La véracité de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est indissolublement liée à l’authenticité du Livre de Mormon. Ou bien celui-ci est véritablement le document historique qu’il affirme être, et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d’autre, que ce soit au 19ème siècle ou de nos jours, n’aurait pu en être l’auteur, ou bien c’est un faux, et alors il sera inévitablement démasqué par les progrès des connaissances scientifiques, et l’Eglise se révélera être une fausse église. Or, depuis une cinquantaine d’années, les indices en faveur de l’authenticité historique du Livre de Mormon n’ont cessé de se multiplier au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon (et l’Eglise) en doute ne peut plus – s’il est intellectuellement honnête – les ignorer. L’article suivant traite d’un de ces indices.

 

La trente-quatrième année :

La grande destruction de 3 Néphi vue par un géologue

 

Bart J. Kowallis[1]

BYU Studies 37/3 (1997-98), pp. 137-90

 

Les recherches géologiques et les récits de témoins oculaires d’activités volcaniques laissent penser que les destructions massives décrites dans 3 Néphi ont vraisemblablement été causées par une explosion volcanique.

 

Il y a environ trois cents ans, une éruption volcanique cataclysmique se produisait au large de la côte nord-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il n’existe pas d’histoire écrite de cette éruption, mais les légendes locales concernant cet événement abondent. En 1970, Russell Blong commença à recueillir ces légendes et à reconstituer les effets de l’éruption[2]. Les légendes en question appellent cette période « le temps des ténèbres » :

 

« Je vais vous raconter l’histoire des ténèbres. Je vais raconter l’histoire des grandes ténèbres qui sont apparues dans cette région. Je ne les ai pas vues. On me l’a dit et c’est ainsi que je le sais.

 

C’était pendant qu’ils étaient endormis, pendant la nuit, qu’il a fait si noir sur cette terre, et ils sont restés couchés pendant trois nuits environ. Et quand ils ont pris des torches, et sont montés sur les collines, et ont fait des signaux, allant avec des torches dans le noir absolu, ils ont dit : Pouvez-vous voir ma torche ? Mais les torches n'éclairaient pas l’endroit !  C'est pourquoi ils ont dit : Non !

 

Ceci est arrivé de nombreuses fois. Et quand ils avaient envie de dormir et qu'il aurait dû faire nuit, ils dormaient. Et quand il aurait dû y avoir de la lumière, ils s’éveillaient et se levaient, et ne cessaient de regarder et de regarder, et ils allumaient des torches et montaient sur les collines, en disant : Voyez-vous ma torche ? Et d'autres disaient : Voyez-vous ? Et ils regardaient tout autour d’eux. Mais ils ne les voyaient pas[3]. »

 

Les légendes racontent qu'après l’éruption, d'autres phénomènes se produisirent en même temps que  les ténèbres. La plupart disent qu'elles durèrent de deux à quatre jours[4]. L’une d’elles raconte que les ténèbres furent annoncées par des tonnerres, des éclairs et des secousses[5]. Une autre raconte qu'une tempête était en route et qu'il y avait des bruissements et des sifflements dans l’air[6]. D'autres décrivent des vents, des tremblements de terre, des inondations, des bruits terribles, des fumées et des changements inhabituels de température[7]. Beaucoup de personnes moururent sous l'effondrement de leur hutte, à cause des fumées ou des blessures infligées par les retombées de cendres brûlantes, les chutes de pierres, la famine et d'autres causes[8]. Le long des régions côtières, les arbres et les cultures furent détruits par des inondations[9]. Selon un récit : « Tous les mauvais hommes, les perturbateurs, ceux qui avaient de mauvaises pensées, les voleurs, etc.  moururent au cours des ténèbres[10]. »

 

D'après Blong, les récits des indigènes sont étonnants, non seulement parce qu'ils ont survécu pendant trois cents ans, mais aussi parce que, à part un peu d'exagération et d'embellissements, « La véracité des histoires peut être vérifiée par l’observation sur le terrain[11] ». Aucun des récits ne donne un tableau complet de l'événement, mais mis ensemble, ils donnent une bonne idée de ce qui se passe lors d'une explosion volcanique.

 

La distribution et l'épaisseur des cendres provenant de cette éruption, seuls indices matériels qui aient survécu, permettent d’en estimer l'ampleur et les effets associés qui l’ont probablement accompagnée. Toutes les conclusions basées sur ces indices matériels concordent bien avec les traditions orales.

 

Sur ce qui reste d’une stèle égyptienne, on trouve un deuxième récit, beaucoup plus ancien, d'un temps de ténèbres, que l'on a rattaché à la grande éruption volcanique (env. 1500-1450 av. J.-C.) dans l'île de Santorin (Thera), située à environ 110 km au nord de l'île de Crète[12]. L'inscription de la stèle  dit, entre autres :

 

« Les dieux  transformèrent le ciel en une tempête de pluie, avec des ténèbres dans la région de l’ouest et le ciel déchaîné sans arrêt, plus fort que les cris des masses, plus puissant que […]. [tandis que la pluie faisait rage (?)] sur les montagnes, plus fort que le bruit de la cataracte qui est à Eléphantine. Toutes les maisons, tous les quartiers qu’ils atteignirent […] flottant dans l’eau comme des esquifs en face de la résidence royale pendant une période de […], tandis qu’on ne pouvait pas allumer de torche dans les Deux Terres.[13]

 

Il y a un autre récit historique qui ressemble d’une manière fort détaillée aux légendes de Nouvelle-Guinée sur le temps de ténèbres et aussi au récit égyptien. Ce récit est vieux de près de deux mille ans et se trouve dans 3 Néphi dans le Livre de Mormon :

 

« Et il arriva que la trente-quatrième année, le premier mois, le quatrième jour du mois, il s'éleva un grand orage, comme on n'en avait jamais connu de pareil dans tout le pays. Et il y eut aussi une grande et terrible tempête, et il y eut un tonnerre terrible, de sorte qu'il fit trembler la terre entière, comme si elle était près de se fendre. Et il y eut des éclairs extrêmement vifs, comme on n'en avait jamais connu dans tout le pays. Et la ville de Zarahemla prit feu. Et la ville de Moroni s'enfonça dans les profondeurs de la mer, et les habitants en furent noyés. Et la terre fut soulevée sur la ville de Moronihah, de sorte qu'au lieu de la ville il y eut une grande montagne. Et il y eut une grande et terrible destruction dans le pays situé du côté du sud. Mais voici, il y eut une destruction encore plus grande et plus terrible dans le pays situé du côté du nord; car voici, la surface tout entière du pays fut changée à cause de la tempête, et des tourbillons, et des tonnerres, et des éclairs, et du tremblement extrêmement grand de toute la terre; et les grandes routes furent fragmentées, et les routes plates furent abîmées, et beaucoup de lieux nivelés devinrent raboteux.

 

« … Et voici, les rochers furent fendus en deux; ils furent fragmentés sur la surface de toute la terre, de sorte qu'on les trouva en fragments brisés, et en crevasses, et en fissures, sur toute la surface du pays. Et il arriva que lorsque les tonnerres, et les éclairs, et l'orage, et la tempête, et les tremblements de la terre finirent, car voici, ils durèrent environ trois heures… et alors, voici, il y eut des ténèbres sur la surface du pays. Et il arriva qu'il y eut des ténèbres épaisses sur toute la surface du pays, de sorte que ceux de ses habitants qui n'étaient pas tombés pouvaient toucher la vapeur des ténèbres; et il ne pouvait y avoir aucune lumière à cause des ténèbres, ni lampes, ni torches; et il était impossible d'allumer du feu avec leur bois fin et extrêmement sec, de sorte qu'il ne pouvait pas y avoir de lumière du tout. Et on ne voyait aucune lumière, ni feu, ni lueur, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles, tant étaient grands les brouillards de ténèbres qui étaient sur la surface du pays. Et il arriva que pendant trois jours, on ne vit aucune lumière…

 

« Et c'était la partie la plus juste du peuple qui avait été sauvée, et c'étaient ceux qui avaient reçu les prophètes et ne les avaient pas lapidés, et c'étaient eux qui n'avaient pas versé le sang des saints, qui avaient été épargnés et ils avaient été épargnés et n'avaient pas été engloutis et ensevelis dans la terre; et ils n'avaient pas été noyés dans les profondeurs de la mer; et ils n'avaient pas été brûlés par le feu, et ils n'avaient pas non plus été recouverts et écrasés au point d'en mourir; et ils n'avaient pas été emportés dans le tourbillon; ils n'avaient pas non plus été accablés par la vapeur de fumée et de ténèbres. » (3 Néphi 8:5-13; 18-23; 10:12-13; ces passages seront dorénavant cités sans mention de référence).

 

Ce récit de destruction, que l’on trouve dans 3 Néphi, m’a toujours fasciné, depuis la première fois que j’ai lu l’histoire dans mon enfance jusqu’à ce jour. C’est le récit de ce qui, à première vue, semble être un événement ou un groupe d’événements complexe qu’il serait difficile de ramener à une cause unique. En fait, j’ai souvent entendu d’autres saints des derniers jours dire que tout le relief de l’Amérique du Nord et du Sud et de l’Amérique centrale que nous voyons aujourd’hui s’est formé à ce moment-là, si grande fut la destruction. Or, l’idée que la totalité de la surface du continent ait pu être bouleversée va à l’encontre de toutes les données géologiques dont nous disposons. Je crois qu‘en examinant le récit de 3 Néphi dans le détail, nous verrons qu’il décrit un événement plus localisé, un événement qui cadre bien avec la conception d’une géographie restreinte entretenue par beaucoup de spécialistes du Livre de Mormon[14].

 

Le récit de 3 Néphi ne peut toutefois pas s'expliquer uniquement comme un tremblement de terre massif et comme une violente tempête, car aucun de ces deux désastres naturels ne peut expliquer tous les éléments décrits. Par contre, tous les éléments du récit peuvent être expliqués par un phénomène naturel d'un type précis qui ne se produit que dans certains cadres géologiques : une éruption volcanique explosive semblable à celle de Papouasie-Nouvelle-Guinée et à l'éruption de Santorin. Je ne suis certainement pas le premier à reconnaître cet événement pour ce qu'il est, mais j'espère décrire ici plus complètement les événements qui se sont produits et démontrer qu'ils peuvent tous s'expliquer dans le contexte d'une seule éruption volcanique explosive[15].

 

Événements qui se sont produits pendant la destruction

 

La diversité des phénomènes et des lieux mentionnés dans le récit de 3 Néphi est considérable, ce qui indique que l'événement a vraisemblablement touché un territoire assez vaste et que l'auteur a dû attendre et accumuler des informations d'un peu partout dans le pays avant de faire son récit; il est peu vraisemblable qu'il ait été personnellement témoin de tous les événements. Les annales néphites avaient conservé une certaine connaissance du type de destruction qui allait se produire. Le prophète Zénos avait prédit les phénomènes physiques qui se produiraient à la mort du Sauveur (1 Néphi 19:10-13). Écrit des siècles avant les événements rapportés dans 3 Néphi, 1 Néphi préserve la prophétie de Zénos selon laquelle y aurait « les tonnerres et les éclairs de son pouvoir,... la tempête,... le feu, et... la fumée , et... la vapeur de ténèbres, et... la terre qui s'entrouvrira, et... les montagnes qui seront soulevées... les rochers de la terre se fendront; [et les] gémissements de la terre » et trois jours de ténèbres[16]. Il est évident que lorsque l'on a cette prophétie à l'esprit, la terminologie utilisée dans 3 Néphi devient plus spécifique et plus descriptive, définissant clairement le genre d'événements qui se sont produits en accomplissement de cette prophétie. Par exemple, des expressions telles que « des éclairs extrêmement vifs », « la terre soulevée sur la ville », « les rochers... fragmentés sur la surface de toute la terre », « des ténèbres épaisses  [que l'on pouvait] toucher », « aucune lumière », « vapeur de ténèbres » et « vapeur de fumée » sont des expressions-clefs dans l'interprétation de ces passages d'Ecriture. L'auteur veut que nous sachions que les éclairs n'étaient pas des éclairs habituels, mais plutôt quelque chose d'extraordinaire, que d'une certaine façon la terre s'est soulevée (quelque chose qui n'arrive pas habituellement), que les rochers n'ont pas simplement été morcelés le long d'une faille étroite, mais ont été dispersés à travers tout le pays, que les ténèbres étaient inhabituelles, des ténèbres que l'on pouvait toucher et qui étaient si intenses qu'on ne pouvait pas voir de lumière, et qu'il y avait des vapeurs de fumée qui accompagnaient les ténèbres.

 

La liste complète des événements dont 3 Néphi dit qu'ils se sont produits au cours de la destruction comporte les éléments suivants :

 

  1. Un grand orage (8:5)

  2. Une grande et terrible tempête (8:6, 12, 17; 10:14)

  3. Un tonnerre terrible (8:6, 12, 17)

  4. Un tremblement de toute la terre (8:6, 12, 14, 17, 19; 10:9)

  5. Des éclairs extrêmement vifs (8:7, 12, 17)

  6. Des villes en flammes (8:8, 14, 24; 9:3, 9-10; 10:13-15

  7. Des villes qui s'enfoncent dans la mer (8:9; 9:4, 7; 10:13)

  8. La terre soulevée sur des villes (8:10, 14, 25; 9:5; 10:13)

  9. Des villes qui sont englouties et enterrées (9:6, 8; 10:13-14)

10. Un changement de toute la surface du pays (8:12, 17)

11. Des tourbillons (8:12, 16; 10:13-14

12. Les grandes routes et la terre fragmentées (8:13)

13. Destruction des villes et de leurs habitants (8:14, 15)

14. Fragmentation et dispersion des rochers (8:18; 10:9)

15. Une durée de trois heures des premiers événements (8:19)

16. Des ténèbres épaisses pendant trois jours (8:19, 22, 23; 10:9, 13)

17. Des ténèbres palpables (8:20)

18. Ni feu ni lampes (8:21)

19. Du bois très sec (8:21)

20. Des vapeurs de fumée (10:13-14)

21. Des objets qui écrasent des gens dans leur chute (10:13)

 

Le volcanisme explosif

 

Chacun des événements cités ci-dessus a été constaté dans les éruptions volcaniques explosives et sera examiné plus loin en détail. Mais d'abord, il est important de déterminer où se produit le type d'éruption volcanique requis pour produire ces effets et de voir si ces endroits sont compatibles avec les idées actuelles concernant la géographie du Livre de Mormon.

 

On trouve habituellement les volcans dans trois cadres géologiques très différents de par le monde. Ceux-ci se trouvent : 1) le long des bords de deux plaques tectoniques, là où elles s'écartent; les géologues les appellent rifts ou zones de fracture, 2) le long des bords de deux plaques, là où elles se rapprochent, ce que l'on appelle zones de subduction 3) et à l'intérieur des plaques tectoniques, à des endroits appelés point chauds. Les volcans qui se forment aux endroits des rifts, ou zones de fracture, sont habituellement constitués de nombreuses coulées de lave liquide, qui se répandent en largeur en forme de bouclier, ce qui donne à ces volcans leur nom de volcans boucliers [volcans dits de type hawaïen, n.d.t.]. Leurs éruptions sont rarement violentes et sont la plupart du temps suffisamment légères pour qu'une famille puisse se rassembler, monter sur une colline pour avoir une bonne vue, éviter les coulées de lave incandescente et regarder en toute sécurité.

 

Par contre, les volcans qui se forment dans les zones de subduction sont très différents. Le magma qui se trouve sous la surface de ces volcans est épais et visqueux, et contient plus d'eau et d'autres gaz que les coulées tranquilles des volcans de type hawaïen. Cette roche épaisse, pâteuse, en fusion, est si visqueuse que quand elle est poussée vers la surface, elle ne coule pas loin, mais crée plutôt des volcans coniques, aux flancs escarpés, appelés strato-volcans. Ces volcans sont souvent très beaux et sont fort admirés par les touristes. Des montagnes telles que le mont Fuji, le mont Ranier, le pic Lassen et le mont St. Helens font partie de cette catégorie de volcans.

 

Mais si ces montagnes sont belles, elles n'en sont pas moins extrêmement violentes et dangereuses. À certains moments, le magma pâteux et visqueux qui se trouve dans le volcan bouche la cheminée de celui-ci, empêchant la pression du magma souterrain de se relâcher.

 

Avec le temps, la pression exercée par les gaz en dessous de la surface devient si forte que la montagne s'effondre ou explose, tout comme une cocotte-minute explose si la soupape de sûreté est coincée et que la pression qui augmente, parce que la casserole chauffe, ne peut pas se libérer. Quand la pression est libérée dans la chambre souterraine, les gaz se séparent du magma liquide et se détendent, ce qui fait exploser violemment le volcan. Dans beaucoup de cas, le dégazage du magma se produit si rapidement que la chambre souterraine ne peut pas supporter le poids de la roche qui est au-dessus d'elle. Cette roche s'effondre dans la chambre souterraine, ce qui fait encore sortir de la lave en fusion et crée une dépression, appelée caldeira, à l'endroit où se trouvait le volcan. Le Crater Lake en Oregon est un bon exemple de la caldeira qui reste après l'explosion d'une montagne.

 

Les volcans des points chauds peuvent produire soit des éruptions légères de lave fluide, soit des éruptions explosives très violentes, selon que l'éruption a lieu dans un bassin océanique ou sur un continent. Si le point chaud est un bassin océanique, les éruptions sont généralement très légères, comme dans les îles Hawaï. Mais si le point chaud est situé sous un continent, les éruptions sont généralement beaucoup plus violentes, semblables à celles qui se produisent dans les zones de subduction.

 

Ce sont les éruptions explosives violentes des volcans liés à la subduction ou aux points chauds continentaux qui peuvent expliquer les événements de 3 Néphi. Plusieurs de ces éruptions explosives se sont produites et ont été soigneusement décrites. Les éruptions du mont St. Helens (1980, Etat de Washington), d'El Chichón (1982, Mexique), de Nevado del Ruiz (1985, Colombie), du mont Pinatubo (1991, Mexique) et d'autres volcans de ce type au cours des quelques décennies écoulées ont donné aux savants la possibilité de se documenter avec plus de précision et plus complètement sur les phénomènes qui les accompagnent. Toutefois, toutes ces éruptions récentes ont été assez petites quand on les compare à d'autres éruptions des temps historiques. Le mont St. Helens, par exemple, a projeté un volume de roches équivalent à un bloc de 1.600 m de large sur 1.600 m de long et 1.200 m d'épaisseur. Le mont Pinatubo a projeté huit à dix fois cette quantité. Cependant, au cours de l'éruption de Tambora, en avril 1815, dans l'île de Sumbawa, en Indonésie, c'est un volume cent fois plus grand que celui de l'éruption du Mont St. Helens de 1980 qui a été éjecté[17].

 

Il faut en dire ici, au passage, un peu plus sur l'éruption de Tambora. En 1815, la famille de Joseph Smith venait de connaître une deuxième année de sécheresse à Norwich (Vermont)[18], et avait désespérément besoin d'une bonne récolte en 1816. Malheureusement, il ne devait pas en être ainsi. La poussière et les cendres, qui avaient été injectées l'année précédente dans l'atmosphère par l'éruption de Tambora, refroidirent le climat du monde et firent que l'été de 1816 en Nouvelle-Angleterre fut le plus froid jamais enregistré. Il tomba de la neige en juin et des gelées dévastatrices se produisirent jusqu'au 12 juillet. Ensuite, une série de gelées exceptionnellement précoces se produisit de nouveau après le 20 août[19]. L'année 1816 fut appelé « l'année sans été[20] ». Cette troisième année successive de mauvaises récoltes en Nouvelle-Angleterre chassa beaucoup de fermiers de la région[21], entre autres la famille Smith[22]. Il est intéressant de constater qu'un volcan, dans un coin éloigné du monde, ait pu contribuer à inciter la famille de Joseph à aller s'installer à l'endroit où elle devait être pour que le rétablissement de l'Evangile se produise.

 

Revenons maintenant aux questions principales posées au début de cette section. Ce genre de volcan explosif aurait-il pu exister dans la région où vivaient les populations du Livre de Mormon et une éruption aurait-elle pu se produire à l'époque de la mort du Christ ? La réponse à ces deux questions est « oui ». Si, comme le croient la plupart des spécialistes du Livre de Mormon, ces gens vivaient dans le sud du Mexique ou en Amérique centrale, ils vivaient dans une région très active en ce qui concerne le volcanisme explosif, là où les plaques tectoniques d'Amérique du Nord et des Cocos sont en collision. En fait, sur la base du volume des matières éruptives et de la longueur de la ceinture volcanique, la zone volcanique d'Amérique centrale est la région volcanique la plus productive de la terre[23]. Les populations du Livre de Mormon avaient probablement assisté à des éruptions plus petites tout au long de leur histoire, mais elles ne sont pas mentionnées dans le Livre de Mormon, probablement parce qu’elles n’étaient pas liées à une prophétie déterminée et parce qu’elles n’étaient pas suffisamment dévastatrices pour être un objet de préoccupation.

 

Le fait qu’aucune éruption plus petite n’ait été précédemment mentionnée n’a rien de vraiment étonnant. Par exemple, dans l’île de la Martinique, avant l’éruption dévastatrice du mont Pelé en 1902, les journaux locaux ne mentionnent quasiment jamais le volcan, alors qu’il avait gargouillé et craché de petites quantités de cendres et de vapeur des jours durant avant l’éruption principale. Les journaux et les gens de l’endroit se préoccupaient plus des élections toutes proches. Lorsque l’on parlait du volcan, c’était pour apaiser et raisonner la population et la convaincre qu’aucun désastre n’était imminent[24]. La raison de ce manque d’intérêt pour la montagne tenait simplement au fait qu’elle avait fait bien des fois auparavant ce genre de choses, sans qu’il y ait de grosses éruptions destructrices. On retrouve dans le monde entier des histoires semblables de gens qui, pendant des siècles, ont vécu autour et sur les flancs de volcans actifs. Ils y vivent sans crainte, parce que les éruptions massives et cataclysmiques ne sont pas courantes. Tel était probablement aussi le cas chez les Néphites. Ils vivaient avec les volcans, ils cultivaient la terre riche sur leurs flancs, ils assistaient de temps en temps à de petites éruptions, à des jets de vapeur et à de petits tremblements de terre, mais ils n’avaient pas connu d’éruptions dévastatrices à grande échelle.

 

Par contre, l’éruption décrite dans 3 Néphi fut apparemment une éruption majeure avec une dévastation si massive qu’il serait difficile de l’ignorer dans un compte rendu historique, et l'événement qui suivit, à savoir, la venue du Sauveur, en a fait un événement historique particulièrement important.

 

Je suis personnellement d’avis que les populations du Livre de Mormon vivaient sur un territoire relativement restreint, probablement dans le sud du Mexique ou en Amérique centrale, comme décrit dans le livre de John Sorenson, An Ancient American Setting for the Book of Mormon. Cette région est située le long d’une zone frontière tectonique de subduction avec beaucoup de volcans actifs et un nombre record d’éruptions volcaniques, par exemple les éruptions d'El Chichón (Mexique en 1982), du Cerro Negro (Nicaragua en 1968) et du Coseguina (Nicaragua en 1835)[25]. On s’attend à ce qu’il y ait ici d’autres éruptions grandes et petites. A l’heure actuelle, on n’a pas rattaché une couche particulière de cendres ni un volcan particulier au désastre de 3 Néphi, mais je crois qu’il est là, étant donné que les points suivants démontrent qu’il ne fait pas de doute que ce désastre a été une éruption volcanique explosive.

 

Orage, tempête et tourbillons

 

Les grandes éruptions volcaniques explosives sont souvent accompagnées de vents et de tourbillons violents[26]. Les vents sont causés par les mouvements des nuages de cendres volcaniques, qui soit traînent sur le sol, sous forme de nuages brûlants, se déplaçant rapidement en causant des destructions énormes, ce que l'on appelle des nuées ardentes, ou alors des nuages de souffle qui se déplacent encore plus rapidement. Par exemple, pendant l'éruption du mont St. Helens, l'explosion était « presque au-delà de toute compréhension, cinq cents fois plus forte que la bombe atomique de 20 kilotonnes (20.000 tonnes) qui est tombée sur Hiroshima[27]. Et on estime que le nuage de souffle s’est déplacé à une vitesse de plus de 500 km à l’heure[28]. Trois témoins oculaires de l’explosion racontent :

 

J’ai regardé vers l’est, vers le lac Hanaford et le lac Fawn, et cette région-là : On aurait dit que la chaîne de montagne tout entière venait d’exploser. Tandis qu’il approchait, le nuage de souffle ressemblait à une masse de roches bouillonnantes et aussi élevée que l’on pouvait y voir. Des arbres étaient arrachés et lancés en l’air à l’avant du nuage…

 

Le nuage approchait avec un rugissement. Et quand il est passé au-dessus de nos têtes, un cèdre a commencé à tomber et au bout de quelques secondes il ne restait plus d’arbres.

 

Un vent très fort, qui a écrasé les flammes du feu de camp sur le sol et soufflé les mèches de cheveux à l’horizontale, précédait le nuage de souffle d’environ 10 à 15 secondes[29].

 

Des arbres vieux de plusieurs centaines d’années furent arrachés comme des cure-dents et aplatis, tous orientés dans la même direction opposée au souffle. Avec le vent qui hurlait à une vitesse que ces témoins estiment avoir été de plus de 300 km/h, certains « vieux géants » furent arrachés par leurs racines et lancés en l’air comme des fétus par-dessus des crêtes voisines hautes de 500m[30]. Il faut de nouveau rappeler ici que l’éruption du mont St. Helens était relativement petite du point de vue géologique.

 

Plus impressionnants encore sont les récits de la destruction qui s’abattit en 1902 sur la ville de Saint-Pierre, dans l’île de la Martinique, aux Caraïbes, au cours de l’éruption du mont Pelé. Saint-Pierre était une ville de plus de 30.000 habitants. Parmi tous ceux qui étaient dans la ville, il n’y en eut que deux qui survécurent à l’éruption ainsi qu’une poignée d’autres dans le voisinage immédiat. L'un des survivants, un certain Monsieur Albert, propriétaire d’un domaine près de Saint-Pierre, raconte avec quelle soudaineté et avec quelle violence les vents provoqués par l’éruption commencèrent et l’ampleur de leur puissance destructrice :

 

« Le mont Pelé nous avait avertis de la destruction qui allait se produire, mais nous, qui considérions le volcan comme inoffensif, nous ne croyions pas qu’il ferait plus que cracher du feu et de la vapeur, comme il l’avait fait en d’autres occasions.

 

« C’est un peu avant 8 heures du matin du 8 mai que vint la fin. J’étais dans un des champs de mon domaine lorsque le sol trembla sous mes pieds, pas comme lorsque la terre tremble, mais comme si un combat terrible se déroulait à l’intérieur de la montagne. Je fus envahi par la terreur, mais ne pus expliquer ma crainte.

 

« Je m’arrêtai. Le mont Pelé sembla frissonner et un gémissement sortit de son cratère. Il faisait très sombre, le soleil étant obscurci par des cendres et une fine poussière volcanique. L’air était mort autour de moi, si mort que la poussière flottante n’était apparemment pas perturbée.

 

« Ensuite il y eut le bruit d’un déchirement, d’un écrasement, d'un grincement que je ne peux pas décrire autrement qu'en disant qu’on avait l’impression que toutes les machines du monde s’étaient tout à coup brisées. C’était assourdissant et l’éclair qui l’accompagna était aveuglant, plus que n’importe quel éclair que j’aie jamais vu.

 

« C’était comme un ouragan terrible, et là où une fraction de seconde auparavant avait régné un calme parfait, je me sentis attiré dans un tourbillon et je dus m’accrocher fermement. C’était comme si un grand express passait à toute vitesse et que j’étais entraîné par sa force.

 

« La force mystérieuse aplatit une rangée de gros arbres, les arrachant par les racines et laissant dénudée une surface de 15 m de large et de plus de 100 m de long.

 

« Je restai figé…. ne sachant pas dans quelle direction fuir. Je regardai vers le mont Pelé, et au-dessus de son sommet se formait un gros nuage noir qui montait très haut dans les airs. Il s’abattit littéralement sur la ville de Saint-Pierre. Il se déplaçait avec une rapidité qui faisait qu’il était impossible à quoi que ce soit de lui échapper.

 

« Du nuage sortaient des explosions, qui donnaient l’impression que toutes les flottes de guerre du monde étaient engagées dans un combat titanesque. Des éclairs entraient et sortaient en larges fourches, et le résultat était que des ténèbres intenses était suivies d’une lumière qui semblait avoir une force multipliée[31]. »

 

Le « gros nuage noir » vu par monsieur Albert était un souffle de vapeur surchauffée remplie de particules de cendres encore plus chaudes. On estime que ce nuage se déplaçait à une vitesse d’au moins 150 km/h. Cette vitesse était possible parce que les particules de cendres lui donnaient une densité plus grande que les gaz atmosphériques normaux, l'amenant à flotter à très basse altitude. En avançant, il était soulevé suffisamment par les gaz brûlants et comprimés à la base de la masse en déplacement pour le faire descendre, presque sans aucune friction, de la montagne et à l’intérieur de Saint-Pierre. La grande densité, la rapidité et la proximité du nuage par rapport au sol augmentaient sa capacité destructrice, qui était plus grande que celle d’un ouragan dont le vent aurait eu la même vitesse[32]. Fred Bullard, dans son livre Volcanoes of the Earth, décrit la puissance de cette avalanche de cendres et de gaz volcaniques sur et par-dessus la ville de Saint-Pierre :

 

Toutes les maisons de Saint-Pierre perdirent leurs toits et furent démolies soit partiellement, soit entièrement. Les arbres furent dépouillés de leurs feuilles et de leurs branches jusqu’au tronc. Ce qui donne une idée de la force du souffle, c’est le fait que des murs de ciment et de pierre de 90 cm d’épaisseur furent mis en pièces comme s’ils étaient du carton; des canons de six pouces de la batterie Morne d’Orange furent arrachés de leurs affûts, des arbres séculaires furent déracinés et une statue de la Vierge Marie, qui pesait au moins trois tonnes fut transportée à 15 m de sa base[33].

 

Pendant l’éruption du Krakatau, un volcan situé dans une île au large de la côte de Java, en 1883, des vents soufflant à grande vitesse, atteignant, de nouveau, très soudainement le niveau d’un ouragan (comme à Saint-Pierre), furent signalés par plusieurs bateaux qui croisaient à proximité de l’île. Le premier officier à bord du navire W. H. Besse décrit les vents au moment ou ils se jetèrent sur son bateau :

 

A 6 h du matin…nous levâmes l’ancre, nous avions un bon vent, nous espérions être sortis du détroit avant la nuit; à 10 heures du matin, nous étions à moins de 10 km de la Pointe St-Nicolas, quand nous entendîmes de formidables explosions et vîmes un banc noir et épais s’élever dans la direction de l’île de Krakatau, le baromètre tomba d’un pouce en une fois, montant et descendant soudain d’un pouce à la fois, j’ai appelé tous les marins et nous avons cargué toutes les voiles, et nous avions à peine fini que la bourrasque s’abattait sur le navire avec une force terrible; nous lâchâmes l’ancre à bâbord et toute la chaîne dans le puits, le vent augmenta jusqu’à devenir un ouragan[34].

 

Les tourbillons, ou tornades, semblent être un élément assez habituel de beaucoup d’éruptions volcaniques explosives. Les cendres brûlantes projetées en l’air sont une source concentrée de chaleur qui cause de violents courants ascendants, créant des conditions idéales pour la formation de tourbillons. Il n’y a toutefois qu’un petit nombre de récits qui signalent véritablement des tourbillons, peut-être parce que la plupart du temps on ne peut pas les voir, étant donné les ténèbres incroyables qui accompagnent habituellement les éruptions. Néanmoins, des tourbillons ont été un élément important de plusieurs éruptions, comme l’éruption de Tambora de 1815 où « des tourbillons violents emportèrent hommes, chevaux, bétail et tout ce qui passait à leur portée, arrachaient les arbres les plus gros par les racines et couvraient la mer tout entière de bois flottant[35]. » Le lieutenant Owen Phillips signale que la ville de Saugar, située à environ 40 km de Tambora, fut dévastée par un violent tourbillon qui renversa presque toutes les maisons[36].

 

Après une éruption préliminaire du Krakatau, en mai 1883, « avant l'éruption principale du mois d'août », un groupe de dignitaires et de savants se rendit dans l’île, par curiosité, et avec le désir d’évaluer les dégâts. Ils rapportent que :

 

« Certains arbres dépassaient les cendres sous la forme de moignons dénudés, hauts de plusieurs mètres, dont les branches semblaient avoir été arrachées de force. Le bois était sec sans aucun signe de brûlure ou de calcination; on ne pouvait pas trouver la moindre feuille ni la moindre branche. Il est par conséquent vraisemblable que la déforestation doive être attribuée à un tourbillon, car il s’en développe souvent dans les turbulences de l’air au cours des éruptions volcaniques, à la suite de l’échauffement local de l’atmosphère[37]. »

 

Quand le volcan Mayon, dans les Philippines, fit éruption en 1766, il fut accompagné « de tornades, appelées 'baguios' dans ce pays[38]. » On signale aussi des tourbillons dans l’éruption de Hekla en 1947, dans l’éruption de Surtsey, en 1963, et l’éruption d’Eldfell, tous en Islande[39]. » Ces récits prouvent que les vents violents et les tourbillons sont des éléments courants des éruptions volcaniques explosives et qu’il n’est pas nécessaire d’invoquer d’autres types d’activités orageuses, comme les ouragans ou les cyclones, pour expliquer ces événements. Il y a ici un autre indice qui est important. Le Livre de Mormon mentionne que leur bois était « extrêmement sec ». Il est peu probable que leur bois aurait été extrêmement sec s’il venait de connaître un ouragan ou un autre type d’orage tropical important. Mais les vents et les orages associés aux éruptions volcaniques, même s’ils peuvent s’accompagner de pluies, sont souvent secs. Le récit ci-dessus du voyage jusqu’au Krakatau après une de ses éruptions, rapporte que les arbres et le bois étaient secs. Un autre récit concernant le mont St. Helens montre que cette éruption ne s’accompagne pas de pluie :

 

« Le nuage zébré d’éclairs qui s’éloignait du mont St. Helens en direction du N-E à une vitesse de 100 km/h ressemblait exactement à une tête de cumulo-nimbus d’une hauteur immense, mais il était plus gros et plus noir qu’aucun autre nuage connu. La plupart des gens qui se trouvaient sur son chemin et qui n’étaient pas encore au courant de l’éruption du volcan, se préparaient pour un orage. Mais il n’y eut pas de pluie. Au lieu de cela, le nuage descendit comme un linceul, revêtant le paysage d’une noirceur de cendres volcaniques que même les phares des autos ne pouvaient pas pénétrer[40]. »

 

Le « bois extrêmement sec » décrit dans le Livre de Mormon montre qu’il s’agit d’un orage sec avec des vents violents et des tourbillons, toutes choses qui vont bien de pair avec une grande éruption volcanique. Il est certain que des vents violents et des tourbillons peuvent se produire sans pluie dans d’autres circonstances et dans d’autres conditions, mais peu d’autres situations seraient d’une violence aussi spectaculaire qu’une grande éruption volcanique. Même un ouragan majeur ne pourrait pas, par exemple, produire le genre de vent destructeur qui dévasta la ville Saint-Pierre en 1902.

 

Des tonnerres terribles et des éclairs violents

 

La majeure partie de ce que nous savons du tonnerre et des éclairs vient d’orages qui sont tout à fait courants de par le monde. De temps en temps, il peut y avoir des orages extrêmement violents avec un déploiement spectaculaire d’éclairs et de coups de tonnerre. Cependant la description que fait Néphi du tonnerre et des éclairs qui se produisirent sortait de l’ordinaire, car, dit-il, « on n'en avait jamais connu de pareil dans tout le pays ». Le tonnerre était également particulier en ce qu’il se rattache aux tremblements de « la terre entière comme si elle était près de se fendre », ce qui implique qu'un tremblement de terre se produisait en même temps que les éclairs et le tonnerre. La violence des éclairs et du tonnerre qui les accompagne, ainsi que d’autres bruits causés par les explosions près d’un volcan, peuvent relever de cette espèce extraordinaire décrite par Néphi. Les éclairs sont causés par la friction entre les cendres explosives et l’air. Cette friction produit d’énormes quantités d’électricité statique, qui se déchargent ensuite sous forme d’éclairs. Le tonnerre provenant des éclairs est multiplié par les explosions provenant du volcan et les tremblements de terre qui se produisent presque continuellement au cours de certaines éruptions. Un des plus anciens récits décrivant ces violents éclairs volcaniques vient de Pline le Jeune, qui observa l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. Il écrit :

 

Un nuage noir effrayant était déchiré par des jets de flammes fourchues et tremblantes et s'ouvrait pour révéler de grandes langues de feu, comme des éclairs dont la taille aurait été amplifiée[41].

 

Peter Francis voit dans la description des éclairs amplifiés de Pline des décharges « d’électricité statique s’accumulant dans le nuage de cendres[42]. »

 

A certains moments au cours d’une éruption volcanique, l’air se charge à tel point d’électricité statique que des choses inhabituelles peuvent se produire. Par exemple, au cours d’une éruption au Kamtchatka, dans l’Est de la Russie, l’activité électrique joua des tours aux ustensiles électriques modernes :

 

« En même temps que le nuage, arrivait aussi et grandissait le grondement d’un tonnerre bruyant accompagnant des éclairs incessants … des gens rentrant du travail erraient dans le village à la recherche de leur maison. Des coups de tonnerres retentissaient sans interruption avec un bruit assourdissant. L’air était saturé d‘électricité, les téléphones sonnaient spontanément, les haut-parleurs du réseau radios brûlaient[43]. »

 

Le bruit du tonnerre produit par une éruption peut porter sur plusieurs centaines de kilomètres. L’éruption du Mont Tambora en 1815 montre quelle portée ces effets peuvent avoir.

 

En avril 1815, une des éruptions les plus terribles enregistrées par l’histoire se produisit sur le mont Tambora, dans l’île de Sumbawa. Elle commença le 5 avril et atteignit le sommet de sa violence le 11 et le 12 et ne cessa pas entièrement avant juillet. Le bruit des explosions fut entendu à Sumatra, à une distance de 1500 km à vol d’oiseau et à Ternate, dans la direction opposée, à une distance de 1150 km … le territoire sur lequel des bruits de tremblements et d’autres effets volcaniques s’étendirent avaient une circonférence de 1000 miles anglais, comprenant la totalité des Moluques, Java, une partie considérable des Célèbes, de Sumatra et de Bornéo[44].

 

D’après le récit fait par le capitaine Logan de l’éruption du Krakatau, dont il fut témoin à bord du navire Berbice, dans le détroit de la Sonde, nous voyons de nouveau la nature spectaculaire du déploiement des activités électriques qui se produisirent au cours d’une éruption. Le livre de bord du bateau commence ainsi à minuit :

 

« La pluie de cendres devient plus forte et est mêlée de fragments de pierre ponce. Les éclairs et les tonnerres deviennent de plus en plus violents; les éclairs sillonnent le ciel tout autour du bateau. Des boules de feu tombent constamment sur le pont et éclatent en étincelles. Nous voyons la foudre tomber tout près de nous sur le bateau, nous entendons des grondements et des explosions terribles, tantôt sur le pont, tantôt dans le gréement. L’homme de barre ressent de violents chocs électriques dans un bras. Le revêtement de cuivre du gouvernail se met à briller sous l’effet des décharges électriques. Des phénomènes de feu se manifestent à chaque instant à bord du bateau. De temps à autre, quand un marin se plaint d’avoir été touché, je fais de mon mieux pour le calmer et m’efforce de lui sortir cette idée de la tête jusqu’à ce que je doive moi-même, au moment ou je m’agrippe d’une main à un endroit du gréement et en penchant la tête pour être hors d’atteinte de l’averse aveuglante de cendres qui passe devant mon visage, lâcher prise à cause d’un violent choc électrique dans mes bras[45]. »

 

Pendant l’éruption du mont St. Helens, les éclairs et les autres phénomènes électriques associés à l’éruption étaient si spectaculaires, que beaucoup de témoins le mentionnèrent … certains observateurs virent des formes d’éclairs inhabituels. Certains éclairs semblaient être rouges. Ce n’étaient pas des éclairs normaux : « Tout d'abord, une tache blanche apparaissait dans le nuage et ensuite un éclair en sortait. »  L’éclair avait la forme de boules « filant vers le sol, rattachées ni au nuage ni au sol. » Lorsque le nuage fut passé au-dessus de nous, un grand nombre d’éclairs se produisirent à 200 ou 250 m dans l’air et formèrent « de grosses boules, aussi grosses qu’une camionnette, et se mirent à rouler et à bondir sur le sol[46]. »

 

Des photos d’éclairs volcaniques spectaculaires ont été publiées en plusieurs endroits. Par exemple, Simkin et Fiske ont une photo d’éclairs autour d’Anak Krakatau (la nouvelle île sortie de la mer à la place du Krakatau) prise pendant une éruption en 1933[47] ;  Decker et Decker montrent une photo, avec un temps d'exposition de cinq minutes, d’éclairs au-dessus d’un volcan en éruption au Nicaragua[48] ;  Lambert a une photo d’éclairs dans les cieux au-dessus de Surtsey pendant une éruption[49] ; Nuhfer et d’autres ont une photo d’éclairs au-dessus du volcan Galunggung en Indonésie[50] ; et le magasine Discover a publié une photo spectaculaire, avec un temps d'exposition de 7 minutes, d’éclairs sur le volcan Sakurajima au Japon[51].

 

Les descriptions de tonnerres et les photos d’éclairs autour d’éruptions volcaniques explosives montrent que ces phénomènes se produisent souvent sans pluie, de sorte que le bois pour faire du feu pouvait toujours être « extrêmement sec », prêt pour les vaines tentatives de faire du feu. Les descriptions historiques rapportent aussi la nature inhabituelle des éclairs : qu’ils se produisent, non seulement sous forme d’éclairs, mais sous forme de boules et que l’électricité peut remplir l’atmosphère, provoquant d’autres phénomènes intéressants. Les éclairs spectaculaires accompagnant les éruptions volcaniques sont certainement d’un type inhabituel et extraordinaire et correspondent très bien à la description que fait Néphi d' « éclairs extrêmement vifs, comme on n'en avait jamais connu dans tout le pays ». Le tonnerre, le tremblement de la terre et les autres bruits associés à une éruption volcanique explosive correspondent aussi à la terminologie de Néphi, parlant de « tonnerre terrible, de sorte qu'il fit trembler la terre entière, comme si elle était près de se fendre ». Ce détail de la destruction de 3 Néphi ne montre pas seulement que l’événement est une éruption volcanique ; comme pour les vents décrits dans la section précédente, les éclairs et les tonnerres spectaculaires peuvent être produits d’autres façons, mais une éruption volcanique explosive est à coup sûr l’explication la plus simple qui répond à tous les critères.

 

SECOUSSES ET TREMBLEMENTS

 

Les grands tremblements tectoniques (ceux qui ont une magnitude plus grande que 7 sur l’échelle de Richter) ne se produisent pas souvent dans le monde, peut-être 10 à 20 fois chaque année, la plupart du temps dans des régions non peuplées. Ils se produisent cependant suffisamment souvent pour que les savants aient une très bonne idée de leurs caractéristiques. L’énergie libérée au cours des grands tremblements de terre vient de ce que deux blocs de terre frottent rapidement l’un contre l’autre, tandis que des années de tensions accumulées sont libérées. Les secousses telluriques au cours de ces tremblements de terre massifs durent au maximum quelques minutes. Par exemple, pendant le tremblement de terre de 1964 en Alaska, un des plus grands tremblements de terre jamais enregistrés (entre 8,3 et 8,6 sur l’échelle de Richter), les secousses ont duré de 3 à 4 minutes, ce qui constitue un temps extraordinairement long[52]. Le tremblement de terre de San Francisco de 1906 n’a duré que 40 secondes environ[53].

 

Toutefois, ces brèves périodes de secousses laissent largement le temps d’accomplir la destruction que les grands tremblements de terre produisent, mais sont loin d’atteindre les trois heures de tremblements continus ou presque continus décrites dans 3 Néphi. La destruction produite au cours d’un tremblement de terre est également relativement localisée, le long de la ligne de glissement (appelée faille) et dans les régions très proches de cette ligne.

 

Les autres phénomènes qui accompagnent les grands tremblements de terre sont les répliques, qui se produisent par intermittence pendant plusieurs jours après le tremblement principal, les glissements de terrain ou les chutes de rochers sur les pentes escarpées, la liquéfaction de terrains sablonneux provoquant l’effondrement des bâtiments, les raz de marée et les tsunamis dans les régions côtières, les éclairs spectaculaires rares ou d'autres phénomènes électriques, les bruits de tonnerre et l’extension des incendies dans les villes ou les villages où sont concentrées des maisons faites de bois[54].

 

Bien que ces phénomènes ressemblent à certains de ceux qui sont mentionnés dans 3 Néphi, on peut y voir des différences flagrantes. J’en ai déjà cité une, à savoir que dans le récit de 3 Néphi, le tremblement dure environ trois heures, un temps trop long pour que ce soit le choc d’un unique grand séisme et trop court pour la période au cours de laquelle les répliques qui suivent un grand tremblement de terre se produisent habituellement. C’est néanmoins un temps très raisonnable pour les premières étapes d’une éruption volcanique. Nous pourrions appeler cela la période de l’éruption où « le volcan se racle la gorge », qui se produit au moment où la pression croissante libère la cheminée du volcan des roches et des débris qui l’ont bouchée. Pendant ce temps-là, il se produit des explosions et des tremblements de terre fréquents. Une fois la cheminée débarrassée, le volcan peut continuer son éruption pendant plusieurs heures et plusieurs jours sans qu’il y ait d’autres tremblements de terre importants.

 

Les autres problèmes qui surgissent lorsque l’on attribue la destruction décrite dans 3 Néphi à une secousse tectonique majeure sont (1) les trois jours de ténèbres – le phénomène n’a jamais été signalé lors d’un grand tremblement de terre; (2) les vents et les tempêtes – bien qu’il puisse y avoir du vent pendant un tremblement de terre, tout comme il peut y avoir du vent à n’importe quel autre moment, on n'a pas démontré qu’il y a une corrélation entre le vent et les tremblements de terre, bien qu’une des vieilles théories actuellement abandonnées sur la production des tremblements de terre était l’idée que les vents étaient piégés dans la terre et libérés au cours d’un tremblement de terre[55] ; (3) les tourbillons – à ma connaissance aucun tourbillon, aucune tornade causée par un tremblement de terre n’ont jamais été signalés; et (4) l’incapacité d’allumer un feu – qui, une fois de plus, n’a jamais été signalée comme un effet d’un tremblement de terre majeur. La description que fait Néphi quand il dit que toute la face du pays est changée n’est pas typique, elle non plus, d’un tremblement de terre. Bien que la dévastation puisse être énorme au cours d’un tremblement de terre, la plupart des repères géographiques survivent et sont reconnaissables. Par contre, une éruption volcanique majeure provoque souvent des scènes si étranges et si peu naturelles qu’on a l’impression que le paysage a été refaçonné.

 

Le genre de secousses et de tremblements décrit dans 3 Néphi est cependant typique des descriptions que nous avons dans les récits historiques d’éruptions volcaniques explosives[56]. Au cours de l’éruption du Krakatau, les tremblements de la terre ont duré pendant toute la nuit du 26 août 1883 et ont continué le lendemain matin[57]. Les vibrations de la terre se sont élevées de 30 à 40 fois au dessus du niveau normal, au cours de l’éruption d’un volcan sur l’île Raoul, au nord-est de la Nouvelle-Zélande, en 1964, et ont continué pendant toute l’éruption[58]. Les rapports concernant l’éruption en 1902 du volcan Santa Maria au Guatemala parlent d’activités telluriques qui ont duré plusieurs heures, avec plusieurs types de secousses pendant la phase culminante de l’éruption. L’éruption de cendres et de débris continua encore un jour ou deux sans aucune activité tellurique importante[59].

 

Lorsque le volcan Coseguina entra en éruption au Nicaragua en 1835, on signala que les sons accompagnant les secousses étaient alarmant et furent entendus jusqu’à 600 km de là et que « le rugissement fut pratiquement continu pendant 7 heures[60]. » Même si la plus grande partie du bruit et des secousses causés par l’éruption du Coseguina cessa au bout de quelques heures, l’éruption elle-même et les ténèbres causées par les chutes de cendres continuèrent pendant trois à quatre jours[61]. Tous ces récits ressemblent fort au récit de 3 Néphi, dans lequel la première partie de l’éruption dure trois heures avec des secousses et des coups de tonnerre violents suivis par le silence et les ténèbres pendant trois jours.

 

Villes brûlées, englouties et ensevelies

 

La destruction des personnes et des bâtiments peut se produire de toutes sortes de manières pendant une éruption volcanique explosive et la dévastation peut être très étendue jusqu’à quelques centaines de kilomètres du volcan en éruption. La destruction, dans le récit du Livre de Mormon, semble avoir été très étendue car, outre les villes mentionnées dans le passage ci-dessus, les villes de Jacobugath, Laman, Josh, Gad et Kishkumen et leurs habitants furent brûlés; les villes d’Onihah, Mocum, et Jérusalem furent recouvertes d’eau et les villes de Guilgal, Gadiandi, Gadiomnah, Jacob, et Gimgimno furent englouties et ensevelies dans la terre.

 

LE FEU

 

Les villes mentionnées dans le récit de 3 Néphi furent toutes détruites d’une manière que l’on peut comprendre dans le cadre d’une éruption volcanique massive. Les incendies qui se déclenchèrent à Zarahemla et dans d’autres villes ont facilement pu être allumés par les cendres brûlantes tombant sur les bâtiments de bois et de chaume, qui constituaient probablement la plupart des bâtiments (Hélaman 3:10-11), par un nuage brûlant de cendres avançant rapidement au ras du sol ou par les éclairs particulièrement violents accompagnant l’éruption. On peut trouver des récits, de situations semblables dans les documents historiques. Par exemple, de nombreux incendies se déclenchèrent dans la ville de Stabiae, suite à des chutes de roches et de cendres brûlantes lors de l’éruption du Vésuve en 79 de notre ère[62]. Un ouragan de feu balaya la ville de Saint-Pierre au cours de l’éruption du mont Pelé en 1902. Beaucoup de maisons de Saint-Pierre, ville tropicale, étaient des constructions de bois n’ayant pas de vitres, simplement des volets, de sorte que les gaz et les cendres surchauffés de l’éruption pénétrèrent facilement dans tous les coins des bâtiments. La ville fut presque instantanément et complètement en flammes. Un bateau de Fort de France essaya d’approcher de la ville en flammes trois heures et demie après l’éruption, mais dut faire demi-tour parce que la chaleur était encore trop intense[63]. Le second d’un commissaire de bord, appelé Thompson, à bord du bateau Roraima, qui approchait justement du port de Saint-Pierre au moment de l’éruption du mont Pelé, fait la description suivante :

 

« J’ai vu la destruction de Saint-Pierre. Elle fut effacée par un grand éclair de feu. Près de 40.000 personnes furent tuées sur le coup. Sur les 18 navires ancrés dans la rade, un seul, le vapeur britannique Roddam, échappa et, d’après ce que j’appris, il perdit plus de la moitié de ceux qui étaient à bord. C’est un équipage mourant qui le fit sortir en mer. Notre bateau, le Roraima, arriva à  Saint-Pierre au début de la matinée du jeudi. Des heures avant d'entrer en rade, nous pouvions voir des flammes et de la fumée s ‘élever du mont Pelé. Personne à bord n’avait la moindre idée du danger, le capitaine G. T. Muggah était sur le pont et tout l’équipage monta sur le pont pour voir le spectacle. En approchant de Saint-Pierre, nous pouvions distinguer les flammes rouges qui roulaient et sautaient, les flammes que la montagne vomissait en énormes volumes et qui jaillissaient haut dans le ciel. De gigantesques nuages de fumée noire étaient en suspension au-dessus du volcan. Les flammes jaillissaient à ce moment-là tout doit dans les airs, s’agitant de temps en temps un instant d’un côté ou de l’autre et bondissant de nouveau tout à coup plus haut. Il y avait constamment un rugissement assourdissant. C’était comme si la plus grosse raffinerie du monde brûlait au sommet de la montagne. Il y eut une formidable explosion vers 7h45, peu après notre entrée. La montagne fut pulvérisée. Il n ‘y eut pas d’avertissement. Le  flanc du volcan fut arraché et une muraille de feu fut lancée tout droit vers nous. Cela faisait le bruit de mille canons.

 

« La vague de feu fut sur nous et au-dessus de nous comme un éclair. Ce fut comme un ouragan de feu. Je la vis frapper le vapeur Grappler par le flanc et le faire couler. Il s’enflamma d’un bout à l’autre puis il coula. Le feu roula comme une masse tout droit sur Saint-Pierre et le port. La ville disparut sous nos yeux.

 

« La chaleur devint étouffante et nous étions en plein dedans. Partout où la masse de feu touchait la mer, l’eau bouillait et dégageait de grands nuages de vapeur. La mer fut déchirée en énormes tourbillons qui tournoyaient vers la haute mer. Un de ces horribles tourbillons brûlants passa en dessous du Roraima et le coucha sur le flanc par l’aspiration. Elle donna de la bande à bâbord et ensuite l’ouragan de feu du volcan le frappa et il bascula de l’autre côté. La vague de feu emporta les mâts et les cheminées comme s’ils avaient été coupés avec un couteau.

 

« Je sauvai ma vie en courant dans ma cabine et en me cachant dans la literie. Le souffle de feu venu du volcan ne dura que quelques minutes. Il ratatina et enflamma tout ce qu’il touchait. Des milliers de tonneaux de rhum étaient entreposés à Saint-Pierre et la chaleur épouvantable les fit exploser. Du rhum enflammé s’écoula à flot dans toutes les rues et jusque dans la mer. Avant l’explosion du volcan, les quais de Saint-Pierre étaient noirs de monde. Après l’explosion, on ne vit plus un seul être vivant à terre. Après le premier souffle, il ne resta que 25 personnes [sur 68] parmi celles qui étaient à bord[64]. »

 

Une autre cause d’incendie dans un désastre volcanique peut se rattacher davantage aux effets des secousses qui accompagnent une éruption qu’à l’éruption elle-même. Les lampes, les torches, les feux de cuisine et les autres flammes ouvertes dérangées par les tremblements peuvent provoquer des incendies. Dans la confusion et les ténèbres, ces incendies peuvent brûler sans qu’on puisse les arrêter et causer des ravages dans les régions peuplées.

 

LES INONDATIONS

 

Les inondations des villes des villages sont également un phénomène courant lors des grandes éruptions volcaniques explosives. Les explosions, les tremblements de terre et les glissements de terrain massifs autour d’un volcan, en particulier si le volcan est près de l’océan, créent d’énormes vagues d’eau qui se déplacent en s’éloignant de la source jusqu’à ce qu’elles s’effondrent sur les localités côtières. Ces vagues, appelées raz de marée, ou plus exactement tsunamis, sont une des grandes causes de mort au cours de certaines éruptions volcaniques. Lors de l’éruption du Krakatau en 1883, 165 villages furent complètement détruits et 132 partiellement détruits par des tsunamis, qui tuèrent environ 33.000 personnes. Les vagues qui s’écrasèrent sur les rivages près de Krakatau atteignaient des hauteurs de plus de 40 mètres[65].

 

Plusieurs témoins oculaires ont écrit des descriptions des tsunamis du Krakatau et de leur pouvoir destructeur. Un Hollandais âgé raconte :

 

« J’ai vécu toute ma vie à Anjer [Java] et il ne me serait jamais venu à l’idée que la vieille ville aurait été détruite comme elle l’a été. Je me fais vieux et je m’attendais à me coucher dans le petit cimetière près du rivage, mais même lui n’y a pas échappé et certains des corps ont été sortis des tombes et transportés dans la mer.

 

« La ville tout entière a été balayée et j’ai tout perdu sauf ma vie. Le miracle, c’est que j’aie échappé. Je ne pourrais jamais être trop reconnaissant d’un sauvetage aussi miraculeux que le mien.

 

« L’éruption a commencé le dimanche après-midi. Tout d’abord, nous n’y avons pas fait très attention, jusqu’à ce que les explosions deviennent fort bruyantes. A ce moment-là nous avons remarqué que le Krakatau était complètement enveloppé de fumée. Plus tard sont arrivées les ténèbres épaisses, si noires et si denses que je ne pouvais pas voir ma main devant mes yeux. C’est vers ce moment-là que nous avons reçu un message de Batavia posant des questions sur les chocs explosifs et le dernier télégramme que nous avons envoyé, c’était pour vous parler de l’obscurité et de la fumée. Vers la nuit, tout s’est aggravé. Les explosions sont devenues assourdissantes, les indigènes, paniqués, se recroquevillaient sur eux-mêmes et on pouvait voir une lumière rouge flamboyante dans le ciel au-dessus de la montagne. Le Krakatau était à 40 km de là, mais les secousses et les vibrations provenant des chocs sans cesse répétés étaient absolument terrifiantes. Beaucoup de maisons tremblaient tellement que nous craignions à chaque instant qu’elles ne s’effondrent. Au cours de cette nuit terrible, nous avons peu dormi. Le lundi, avant le lever du jour, j’ai constaté, en sortant, que l’averse de cendres avait commencé et cela s’est graduellement accentué jusqu’à ce que finalement de gros morceaux de pierre ponce se mettent à tomber partout. Vers six heures du matin, j'ai marché le long de la plage. Il n’y avait aucun signe du soleil que l’on voyait habituellement et le ciel avait un aspect morne et déprimant. Une partie de l’obscurité de la veille s’était dissipée, mais même alors il ne faisait pas très clair. En regardant vers la mer, j’ai vu dans la pénombre un objet noir qui se dirigeait vers le rivage.

 

« A première vue, on aurait dit une chaîne de montagnes basses s’élevant de l’eau, mais je savais qu’il n’y avait rien de ce genre-là dans cette partie du détroit de la Sonde. Au deuxième coup d’œil – et celui-là a été très rapide – j’étais convaincu que c’était une crête d’eau haute de nombreux mètres, pire encore, qu’elle n’allait pas tarder à se briser sur la côte près de la ville. Je n’avais pas le temps de lancer un quelconque avertissement et j’ai fait demi-tour et je me suis enfui. Il y avait longtemps que je n’avais plus couru, mais vous pouvez être sûrs que j’ai fait de mon mieux. Au bout de quelques minutes, j’ai entendu l’eau se briser avec un énorme rugissement sur le rivage. Tout a été engouffré. En jetant un coup d’œil derrière moi, j’ai vu les maisons balayées et les arbres renversés de tous les côtés. Hors d’haleine et épuisé, j’ai continué ma course. En entendant les eaux se précipiter derrière moi, je savais que c’était une course pour la vie. J’ai continué et quelques mètres plus loin, je suis arrivé à une élévation, et c’est là que le torrent m’a rattrapé. Je me suis cru perdu en voyant avec consternation la hauteur que la vague avait encore. Bientôt j’étais balayé et porté vers l’intérieur des terres par la force de cette masse irrésistible. Tout ce dont je me souviens encore, c’est qu’un coup violent m’a réveillé. Une substance dure et ferme semblait être à ma portée. Je m’y suis agrippé et j’ai constaté que j’étais arrivé dans un endroit sûr. Les eaux ont continué à déferler et je me suis aperçu que je m’étais accroché à un cocotier. La plupart des arbres près de la ville avaient été déracinés et renversés sur des kilomètres à la ronde, et, par chance, celui-ci y avait échappé et moi avec lui.

 

« L’immense vague a continué à déferler, sa hauteur et sa force diminuant graduellement jusqu’à ce qu'elle atteigne les pentes montagneuses à l’arrière d’Anjer [Java], et alors, une fois sa fureur calmée, les eaux se sont graduellement retirées et sont retournées à la mer. La vue du retrait de ces eaux continue à me hanter. Tandis que je m’accrochais au cocotier, trempé et épuisé, j’ai vu passer près de moi les cadavres de beaucoup d’amis et de voisins. Seule une poignée de la population a échappé. Les maisons et les rues étaient complètement détruites et il ne restait pratiquement plus aucune trace de l’endroit où se trouvait autrefois une ville prospère et active[66]. »

 

Un autre compte rendu décrit la dévastation qui a suivi le tsunami :

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