![]() |
| Au début du Livre de Mormon, Néphi, incité par
lEsprit du Seigneur, tue Laban. Lévénement ne dérange pas seulement le
lecteur moderne, il constitue pour Néphi lui-même un douloureux cas de conscience. Alors
pourquoi le mentionner dans le Livre de Mormon ? Ny avait-il pas une autre solution
? Est-il concevable que le Saint-Esprit incite au meurtre ? Quelles étaient les pratiques
juridiques dans lIsraël antique ? PERSPECTIVES JURIDIQUES SUR L'EXECUTION DE LABAN John W. Welch Quand il retourne dans la ville de Jérusalem tard le soir dans un dernier effort pour obtenir les plaques dairain, Néphi na pas la moindre idée de la façon dont les plaques pourront jamais tomber en sa possession. La ville est endormie ; il ny a pas la moindre la chance de rencontrer de nouveau Laban ou de négocier de nouveau avec lui ; un appel à des amis ou une intercession de la part de sympathisants de Léhi semblent improbables ; Néphi lui-même est fils d'un prophète qui fuit devant la justice (en tous cas dans lesprit de ceux qui pensent quil devrait être exécuté au même titre que le prophète Urie, fils de Schemaeja ; cf. Jérémie 26:23). Néphi semble être entré dans la ville sans armes, ne sattendant absolument pas à trouver un moyen déterminé davoir accès au trésor verrouillé qui contient les plaques. Il a dû être tout à fait surpris par les événements qui se sont déroulés ce soir-là. L'histoire du succès inattendu de Néphi dans 1 Néphi 4 peut être considérée aujourd'hui sous des angles différents et il est évident quelle figure dans les annales de Néphi pour plusieurs raisons importantes. Par exemple, ce récit dramatique démontre l'importance religieuse des Écritures et le rôle essentiel de la loi dans les désirs de Dieu à légard du peuple de Néphi. Si la loi est suffisamment importante pour qu'un homme périsse afin qu'une nation entière puisse l'avoir, le message est clair que la nation devra être diligente pour ne pas dégénérer dans lincrédulitéune leçon qui sera soigneusement entretenue pendant de nombreuses années dans la mémoire néphite (1 Néphi 4:13 ; Omni 1:14 ; Alma 37:3-10). De plus, dans l'esprit de Néphi, les événements de ce soir-là vont valider les promesses que le Seigneur lui a faites personnellement sur le respect des commandements, la prospérité dans le pays et la fonction de gouverneur et dinstructeur de ses frères (1 Néphi 2:20 ; 4:14, 17). Dun point de vue politique, le récit en est certainement venu à jouer un rôle important parmi les récits fondateurs de la culture et de la société néphites, parce que il montre comment Dieu a miraculeusement mis une copie de leurs lois fondamentales entre leurs mains (1 Néphi 5:8-10). Le fait que seul Néphi est capable dobtenir les plaquestandis que ses frères ineptes et infidèles sont incapables daccomplir la tâche que leur père leur a confiéelégitime la prétention de Néphi à posséder les plaques et à diriger le groupe. En effet, pendant plusieurs siècles après cela, les Lamanites vont accuser les Néphites de les avoir dépouillés de la possession légitime de ces plaques (Mosiah 10:16), mais les faits rapportés à propos des événements de ce soir-là montrent clairement que cest bel et bien Néphi qui est le propriétaire légitime des plaques, est le successeur légitime de son père Léhi et peut réussir, avec l'aide de Dieu, là où ses frères non seulement ont échoué mais ont dit que ce nétait pas faisable [1]. En conséquence, pendant les six cents années qui vont suivre, lun des symboles les plus importants de l'autorité chez les Néphites va être la possession des plaques dairain (voir Mosiah 1:16 ; 28:20 ; 3 Néphi 1:2) [2]. L'histoire de Laban remplit donc plusieurs buts dans les annales néphites : religieux, politique, historique et personnel. L'histoire a également des dimensions juridiques importantes. De par sa nature même, l'épisode réclame une analyse et un commentaire juridiques : L'histoire comporte le meurtre d'un homme, qui devait normalement entraîner les conséquences judiciaires en vigueur à lépoque. La terminologie du récit est également juridique : les mots précis et les concepts techniques utilisés par Néphi montrent qu'il a écrit cette histoire en pensant aux lois bibliques qui, d'une manière justifiable, jettent une lumière favorable sur cet épisode. En conséquence, lexécution de Laban par Néphi peut être évaluée de manière profitable grâce aux perspectives que donnent les principes juridiques en vigueur du temps de Néphi. On les trouve principalement dans Exode 21:12-14, Deutéronome 19:4-13 et Nombres 35:9-34, traités ci-après. L'analyse suivante présente plusieurs facteurs qui réduisent sensiblement la culpabilité de Néphi en vertu de la loi de Moïse telle quon la comprenait probablement du temps de Néphi, vers 600 av. J.-C. Néphi a peut-être enfreint la loi américaine de lépoque de Joseph Smith, mais il s'avère qu'il a commis un homicide excusable en vertu de la loi publique de son époque à lui. Cela ne veut pas dire que Néphi aurait été acquitté et déclaré libre de se promener dans les rues de Jérusalem sil avait été amené devant un tribunal juif à Jérusalem et jugé pour avoir tué Laban, bien que Néphi aurait pu soulever plusieurs arguments en sa faveur si pareil procès avait jamais eu lieu [3]. Mais vu sous un angle pratique, le cas de Néphi naurait probablement jamais été porté devant un tribunal officiel parce que les deux témoins requis manquaient, rendant une condamnation capitale techniquement impossible (Nombres 35:30 ; Deutéronome 19:15). Mais si une action en justice avait été intentée à Néphi, lancienne loi biblique semble avoir reconnu deux types de meurtreexcusable et inexcusableet on peut montrer que lexécution de Laban tombe tout à fait spécifiquement dans la catégorie des meurtres excusables. Le texte biblique principal qui explique l'application du commandement général : « Tu ne commettras point de meurtre (ratsach) » (Exode 20:13), se trouve dans Exode 21:12-14. Il dit : « Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. Sil ne lui a point dressé dembûches, et que Dieu lait fait tomber sous sa main, je tétablirai un lieu où il pourra se réfugier. Mais si quelquun agit méchamment contre son prochain, en employant la ruse pour le tuer, tu larracheras même de mon autel, pour le faire mourir. ». Le châtiment normal pour le meurtre en vertu de la loi biblique du temps de Néphi était apparemment la mort (Genèse 9:6). Les savants bibliques ont cependant vigoureusement examiné la probabilité que lon pouvait payer une rançon ou une indemnité (kofer), particulièrement dans les cas impliquant des actes non prémédités ou une causalité indirecte [4]. À titre de comparaison, les lois hittites (vers 1400-1300 av. J.-C.) contenaient des dispositions explicites permettant de donner des esclaves ou d'autres personnes dans les cas de meurtre non prémédité se produisant lors dune querelle ou de manière involontaire (« [seule] sa main agissant mal »), tout en excusant totalement les meurtres avec circonstances aggravantes qui se produisaient dans le feu de la passion, augmentant ainsi la possibilité que la loi hébraïque contienne ses propres circonstances atténuantes [5]. Bien quil ne soit pas possible de dire avec précision quelles étaient les dispositions de ces lois antiques, Exode 21:13-14 montre clairement que tous les meurtres nétaient pas coupables en vertu de la loi biblique. Si un meurtre se qualifiait comme meurtre excusable en vertu de ces dispositions, la loi stipulait que le Seigneur désigne « un lieu où [le meurtrier] pourra se réfugier ». Cela ne voulait pas dire que le meurtrier était automatiquement libre, seulement quil lui était permis de se sauver dans une ville de refuge et dy rester pour être jugé (Nombres 35:12). Sil était alors prouvé par des témoins que le meurtrier avait agressé méchamment sa victime en employant la ruse ou avec inimitié pour la tuer, on lemmenait hors de la ville de refuge et il était mis à mort par lun des membres de la famille de la victime agissant comme « vengeur du sang » comme on appelait cela (Deutéronome 19:12) [6]. Sil savérait que le meurtrier n'avait pas prémédité l'événement, il était toujours considéré comme entaché par le sang mais un asile lui était accordé dans une ville de refuge jusqu'à la mort du grand prêtre régnant, et à de moment-là il pouvait retourner sans risque à son ancienne ville. Néphi était bien entendu prêt à fuirnon seulement de sa ville de résidence, mais même du pays dIsraël ; donc même dans la mesure où il aurait pu être considéré comme entaché par le sang pour voir tué Laban, Néphi ne souillait pas le pays, parce que il n'y est pas resté [7]. Cependant, la question cruciale est de savoir si la loi dExode 21:13-14 était applicable dans le cas de lexécution de Laban par Néphi. Pour déterminer la réponse, nous devons soigneusement examiner les deux éléments principaux qui y sont mentionnés. Le premier concerne l'état d'esprit du meurtrier. Comme nous allons lexpliquer, le meurtrier ne doit pas avoir dressé dembûches ou, en d'autres termes, ne doit pas être venu méchamment (avoir projeté lacte) pour tuer sa victime en employant la ruse. Le second concerne le rôle de la volonté divine : Dieu doit livrer la victime entre les mains du meurtrier. Quil ait été nécessaire de satisfaire les deux éléments, ou seulement un, pour prouver qu'un meurtre était juridiquement excusable en vertu de la loi de Moïse [8], le meurtre de Laban par Néphi satisfait probablement les deux. Après avoir commenté ces deux éléments, je traiterai brièvement des précédents bibliques et des attitudes traditionnelles dans la loi juive qui, dans certaines circonstances, permettaient quune personne soit tuée afin de sauver la vie d'une ville ou d'une communauté tout entière. Je finirai alors par les éléments fournis par le Livre de Mormon et également par le meurtre de l'Égyptien par Moïse dans Exode 2 pour corroborer la conclusion que le meurtre de Laban par Néphi n'était pas léquivalent dun meurtre en vertu de la loi de Moïse. 1. Létat d'esprit de Néphi. Les faits de base concernant l'état d'esprit de Néphi dans ce cas-ci sont bien connus. Il entre à Jérusalem tard le soir, probablement sans armes, espérant obtenir les plaques dairain. Il ne sait pas à l'avance ce qu'il va faire. Il tombe sur Laban ivre dans la rue. Il est contraint à plusieurs reprises par l'Esprit du Seigneur de tuer Laban et il finit par lui couper la tête avec sa propre épée. Quand il tue Laban, Néphi ne cherche pas à se venger, il agit à contrecur, sans haine et en toute bonne foi. Il est évident que le concept antique de la préméditation (si nous pouvons utiliser un tel terme) était différent du concept de la préméditation en vertu de la loi américaine ou britannique moderne. Le concept moderne requiert simplement le fait de savoir ce que lon fait et ladite volonté n'a pas besoin d'être manifestée plus tôt quà l'instant même du passage à lacte. Par contre, le concept archaïque de la préméditation veut que le meurtre soit préparé, conçu, comploté ou exécuté par lune ou lautre forme de traîtrise, d'embuscade, de sabotage ou de mise à laffût. « Dresser des embûches » est le terme utilisé pour décrire la tactique astucieuse du chasseur traquant sa proie (comme dans Genèse 10:9 ; 25:27-28 ; 27:3, 5, 7, 33) ; et le mot « méchamment » exprime « le défi insolent de la loi » [9]. Cest ainsi que Bernard Jackson a conclu : « La préméditation [dans la loi biblique] signifie que l'action en question était le résultat d'un dessein conçu à lavance, pas d'un désir né dans le feu de laction. Ainsi tous les actes intentionnels ne sont pas prémédités [10]. » Plusieurs indices forts indiquent que Néphi a la définition antique à l'esprit quand il écrit l'histoire de Laban. Il a la confiance implicite que le Seigneur pourrait, d'une manière miraculeuse inconnue, « faire périr Laban » tout comme il avait vaincu les Égyptiens à la mer Rouge (1 Néphi 4:3). Il souligne expressément le fait qu'il ne sait pas ce qu'il va faire quand il entre dans la ville de Jérusalem : « Jétais conduit par lEsprit, ne sachant pas davance ce que jallais faire » (1 Néphi 4:6). Ce point est crucial, parce quil prouve que Néphi ne sattendait pas à trouver Laban et qu'il nil ne savait pas que Laban serait dehors avec les anciens de la ville, où Laban serait ou qu'il serait ivre. L'occasion s'est présentée spontanément. Néphi est tout à fait surpris de trouver Laban. Son acte nest pas prémédité et nest donc pas coupable. Toutefois, une interprétation postérieure dExode 21:13-14, que lon trouve plus couramment, limiterait son application aux meurtres accidentels indépendamment de l'état d'esprit du meurtrier. Par exemple, plusieurs commentateurs bibliques, sans examiner la question ni la traiter, acceptent sans plus la thèse que ces versets stipulent seulement « que le meurtrier accidentel aura un endroit qui lui sera désigné pour sy réfugier [11] » ou que ce droit dasile « se limitait aux cas dhomicide accidentel exclusivement [12]. » Si une lecture aussi limitée de ce texte est correcte, le meurtre de Laban par Néphi ne serait pas couvert par la notion d'asile dExode 21, parce que ce meurtre ne peut en aucune façon être décrit comme un accident. Cependant, l'interprétation limitée de lhomicide par négligence ou excusable dans Exode 21:13-14 et les textes qui sy rapportent nest pas convaincante. Sil est vrai que Deutéronome 19:4-5 donne comme exemple d'homicide excusable le cas où un homme et son prochain coupent du bois et que le fer dune hache échappe accidentellement du manche et tue le prochain, cela ne signifie pas que la définition de lhomicide excusable ne concerne que les accidents exceptionnels. Si telle avait été l'intention, on naurait pas eu besoin des trois définitions précisant que le meurtrier navait pas été lennemi de son prochain dans le passé (Deutéronome 19:4), n'avait pas agi « méchamment » contre son prochain en employant la ruse pour le tuer (Exode 21:14) ou ne l'avait pas blessé « par un mouvement de haine » ou « par inimitié » (Nombres 35:20, 22). Autrement dit, comme Jackson conclut : « Il semble que lon traite lhomicide non prémédité mais intentionnel de la même façon que lhomicide purement accidentel [13] ». En d'autres termes, le concept de lhomicide excusable inclut plus que le meurtre purement accidentel. Ben Zion Eliash est du même avis : quoique lon ne voie « pas bien le rapport exact entre l[état d'esprit] du meurtrier envers la victime ou son mobile pour tuer, et la classification de ce meurtre soit comme intentionnel soit comme involontaire », il est clair que « même une mort provoquée par un coup intentionnel nest pas un homicide intentionnel à moins que ce coup nait été accompagné d'inimitié [14]. » Par conséquent, si les intentions de Néphi navaient pas été conçues à lavance avec malveillance ou avec inimitié, il rentrerait facilement dans la définition d'un meurtrier protégé en vertu de la loi de son temps. Il est évident que cest pour cette autre raison que Néphi certifie de manière assez détaillée qu'il n'avait aucun désir de tuer Laban et qu'il n'a pas commis lacte par inimitié à cause de lune quelconque des offenses de Laban contre sa famille et lui. Néphi raisonne en lui-même : « Je savais aussi qu'il avait cherché à m'ôter la vie; oui, et il ne voulait pas écouter les commandements du Seigneur, et il s'était également emparé de nos biens » (1 Néphi 4:11), mais il est conscient du fait quaucun de ces prétextes ne justifierait le meurtre de Laban que ce soit devant la loi ou devant la justice de Dieu. Il résiste à cette mission qui lui déplaît, se disant dans son cur : « Jamais à aucun moment je nai versé le sang de lhomme » (1 Néphi 4:10). Il ne va pas agir par haine ou par inimitié, bien que la signification de ce dernier terme manque un peu de clarté [15]. En outre, il ne faut pas interpréter Nombres 35:11, 15 et Josué 20:3, 9, qui semblent exiger que le meurtre se produise « involontairement », comme limitant la capacité d'une personne dans la situation de Néphi de se sauver dans une ville de refuge et de chercher à être disculpé, simplement parce qu'il était conscient de son action au moment où elle avait lieu. Le mot hébreu traduit « involontairement » est shegagah. Signifiant « pécher par ignorance », ce mot apparaît également dans Nombres 15:28 (comparer avec Mosiah 3:11). Il dérive du mot shagag, signifiant ségarer, pécher, être à côté de la plaque, être trompé ou errer, mais pas nécessairement de manière inconsciente. Selon la façon dont on comprend ces mots, ils peuvent impliquer que la personne a agi peut-être avec négligence mais au moins ignorante des conséquences de son acte ou qu'elle a mal calculé ou mal jugé. D'autres à Jérusalem auraient pu juger que Néphi avait agi par erreur [16] et il peut y avoir eu des distinctions juridiques antiques entre divers genres d'erreurs (c.-à-d., ignorance de la loi, erreurs de fait, mauvaise évaluation des conséquences, etc.), mais personne naurait douté que si Néphi avait péché, il lavait fait sans se rendre compte que cétait un péché et avait agi en toute bonne foi. Si lon prend pour critère la législation juive postérieure, qui peut jeter un peu plus de lumière sur le sujet, « un meurtre commis par quelqu'un croyant erronément que ses actes étaient permis » était considéré comme de la négligence grave, mais le meurtrier n'était pas punissable [17] ; du moins, a-t-il été argumenté, il « devrait être traité moins sévèrement que quelqu'un qui tue quelquun dautre par ignorance du commandement plus fondamental de ne pas tuer [18]. » Donc, lacte de Néphi aurait probablement relevé de la protection supplémentaire de méfaits commis « involontairement », pour autant que cela soit considéré comme méfait. La conclusion ci-dessus, basée sur un examen de la terminologie hébraïque, est confirmée pour d'autres raisons par le mot grec utilisé dans la Septante pour traduire shegagah dans Nombres 15:28. Le mot grec est akousios, forme contractée d'aekousios, signifiant littéralement « à contrecur ». Sa racine est hekousios, de hekon, dénotant une action qui est « volontaire, consentante, acte délibéré » dont on est maître ; et ainsi son opposé, akousios, est une action qui est « contre la volonté, contrainte [19] », « prévue mais non désirée [20] ». Ce terme est utilisé comme terme juridique par Antiphon, Platon et Aristote pour désigner « laction involontaire », notamment des actions telles que « le meurtre involontaire » ou le fait de larguer la cargaison d'un bateau afin de sauver le navire et ses passagers. Il est évident que son sens était plus large que notre mot involontaire [21]. Aristote reconnaît que beaucoup de questions philosophiques difficiles sont soulevées par des « actes commis par crainte d'une situation pire ou dans un but noble » et il conclut que ces actes « mixtes » se rapprochent dune conduite volontaire au moment où ils sont commis ; mais son intérêt principal n'est pas juridique et il ne traite ou ne résout donc pas la question. En tous cas, les commentaires d'Aristote montrent que le sujet donnait lieu à de vives discussions dans le monde antique : quand une action nétait vraiment pas désirée par l'agent humain, on pouvait certainement prétendre qu'elle revenait à une conduite involontaire quand il sagissait dévaluer la culpabilité juridique, tant que les circonstances étaient méritoires [22]. Ces notions, venant du monde grec quelques siècles seulement après le temps de Néphi, offrent un point de comparaison précieux pour évaluer l'état d'esprit de Néphi. Celui-ci déclare : « Et je reculais et souhaitais ne pas devoir le tuer » (1 Néphi 4:10). Ceci prouve que l'acte de Néphi était fortement contre sa volonté et son désir et par conséquent était involontaire aussi bien dans la conception hébraïque que dans la grecque. De plus il dit qu'il était « contraint par l'Esprit de tuer Laban » (1 Néphi 4:10). « Contraindre » était un mot anglais fort du temps de Joseph Smith, signifiant « obliger ou forcer ; pousser avec une force irrésistible ou avec un pouvoir suffisant pour produire l'effet » et « produire en opposition à la nature [23]. » Étant « contraint », Néphi ne doit pas être considéré comme agissant de manière consentante, selon ses prédilections, mais comme obéissant à une autorité supérieure pour réaliser le moindre de deux maux. Cest ainsi que Néphi conclut cette section de son récit en disant : « Et alors, lorsque moi, Néphi, jeus entendu ces paroles jobéis à la voix de l'Esprit » (1 Néphi 4:14, 18). En conséquence, Nombres 15:28 ; 35:11, 15 et Josué 20:3, 9 devaient englober juridiquement l'action de Néphi dans le concept de la conduite « involontaire » et ne le faisaient pas sortir des principes de l'asile ou de la culpabilité atténuée. Après avoir constaté que la définition de lhomicide excusable allait plus loin que le meurtre purement accidentel et n'était pas limitée par ce que les lecteurs modernes considéreraient comme des actes commis « involontairement », nous devons maintenant nous demander si cette loi d'Exode 21 allait suffisamment loin pour inclure même un meurtre avec une épée. En effet, l'application dExode 21 au meurtre de Laban ne devait pas être exclue dans l'esprit de Néphi par Nombres 35:16, même si ce meurtre était par l'épée. Nombres 35:16 dit : « Si un homme frappe son prochain avec un instrument de fer, et que la mort en soit la suite, cest un meurtrier. » Cette disposition doit cependant être lue dans son contexte. Le but de Nombres 35:16-24 est, essentiellement, d'établir la règle que la charge de la preuve doit incomber à ou au nom du vengeur du sang qui poursuit un meurtrier jusquà un endroit de refuge [24] et ce texte énonce plusieurs considérations aux fins de preuve que les juges devaient soupeser pour parvenir à leur verdict [25]. Si lon pouvait prouver que le meurtrier n'avait pas droit à la protection du sanctuaire, l'assemblée devait juger entre le meurtrier et le vengeur du sang (Nombres 35:24). Les versets 16-18 semblent parler de manière catégorique, créant des règles de responsabilité stricte qui devaient fonctionner sans souci de l'état d'esprit du meurtrier : Ils stipulent que sil frappait la victime avec un instrument en fer, la touchait en jetant une pierre ou la frappait avec une arme en bois, le meurtrier devait être mis à la mort. Mais si l'utilisation dinstruments, darmes ou de projectiles aussi dangereux pourrait constituer une forte présomption que le meurtre n'était pas accidentel mais prémédité, les versets 20-23 montrent que les passages précédents ne visaient pas à créer des conclusions judiciaires automatiques basées sur ce seul fait uniquement. Le texte continue : « Si un homme pousse son prochain par un mouvement de haine, ou sil jette quelque chose sur lui avec préméditation, et que la mort en soit la suite, ou sil le frappe de sa main par inimitié, et que la mort en soit la suite, celui qui a frappé sera puni de mort » (Nombres 35:20-21). Ces nuances montrent que la « haine » ou la « préméditation » doivent encore être prouvées en plus des éléments de preuve, pas nécessairement concluants, fournis par la nature de l'arme utilisée [26]. Le texte conclut que si le meurtrier « pousse son prochain subitement et non par inimitié, ou sil jette quelque chose sur lui sans préméditation, ou sil fait tomber sur lui par mégarde une pierre qui puisse causer la mort, et que la mort en soit la suite, sans quil ait de la haine contre lui et quil lui cherche du mal », l'assemblée acquittera le meurtrier et lui permettra de rester dans la ville de refuge jusqu'à la mort du grand prêtre régnant (Nombres 35:22-23). Ainsi, il est possible, dans certaines circonstances, qu'une personne se fasse tuer avec un instrument de fer sans que cela soit automatiquement considéré comme un homicide requérant la peine de mort ou toute autre sanction criminelle [27]. Il est évident que la fourchette, dans l'Antiquité, entre les deux extrêmes de lhomicide intentionnel et de l'homicide involontaire par négligence était suffisamment large pour susciter plusieurs questions juridiques auxquelles il est impossible de répondre aujourd'hui avec certitude. Bien que nous ne puissions pas reformuler, avec une certitude quelconque, une loi précise sur lhomicide par négligence ou excusable pour la période biblique (et il est douteux qu'il ait jamais existé une version codifiée des principes ci-dessus) [28], il est tout à fait clair que plusieurs éléments de l'état d'esprit de Néphi sont des facteurs susceptibles de prouver qu'un meurtre était excusable et protégé par loi israélite antique. Ainsi, bien que « la Bible ne contienne aucun principe abstrait par lequel on pourrait déterminer exactement quels critères le tribunal doit utiliser pour décider si un meurtre était intentionnel ou involontaire [29] », il est clair que les meurtres coupables en vertu de la loi biblique devaient être le fait dun état desprit prémédité, déloyal ou motivé par la haine et que pareille condition était absente dans le cas de Néphi. 2. Le fait que Dieu avait livré Laban entre les mains de Néphi. En fin de compte, Laban sera tué pour une seule et unique raison, à savoir parce que l'Esprit du Seigneur le commande et contraint Néphi à le tuer, parce que « le Seigneur l'a livré entre [s]es mains » (1 Néphi 4:11, 12 ; voir aussi 1 Néphi 3:29). Si lon regarde au delà de l'état desprit personnel de Néphi sur la question, la raison finale de son acte est le fait que Dieu a livré Laban entre les mains de Néphi. Comme lEsprit le dit, cest le Seigneur qui cause la mort de Laban : « le Seigneur fait mourir les méchants pour accomplir ses justes desseins » (1 Néphi 4:13). Et, soit dit entre parenthèses, le châtiment biblique typique pour les apostats invétérés et impénitents était lexécution par l'épée (Deutéronome 13:15). Le meurtre de Laban n'est pas la seule fois dans lIsraël antique que Dieu accorde sa sanction à certains meurtres pour favoriser l'existence et le bien-être nationaux des justes. Pendant la conquête de la terre promise, il sera commandé à Israël de tuer les habitants de la région afin d'occuper cette terre et dinstaller Israël et, en conséquence, la loi juive reconnaît une classification juridique spéciale de certaines guerres obligatoires exigées quand Dieu le commande [30]. Les guerres des rois étaient facultatives et limitées, mais les conditions imposées par Dieu dans certaines circonstances faisaient force de loi [31]. Certains se sont demandés pourquoi il fallait que Dieu commande à Néphi de tuer Laban au lieu de simplement lui dire de mettre les vêtements de Laban et de profiter du déguisement pour obtenir les plaques. Mais laisser Laban ivre en vie aurait probablement créé de plusieurs manières des problèmes graves : (1) Laban aurait pu se réveiller, rentrer chez lui en chancelant ou être aidé à rentrer par quelqu'un d'autre qui l'aurait trouvé ivre dans la rue ; si Laban était rentré chez lui tandis que Néphi était là faisant semblant dêtre Laban, Néphi aurait été extrêmement vulnérable en tant que cambrioleur nocturne. (2) Même si Laban avait passé la nuit dans la rue, le lendemain matin il aurait repris ses sens et aurait été furieux. Il aurait pris la tête dune troupe pour rechercher et tuer Néphi et ses frères et pour récupérer les plaques dairain. Par contre, une fois Laban mort, sa famille et ceux de sa parenté devaient prendre le deuil et soccuper immédiatement des obsèques et de l'enterrement. Ils étaient moins motivés à récupérer les plaques que Laban (d'autant plus qu'ils auraient déjà hérité de l'or et de l'argent de Léhi grâce à Laban). (3) Il est probable que peu de membres de la famille de Laban étaient au courant des négociations et des conflits entre Laban et les quatre fils de Léhi. Zoram parti, les habitants de Jérusalem pouvaient très bien croire que cétait lui, Zoram, qui avait tué Laban, puisque la ville de Jérusalem avait toutes les raisons de croire que les quatre fils de Léhi avaient été précédemment chassés de la ville et n'étaient jamais revenus. Par contre, sil navait pas été tué, Laban aurait suffisamment connu Zoram et les circonstances pour soupçonner ce qui s'était passé et se lancer dans une poursuite efficace contre Néphi et ses frères. Ces raisons expliquent pourquoi il était pratiquement essentiel à l'accomplissement de la tâche de Néphi que Laban soit tué et, avec un peu d'imagination, plusieurs autres raisons peuvent probablement être avancées. Quoi quil en soit, Laban n'a pas été tué pour une
quelconque raison pratique à court terme du moment. Tandis quil se tenait au-dessus
de Laban ivre à se poser des questions, Néphi a dû être tout étonné. Il est
immédiatement attiré par l'épée de Laban, qu'il sort de son fourreau. La splendeur du
travail et le tranchant de la lame dacier vont laisser une impression indélébile
dans l'esprit du jeune homme. Pendant quil est là à admirer cette arme, l'Esprit
le contraint à tuer Laban (1 Néphi 4:10). Néphi regimbe. L'Esprit lui répète : «
Voici, le Seigneur la livré entre tes mains » (1 Néphi 4:11). À trois reprises,
Néphi essaie de raisonner lacte qui lui est commandé, mais l'Esprit lui dit de
nouveau : « Tue-le, car le Seigneur l'a livré entre tes mains » (1 Néphi 4:12). Le verbe hébreu dExode 21:13 traduit par « livrer
» (innah) napparaît que quatre fois dans la Bible hébraïque. Mayer Sulzberger
voit dans cette expression « une allusion subtile au fait que la sagesse divine » fait
en sorte que des événements se produisent « entre des personnes qui ne sont pas
hostiles entre elles, afin de réaliser des objectifs de justice que la sagesse étriquée
des tribunaux humains ne pourrait pas atteindre [32]. » En conséquence, cette expression
hébraïque rare ou son équivalent signifiait essentiellement pour Néphi que Dieu avait
fait en sorte que Laban et Néphi se rencontrent cette nuit-là [33] et que la mort de
Laban a été occasionnée par laction divine, mais pas dans le sens où cette
expression est comprise aujourdhui [34]. Le lien entre les paroles de l'Esprit et
Exode 21 devait être bien plus évident en hébreu que même en anglais particulièrement
si l'Esprit a utilisé ce mot rare et non lun des mots hébreux plus courants avec
le sens de « livrer », comme par exemple natan, « remettre ». 3. Il vaut mieux qu'un homme périsse qu'une nation tout
entière. L'Esprit donne enfin l'explication suivante pour la mort de Laban : « Il vaut
mieux quun seul homme périsse que de laisser une nation dégénérer et périr dans
lincrédulité » (1 Néphi 4:13). Ce point de vue au sujet des droits relatifs de
l'individu ou du groupe a également une longue tradition dans l'histoire juridique
biblique et juive. « Il est clair que les hommes de Juda nentretiennent aucun scrupule de ce genre dans Juges 15:9-13. Craignant ce que leurs puissants voisins philistins pourraient faire pour régler leurs comptes avec lindomptable Samson, ils proposent de le leur livrer enchaîné [35]. » Et le cas de Schéba, qui sétait rebellé contre le roi David dans 2 Samuel 20, est encore un exemple où la paix est offerte à une ville entière en échange de la vie d'un seul homme (2 Samuel 20:21-22). Ce point de loi, avec ses précédents et son éthique bibliques, faisait lobjet de vifs débats entre pharisiens et sadducéens du temps du Christ : La position initiale des pharisiens était « inflexiblement négative : personne ne devait, au grand jamais, être livré, au risque même dune extinction [38] » tandis que les sadducéens (notamment Caïphe quand il a condamné Jésus) étaient plus libéraux (Jean 11:50 ; 18:14) [37]. Ce fut finalement lidée des sadducéens qui lemporta, comme le montre Genesis Rabbah : « Il vaut mieux tuer cet homme [Oulla] pour qu'ils ne puissent pas punir l'assemblée à cause de lui [38]. » Au cours de la période rabbinique, la loi talmudique a continué à creuser profondément la signification et les implications de ces notions. Utilisés judicieusement, ces débats confirment le fait que livrer une personne pour quelle soit tuée au profit du groupe entier était un sujet quabordait la loi biblique. Dans le Talmud, lhomicide non prémédité a fini par être subdivisé en cinq catégories : par négligence, accidentel, presque évitable, sous la coercition ou justifiable [39]. À titre de comparaison avec le cas de Néphi, les meurtres justifiables comprenaient (1) ceux qui empêchaient un homme den tuer un autre (et par analogie, le meurtre de Laban par Néphi va empêcher de faire périr spirituellement le peuple de Léhi) et (2) le fait de livrer à la mort un individu expressément désigné quand les païens menacent de tuer tout un groupe à moins que cette personne-là ne soit livrée [40]. Si les rabbins discutaient avec passion et compassion des circonstances limitées dans lesquelles la vie d'un individu spécifié pouvait être sacrifiée au profit du groupe [41] et si un cas du quatrième siècle apr. J.-C. distinguait entre un individu et un groupe sommé de mettre à mort un homme (l'intéressé doit d'abord se proposer pour être tué) [42], il ne fait guère de doute que la possibilité de tuer une seule personne dans lintérêt de tous était reconnue dans la loi juive antique et qu'elle cadrait bien avec le raisonnement expressément formulé dans le cas de Laban (« Il vaut mieux qu'un seul homme périsse que de laisser une nation dégénérer et périr dans l'incrédulité », 1 Néphi 4:13). En effet, la logique était du côté des rabbins qui soutenaient que cette règle était particulièrement dapplication quand la victime avait déjà commis un crime méritant la mort et ceci soulève la possibilité supplémentaire que Laban était d'une manière justifiable condamné à mourir parce qu'il avait commis un tel crime. Accuser à tort une personne d'un délit capital était un crime capital en vertu de la loi biblique (Deutéronome 19:19), comme ce létait au Proche-Orient antique depuis au moins le temps dHammourabi (Code dHammourabi 1). Puisque Laban avait accusé Laman à tort d'être un « brigand » (un délit capital) [43] et avait envoyé ses soldats exécuter les fils de Léhi sous ce prétexte (1 Néphi 3:13, 25), Laban jouait effectivement le rôle dun faux accusateur. Pareille accusation, venant d'un officier commandant de la ville, était plus qu'une vaine insulte ; elle avait la force d'une inculpation judiciaire. Comme Néphi et ses frères étaient impuissants à corriger le tort qui leur était fait, il ne restait plus que Dieu pour exercer la justice à légard de Laban. Facteurs à lappui. Trois preuves indirectes confirment lidée que la loi en vigueur du temps de Néphi considérait le meurtre de Laban comme quelque chose de moins que lhomicide coupable ou capital [44]. Tout dabord, il est significatif que les frères de
Néphi ne l'accusent jamais denfreindre la loi. Laman et Lémuel ont toutes les
raisons d'accuser Néphi. S'il avait violé la loi même qu'il prétend observer si
scrupuleusement, Laman et Lémuel n'auraient pas manqué de le faire remarquer. Ils
l'accusent dusurpation de pouvoir, dessayer de devenir leur gouverneur et leur
instructeur, d'essayer de les duper par sa ruse et ses « pensées insensées » (1 Néphi
16:37-38 ; 17:20), mais ils ne l'accusent jamais de meurtre. De plus, leurs descendants
vont enseigner à leurs enfants à détester et à assassiner les Néphites parce que
Néphi « leur avait pris des mains le gouvernement du peuple » et les avait dépouillés
» (Mosiah 10:15-17), mais ils ne décrivent jamais Néphi comme un meurtrier. Ceci
implique fortement qu'ils ont accepté l'explication du cas par Néphi comme meurtre
justifiable. Troisièmement, Néphi n'était bien entendu pas le seul prophète dans l'Écriture à verser le sang d'un homme. Moïse tue un Égyptien quand il le voit battre un esclave hébreu ; quand il regarde autour de lui et voit que personne nest témoin, Moïse tue l'Égyptien et l'enterre dans le sable (Exode 2:11-12). Craignant de se faire prendre, Moïse se sauve au pays de Madian. Cet événement jette davantage de lumière sur la signification du caractère intentionnel dans la loi de lhomicide dans Exode 21. Moïse, le législateur lui-même, aurait pu, tout comme Néphi, avancer largument que son acte spontané nétait pas prémédité dans ce sens-là. Encore une fois, il ne sagit pas de dire ici que Moïse navait pas commis de meurtre, mais seulement que c'était un meurtre qui pouvait être protégé. Il se sauve et cherche refuge dans le désert de Madian, créant peut-être de ce fait le précédent dont va découler le procédé étrange des villes de refuge [46]. Pourtant, ce nest que rarement que lon a fait le lien entre la fuite de Moïse et la loi biblique sur lasile. Il y a une source juive qui imagine que Moïse a dû être heureux quand il a reçu cette section de la loi de Dieu, parce que « celui qui a goûté d'une nourriture en a goûté la saveur » et Moïse « qui avait précédemment été obligé de se sauver pour avoir tué un Égyptien, savait ce que ressent celui qui est poursuivi pour un homicide involontaire [47]. » Les cas concrets de Moïse et de Néphi nous fournissent donc des aperçus pratiques importants concernant la signification de l'homicide involontaire à lépoque biblique. Lallusion de Néphi à Moïse pendant que ses frères et lui savancent silencieusement vers Jérusalem au cours de cette nuit sombre s'avère être plus prophétique et plus significative que Néphi le pensait probablement à ce moment-là. Néphi exhorte ainsi ses frères : « Soyons forts comme Moïse Montons: le Seigneur est capable de nous délivrer, comme il a délivré nos pères, et de faire périr Laban, comme il a fait périr les Égyptiens » (1 Néphi 4:2-3). Néphi avait à lesprit la destruction de l'armée égyptienne (il pensait quil allait rencontrer les cinquante de Laban), mais en fin de compte, ce nest pas une armée que Néphi détruit, mais un seul homme. Néphi va devenir fort comme Moïse, suivant l'archétype qui a mis en route l'exode d'Israël d'Égypte. Néanmoins, le meurtre de Laban va inexorablement sceller le destin du groupe de Léhi comme exilés du pays de Jérusalem jusqu'à ce qu'ils arrivent, eux aussi, à leur nouvelle terre promise. En rétrospective, le parallèle entre les actions de Moïse et celles de Néphi a sûrement été renforcé par le fait que tous les deux avaient été impliqués dans le meurtre excusable d'un homme. Remarques finales. Au cours des années, Hugh Nibley a eu
du plaisir à raconter une histoire au sujet de ses étudiants arabes du début des
années 50 qui étaient tenus de suivre un cours de base sur le Livre de Mormon à
l'université Brigham Young. Sachant que l'épisode de Laban avait perturbé la
sensibilité morale de beaucoup de lecteurs du vingtième siècle, Nibley a été
intrigué de voir que ces étudiants trouvaient l'histoire quelque peu invraisemblable
mais justement pour une raison opposée à celle à laquelle il sattendait. Au lieu
d'être dérangés parce que Néphi tuait Laban inconscient, les étudiants trouvaient
bizarre quil hésitait tellement [48]. Si lon ne peut pas se servir de la
réaction de ces étudiants arabes comme exemple de lattitude des habitants de la
ville de Jérusalem vers 600 av. J.-C., elle appuie quand même la thèse que les
différentes cultures ont des valeurs propres et des attentes juridiques bien à elles.
Les lecteurs modernes doivent donc être disposés à tenir compte non seulement des
implications et de limpact moral des événements scripturaires antiques sur la
société contemporaine, mais à considérer aussi ces développements à la lumière des
normes juridiques antiques qui devaient constituer les principes directeurs dans la vies
des gens dautrefois. |
l Accueil l Écritures
l Livres l Magazines l Études
l Médias l Art
l |