici, je vous dis que vous seriez plus malheureux de demeurer avec un Dieu saint et juste, avec la conscience de votre souillure devant lui, que de demeurer avec les âmes damnées en enfer. Car voici, lorsque vous serez amenés à voir votre nudité devant Dieu, et aussi la gloire de Dieu, et la sainteté de Jésus-Christ, cela allumera sur vous une flamme d'un feu qui ne s'éteint pas » (Mormon 9:3-5).

Mis en présence de Dieu, les hommes dont la vie aura été consacrée au péché se verront tels qu’ils sont et s’éloigneront d’eux-mêmes parce que ne pouvant pas supporter sa gloire.

Les degrés de gloire

Le destin final des hommes est conforme à l’image que nous donnent les Écritures d’un Dieu juste, bon et aimant : chacun héritera le mode d’existence pour lequel il se sera préparé :

« L'esprit et le corps sont l'âme de l'homme. Et la résurrection d'entre les morts est la rédemption de l'âme. Et la rédemption de l'âme se fait par celui qui vivifie tout, dans le sein duquel il est décrété que les pauvres et les humbles de la terre l'hériteront. C'est pourquoi, il faut qu'elle soit sanctifiée de toute injustice, afin d'être préparée pour la gloire céleste; car lorsqu'elle aura rempli la mesure de sa création, elle sera couronnée de gloire, oui, de la présence de Dieu le Père; afin que les corps qui sont du royaume céleste la possèdent pour toujours et à jamais, car c'est dans ce but qu'elle a été faite et créée, et c'est dans ce but qu'ils sont sanctifiés… Ceux qui ne sont pas sanctifiés par la loi que je vous ai donnée, c'est-à-dire la loi du Christ, doivent hériter un autre royaume, un royaume terrestre ou un royaume téleste . Car celui qui n'est pas capable de se conformer à la loi d'un royaume céleste ne peut pas supporter une gloire céleste. Et celui qui n'est pas capable de se conformer à la loi d'un royaume terrestre ne peut pas supporter une gloire terrestre. Et celui qui n'est pas capable de se conformer à la loi d'un royaume téleste ne peut pas supporter une gloire téleste; c'est pourquoi il ne convient pas pour un royaume de gloire. Il doit donc supporter un royaume qui n'est pas un royaume de gloire. Et de plus, en vérité, je vous le dis, la terre se conforme à la loi d'un royaume céleste, car elle remplit la mesure de sa création et ne transgresse pas la loi; c'est pourquoi, elle sera sanctifiée; oui, en dépit du fait qu'elle mourra, elle sera de nouveau vivifiée et supportera le pouvoir par lequel elle aura été vivifiée, et les justes l'hériteront. Car en dépit du fait qu'ils meurent, eux aussi ressusciteront — corps spirituel. Ceux qui sont d'un esprit céleste recevront le même corps qui était un corps naturel; oui, vous recevrez votre corps, et votre gloire sera cette gloire par laquelle votre corps sera vivifié. Vous qui êtes vivifiés par une part de la gloire céleste, vous en recevrez alors une plénitude. Et ceux qui sont vivifiés par une part de la gloire terrestre en recevront alors une plénitude. Et ceux qui sont vivifiés par une part de la gloire téleste en recevront alors une plénitude. Et ceux qui restent seront également vivifiés; néanmoins, ils retourneront dans leur lieu propre pour jouir de ce qu'ils sont disposés à recevoir, parce qu'ils n'étaient pas disposés à jouir de ce qu'ils auraient pu recevoir » (Doctrine et Alliances, Section 88:15-32).

À part un petit nombre de fils de perdition, qui ont connu la puissance de Dieu –

« et à qui il a été donné d'y prendre part, qui se sont laissés vaincre par la puissance du diable et se sont permis de renier la vérité et de défier ma puissance : ce sont ceux qui sont les fils de perdition, dont je dis qu'il aurait mieux valu pour eux qu'ils ne fussent jamais nés ; car ils sont des vases de colère, condamnés à subir la colère de Dieu dans l'éternité avec le diable et ses anges; à propos desquels j'ai dit qu'il n'y a pas de pardon dans ce monde ni dans le monde à venir : car ils ont renié l'Esprit-Saint après l'avoir reçu, ils ont renié le Fils unique du Père, l'ont crucifié, pour leur part, et l'ont exposé à l'ignominie.
Ce sont eux qui s'en iront dans l'étang de feu et de soufre avec le diable et ses anges, les seuls sur lesquels la seconde mort aura un pouvoir quelconque » (Doctrine et Alliances, Section 76:31-37).

– tous seront héritiers du salut en ce sens que tous hériteront un royaume de gloire, téleste, terrestre ou céleste, dont l’éclat respectif est symbolisé par celui des étoiles, de la lune et du soleil. Il faut cependant préciser que le fait de se retrouver dans l’un de ces royaumes de gloire ne signifie pas forcément vivre en la présence de Dieu, ceci étant réservé à ceux qui hériteront la gloire céleste. Ceux qui seront dans la gloire terrestre recevront « de la présence du Fils, mais pas de la plénitude du Père » (v. 77) et ceux de la gloire téleste recevront « de l’Esprit-Saint par le ministère des terrestres », tout comme les terrestres recevront ce qu’ils ont par le ministère des célestes (v. 87). On peut donc imaginer qu’il y aura dans ces gloires inférieures une éternelle insatisfaction due au fait que l’on n’aura pas réalisé la plénitude de la divinité à laquelle on aurait pu accéder si on l’avait voulu. Il n’empêche que la révélation dit, même à propos de ceux qui hériteront la gloire la plus basse :

« Et ainsi nous vîmes… la gloire des télestes, qui défie toute compréhension » (Doctrine et Alliances, Section 76:89).

Le royaume téleste sera constitué de ceux qui auront dû attendre la fin du millénium pour ressusciter. Ce sont ceux :

« ...qui n'ont pas accepté l'Évangile, ni le témoignage de Jésus, ni les prophètes, ni l'alliance éternelle… Ce sont les menteurs, les sorciers, les adultères, les fornicateurs et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge » (Doctrine et Alliances, Section 76:103).

Le royaume terrestre sera constitué, entre autres, de ceux :

« ...qui n'ont pas accepté le témoignage de Jésus dans la chair, mais qui l'ont accepté par la suite. Ce sont les hommes honorables de la terre qui ont été aveuglés par la fourberie des hommes… Ce sont ceux qui ne sont pas vaillants dans le témoignage de Jésus… » (Doctrine et Alliances, Section 76:74-75, 79).

Le royaume céleste est réservé à « ceux qui se lèveront à la résurrection des justes » :

« Ce sont ceux qui ont accepté le témoignage de Jésus, ont cru en son nom, ont été baptisés à la manière de son ensevelissement, étant ensevelis dans l'eau en son nom, selon le commandement qu'il a donné – afin qu'en gardant les commandements, ils soient lavés et purifiés de tous leurs péchés et reçoivent l'Esprit-Saint par l'imposition des mains de celui qui est ordonné et scellé à ce pouvoir; qui vainquent par la foi et sont scellés par le Saint-Esprit de promesse que le Père répand sur tous ceux qui sont justes et fidèles… Ceux-là demeureront pour toujours et à jamais dans la présence de Dieu et de son Christ » (Doctrine et Alliances, Section 76:50-53, 62).

Le degré de gloire céleste est lui-même divisé en trois degrés, dont deux seulement sont décrits :

« Il y a, dans la gloire céleste, trois cieux ou degrés. Pour obtenir le plus haut, l'homme doit entrer dans cet ordre de la prêtrise [à savoir: la nouvelle alliance éternelle du mariage], sinon, il ne peut l'obtenir. Il peut entrer dans l'autre, mais c'est là la fin de son royaume; il ne peut avoir d'accroissement » (Doctrine et Alliances, Section 131:1-4).

Cela explique le caractère sacré du mariage ou « scellement » éternel pour les saints des derniers jours, scellement qui ne peut être fait que dans un temple par quelqu’un ayant reçu l’autorité requise. La révélation explique l’importance de cette ordonnance (sacrement) :

« Si un homme épouse une femme en ce monde, mais ne l'épouse pas par moi ni par ma parole, et fait alliance avec elle aussi longtemps qu'il est dans le monde, et elle avec lui, leur alliance et leur mariage ne sont pas valides lorsqu'ils sont morts et hors du monde; ils ne sont donc liés par aucune loi lorsqu'ils sont hors du monde. C'est pourquoi, lorsqu'ils sont hors du monde, les hommes ne prennent pas de femmes, ni les femmes de maris, mais ils sont désignés comme anges dans les cieux; lesquels anges sont des serviteurs au service de ceux qui sont dignes d'un poids de gloire beaucoup plus grand, extrême et éternel. Car ces anges n'ont pas respecté ma loi; c'est pourquoi, ils ne peuvent s'accroître, mais restent à toute éternité séparés et seuls, sans exaltation, dans leur état sauvé. Et dorénavant, ils ne sont pas dieux, mais anges de Dieu, pour toujours et à jamais » (Doctrine et Alliances, Section 132:15-17).

Ceci ne concerne évidemment pas les personnes qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu contracter ce genre de mariage, mais celles qui ne l’ont pas voulu. La période du millénium doit également permettre de régler ce genre de situation pour les personnes qui ont été empêchées de se marier. Il est à remarquer que les personnes qui refusent le mariage éternel, même si elles accèdent au royaume céleste et à la présence de Dieu, « ne peuvent s’accroître » (pas plus que les personnes qui se retrouveront dans les autres royaumes de gloire). Il n’y a d’accroissement éternel que dans le plus haut degré de la gloire céleste, que nous appelons « l’exaltation » :

« Et de plus, en vérité, je te le dis, si un homme épouse une femme par ma parole qui est ma loi, et par la nouvelle alliance éternelle, et que leur union est scellée par le Saint-Esprit de promesse… ce sera pleinement valide lorsqu'ils seront hors du monde. Et ils passeront devant les anges et les dieux qui sont placés là, vers leur exaltation et leur gloire en toutes choses, comme cela a été scellé sur leur tête, laquelle gloire sera une plénitude et une continuation des postérités pour toujours et à jamais. Alors ils seront dieux, parce qu'ils n'ont pas de fin; c'est pourquoi, ils seront de toute éternité à toute éternité, parce qu'ils continuent. Alors, ils seront au-dessus de tout, parce que tout leur est soumis. Alors ils seront dieux, parce qu'ils ont tout pouvoir et que les anges leur seront soumis » (Doctrine et Alliances, Section 132:19-20).

Les notions de divinisation et de « continuation des postérités » à toute éternité donnent à penser que ceux-là seront amenés à recommencer avec d’autres intelligences le cycle décrit ci-dessus. Si c’est exact (la révélation ne le précise cependant pas), on peut en déduire que ce qui est vrai pour le futur a également été vrai dans le passé, compte tenu en particulier de la citation de Joseph Smith mentionnée plus haut : « Dieu lui-même a jadis été tel que nous sommes maintenant et est un homme exalté et siège sur son trône dans les cieux là-haut. »

Nous avons ainsi, dans le plan de salut, un programme admirable d’équité, de bonté et de justice, respectueux de la liberté de chacun, dans lequel personne n’est oublié et qui donne sa chance à tout le monde. C’est un plan dans lequel il n’y a pas d’arbitraire, pas de numerus clausus. La conception très élevée de l’homme qui s’en dégage et le fait de savoir qui nous sommes, que nous sommes des « dieux en embryon », sont des incitants merveilleux à être le meilleur de nous-mêmes, à nous dépasser, à mettre en application dans notre vie l’idéal prôné par le Christ : «Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait» (Matthieu 5:48).


 

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