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La véracité
de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est
indissolublement liée à l’authenticité du Livre de Mormon. Ou bien
celui-ci est véritablement le document historique qu’il affirme être,
et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d’autre, que ce soit au 19e
siècle ou de nos jours, n’aurait pu en être l’auteur, ou bien
c’est un faux, et alors il sera inévitablement démasqué par les progrès
des connaissances scientifiques, et l’Église se révélera être une
fausse église. Or, depuis une cinquantaine d’années, les indices en
faveur de l’authenticité historique du Livre de Mormon n’ont cessé
de se multiplier au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon (et
l’Église) en doute ne peut plus – s’il est intellectuellement honnête
– les ignorer. L’article suivant traite d’un de ces indices. Vol et brigandage dans le Livre de Mormon et dans la législation du Proche-Orient antique
John W. Welch F.A.R.M.S. Preliminary Report Il est bien établi que la plupart des systèmes juridiques du Proche-Orient antique faisaient une distinction très précise entre voleurs et brigands. En vertu de ces lois, le voleur était habituellement une personne locale qui volait son voisin. Il tombait sous le coup de la justice. Il était jugé et puni au civil, la plupart du temps par un tribunal constitué de ses concitoyens. Le brigand, quant à lui, était quelqu’un du dehors. C'était l'armée qui s'en chargeait. Dans la plupart des cas, celle-ci avait la responsabilité de débarrasser le territoire des brigands qui, considérés comme hors-la-loi, pouvaient être exécutés sommairement. Le présent article veut démontrer qu'une distinction technique juridique et culturelle quasiment identique entre voleurs et brigands existe dans le Livre de Mormon. Les définitions juridiques du vol et du brigandage,
particulièrement dans les lois de l'Israël antique, ont été analysées
en profondeur par Bernard S. Jackson[1]. On trouvera ci-après un résumé et un bref
commentaire de ses découvertes principales. En parallèle avec d'autres
études[2], elles
fournissent une information abondante ayant trait à beaucoup de passages
dans la Bible et, par dérivation, dans le Livre de Mormon. Les caractéristiques
et le traitement juridique suivants des voleurs et des brigands dans le
Proche-Orient antique peuvent être dégagées : 1) Dans une certaine mesure, les mots hébreux ganab
(voler) et gannab (voleur) ont le sens de voler en secret, tandis
que les termes gazal (commettre un acte de brigandage) et gazlan
(brigand) signifient normalement prendre des biens ouvertement et
de manière flagrante, le plus souvent par la force[3]. Toutefois
cette distinction précise entre le fait de prendre en secret et
ouvertement n'apparaît pas toujours clairement dans les textes bibliques[4] ; ce n'est
devenu un élément juridique « fermement établi » qu'à la période
tannaïtique[5]
du judaïsme rabbinique[6].
Par conséquent, Jackson ne trouve pas que cela a été la différence
critique entre ces deux notions dans la législation et la société israélite
préexiliques[7].
[8] 2) Chose plus importante, Jackson conclut que l'on
peut trouver une distinction juridique fondamentale beaucoup plus ancienne
et beaucoup plus importante dans les textes bibliques, à savoir qu'un gannab
est typiquement quelqu'un de l'intérieur, qui appartient à la même
collectivité que sa victime et y vit, tandis que le gazlan est quelqu'un
de l'extérieur[9].
Il explique les cas – essentiellement dans la littérature prophétique
– où cette distinction varie en fonction de l'évolution historique ou
de l'usage figuré[10].
Avec le temps, ces mots pouvaient prendre des connotations[11] différentes, et des mots différents pouvaient
être utilisés[12], mais la langue hébraïque trouvait toujours
des mots différents pour exprimer la distinction sociale et juridique
immuable entre les voleurs du voisinage et les bandes de brigands venus de
l'extérieur. 3) Le vol impliquait une série d'actes qui allaient
au-delà du simple fait de prendre les biens d'autrui. Souvent, les
baillis qui convertissaient les biens qui leur étaient confiés et celui
qui découvrait de manière frauduleuse des biens perdus recevaient le même
châtiment que les voleurs[13].
« Le fait de détenir des biens perdus était traité comme du vol dans
les lois d'Eshnunna et les lois hittites[14] », et Philon
incluait dans le vol « le débiteur qui se soustrayait à ses obligations
et l’associé fraudeur[15]
». Ainsi donc, d'autres façons de prendre étaient associées ou assimilées
au vol, même si on ne les considérait probablement pas comme identiques
à tous les points de vue à celui-ci. Le fait de piller et de dépouiller
(bazal et shalal) sont associés au fait de prendre du butin
à la guerre ou par violence. La tromperie était décrite par une
expression idiomatique comme une forme de vol, comme quand Absalom «
gagnait (volait, wayeganneb) le cœur des gens d'Israël » (2
Samuel 15:6). 4) Un autre facteur important est le fait que ganab
est utilisé essentiellement à propos d'une personne qui agit seule,
tandis que gazal indique une action « habituellement commise par
un groupe ». Le mot hébreu gedud, qui signifie
« bandits » (littéralement « bande »), exprime aussi le caractère
collectif de ces groupes qui se livrent à des raids[16]. De même, dans l'ancienne loi romaine, l’idée
de bande était « vitale » dans la définition du brigandage[17]. 5) Il apparaît de manière systématique que ces
groupes de brigands étaient organisés en groupes «
professionnels », avec des dirigeants et un règlement reconnu. Achille
Tatius décrit une bande militante au nombre de 10.000 personnes avec un
chef appelé « roi »[18].
Toutefois, une bande de brigands pouvait être beaucoup plus petite et
certaines lois précisaient des nombres pour distinguer les voleurs
(agissant seuls ou en petits groupes) des brigands (dans un groupe
suffisamment grand pour être considéré comme une bande)[19]. « Les
brigands vivaient en vertu de leur propre code, sanctionnés par leurs
propres idées et pratique religieuses. Ils avaient leurs propres prêtres[20]. » C'étaient
quand même des bandes vivant en marge de la loi et Josèphe dit qu’ils
n'hésitaient pas à commettre des actes de brigandage l’un vis-à-vis
de l'autre[21].
Diodore considère le pillage comme une activité à plein temps pour ces
brigands[22],
et Josèphe signale que les familles des brigands vivaient avec eux dans
leurs cavernes[23].
Souvent on ne sait même pas d’où ces brigands venaient, mais Lutz
avance la théorie qu’ils étaient constitués de dissidents, d’étrangers
ou de descendants de mercenaires étrangers et d’exclus de la société
– des groupes spécialement créés par « la situation politique, économique
et sociale, qui donnait le jour à une catégorie distincte de rebut de
l'humanité[24]. » 6) Ces brigands se liaient les uns aux autres par
des serments et habillaient tout cela de rituels religieux. Par
exemple, Josèphe parle d'une bande qui avait un serment que tous prêtaient
(symnomnymenoï kata lochous)[25] et, selon Dion Cassius, une autre bande, qui, sous la
direction du prêtre Isidore provoqua presque une révolte générale en
Égypte en 172-73 de notre ère, sacrifia le compagnon d'un centurion
romain et « prêta serment sur ses entrailles et ensuite les dévora[26]. » On dit
qu’ils sacrifiaient et mangeaient ces victimes pour purifier leur camp[27]. 7) Une obligation importante de ces brigands était
de garder secrète leur identité et le lieu de leur cachette. Leur camp
se trouvait habituellement dans les montagnes[28]. Par exemple, Juges 9:25 rapporte que « les
habitants de Sichem placèrent en embuscade contre lui, sur les sommets
des montagnes, des gens qui dépouillaient tous ceux qui passaient près
d'eux sur le chemin ». Josèphe fait une description imagée de cavernes
qui s’ouvraient sur des précipices de montagne, où vivaient les
brigands qu'Hérode conquit[29]. 8) La façon de procéder de ces brigands consistait à dévaler de leur perchoir des montagnes sur les villages pour y faire des raids[30]. Il leur arrivait, cependant, d'agir également à l'intérieur des grandes villes. Par exemple, à Jérusalem sous Félix (vers 50 apr. J.-C.), des bandits commirent une vague de meurtres, dont celui de Jonathan, le souverain sacrificateur, en plein jour. Ils se mêlaient aux foules lors des fêtes, munis de couteaux, et poignardaient leurs ennemis, après quoi ils se joignaient aux cris d'indignation et d'alerte[31]. Il est clair qu'ils étaient sanguinaires et sans scrupules. Un des brigands massacra ses fils et sa femme puis se suicida sous les yeux d'Hérode[32]. Josèphe fait le récit suivant des opérations d'un de ces groupes en Judée au premier siècle de notre ère : « Ces assassins, évitant à la faveur de la nuit ceux qui auraient pu les arrêter, surprirent la petite ville d'Engaddi. Ceux d'entre les habitants qui étaient capables de résister furent, avant de pouvoir saisir leurs armes et de s'assembler, dispersés et chassés de la ville; ceux qui étaient incapables de fuir, plus de 700 femmes et enfants, furent massacrés. Ensuite ils pillèrent les maisons, s'emparèrent des produits agricoles les plus mûrs et emportèrent leur butin à Massada. Ils traitèrent de la même sorte tous les villages autour de la forteresse et dévastèrent toute la région; ils étaient rejoints quotidiennement par de nombreuses recrues dissolues venant de tous les coins. De plus, dans tous les autres endroits de la Judée, des bandes de prédateurs, jusqu'alors calmes, commencèrent à s'agiter; car, comme il arrive dans le corps humain, que lorsque la partie la plus noble est attaquée d'une grave maladie toutes les autres s'en ressentent, ainsi la sédition et le désordre dans la capitale donnaient aux fripouilles de la campagne toute liberté de piller; et chaque bande, après avoir pillé son propre village, se retira dans le désert. Ensuite, unissant leurs forces et se jurant mutuellement fidélité, ils s'assemblèrent en troupes assez nombreuses pour former, sinon une petite armée, au moins plus qu'une troupe de voleurs, et ils attaquèrent les villes et les temples. Les malheureuses victimes de leurs attaques subissaient le triste sort des prisonniers de guerre, mais étaient privés de la possibilité d'exercer des représailles, parce que leurs ennemis, à la manière des brigands, se retiraient aussitôt avec leur butin[33]. » 9) Les brigands prenaient toutes
les mesures possibles pour harceler les grandes routes ou affaiblir le
gouvernement local pour avoir plus de facilité pour piller[34].
Effectivement, le succès des bandes de brigands en Égypte « redevenait
immédiatement grand chaque fois que le gouvernement montrait le moindre
signe de faiblesse politique ou économique[35] ». Josèphe rattache expressément l'apparition
des brigands à « la sédition et [au] désordre dans la capitale[36] ». Ainsi
donc, l'action de ces brigands était souvent de nature politique[37]. Par exemple,
dans 2 Chroniques 21:16-17 et 22:1, des bandes de brigands s'introduisent
dans la maison du roi, lui volent ses femmes et tuent ses fils. Par conséquent,
il était courant que les brigands prétendent au trône ou se le
disputent[38]. 10) Les raids des brigands s'accompagnaient parfois
« de destructions à grande échelle[39] »; à d'autres moments, ils attaquaient juste
pour réapprovisionner leurs réserves ou compléter les maigres revenus
qu'ils tiraient du sol[40]. On ne peut douter de la force militaire de
certains de ces groupes: l’un d’eux faillit prendre la ville
d'Alexandrie aux Romains[41]. Ils étaient plus menaçants que les
envahisseurs étrangers[42]. 11) Les brigands exigeaient souvent une rançon
ou extorquaient de l'argent aux villes à titre de pillage. Un texte
laisse entendre que les ligues de brigands étaient si courantes en Égypte
qu'elles acquirent le droit, en vertu de la coutume, d'exiger une rançon
égale au quart de la propriété saisie ou menacée[43]. Josèphe accuse Albin d’accepter des
pots-de-vin des brigands[44]. 12) Le gannab (voleur) que l'on arrêtait, était
jugé selon la procédure juridique de la collectivité, tandis que le gazlan
(brigand) n'était pas considéré comme membre de la collectivité
jouissant nécessairement du droit à la protection de la loi et pouvait
donc être sujet à la force militaire et à la loi martiale[45]. La célérité
avec laquelle on traitait les brigands semble avoir dépendu de la gravité
du problème qu'ils posaient à un moment donné et de la capacité
qu'avait le gouvernement central de s'occuper d'eux[46]. 13) C'étaient les autorités gouvernementales
locales qui avaient la tâche de débarrasser le territoire de la menace
de ces bandes de brigands. C'est ainsi, par exemple, que le code
d'Hammourabi distingue entre saraqu (voler)[47] et habatu (commettre des brigandages)[48]. Le voleur était
un délinquant de droit commun. On pouvait ordinairement le démasquer et
le condamner. Mais dans le cas d'un brigand qui n'était pas pris, « la
ville et le maire dans le territoire ou le district desquels l’acte de
brigandage a été commis » étaient tenus de remplacer ce qui avait été
dérobé; et si la victime avait été tuée, la ville ou le maire devait
payer un maneh d'argent aux héritiers de la personne décédée[49]. Ainsi donc, une lourde responsabilité
incombait aux autorités locales si un brigand – pas un voleur – n'était
pas pris. La différence semble reposer sur la distinction entre « le délinquant
isolé et le groupe organisé... Ce genre de responsabilité civile était
une tentative de protéger l'autorité centrale contre les attaques et
existait, pour des situations semblables, ailleurs dans le monde antique[50]. » En effet,
beaucoup de rois babyloniens, urgaritiques et phéniciens ont laissé des
inscriptions où ils se vantent d'avoir extirpé les brigands de leur
territoire et Ipuwer déplore l'insécurité créée en Égypte par ces
brigands[51].
À ce sentiment de la responsabilité civile vis-à-vis du brigandage était
liée la loi qu’un berger ou un transporteur étaient justiciables en
cas de perte par vol, mais non de perte causée par des brigands, contre
lesquels ils étaient impuissants [52]. 14) Bien que les informations dont nous disposons en
ce qui concerne le châtiment des voleurs soient discutables[53], il était
clair que la peine de mort pouvait être infligée aux brigands[54].
Effectivement, les brigands étaient «souvent exécutés sommairement[55]». Dans un
cas au moins le châtiment fut la crucifixion[56]. La décapitation par l’épée semble aussi être
un mode d'exécution possible[57]. 15) Les chefs de ces bandes de brigands étaient
traités d'une manière particulièrement spectaculaire. Josèphe rapporte
qu'Hérode mit à mort un chef de brigands appelé Ézéchias, qui était
à la tête d'une « grande horde[58] » et note
l'arrestation d'un autre chef de brigands, Éléazar, qui fut envoyé à
Rome pour être jugé, alors qu'il n'était pas citoyen romain[59]. Nous ne savons pas pourquoi il fut envoyé à
Rome; peut-être était-ce en vue d'une humiliation, d'une exécution ou
d’une exposition publique dans le cadre d'un triomphe. 16) Les brigands étaient considérés comme des instruments de la justice
divine. Les méchants étaient assaillis par les attaques tumultueuses
de ces brigands à titre de manifestation du jugement de Dieu. Par
exemple, Osée 7:1 dit : « Lorsque je voulais guérir Israël, l'iniquité
d'Éphraïm et la méchanceté de Samarie se sont révélées... La bande
s'est répandue au-dehors. » Le présent résumé est évidemment très condensé. Il ne rend pas justice à la critique textuelle habile et détaillée que fait le professeur Jackson de toutes ses sources primaires. Il n'essaye pas non plus de montrer les changements subtils de signification ou de jurisprudence qui se sont produits sur la période de plus de mille ans d'où sont issus ces textes de loi antiques. Toutefois, ce qui en découle, c'est une vision assez claire du sujet de cette étude, à savoir qu'il y avait, dans ces civilisations antiques, une différence juridique reconnue entre voleur et brigand. De plus, où que l'on regarde, au Proche-Orient antique, les brigands d'autrefois étaient organisés et actifs d'une manière qui est typiquement la même; ils causaient essentiellement les mêmes problèmes et les autorités gouvernementales locales les traitaient selon des procédures juridiques fondamentalement les mêmes. Ayant ainsi fait ressortir la situation générale dans le Proche-Orient antique, nous sommes maintenant en mesure de comprendre et d’apprécier les passages du Livre de Mormon qui parlent de voleurs ou de brigands. Ces textes emploient invariablement les mêmes distinctions techniques juridiques et culturelles entre voleurs et brigands que leurs homologues israélites[60]. Nous allons maintenant examiner chaque texte du Livre de Mormon à la lumière des caractéristiques énumérées ci-dessus, en notant particulièrement la distinction fondamentale entre les voleurs, membres de la collectivité de la victime, et les brigands, hors-la-loi ou gens du dehors. Les petites plaques de NéphiÉtant donné que le vol et le brigandage ne sont mentionnés que trois fois dans les petites plaques de Néphi, il apparaît que ni l'un ni l'autre ne constituaient une préoccupation sérieuse au début de l'histoire néphite. On peut néanmoins mieux comprendre ces mentions de vol ou de brigandage à la lumière des concepts du Proche-Orient antique. Premièrement, le mot brigand apparaît dans 1 Néphi 3:13. Bien que pas tout à fait dénué d'ambiguïté, le mot brigand semble être utilisé ici dans sa signification technique ancienne. Laban, qui s'est mis en colère contre Laman parce que celui-ci a essayé d'obtenir les plaques d'airain, le jette dehors en disant : « Voici, tu es un brigand et je vais te tuer. » En vertu de la législation ancienne, la peine de mort était d'application pour un brigand. Néanmoins, le lecteur moderne trouve cette accusation hors propos : assurément, autant que nous pouvons l’imaginer, Laman n'avait pas agressé Laban quand « il lui parla tandis qu'il était assis dans sa maison » (3:11); Laman n'avait rien pris non plus sur la personne de Laban ou dans sa présence immédiate, comme l'exigerait la législation anglo-américaine[61]. Comment peut-il alors être accusé d'être un brigand et être menacé d'exécution sommaire ? La réponse peut résider dans l'idée que Laban, qui, étant l’un des édiles municipaux de Jérusalem, devait bien connaître la loi, partait de la justification juridique suivante : Laman pouvait être accusé d'être un brigand parce que ses frères et lui étaient maintenant étrangers à Jérusalem. La bande constituée par sa famille avait quitté la ville et avait installé son camp dans le désert. En fait, Léhi avait été une sorte de délinquant recherché (1:20) et il se peut qu'il ait toujours été considéré comme hors-la-loi[62], de sorte que son groupe – du moins dans le raisonnement de Laban – pouvait être considéré comme une bande de brigands, fuyant la justice et revenant maintenant pour essayer d'obtenir ouvertement la possession de biens. Laban, étant officier militaire (3:31), pouvait incontestablement exercer une autorité martiale sommaire sur un brigand et le tuer, alors qu'il aurait dû faire passer un voleur en justice[63]. Ainsi donc, lorsqu’il qualifie Laman de brigand et le menace par conséquent de mort, Laban n'a pas recours à de vaines métaphores. Elles auraient été suffisantes pour piquer Laman au vif en dépit du fait qu'il aurait certainement pu rétorquer qu'il était innocent de cette accusation. La situation juridique de Laman n’allait pas non plus s’améliorer lorsque les frères revinrent bientôt avec des brassées d'objets précieux (3:22-25). Laman et Lémuel, Sam et Néphi auraient certainement eu du mal à prouver qu'ils étaient propriétaires de ces biens[64] ; ainsi ils auraient pu être encore plus vulnérables face à la fausse accusation de Laban qu'ils étaient des brigands. Deuxièmement, le mot voler (qui devait être ganab en hébreu, la racine signifiant aussi « vol », « voleur », etc.) n'apparaît qu'une fois au cours de cette période, dans 2 Néphi 26:32. Néphi mentionne ici huit commandements donnés par Dieu à tous les hommes (26:33). Les lois de Néphi ressemblent à de nombreux égards à l'ensemble de lois dites noachides, dont il est dit dans la loi juive qu'elles s'imposent à tous les descendants de Noé[65]. Les lois noachides et celles de Néphi sont étroitement apparentées aux dix commandements d’Exode 20, dont le huitième dit : « Tu ne déroberas point (tignob, de la racine ganab). » Ce qui est visé dans les dix commandements, c'est le fait de voler quelque chose à son prochain[66], comme le confirme le fait que le dixième commandement interdit expressément de convoiter les biens de son prochain. C'est donc à juste titre que Néphi utilise le mot voler. Le troisième cas ne concerne pas la distinction juridique entre vol et brigandage. Derrière le texte anglais de 2 Néphi 20:2 et 13 se trouvent différents mots hébreux, bazaz et shasah. Ceux qui « dépouillent (yabozzu) les orphelins » et ont « volé (shoseti) leurs trésors » sont condamnés dans Ésaïe 10:2, 13 (2 Néphi 20:2, 13). Ésaïe parle ici de ceux qui exploitent les pauvres. On trouve la même signification derrière 2 Néphi 28:13, où Néphi (faisant le commentaire de ces paroles d'Ésaïe) condamne les églises qui «dépouillent les pauvres pour leurs beaux sanctuaires[67] ». La période des rois à ZarahemlaComme dans les petites plaques, le livre de Mosiah ne mentionne jamais non plus d’actes de brigandage au pays de Zarahemla. Les brigands n'étaient apparemment pas non plus une menace sérieuse à l'époque pour les Néphites, un fait qui cadre avec la présence du gouvernement central fort qui existait alors. Cependant, quand le vol et le brigandage sont mentionnés au cours de cette période, le vol désigne invariablement le vol au sein de la collectivité et le brigandage vient de l'extérieur. Le brigandage est mentionné dans Mosiah 10:16-17, qui rapporte que les Lamanites accusent Néphi d'avoir « commis un acte de brigandage contre eux » en prenant les plaques d'airain[68]. Ce qui rend plausible cette allégation du point de vue des Lamanites, c'est sans doute le fait que Néphi avait quitté le pays du premier héritage et s'en était allé avec sa propre bande de partisans. Par conséquent, les Lamanites enseignèrent à leurs enfants à rendre la pareille, à « commettre des actes de brigandage et de pillage » contre les Néphites (10:17). Il n'est pas question de vol ici, parce qu'ils n'auraient pas envisagé de « voler » chez ceux qu'ils considéraient comme étant des gens de l'extérieur. En effet, Mosiah 24:7 dit expressément qu'ils pillaient « sauf parmi leurs propres frères ». Ils ne commettent des actes de brigandage que parmi d'autres peuples. Nous voyons ainsi se manifester de nouveau la distinction fondamentale entre le vol dans la collectivité et le brigandage par un groupe extérieur. Le roi Benjamin et son fils, le roi Mosiah, font fièrement rapport de leur administration dans le gouvernement, et Benjamin dit qu'il n'a pas permis à son peuple de commettre « le meurtre, ou le pillage, ou le vol » (2:13) et Mosiah affirme qu'il a enseigné qu’il ne devait pas y avoir de « vol, ni de pillage, ni de meurtre » (29:14, 36). Dans ce contexte, il n'est jamais question que de vol, comme on pourrait s'y attendre dans un rapport sur les affaires internes. Le début de la période des juges : d'Alma à PahoranLa traduction des vingt-quatre plaques d'or d'Éther par Mosiah (Mos 28:17) attira fortement l'attention des Néphites sur les brigands qui avaient été une plaie pour le gouvernement jarédite[69], sur « leurs brigandages, et leurs pillages » (Alma 37:21, où il vaut aussi la peine de remarquer que le vol n'est pas mentionné) et sur leurs serments et leurs accords secrets (Alma 37:27). Les Néphites étaient tellement inquiets de cette menace qu'ils en gardaient les détails secrets[70]. On comprend pourquoi la loi néphite, à cette époque, commence à connaître l'existence du brigandage, comme le montrent les survivances juridiques de la loi de Mosiah et les données juridiques de cette période. Dans le livre d'Alma, on peut trouver trois fragments précieux de la loi de Mosiah qui traitent du vol et du brigandage : Alma 1:18; 30:10, Alma 11:2 et Alma 1:32; 16:18. Le premier, Alma 1:18, explique que, sous la loi de Mosiah, le peuple « [n’osait] pas voler, par crainte de la loi, car de tels hommes étaient punis; [il n’osait] pas non plus commettre des actes de brigandage, ni le meurtre, car celui qui commet le meurtre était puni de mort ». Comme nous l'avons vu précédemment, le vol n'était pas une infraction capitale dans la loi biblique. Il en va de même ici, comme l'implique clairement l'absence, dans Alma 1:18 et 30:10, de toute mention de la peine de mort, sauf pour le meurtre[71]. Le brigandage était-ils une infraction capitale sous la loi de Mosiah ? Il semble, à ce stade de la loi néphite, que ce n'était pas le cas. Alma 1:18 dit simplement : « … ils n’osaient pas non plus commettre des actes de brigandage... » Alma 30:10 (qui paraphrase sans aucun doute la même section de la loi de Mosiah que 1:18) ne parle, lui aussi, de peine capitale que dans le cas du meurtre. Il dit : « [Si un homme] commettait le meurtre, il était puni de mort; et s'il commettait des actes de brigandage, il était également puni... » cela cadrant avec ce que l'on trouve dans le Proche-Orient antique, où les châtiments deviennent moins sévères quand l'autorité centrale est plus fermement établie[72]. Apparemment les brigands ne constituaient pas une menace grave au cours de cette période des juges néphites. Une deuxième disposition de la loi de Mosiah associe les débiteurs défaillants aux voleurs. Alma 11:2 énonce la procédure à suivre, selon la loi néphite, pour percevoir une dette non payée : il dit comment la plainte doit être introduite, comment arrêter le débiteur, sur quelles bases juger l'affaire et les conséquences si le débiteur ne pouvait pas rembourser la dette : il pouvait « [1] payer ce qu'il devait ou [2] être fouetté ou dépouillé[73], ou encore [3] chassé de parmi le peuple comme voleur et brigand ». Comme nous l'avons vu plus haut[74], les débiteurs frauduleux étaient effectivement assimilés aux voleurs dans la législation du Proche-Orient, ce qui est précisément ce que fait la loi de Mosiah, sans confondre le débiteur délinquant et le voleur, mais en le traitant comme s'il était voleur. Pourquoi ce texte ajoute-t-il l'expression « et brigand » ? Était-ce parce que le débiteur frauduleux deviendrait semblable à un brigand, quelqu'un d’extérieur à la collectivité une fois qu'il serait banni ? Est-ce une autre indication que la distinction entre le vol et le brigandage ne constituait pas une préoccupation grave à cette époque de l'histoire judiciaire néphite[75] ? Le choix du châtiment des voleurs, selon la loi de Mosiah, était apparemment laissé à la discrétion du juge. Si le texte doit être lu comme voulant dire « fouetté », on peut établir une relation étroite entre Alma 11:1-2 et Deutéronome 25:1-3, qui dispose comme suit : « Lorsque des hommes, ayant entre eux une querelle,
se présenteront en justice pour être jugés, on absoudra l'innocent, et
l'on condamnera le coupable. Si le coupable mérite d'être battu, le juge
le fera étendre par terre et frapper en sa présence d'un nombre de coups
proportionné à la gravité de sa faute. Il ne lui fera pas donner plus
de quarante coups... » D'autre part, « dépouiller » le coupable de ses vêtements ou de ses cheveux aurait probablement été utilisé comme une forme d'humiliation publique semblable à ce qui se faisait couramment dans la législation du Proche-Orient antique[76]. Il est également possible qu'un coupable plus récalcitrant ait pu à la fois être dépouillé et fouetté[77]. Lorsque l'infraction était encore plus flagrante, le juge pouvait déclarer que le débiteur était essentiellement un voleur et le bannir de la ville, une possibilité pénale convenant pour punir une personne ayant violé les lois du comportement à l'intérieur de la collectivité. On trouve encore une préoccupation pour le brigandage dans la loi de Mosiah et dans Alma 1:32 et 16:18. C'est deux versets énoncent fondamentalement les douze mêmes lois, ce qui indique que c'est probablement la même partie précise de la loi de Mosiah qui se trouve derrière les deux. Et cette loi semble être une extension des huit lois noachides de Néphi (2 Néphi 26:32)[78]. On trouve dans ces deux passages les deux notions de vol et d'acte de brigandage. L'ajout de brigandage à la liste de Néphi confirme de nouveau la prise de conscience croissante des Néphites, au cours de cette période, des problèmes potentiels du brigandage. Cela peut aussi refléter le fait que la société néphite se trouvait maintenant composée de plusieurs groupes fragmentés – Néphites et Mulékites, membres de l'Église et non-membres – et qu'il fallait que la loi veille à interdire non seulement le vol chez les Néphites, mais également le brigandage entre les groupes. De même que la loi de Mosiah montre, au cours de cette période, une préoccupation croissante pour le brigandage, de même les parties narratives du livre d'Alma révèlent des distinctions semblables entre le vol et le brigandage. Encore une fois, il n'est jamais question de brigandage quand il s'agit de son propre peuple. Le brigand commet toujours des actes de brigandage à l'égard de ceux de l'extérieur. Pendant cette première période du règne des juges, les Lamanites sont les seuls qui soient jamais accusés de brigandage. Le terme « brigandage » est utilisé pour décrire le fait que les Lamanites se livraient « à des actes de brigandage » sur les Néphites et les pillaient (Alma 17:14). De même, quand on décrit la méchanceté interne des Néphites, le texte ne parle que des « pillages... qui existaient parmi eux » (50:21). Quand les Lamanites prennent les brebis d'un autre Lamanite, on le décrit non pas comme du brigandage, mais comme « une pratique de piller parmi eux » (18:7). On trouve d'autres indications détaillées de la connaissance de cet élément juridique dans le récit du châtiment sévère que le roi Lamoni inflige à ses serviteurs qui n'ont pas réussi à protéger des pillards les brebis du roi. Comme mentionné ci-dessus, la loi, dans l’Antiquité, rendait les bergers responsables de la perte de brebis par le vol, mais pas par le brigandage[79]. Même en cas de perte due au vol, le fait d'imposer la peine de mort aurait été extraordinairement sévère, bien que non sans précédent lorsque les biens royaux étaient en cause[80]. La peine de mort était encore plus rare dans le cas excusable d'une perte due à des brigands. C'est probablement pour ces raisons que le roi Lamoni lui-même commença à « craindre extrêmement d'avoir mal agi en tuant ses serviteurs; car ils en avaient tué beaucoup...[81] ». Peut-être avait-il été aussi strict avec ses serviteurs parce que le problème était répétitif ou peut-être parce que ses brebis étaient un luxe rare et royal ou peut-être parce qu'il soupçonnait ses serviteurs de complicité avec « leurs frères » (18:6) qui avaient procédé au raid. Peut-être ne pensait-il pas que les serviteurs avaient droit à la protection habituelle de la loi concernant les pertes dues aux brigands parce qu'il ne s'agissait pas de bergers isolés, mais qu'ils auraient dû être capables de résister, bande contre bande, aux pillards. Il essayait peut-être de se justifier légalement en évitant astucieusement d’appeler les agresseurs « brigands », mais, comme le dit le texte, simplement pillards et frères (18:7). Finalement, au cours de cette période, les Néphites (tels que représentés par les fils de Mosiah) et les Lamanites (du moins tels que représentés par Lamoni) se réconcilièrent brièvement. Les Lamanites avaient longtemps accusé les Néphites d'avoir commis des actes de brigandage à leur égard[82], et le père de Lamoni soupçonnait, lui aussi, les fils de Mosiah de venir comme des brigands « afin de se livrer au brigandage contre [leurs] biens » (Alma 20:13). Pour un esprit occidental moderne, il aurait dû les qualifier de voleurs, car si ces fils venaient avec la moindre des mauvaises intentions, ils l’auraient fait subrepticement et de manière trompeuse, car ils n'auraient pas osé faire preuve de violence. Mais dans l'esprit d'un homme d'autrefois, ils venaient comme des brigands dès l'instant où ils entraient dans un groupe en venant de l'extérieur, particulièrement pour essayer de saper le gouvernement par la sédition. En conséquence, le père de Lamoni lui commanda de tuer Ammon « par l'épée ». Ce type d'exécution convenait pour un brigand[83]. Pour contrecarrer ce sentiment que les Lamanites entretenaient depuis longtemps et l'idée que les Néphites étaient des gens de l'extérieur par rapport aux Lamanites, Lamoni décréta, après sa conversion, que les Lamanites devaient être « convaincu[s] qu'ils étaient tous frères et qu'ils ne devaient pas commettre de meurtres, ni de pillage, ni de vol… » (Alma 23:3). Le brigandage n'est pas mentionné ici, étant donné qu'il serait forcément inapplicable une fois que les Néphites étaient définis comme étant des frères et des membres de la même communauté que les Lamanites. Tous les cas où les Lamanites prendraient quelque chose aux Néphites après cet édit seraient donc considérés comme du vol. La fin de la période des juges : de Pahoran II à
Lachonéus II C'est à l'époque où Pahoran II est grand juge que les bandes de brigands commencent à jouer un rôle important dans le Livre de Mormon et la manière dont ils opèrent suit avec précision la façon de faire du brigandage dans le Proche-Orient antique. Les parallèles entre les brigands de Gadianton et leurs équivalents dans l’Égypte, la Mésopotamie, la Palestine, la Grèce et la Rome anciennes ne pourraient être plus complets. Il y a plusieurs raisons qui expliquent pourquoi ces brigands pouvaient parvenir à une telle puissance à cette époque de l'histoire néphite. Les guerres prolongées de Moroni, d’Hélaman et de Pahoran I ont dû laisser le gouvernement central de Zarahemla dans une faiblesse précaire. La capitale Zarahemla elle-même était tombée au cours de ces guerres (Alma 61:5-8) et allait tomber encore deux fois peu de temps après (Hélaman 1:27; 4:5). En outre, la mort des fils d'Alma, Hélaman (62:52) et Shiblon (63:10), du capitaine Moroni (63:3) et du grand juge Pahoran (Hélaman 1:2), pour ne pas mentionner de nombreuses autres pertes à la guerre, ainsi que le départ de Corianton, fils d'Alma (Alma 63:10), tout cela se produisit à quatre ou cinq années d'intervalle, de 57 à 52 av. J.-C., et laissa le gouvernement néphite presque sans dirigeants. Hélaman II devait être jeune, il devait avoir environs 24 ans, lorsqu'il reçut les annales de Shiblon, et son fils Néphi était encore plus jeune, il n'avait probablement que quinze ans quand il succéda à son père dès 39 av. J.-C.[84]. Comme ce fut le cas de l'antique civilisation du Proche-Orient, ces faiblesses rendaient Zarahemla vulnérable aux raids répétés, au pillage, au terrorisme, à la corruption et aux extorsions qui caractérisaient l'activité des brigands. En outre, plusieurs groupes
dissidents au pays de Zarahemla pouvaient facilement gonfler les rangs de
ces bandes de brigands : 1) Malgré la conversion et la proclamation
fraternelle de Lamoni, d'autres Lamanites continuaient à accepter l'idée
que Néphi avait agi comme un brigand vis-à-vis de Laman et ils restaient
disposés à se livrer à des actes de brigandage et à venger leurs torts[85]. 2) Il y avait probablement des Néphites
qui avaient été expulsés en vertu de la loi d'Alma 11:2 et traités de
« brigands ». 3) D'autres Néphites furent
vraisemblablement excommuniés en vertu de la procédure instituée dans
Mosiah 26. Ces Néphites ou d'autres, affiliés aux brigands, étaient spécifiquement
désignés comme « dissidents néphites » (Hélaman 6:38, 11:24; 3 Néphi
1:28). 4) Et les partisans de Néhor n'éprouvaient
qu'une loyauté marginale, mais un antagonisme poussé à l'égard du
régime néphite, 5) Comme c'était aussi le cas des
Zoramites[86].
6) La population mulékite tout entière
constituait une source permanente de citoyens de seconde zone, moins
instruits et n'ayant jamais vraiment un grand rôle dans un gouvernement
dominé par les Néphites, en dépit du fait qu'ils étaient plus nombreux
qu'eux[87].
Les Mulékites alimentèrent très certainement les guerres civiles qui se
déclenchèrent à Zarahemla après l'installation d'Alma comme grand juge
(guerre menée par Amlici dans Alma 2-3) et à l’accession d'Hélaman
aux mêmes fonctions (guerre menée par Zérahemnah dans Alma 44) et de
nouveau après l'accession à ces fonctions de Pacumeni (guerre menée par
Coriantumr dans Hélaman 1)[88].
Plusieurs de ces groupes de brigands apparurent et disparurent au fil des années[89]. Ils étaient devenus un problème grave dans les dernières années des Jarédites (Éther 10:3, 33; 13:26). Indépendamment (Hélaman 6:26), un deuxième groupe apparut, dirigé par Kishkumen et Gadianton, qui avaient échappé à la justice lors des violences qui accompagnèrent la succession de Pahoran II aux fonctions de grand juge. Ce groupe exerça ses activités vers 50-20 av. J.-C. Un autre groupe apparut chez les Lamanites vers 12 av. J.-C., après que les Néphites eurent été mis à genoux par la famine (Hélaman 11:10, 24). Une autre bande, qui était très active en 15-20 apr. J.-C., était dirigée par un homme appelé Giddianhi (3 Néphi 3:9), qui représentait les exclus et dont les mobiles étaient politiques (4:4). Zemnarihah lui succéda brièvement (4:17). Un autre groupe encore se forma vers 30 apr. J.-C., suite à des querelles provenant d'une tentative du gouverneur néphite de limiter l'autorité qu’avaient les juges inférieurs d'imposer la peine de mort (6:21-30); elle était dirigée par un homme appelé Jacob, qui ne tarda pas à prendre ses partisans et à partir vers le nord (7:9-13). Les brigands réapparaissent après la grande paix néphite (4 Néphi 42-46) et continueront à être un facteur majeur jusqu'à la destruction des Néphites (Mormon 1:18; 2:8, 27; 8:9). Les activités de ces groupes de brigands suivent le modèle des seize facteurs décrits au commencement de la présente étude, auxquels les données du Livre de Mormon vont maintenant être comparées : 1) Bien
qu’agissant soit en secret, soit ouvertement (par exemple Hélaman 2:4,
8; 6:17; 3 Néphi 2:17), les brigands du Livre de Mormon étaient quand même
traités de « brigands ». La distinction tannaïtique et occidentale
entre vol secret et brigandage public n'a rien à voir ici. Ce qui est
d'application dans la culture du Livre de Mormon, ce sont les parallèles
avec le Proche-Orient et l'Israël anciens traités plus haut. 2) Au
lieu de cela, la distinction entre ceux de l'intérieur et ceux de l'extérieur
persiste et est fondamentale ici, sans exception. Ces brigands du Livre de
Mormon sont perçus comme des gens de l'extérieur et il est par conséquent
toujours question de « brigands ». D'autre part, quand le livre parle de
méchanceté « parmi les Néphites », il parle toujours de « vol
» (par exemple Hélaman 4:11-12)[90]. 3) On
ne mentionne pas spécifiquement différents types de vol au cours de
cette période, mais on parle d'usurpation du pouvoir politique[91]. De même qu'un éventail d'infractions pourrait être
assimilé au vol, l'usurpation du pouvoir pourrait aussi être facilement
associée aux actes des brigands. 4) Ces
brigands du Livre de Mormon opéraient en groupe. Le mot « bande » (gedud)
apparaît plus de vingt fois (par exemple Hélaman 1:12). Il peut, en
effet, y avoir un lien entre le mot gedud (signifiant «
bande ») et le nom de Gadianton, ce qui est rendu particulièrement
plausible par le fait que ce nom est orthographié Gaddianton [gdd]
dans le manuscrit original du Livre de Mormon[92]. 5) Il ne
fait pas de doute non plus qu’ils étaient organisés en groupes
professionnels. Ils avaient des dirigeants : Kishkumen et Zemnarihah étaient
tous les deux appelés « chef » (Hélaman 2:4; 3 Néphi 4:17); Giddianhi
était appelé « gouverneur » (3 Néphi 3:1, 9) et Jacob « roi » (3 Néphi
7:10). Ils avaient des lois (Hélaman 6:24) aussi bien que leurs serments,
conventions et alliances secrètes, souvent mentionnés (ex. Hélaman
6:21-22). Ils avaient probablement des prêtres pour donner un caractère
officiel à ces serments. Ils étaient sanguinaires et remplis de haine et
de violence (3 Néphi 3:3, 7:11), commettant de nombreux « meurtres
secrets » et étant sans foi ni loi au point de ne pas hésiter à
s'entre-tuer (Hélaman 8:27). Ce qui ne les empêchait pas de subsister en
tant que collectivité, vivant, selon toute probabilité, avec femmes et
enfants (Hélaman 11:33). Ils venaient certainement de groupes sociaux qui
se sentaient exclus, de groupes qui se considéraient comme systématiquement
lésés (voir 3 Néphi 3:4) et d'autres groupes qui se sentaient
socialement rejetés, comme nous l'avons expliqué plus haut. 6) Leur
recours aux serments est bien attesté (Hélaman 1:11 signale un serment
« par leur Créateur éternel »; 6:21, 3 Néphi 3:8). Ils avaient aussi
entre eux des signes de reconnaissance secrets (Hélaman 2:7; 6:22). Leurs
prestations de serment étaient vraisemblablement accompagnées de rituels
sanglants. Quand ils se rendaient au combat, ils étaient couverts de sang
(3 Néphi 4:7) et Mormon dit que les brigands de son époque sacrifiaient
des femmes et des enfants (Mormon 4:14-15, 21) et pratiquaient la magie
(2:10). Il dit aussi que ses ennemis assassinaient leurs prisonniers et dévoraient
leur chair « en signe de bravoure » (Moroni 9:10). 7) L'un
des devoirs principaux de ces brigands était de garder secrète leur
identité (Hélaman 1:11, 2:3, 6:21). Leurs forteresses se trouvaient dans
le désert (2:11) et dans les montagnes (11:25-31; 3 Néphi 1:27, 2:17,
3:20) sauf quand ils réussissaient à infiltrer les centres de
population. 8) Ils
faisaient des raids et lançaient des attaques (3 Néphi 4:19). Les
meurtres de Pahoran et de Cézoram par des brigands déguisés à
Zarahemla rappellent l'assassinat du grand prêtre Jonathan par un brigand
à Jérusalem (Hélaman 1:10, 6:15). Un autre attentat semblable contre Hélaman
faillit de peu réussir (2:5). 9) Semblables
à leurs homologues du Proche-Orient antique, ces brigands prenaient pour
victime le gouvernement local. Ils attaquaient ses dirigeants et détruisaient
ses villes (3 Néphi 2:11). Leur plus grand succès fut l’abdication de
Néphi (Hélaman 5:1-8:7). Ils prétendaient régulièrement au trône et
se le disputaient (3 Néphi
3:10). 10) Ces
brigands étaient militants. Ils arrivaient comme des armées d'invasion,
mettaient des sièges (3 Néphi 4:16), avec une puissance militaire
capable de défier des « armées tout entières » (Hélaman 11:32, 3 Néphi
2:11, 2:17, 4:1, 11). Pourtant ils manquaient clairement de ravitaillement
car, comme les brigands du Proche-Orient, ils vivaient des produits de la
terre (3 Néphi 4:3, 4:19-20). Leur puissance militaire était
terrifiante. De tous leurs ennemis, c'étaient ceux que les Néphites
craignaient le plus : Mormon les désigne comme étant la cause principale
de la chute et de la destruction presque totale des Néphites (Hélaman
2:13-14). Leurs attaques étaient si grandes et si terribles qu'on n'avait
jamais connu un « aussi grand massacre parmi tout le peuple de Léhi
depuis qu'il avait quitté Jérusalem » (3 Néphi 4:11)[93]. 11) Tout
comme les brigands d'Égypte étaient susceptibles d'exiger une rançon,
Giddianhi tente d'extorquer à Lachonéus ses villes, ses terres et ses
possessions sous peine de destruction par l'épée (3 Néphi 3:6). On dit
qu'en Égypte les brigands exigeaient le quart des biens menacés. Ici,
les brigands veulent aussi une part, puisqu'ils proposent de faire des Néphites
leurs « associés » (3:7). Giddianhi pense sans doute proposer une rançon
raisonnable, puisque, précédemment, les Néphites s'étaient montrés
disposés à s'unir aux brigands et à traiter avec eux : Les Néphites «
les soutinrent... et [participèrent] à leurs butins... » (Hélaman
6:38), de la même manière que Josèphe accuse Albin de recevoir des
pots-de-vin des brigands de Judée. 12) On ne
fait pas grand-chose, à cette époque, pour poursuivre les brigands
judiciairement. Hélaman envoie des soldats à la poursuite de Gadianton,
qui s'enfuit, craignant qu'on ne le fasse tuer (Hélaman 2:11). Il est peu
probable qu'il y aurait eu un procès quelconque si Gadianton avait été
pris, car Hélaman avait envoyé des hommes à la poursuite de ces
assassins « afin qu'ils fussent exécutés selon la loi » (2:10).
De même, les Lamanites traquèrent la bande des « brigands » (6:37), en
utilisant « tous les moyens qui étaient en leur pouvoir » (6:20) et les
détruisirent totalement dans les territoires Lamanites (6:37). « Une armée
d'hommes forts » fut envoyée dans le désert pour « découvrir » et «
détruire » les brigands qui apparurent après la famine de Néphi
(11:28). Giddianhi fut « rattrapé et tué » (3 Néphi 4:14), alors
qu'on aurait pu le faire prisonnier. Les brigands de l'armée de
Zemnarihah qui ne voulaient pas se rendre furent sommairement exécutés
(3 Néphi 4:27) et même les prisonniers étaient « condamnés et punis
selon la loi » (5:5, ils auraient été exécutés pour meurtre si pas
pour brigandage), s'ils ne voulaient pas faire alliance « de ne plus
commettre de meurtres » (5:4). Le brigandage tombait donc clairement sous
la juridiction de la loi martiale. 13) De même,
débarrasser le pays des brigands était la responsabilité du
gouvernement. Hélaman prend des dispositions officielles (Hélaman 2:10),
de même que Néphi (11:28). Le gouvernement de Lachonéus regroupe les Néphites
et construit des fortifications contre les brigands (3 Néphi 4:3-5). Dans
de tels cas, on n'a pas besoin de plaignants privés, comme cela se
faisait habituellement pour intenter des procès civils dans les tribunaux
du Proche-Orient ancien. De plus, le gouvernement se considérait comme
responsable : ce n'est que parce qu'ils « n'étaient pas connu[s] de ceux
qui étaient à la tête du gouvernement » que les brigands ne furent pas
« détrui[ts] et balay[és] du pays » (Hélaman 3:23). Mormon se donne
la peine d'exonérer Hélaman de toute insinuation que celui-ci aurait
permis de quelque façon que ce soit que les serments secrets des brigands
jarédites filtrent des annales confiées à sa garde (6:26). Dans le même
ordre d'idées, chaque fois que les brigands étaient battus, le
gouvernement s'en vantait ou recevait des éloges pour ce succès (Hélaman
6:37, 11:10, 4 Néphi 17). 14)
Comme nous l'avons déjà montré, la peine de mort était infligée
sommairement aux brigands de cette époque de l'histoire néphite. Le type
d'exécution pour Zemnarihah fut la pendaison, forme d'exécution liée à
la crucifixion[94].
15) La mort
des chefs de brigands était particulièrement spectaculaire. L'exécution
de Zemnarihah fut un spectacle public où tout le peuple psalmodiait à
l'unisson de bruyantes incantations et supplications et chantait, louait,
se réjouissait et jubilait (3 Néphi 4:28-33)[95]. La mort de
Kishkumen (Hélaman 3:9) et celle de Giddianhi (3 Néphi 4:14) sont également
rapportées triomphalement. 16) Enfin,
les brigands, dans le Livre de Mormon, sont également considérés comme
des instruments du jugement divin. Il s'abattaient sur le peuple comme un
« grand mal... à cause de son iniquité » (Hélaman 11:34). Mormon voit
dans les brigands des instruments de mort et de terreur envoyés par Dieu
pour châtier son peuple (12:3). Il est possible que la présence de
brigands dans le pays du nord ait été « la grande malédiction » que
l'on disait régner dans ce pays (3 Néphi 3:24). Quoi qu'il en soit, le
seul espoir de délivrance était la justice : « Comme le Seigneur vit,
si vous ne vous repentez pas de toutes vos iniquités et n'implorez pas le
Seigneur, vous ne serez en aucune façon délivrés des mains de ces
brigands de Gadianton » (3:15). Dans la même veine, Néphi invoque Dieu
pour qu'il soit finalement apaisé « par la destruction de ces hommes méchants
» et qu'il ait pitié des Néphites (Hélaman 11:11). Nous avons ainsi expliqué chaque apparition des mots « brigand », « acte de brigandage », « vol » ou « voleur » dans le Livre de Mormon.[96] En conclusion, il est clair que l'on trouve dans le
Livre de Mormon quasiment les mêmes distinctions juridiques et
culturelles entre voleur et brigand que dans la législation israélite et
celle du Proche-Orient antique. Ces distinctions sont constamment
maintenues dans tout le Livre de Mormon. De plus, l'histoire interne du
Livre de Mormon explique abondamment l'évolution juridique que nous
trouvons dans ce texte, aussi bien que l'accession au pouvoir et le
traitement de ces bandes de brigands. Il est extrêmement peu probable que Joseph Smith ait pu détecter ces distinctions juridiques ou déduit ces modèles historiques d'après l'information que lui aurait fourni son environnement du 19e siècle. Par exemple, Jahn's Biblical Archaeology[97] parle du châtiment du vol, mais ne fait absolument aucune allusion à des idées telles que celles du professeur Jackson et ne parle pas du tout de brigands. De même, si Joseph Smith s'était fié à la King James[98], il serait tombé dans l'erreur, car cette traduction n'est pas cohérente dans ce domaine. Le mot voleur est correctement utilisé dans Matthieu 6:19 pour traduire kleptaï, mais est utilisé incorrectement dans « une caverne de voleurs ». En outre, comment peut-on, dans la parabole du bon Samaritain, « tomber au milieu de voleurs » dans Luc 10:30[99]? C'étaient des brigands de grand chemin et le grec lestaïs aurait dû être traduit par « brigands » ! Comment peut-on dire que Jésus a été crucifié entre deux « voleurs » dans Matthieu 27:38 (lestaï)[100] alors que le même mot (lestês) est traduit par « brigand » pour décrire Barabbas (Jean 18:40)[101] ? Imprégné de la terminologie de la King James, Joseph Smith aurait supposé instinctivement qui n'y avait pas de différence importante dans la loi biblique entre voleur et brigand[102]. De plus, le droit coutumier anglo-américain aurait donné à Joseph Smith une vision tout à fait différente des choses, contraire à de nombreux égards aux usages que l'on trouve dans le Livre de Mormon. Il faudrait un traitement complet pour expliquer les lois anglaises concernant theft (vol) et robbery (brigandage) et refaire l'histoire compliquée de la façon dont les institutions juridiques britanniques et européennes ont été transplantées dans chacune des colonies américaines[103], mais on peut faire certaines observations générales. En Angleterre, robbery était un délit contre la personne. Il impliquait « le fait de prendre de manière criminelle, sur la personne d'autrui, de l'argent ou des biens ayant une valeur quelconque, en inspirant la peur... Le vol doit être aux dépens de la personne[104] ». Les robbers (brigands) étaient généralement des bandits de grand chemin, c'étaient des dandys costumés, qui dépouillaient les voyageurs et se faisaient parfois passer pour des invités aristocratiques, afin de financer leur grande vie et leur passion du jeu[105]. Les mots theft et robbery étaient souvent utilisés comme synonymes en Angleterre, comme dans l'Act for Better Preventing Thefts and Robberies (loi pour une meilleure prévention du vol) de 1751[106]. Le terme robbery semble avoir été rarement utilisé en Amérique où les bandits de grand chemin n'étaient pas une grande menace. Par contre, le vol simple (larceny) était un délit contre les biens personnels. Elle impliquait « le fait de soustraire à la possession » de quelqu'un d'autre[107]. Donc « si une personne obtient légalement la possession de biens et par après en fait mauvais usage, ce n'est pas un délit (felony) »[108]. Le vol (theft) était un des délits les plus odieux et souvent les plus poursuivis dans les colonies de New York et du Massachusetts, mais robbery était rare[109]. Ainsi donc, l'usage juridique anglo-américain contemporain était, à de nombreux égards, différent de la conception du vol (theft) et du brigandage (robbery) dans le Livre de Mormon[110]. Par contre, la législation ancienne nous fournit des informations complètes et dignes de foi permettant de comprendre le Livre de Mormon dans ce domaine. Grâce à elle, le lecteur moderne apprécie les préoccupations et la terreur mortelle que tous les peuples de l'Antiquité, y compris les Néphites, ont dû sentir fasse à l'horrible menace des brigands. Grâce à elle, le lecteur moderne peut également rejeter d'autres tentatives faciles d'expliquer le Livre de Mormon comme étant un roman du 19e siècle[111], et il peut voir que la comparaison entre ces brigands et les « guérilleros terroristes » du 20e siècle n'est pas exhaustive[112]. Grâce à elle, le lecteur moderne peut apprécier la manière précise et complète dont le Livre de Mormon reflète cet aspect de la législation et de la société du Proche-Orient antique – abondant en concepts juridiques techniques différents de ceux de la législation anglo-américaine et débordant de distinctions juridiques et de pathologies sociales étrangères à Joseph Smith, qu'il n'aurait pas pu connaître et auxquels même ses contradicteurs contemporains les plus capables n'auraient jamais pensé.
[1] Voir son article «Some Comparative Legal History: Robbery and Brigandage», Georgia Journal of International and Comparative Law 1, 1970, pp. 45-103 (cité sous «Robbery»), son livre Theft in Early Jewish Law, Oxford, Clarendon Press, 1972 (cité sous «Theft») et le chapitre «Principles and Cases: The Theft Laws of Hammurabi», dans ses Essays in Jewish and Comparative Legal History, Leyde, E. J. Brill, 1975, pp. 64-74 (cité sous «Principles and Cases»). [2] Par exemple, H. Lutz, «The Alleged Robbers' Guild in Ancient Egypt»,
University of California Publications in Semitic Philology 10, 1937,
pp. 231-42. [3] Jackson, Theft, pp. 2-5. Voir, pour un traitement général, H.
Botterweck & H. Ringren, Theological Dictionary of the Old
Testament, II:456-60. [4] Voir aussi Boaz Cohen, Jewish and Roman Law, New York, Jewish
Theological Seminary, 1966, p. 511 n. 177. [5] 1er s. av. J.-C.-2e s. apr. J.-C. Les tannaïm sont les sages qui sont à l’origine de la Michna, ou commentaire de la Loi, une partie du Talmud. – N. d. T. [6] Jackson, Theft, pp. 20, 26. Jackson pense que cette évolution a été influencée par les notions grecques de klopês (vol secret) et lopodusia (brigandage), décrites plus en détail dans D. Cohen, Theft in Athenian Law, Munich, C. H. Beck, 1983, pp. 79-83. Lopodusia comprend certaines espèces, mais probablement pas toutes, de brigandage. Étant une évolution plus tardive, cette distinction ne devait pas être d'usage courant du temps de Léhi. [7] Période antérieure avant la déportation des Juifs par les Babyloniens (6e s. av. J.-C.). – N. d. T. [8] Jackson, «Robbery», p. 46. La distinction entre prendre en cachette et
ouvertement était cependant une notion occidentale populaire courante
du temps de Joseph Smith. En 1828, le mot «thief» était défini
comme «quelqu'un qui prend en secret…» Le «thief» (voleur) prend
le bien d'autrui en cachette, le «robber» (brigand) par la force
ouverte. Webster's American
Dictionary of the English Language, New York, S. Converse, 1828. [9] Jackson, «Robbery», p. 46. «ganav est utilisé avant tout comme un acte d'une personne, membre de la collectivité… est normalement appliqué à la personne de l'intérieur lésée» Theft, pp. 6, 8. [10] Jackson, Theft, p. 10. [11] Ensemble des images et des sentiments qu’un mot évoque dans l’esprit d’une personne. – N. d. T. [12] Jackson
démontre que gannab en est venu à désigner le «raider» venue de
l'extérieur quand le sens de gazlan a évolué pendant la monarchie,
pour passer au sens d'exploitation économique, à une époque où la
puissance de l'autorité centrale augmentait. Plus tard, listis
(emprunté au grec par l'hébreu rabbinique) et gedud ont été utilisés
pour désigner ces brigands et bandits, lorsque la distinction tannaïtique
s'est dégagée entre le fait de prendre en secret et ouvertement pour
les racines ganab et gazal, dont on a parlé plus haut. Jackson, Theft, pp. 10, 33. [13] Jackson, Theft, pp. 17-18. Exode 22:3, 6, 8. [14] Jackson, Theft, p. 17, notes 5-6. [15] Jackson, Theft, p 91, note 4. Philon, De Decal., p. 171. [16] Jackson, Theft, pp. 9, 14, 33. De même, shod, peshat, bazaz et pariz. [17] Jackson, «Robbery», pp. 45, 64; Theft, p. 6. [18] III.9, cité dans Lutz, p. 233. [19] Par exemple, Ulpien réclamait plus de trois ou quatre individus pour constituer un groupe d'émeutiers. Digest 47.8.4.3-6; Jackson, «Robbery», p. 77. La législation anglo-saxonne définissait une bande comme un groupe composé de sept à trente-cinq individus. Idem, p. 90. [20] Lutz, p. 240. [21] Antiquities 15, p. 348. On trouvera une analyse haute en couleurs des écrits de Josèphe dans ce domaine dans David M. Rhoads, Israel in Revolution, Philadelphie, Fortress, 1976, surtout pp. 159-62. [22] I.80.1.2, cité dans Lutz, pp. 239-41. [23] War 1, p. 312; Antiquities 17, p. 346; Jackson, Theft, p. 34; voir aussi Lutz, p. 233. [24] Lutz, p.
241; voir aussi pp. 234, 236. En 76 av. J.-C., à Rome, les remous
domestiques dégénérèrent en «des bandes armées d'esclaves
courant dans la nature», état de choses qui donna lieu à l'édit de
Lucullus contre les bandes de brigands (hominibus coactis). Jackson, «Robbery», p. 70. [25] War, p. 408. Le grec signifie ici probablement plus que simplement ils «jurèrent ensemble» (synomnymenoï), mais aussi que leur serment était propre à leur bande ou habituel chez elle (kata lochous). [26] Lutz, p. 242. Lors d'autres prestations de serment de ce genre, on buvait le sang de victimes humaines massacrées, cf. Hérodote III.11; Lutz, p. 240. [27] Achille Tatius, II.12.1. Lutz, pp. 240-41. [28] Jackson, Theft, pp. 6-7. |