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| Doù viennent les papyrus achetés par Joseph Smith,
quest-ce quils contenaient, quen est-il advenu et quest-ce que le
Livre dAbraham a à voir avec eux ? Le présent article traite de ce sujet complexe.
Il combine une conférence faite le 3 mars 1999 par légyptologue John Gee sous les
auspices de FARMS et le même texte remanié pour constituer un chapitre intitulé «
Eyewitnesses, Hearsay and Physical Evidence of the Joseph Smith Papyri » (témoins
oculaires, rumeurs et preuves matérielles des papyrus de Joseph Smith) du livre The
Disciple as Witness, FARMS, 2000. HISTOIRE DES PAPYRUS DE JOSEPH SMITH ET DU LIVRE DABRAHAM John Gee © 1999, 2000 John Gee Histoire des papyrus En juillet 1798, Napoléon envahit lÉgypte. Il ny gagna rien, mais lÉgypte acquit un nouveau gouvernement sous Méhémet Ali et lEurope fut prise dégyptomanie, car, en fin de compte, la chose la plus importante apportée par Napoléon dans sa conquête ne fut pas son infanterie, mais son armée de savants. Il se fit accompagner de 150 savants et artistes, notamment les mathématiciens Gaspard Monge et Jean-Baptiste Joseph Fourier et le chimiste Claude-Louis Berthollet. En août 1798, ces trois hommes fondèrent lInstitut égyptien. Monge et Berthollet accompagnèrent Napoléon lorsque celui-ci senfuit dÉgypte en 1799, mais Fourier, qui nétait pas un intime de Napoléon, ne rentra en France quen 1801. Lannée suivante, il employa comme secrétaire Jacques-Joseph Champollion, frère aîné du célèbre Jean-François Champollion. Avant de rentrer en France, Fourier supervisa les recherches archéologiques de lInstitut égyptien. Lexpédition française en Égypte fut quelque chose de remarquable puisquelle « était généreusement pourvue par le gouvernement de lépoque dun groupe délite darchéologues, darchitectes, de géomètres, de naturalistes et de dessinateurs dont la mission était dexaminer tout ce qui était intéressant pour la science ou pour la littérature dans ce singulier pays. » En 1809, suite à leur expédition, les Français publièrent leur « splendide collection », la Description de lÉgypte en huit tomes de textes, cinq dimages dobjets égyptiens anciens, deux sur lÉgypte moderne et trois sur son histoire naturelle. Ces dix-huit tomes, pour lesquels il fallait souvent une bibliothèque spéciale, donnaient aux Européens le premier aperçu détaillé des antiquités égyptiennes (temples, sarcophages et papyrus) et suscitèrent lintérêt de lEurope pour lÉgypte. Monge avait créé la géométrie descriptive à des fins militaires, mais elle sest aussi avérée être un outil indispensable à larchéologie et fut utilisée dans les travaux archéologiques français en Égypte, apportant ainsi un nouveau savoir-faire aux recherches archéologiques de lépoque. Les Français firent leur plus grande découverte en juillet 1799 dans la forteresse du port del-Rachid. Cétait une grande pierre de basalte contenant un décret de Ptolémée V Épiphane traitant de ses réformes politiques et religieuses après quil eut écrasé une révolte. Les Anglais sen emparèrent et elle se trouve maintenant au British Museum. Cette stèle, maintenant appelée pierre de Rosette (forme francisée du nom du lieu où elle a été trouvée, el-Rachid), reste lun des textes les moins lus quoique le plus célèbre de tous les textes égyptiens, puisque cest lui qui a permis à Thomas Young de commencer à déchiffrer le démotique et plus tard à Champollion de faire la même chose avec les hiéroglyphes égyptiens. Un des soldats qui accompagnèrent Napoléon dans son expédition en Égypte était un Italien du Piémont appelé Bernardino Drovetti. Il était sous les ordres de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon. Après avoir sauvé la vie à Murat au prix de la perte dune main, Drovetti fut nommé consul général français dÉgypte, fonction quil détint de 1803 à 1814. Après la défaite de Napoléon à Waterloo, un autre Piémontais, Antonio Lebolo, ayant pris le parti des perdants, dut se débrouiller. Stigmatisé dans sa patrie, il abandonna sa femme et son enfant et partit pour lÉgypte où il se lia damitié avec Drovetti. Celui-ci fit de lui son agent et lenvoya à la recherche dantiquités à piller. À lépoque, larchéologie ne se distinguait pas du pillage de tombes. (Après tout, la grande différence entre un archéologue et un pilleur de tombes est que larchéologue publie ce quil trouve.) Sous leffet de lintérêt suscité par la publication de la Description de lÉgypte, les Européens se bousculèrent pour acheter des antiquités égyptiennes et des hommes tels que Lebolo, Drovetti, Giovanni dAnastasi et Giovanni-Batiste Belzoni étaient tout disposés à les fournir. « Le but de mes recherches, dit Belzoni, était de piller les Égyptiens. » On naurait pas pu le dire plus succinctement. On eut recours à toutes sortes de ruses pour se procurer des antiquités. Pour acheter pour Drovetti un obélisque pour lequel Belzoni avait précédemment obtenu les droits, Lebolo « prétendit pouvoir lire les hiéroglyphes gravés sur lobélisque et dit quil était écrit que lobélisque appartenait aux ancêtres de M. Drovetti et que par conséquent il y avait droit. » Cela et un petit bakchich lui en assura la possession un certain temps. Une grande partie des objets des collections des musées européens fut acquise à cette époque et de la même manière. Lebolo navait pas lavantage dêtre un diplomate avec de bonnes relations, comme Anastasi, ni davoir acquis célébrité et gloire pour des prouesses comme celles de Belzoni et est donc moins connu. Les rivalités et les mauvais coups typiques du monde des collectionneurs dobjets dart dantan battaient leur plein et la collecte dobjets anciens nétait pas sans danger. Belzoni et Lebolo étaient rivaux et Lebolo, pour son malheur, échoua dans sa tentative dassassinat de Belzoni, lequel vécut suffisamment longtemps pour lécrire dans ses mémoires, nous donnant ainsi une idée du trafic de ces deux coquins indélicats. « La Thèbes antique tout entière est la propriété privée des consuls anglais et français », dit un voyageur contemporain qui avait eu affaire à Lebolo, « les bâtiments qui ont jusquà présent résisté aux attaques des Barbares, ne résisteront pas aux spéculations de la cupidité civilisée, des virtuoses et des antiquaires. » Belzoni prétendait que la vue des momies, avant quil ne sy habitue le « remplissait dhorreur » ; quoi quil en soit, sa description davoir démoli des centaines de momies inspire le même sentiment à légyptologue moderne. Parmi le butin retiré de diverses tombes, Lebolo conserva une petite collection personnelle quil emporta quand il se retira des affaires comme pilleur de tombes. En 1822, il retourna dans son Italie natale avec une maîtresse noire et une collection de momies. Lorsquil mourut prématurément en 1822, sa collection dantiquités égyptiennes passa à son fils, Pietro, lequel, pour gagner de largent, les vendit pour expédition à Albano Oblasser pour les vendre en Amérique à quiconque les achèterait pour le prix quon pourrait en obtenir moins le transport. Quand elles arrivèrent à New York, les momies furent achetées par un certain Michael Chandler, qui avait emprunté pas mal dargent pour ce faire. Chandler espérait senrichir et quand il ouvrit les sarcophages pour voir ce que les momies contenaient, il trouva quelque chose. « Quand il découvrit quil y avait quelque chose avec les momies, M. Chandler supposa ou espéra que ce seraient des diamants ou un métal précieux et fut fort déçu par ce quil trouva. En ouvrant les sarcophages, il découvrit que dans le cas de deux des corps, il y avait quelque chose denroulé avec le même genre de tissu, saturé du même bitume, qui, à lexamen, savéra être deux rouleaux de papyrus Deux ou trois autres petits morceaux de papyrus, avec des calculs astronomiques, des épitaphes, etc., furent découverts sur dautres momies. » Chandler décida de gagner sa vie en exposant les momies et les papyrus comme une exhibition de monstres égyptiens, comme P. T. Barnum allait le faire quelques années plus tard. Chandler, au moins, avait une marchandise authentique pour laquelle il obtint des certificats dérudits partout où il se rendait, les collectionnant comme un vendeur de remèdes de charlatan collectionne les témoignages. Les papyrus retinrent davantage lattention du public que les momies. Chandler finit par en avoir assez dêtre tout le temps sur les routes et, comme il devait rembourser largent quil avait emprunté pour acheter les momies, décida de vendre la collection. Après un passage à Cleveland, son circuit le conduisit à Kirtland. Ayant trouvé acquéreur, Chandler vendit les momies en juillet 1835 pour $2400 et sadonna à lagriculture. Les acquéreurs étaient trois, Joseph Coe, Simeon Andrews et Joseph Smith. Ce dernier allait traduire les papyrus et les antiquités furent donc confiées à sa garde. La traduction commença en juillet 1835 et prit fin en novembre, la plus grande partie de la traduction du Livre dAbraham étant terminée dès le début octobre. Ce que Joseph écrit surtout avoir fait avec les papyrus cest de les avoir montrés aux personnes intéressées, quelques-unes par mois. Le reste de lannée, Joseph Smith le passa à étudier lhébreu. En 1836, son temps fut pris par lachèvement et la consécration du temple de Kirtland. En 1838, la situation à Kirtland était devenue intolérable et Joseph fut forcé de fuir au Missouri comme beaucoup dautres saints. Les momies et les papyrus suivirent Joseph au Missouri au cours de lété de 1838 grâce à Vinson Knight. À la fin de lété, Joseph était en prison et Lilburn W. Boggs, gouverneur du Missouri ordonnait que « les mormons [soient] traités comme des ennemis et [soient] exterminés ou chassés de lÉtat, si cest nécessaire, pour le bien public. » Les papyrus et les momies furent transportés en Illinois sous la direction de Brigham Young et de Heber C. Kimball. Quand il lui fut permis de séchapper, Joseph rejoignit les saints en Illinois au printemps de 1839 et il y avait du pain sur la planche. Il fallait assécher les marécages et bâtir une ville. Au cours des mois dhiver du début de 1842, plus de six ans après son dernier travail connu sur les papyrus, Joseph eut finalement le temps de sy remettre. Au début de cette année-là, trois livraisons du Livre dAbraham furent publiées dans le Times and Seasons, toutes contenant des fac-similés, mais seules les deux premières contenaient du texte. Les fac-similés accompagnant la publication du Livre dAbraham furent faits à léchelle par Reuben Hedlock, ancien président du collège des anciens de Kirtland. Dautres livraisons de luvre furent promises mais jamais publiées. Lattention de Joseph sétait tournée vers dautres projets cruciaux tels que la création de la Société de Secours et lintroduction de la totalité des dotations du temple. Lorsque arriva la fin de lannée, Joseph était passé dans la clandestinité. Bien que continuant à montrer les papyrus aux visiteurs, comme il lavait fait à Kirtland, il confia la plupart de ces responsabilités à sa mère devenue veuve, qui était âgée et avait besoin de gagner un peu dargent. En 1844, Joseph était assassiné. En 1851, Franklin D. Richards, lapôtre le plus récent et nouveau président de la mission européenne, dont le siège était en Angleterre, estima que les saints anglais qui, à lépoque, étaient le plus grand groupe de saints au monde, navaient presque pas de documentation de lÉglise, même pas le Livre de Mormon. Il décida de publier « une sélection des révélations, des traductions et des narrations de Joseph Smith ». Il lintitula Perle de Grand Prix et inclut le Livre dAbraham dans la sélection. La Perle de Grand Prix, dit frère Richards, nétait « pas adaptée ni conçue comme pionnière de la foi parmi les incroyants », mais était destinée aux saints pour « augmenter leur capacité de conserver et de défendre la sainte foi grâce à sa possession ». Les fac-similés du Livre dAbraham furent de nouveau gravés pour cette édition et pour les éditions successives, devenant, au fur et à mesure, de plus en plus imprécis. En 1878, la Perle de Grand Prix fut publiée en Utah. Deux ans plus tard, elle fut canonisée par un vote à la conférence générale. Jusquen 1981, lédition standard fut lédition de 1901, qui avait les copies les plus inexactes des fac-similés. Lédition anglaise de 1981 en revint aux fac-similés originaux de Reuben Hedlock et est depuis lors lédition standard. Pour en revenir aux papyrus. Après la mort de son fils, Lucy Mack Smith vécut avec Emma, femme de Joseph, jusquà son décès en mai 1856. Elle exhiba les momies et les papyrus jusquà sa mort pour le prix de 25 cents. Entre-temps, Emma sétait remariée avec Lewis C. Bidamon. Tout de suite après le décès de la maman Smith, sa famille se débarrassa des momies. Lewis Bidamon, Emma Smith et son fils Joseph Smith III vendirent, moins de deux semaines plus tard, les quatre momies et les papyrus à Abel Combs, un autre marchand itinérant. Combs ne garda pas les papyrus ensemble. Il en vendit certains au musée de Saint Louis et en conserva dautres. Ceux qui avaient été vendus au musée de Saint Louis furent vendus plus tard au musée Wood. Ce musée déménagea ultérieurement à Chicago où il fut détruit dans lincendie de 1871. On crut longtemps que tous les papyrus avaient été détruits, mais ce nétait pas le cas. Combs en avait conservé certains. À sa mort, ils revinrent à sa gouvernante. Celle-ci les donna à sa fille, Alice Heusser, qui, en 1918, alla trouver Albert M. Lythgoe du Metropolitan Museum of Art avec les papyrus. Le musée décida quil nen voulait pas. Trente ans plus tard, le Metropolitan changea davis grâce surtout aux efforts de Ludlow S. Bull. Celui-ci, qui avait fait ses études à Yale, qui avait un diplôme de droit de Harvard et un doctorat de luniversité de Chicago, commença légyptologie à Yale. Il eut une longue collaboration avec le Metropolitan. En 1922, lannée où il obtint son doctorat, il fut nommé conservateur adjoint du département dart égyptien et fut nommé conservateur en second six ans plus tard. Il resta intéressé par les papyrus et en 1946 essaya de savoir ce quil en était advenu. Lorsquil retourna pour acheter les papyrus pour le Metropolitan, Alice Heusser était morte. Bull négocia donc avec son mari, Edward Heusser. Le Metropolitan acheta les papyrus en 1947 et lannonça immédiatement dans sa liste officielle des acquisitions du musée, ce qui était la garantie que personne ne le verrait jamais. Et personne ne le vit jamais. En 1967, le Metropolitan Museum of Art de New York était sous la direction dynamique de Thomas Hoving. Celui-ci voulait ce quil y avait de plus grand et de meilleur en tout. Pour obtenir les fonds pour ce faire, il lui fallait évacuer les objets les moins désirables du musée et il dit aux divers départements de se débarrasser des objets les moins historiques. Ceci comprenait les galeries égyptiennes, qui rencontrèrent un problème : Que faire des papyrus mormons ? Qui en voudrait ? Il était certain quaucun égyptologue nen voudrait. Peut-être les mormons voudraient-ils les récupérer. Peut-être pas. Comment le savoir ? Loccasion se présenta en la personne dAziz S. Atiya, spécialiste du copte à luniversité dUtah. Lors dun voyage au Metropolitan Museum of Art pour faire de la recherche sur des objets coptes de ses collections, Atiya fut abordé par Henry Fischer, conservateur du département dart égyptien du Metropolitan, qui lui dit vouloir sentretenir avec lui dun sujet délicat. Pensait-il que les papyrus pourraient intéresser les mormons ? Serait-il disposé à en parler aux mormons pour savoir ce quils en pensaient ? Il promit de le faire. Malheureusement, Atiya ne connaissait pas beaucoup de mormons et personne au siège de lÉglise. On lenvoya auprès de N. Eldon Tanner, membre de la Première Présidence de lÉglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Les négociations commencèrent pour de bon en 1966, mais il fallut un an pour que la transaction fût approuvée par le processus de liquidation du musée. Le transfert fut alors convenu le 27 novembre 1967. Un donateur anonyme fit un don au musée et en échange le musée donna les papyrus à lÉglise. Le changement de propriété fit la une des journaux qui, comme dhabitude, racontèrent immédiatement les choses de travers. Mais le département dart égyptien du Metropolitan Museum of Art était plus préoccupé par lacquisition du temple de Dendur et par limpact que la guerre israélo-arabe de 1967 allait avoir sur la poursuite de ses études sur lAntiquité que par une correction des idées fausses de la presse. LÉglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours fut heureuse davoir les papyrus et les publia sur-le-champ. Deux mois plus tard, ils paraissaient dans lImprovement Era de février 1968 et la numérotation actuelle des papyrus date de cette publication. Bien entendu, les antimormons navaient pas attendu jusque là pour attaquer. En réaction, Malcolm Jeppson, rédacteur du tout nouveau trimestriel Dialogue, demanda que Richard Parker, John Wilson et Klaus Baer publient, pendant lété de 1968, des traductions préliminaires des papyrus existants, ce quils firent. Jeppson y ajouta des articles de Hugh Nibley pour représenter le point de vue promormon et de Jerald Tanner et Grant Heward pour représenter le point de vue antimormon. Avec cette publication, largumentaire antimormon se fossilisa en un mantra presque canonique, répété sans fin et rarement vérifié. Les éléments nouveaux sont généralement venus du côté mormon. Par exemple, la première publication complète de lun quelconque des papyrus avec texte, traduction et commentaire fut faite par Hugh Nibley, un membre de lÉglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. La première traduction du fac-similé 2 est de Michael Rhodes, un autre membre de lÉglise. Les antimormons ont systématiquement évité toute recherche complémentaire sur un sujet quils ne sont pas compétents pour traiter et qui risquerait de saper leur argumentation. Reconstitution des papyrus Puisque lattaque antimormone contre le Livre dAbraham repose sur leur compréhension erronée des papyrus, jetons un coup dil plus détaillé sur ceux-ci. Ce qui a été donné au Metropolitan Museum of Art et quil a remis à son tour à lÉglise, cétaient dix fragments de papyrus qui avaient jadis constitué trois manuscrits distincts. Ces trois manuscrits avaient appartenu à lorigine à des personnes appelées Hor (JSP I, X-XI), Tsemminis (JSP II, IV-IX) et Neferirtnoub (JSP IIIa-b). Notre intention ici nest pas tellement de retrouver les divers endroits où les papyrus se trouvaient ni chez qui ils étaient à tel ou tel moment précis, mais plutôt dutiliser le témoignage de témoins oculaires pour reconstituer la longueur et létat physique des papyrus à lépoque où ils étaient en la possession de Joseph Smith et de déterminer, si possible, ce qui est arrivé aux divers rouleaux. Nous allons examiner les témoins oculaires par ordre chronologique. Les témoins oculaires 1835-1837 La première mention connue des Papyrus de Joseph Smith est dA. Gardner [11] dans une lettre publiée dans le numéro du 27 mars 1835 du Painesville Telegraph [12]. Sur lune des momies féminines exposées par Michael Chandler, appelée « n° 1 », « on a trouvé un rouleau ou livre, ressemblant un peu à de lécorce de bouleau. Cependant, certains linguistes disent pouvoir déchiffrer 1336 dans ce quils qualifient dépitaphe ; encre noire et rouge ; beaucoup de personnages féminins [13] ». Une autre momie féminine, appelée « n° 2 » a été « trouvée avec un rouleau comme le n° 1, rempli de hiéroglyphes grossièrement exécutés [14]. » Une momie masculine, appelée « n° 3 », « avait un rouleau de texte comme les n° 1 et 2 [15]. » On peut vraisemblablement les rattacher aux fragments restants suivants des Papyrus de Joseph Smith : le n°1, avec lencre noire et rouge et les nombreux personnages féminins, est le rouleau de Tsemminis. Le nombre 1336 est sans doute une tentative de déchiffrer le hiératique dd mdw in « paroles dites par » dans la rubrique (appelée ici une « épitaphe »). Le n° 2, provenant dune femme et dont les hiéroglyphes sont tracés grossièrement est vraisemblablement le rouleau de Neferirtnoub et le n° 3, qui vient dun homme, est sans doute le rouleau de Hor. En décembre 1835, Oliver Cowdery, qui, comme Phelps, était secrétaire de Joseph Smith et avait donc travaillé de près aux papyrus, les décrit comme « deux rouleaux de papyrus » remplis de « caractères comme on en trouve sur les sarcophages des momies, des hiéroglyphes, etc., avec beaucoup de caractères ou lettres exactement (quoique peut-être pas tout à fait aussi carrés) que la forme actuelle de lhébreu sans points » formant un « document joliment écrit sur du papyrus à lencre noire et, pour une petite partie, rouge, parfaitement conservé [17]. » Il ajoute « que deux ou trois autres petits morceaux de papyrus, avec des calculs astronomiques, des épitaphes, etc., ont été trouvés avec dautres de ces momies [18] ». Cowdery nous apprend donc quoutre les deux grands rouleaux, il y avait plusieurs autres morceaux divers de papyrus. Toujours prolixe, il décrit aussi les vignettes qui se trouvent sur les papyrus : « La représentation de la divinité trois et cependant une est dessinée de façon curieuse Le serpent, représenté comme marchant, ou formé de manière à être capable de marcher, debout en face et près dun personnage féminin est, pour moi, une des représentations les plus formidables que jaie jamais vues sur papier ou support de texte Le pilier dHénoc, dont parle Josèphe, est sur le même rouleau Lextrémité intérieure du même rouleau donne une représentation du jugement : on voit dun seul coup dil le Sauveur, assis sur son trône, couronné et tenant les sceptres de la justice et du pouvoir, devant qui sont assemblées les douze tribus dIsraël, les nations, langues et peuples de la terre, les royaumes du monde sur lesquels on voit Satan régner, Michel, larchange, tenant la clef de labîme et en même temps le diable enchaîné et enfermé dans labîme. Mais pour ce qui est de cette dernière scène je ne peux que vous donner une ombre de ce que cest en réalité [20]. » Il y a des années, Jay Todd semble avoir relié avec précision ces descriptions aux fragments de papyrus actuels [21]. La représentation de la « divinité » semble provenir de JSP IV, le serpent qui marche et le pilier semblent provenir de JSP V, tout cela appartenant donc au rouleau de Tsemminis. La description de la scène de jugement (que Cowdery interprète correctement) [22] correspond à JSP IIIa-b, sauf que Cowdery la situe « à lextrémité intérieure du même rouleau », ce qui mène à la conclusion que cétait une vignette du Livre des Morts 125 sur le rouleau de Tsemminis et cela semblerait confirmé par un fragment du texte du Livre des Morts 125 qui se trouve dans JSP IX. Dès 1836, après beaucoup de déplacements et de manipulations [23], les papyrus avaient été endommagés aux extrémités extérieures des rouleaux [24].Une transcription de certaines parties du rouleau de Tsemminis, probablement faite en 1835, montre des gribouillis probablement faits pour indiquer le bord du papyrus, montrant que des morceaux sétaient déjà détachés [25]. Les papyrus commençaient à se briser en petits morceaux comme le prouvent les fragments minuscules collés aux mauvais endroits des papyrus quand ils furent montés sur du papier [26]. Le papier de support date de la période de Kirtland. Seules les parties extérieures endommagées des rouleaux furent montées sur du papier. Le reste des papyrus, toujours en relativement bon état, fut laissé sous forme de rouleaux. Ceci explique tous les rapports de témoins oculaires et les preuves matérielles restantes. On découvre les préoccupations de Joseph Smith lui-même quand il remet les antiquités égyptiennes entre les mains de Joseph Coe (qui avait contribué à leur achat) en février 1836 : « Je me suis conformé à sa demande et jai simplement dit quil fallait les traiter avec prudence et soin, surtout les manuscrits [27]. » À mon avis, cest à ce moment-là, si pas plus tôt, que les papyrus ont été montés. Les Papyrus de Joseph Smith actuels viennent tous de ces fragments montés sur papier provenant de lextrémité des rouleaux. Aucun de ces derniers na été conservé. En 1837, William S. West décrivit les papyrus quil avait vus comme « une quantité de documents écrits sur du papyrus en hiéroglyphes égyptiens Ces documents sétaient déchirés, quand on les avait détachés du rouleau de baume dembaumement dans lequel ils se trouvaient et certaines parties étaient tout à fait perdues [28]. » Ceci est confirmé par Luman Shurtliff qui examina les papyrus en décembre 1837. Il regarda « le parchemin ou Papyrus comme on lappelle en langue égyptienne. Ce Parchemin semblait fait de tissu fin amidonné ou raidi avec une sorte de gomme puis lissé fortement et couvert de caractères, de figures, de hiéroglyphes et sexprimant en langue égyptienne. Ces feuilles avaient à peu près la taille de ce livre [30 x 37,5 cm] quand il est ouvert. Ils étaient enroulés, mis dans un étui de gomme et posés sur la poitrine dun des dirigeants égyptiens, quand la Momie ou le corps fut trouvé, ce document était sur sa poitrine [29]. » Donc, dès la fin de 1837, certaines parties étaient déjà séparées en feuilles. Les témoins oculaires 1838-1856 En 1838, quand les Frères furent chassés de Kirtland, les manuscrits leur furent apportés plus tard, en été, par Vinson Knight à Far West [30]. En avril 1840, un visiteur venu de Montrose rendit visite au Prophète et décrivit « plusieurs cadres, recouverts de verre, sous lesquels il y avait de nombreux fragments de papyrus égyptiens sur lesquels on avait, comme dhabitude, marqué une grande diversité de caractères hiéroglyphiques [31]. » Le 5 mai 1841, William I. Appelby rendit visite à Joseph Smith et en fit un récit détaillé dans son journal intime. Une grande partie de ce récit copie des sections du Livre dAbraham davant sa publication ; mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les descriptions des papyrus dans le contexte. Il dit quil avait « vu les Rouleaux de Papyrus et les écrits qui sy trouvaient, détachés de la poitrine de la momie masculine, contenant certains des écrits dAbraham dautrefois et de Joseph qui fut vendu en Égypte. Les écrits sont principalement en langue égyptienne, à lexception dun peu dhébreu. Je crois quils décrivent certaines des scènes de lÉgypte ancienne, leur culte, leurs idoles, etc. Les écrits sont beaux et clairs, composés dencres rouge et noire. Il y a une différence perceptible entre les écrits. Cest Joseph qui semble avoir été le meilleur scribe. Il y a aussi des représentations dhommes, de bêtes, doiseaux, didoles et de bufs attachés à une sorte de charrue guidée par une femme. Aussi le serpent quand il a séduit Ève. Il apparaît avec deux pattes, debout sous lapparence et la forme de lhomme. Mais sa tête dans la forme et représentant le Serpent, sa langue fourchue étendue. Il y a de même des représentations dun autel dressé, avec un homme lié et couché dessus et un Prêtre, couteau en main, debout au pied, avec une colombe au-dessus de la personne liée sur lautel avec plusieurs idoles debout tout autour. Un globe céleste avec la planète Kolob ou première création de lÊtre suprême une planète de lumière laquelle planète fait une révolution en mille ans Aussi le Seigneur révélant les grands mots clefs de la sainte Prêtrise à Adam dans le jardin dÉden, et aussi à Seth, Noé, Melchisédek, Abraham et à tous ceux à qui la Prêtrise a été révélée. Abraham aussi à la cour du Pharaon, assis sut le trône du Roi, raisonnant sur lAstronomie, une couronne sur la tête, représentant la Prêtrise emblématique de la grande Présidence du Ciel, avec en main le sceptre de la Justice et du Jugement. Et le Roi Pharaon, debout derrière lui, avec un Prince un serviteur principal et un esclave noir du Roi. Une généalogie des momies et des épitaphes et leur mort etc., etc. sont également représentés distinctement sur le Papyrus qui est appelé le « Livre dAbraham » [32]. » On a ici les éléments du Livre dAbraham dans un journal intime avant sa publication. Mais nous avons aussi ici des descriptions de scènes provenant des papyrus qui nont pas été publiés. Il est important de noter ce qui suit : La description de JSP II (« des bufs attachés à une sorte de charrue guidée par une femme »), le couteau représenté dans la main de la figure 3 du fac-similé 1 (qui est dans le fac-similé non encore publié mais pas sur le fragment actuellement en existence de JSP I), la nette différence entre les écritures des scribes des papyrus et les généalogies reconnaissables des momies sur les papyrus. Le Révérend Henry Caswall visita Nauvoo le 18 avril 1842, juste après la publication du Livre dAbraham et des fac-similés dans le Times and Seasons et vit les papyrus. Il raconte quils étaient conservés dans « un certain nombre de cadres vitrés, comme des cadres à tableaux, contenant des feuilles de papyrus avec des inscriptions égyptiennes et des hiéroglyphes [33] ». Il continue à décrire les vignettes dans un dialogue ou le témoignage oculaire est fortement mêlé douï-dire. Une vignette contenait « la représentation dun homme couché sur une table » accompagné dun « homme debout à côté de lui, brandissant un couteau [34]. La description est clairement JSP I (le fac-similé 1 du Livre dAbraham). Caswall dit quun papyrus séparé contenait « une représentation hiéroglyphique avec quatre petits personnages » et un « grand chien regardant les quatre personnages ». Le chien était accompagné dune « personne qui retenait le grand chien ». À un autre endroit du papyrus il y avait un « personnage » avec « ses deux épouses » il y avait des rayures en travers de la robe dune de [ses] femmes qui ne montaient que jusquà la taille de sa femme [35]. » Cette description semble correspondre à JSP IIIa-b. Le témoignage du Révérend Caswall reste problématique, en partie à cause du fait quil a inventé certaines parties de sa visite à Nauvoo [36]. On pourrait être enclin à penser quil avait puisé ses renseignements sur les papyrus dans la grande publicité qui en avait été faite sauf en ce qui concerne sa description de JSP IIIa-b ; ceci montre quil a eu une expérience de première main avec les papyrus. Il reste encore un autre obstacle, puisque Caswall, un non-mormon ouvertement hostile à Joseph Smith, décrit JSP I comme montrant « cet homme debout à côté de lui brandissant un couteau [37] ». Lexistence du couteau a été mise en doute par beaucoup parce quelle nest pas conforme à ce à quoi nous nous attendrions au vu dautres papyrus égyptiens [38], et pourtant le voilà ici décrit par un témoin oculaire non mormon dont la description de la conservation des papyrus correspond à celle de récits contemporains indépendants. Elle correspond aussi à la description faite par William Appleby avant que Reuben Hedlock ne fasse les gravures sur bois des fac-similés. Cela nous fait deux témoins oculaires indépendants de la présence dun couteau sur le fac-similé 1, que nous en pensions ce que nous voulons. Robert Horne est un exemple de témoin oculaire qui najoute rien de neuf au tableau mais nen est pas moins un témoin oculaire indépendant. Il décrit les papyrus entre 1842 et 1843 comme étant « une sorte de parchemin ou de papyrus et il contenait des écrits en rouge et en noir [39]. » Quand elle vit les papyrus en février 1843, Charlotte Haven dit avoir vu « un long rouleau de manuscrit » et « les hiéroglyphes dun autre rouleau [40] ». Ce deuxième rouleau comportait plusieurs vignettes : « lune représentait Ève tentée par le serpent, lequel était debout sur lextrémité de sa queue, laquelle formait, avec ses deux pattes, un trépied, et avait la tête dans loreille dÈve. » Le fait de déclarer que le personnage féminin est Ève est clairement une interprétation ; cela mis à part, la description de la vignette ne correspond à rien de ce qui est conservé dans les papyrus de Joseph Smith et cest une chose à laquelle nous ne nous attendrions pas non plus. Étant donné que les bords extérieurs des rouleaux étaient ceux qui étaient endommagés et par conséquent ceux qui étaient montés sur papier et conservés sous encadrement vitré, le centre intact des rouleaux est resté et a été conservé sous la forme de rouleaux. On nous dit explicitement que la vignette se trouvait sur un des rouleaux restants, pas sur les papyrus montés dans les encadrements vitrés, les seuls à avoir été conservés jusquà nos jours et ne fait donc pas partie des Papyrus de Joseph Smith en notre possession [41]. Ayant vu les papyrus en 1844, Josiah Quincy les décrivit comme « des parchemins couverts dhiéroglyphes conservés sous verre et manipulés avec un grand respect [42] ». Il décrit aussi une des vignettes comme suit : « Le parchemin mentionné en dernier montrait un dessin grossier dun homme et dune femme et dun serpent marchant sur une paire de pattes [43]. » La description de Quincy a aussi été racontée à Henry Halkett, qui fait dire à Quincy quun des papyrus « représentait un homme, une femme, un arbre et un animal indéfinissable [44] ». JSP V montre une femme faisant face à un serpent marchant sur des pattes mais ne montre ni homme ni arbre ; il semblerait donc que ce que Quincy décrit est un autre fragment de papyrus. Cela montre que tous les fragments montés nont pas fini da ns le lot remis au Metropolitan Museum of Art. Pendant que les papyrus se trouvaient au musée de Saint Louis, Gustavus Seyffarth, qui était un rival de Champollion [45], vit au moins un des rouleaux de papyrus en 1856 et décréta : « Le papyrus nest pas un livre, mais une invocation au dieu Osirus, dans laquelle apparaît le nom de la personne (Horus) et une représentation des esprits accompagnateurs, qui présentent le mort au juge, Osirus [46] ». La « représentation » décrite semble être le fac-similé 3. Ceci indique que la partie du rouleau doù proviennent JSP I, XI et X était toujours conservée sous forme de rouleau en 1856 et que le fac-similé 3 du Livre dAbraham était sur ce rouleau. Le contenu du musée de Saint Louis fut vendu au Wood Museum et transféré à Chicago où lon retrouve la même description dans le catalogue de 1863 [47]. Ce groupe dantiquités semble avoir été détruit dans lincendie de Chicago de 1871. Taille des papyrus de Joseph Smith Daprès les descriptions historiques de papyrus faites par les témoins oculaires et les preuves matérielles restantes, nous pouvons établir la description égyptologique suivante des papyrus [48]. Le Livre des Morts de Tsemminis, fille dEskhons, était un long rouleau (que lon estime avoir eu à lorigine 320 x 32 cm) [42] dont les feuilles extérieures endommagées étaient conservées sous verre, les fragments qui restent sont les Papyrus Joseph Smith VII, VIII, V, VI, IV et II (arrangés dans cet ordre de droite à gauche). Les chapitres du Livre des Morts représentés sont 3-6, 53-54, 57, 63, 65, 67, 70, 72, 74-77, 83, 86-89, 91, 100-101, 103-106, 110, 125 [50]. Copie tardive du Livre des Morts, elle peut définitivement être qualifiée de thébaine, appartenant au Style 1a et à la phase III de Mosher [51]. Des fragments du premier quart du rouleau manquent [52]. Les fragments ont été séparés du rouleau et montés sur verre, probablement en 1836. Le rouleau semble avoir contenu une copie du Livre des Morts 125 ainsi quune vignette dun arbre, dun homme et dune femme avec un serpent debout sur ses pattes, la tête dans loreille de la femme ; ceci correspond aux chapitres existants et aux descriptions des témoins oculaires. Le rouleau et peut-être certains des fragments semblent avoir été détruits dans lincendie de Chicago. Ce rouleau datait probablement de la dernière moitié du troisième siècle av. J.-C. Le Livre des Morts de Neferirtnoub était, daprès les premiers comptes-rendus, apparemment un rouleau dune grande longueur dont il reste deux fragments, JSP IIIa-b, contenant la vignette du Livre des Morts 125. Comme il ne reste que les deux fragments, le reste a dû être détruit dans lincendie de Chicago. Le rouleau de Hor (fils de Osoroeris et de Taykhebit) [53], était un rouleau dune certaine taille (lestimation des dimensions originales est de 320 x 11 cm). Les feuilles extérieures, probablement séparées et montées en 1836 à Kirtland, constituent JSP I, XI et X (dans cet ordre, de droite à gauche). Ce rouleau contient ce quon appelle le « Livre des Respirations fait par Isis » et au moins un autre texte. La relation de ce rouleau avec P. Louvre 3284 a besoin dêtre éclaircie étant donné que la plupart des traductions et des commentaires sur JSP XI-X sont en réalité des traductions et des commentaires sur P. Louvre 3284 [54]. Une différence entre les deux papyrus est que les commentaires terminaux de P. Louvre 3284 (= colonne 6) deviennent les commentaires préliminaires dans JSP XI (= colonne 1) et seraient normalement appelés « rubriques » sauf quil na pas été fait usage dencre rouge dans un cas comme dans lautre [55]. À part cela, la relation semble être que JSP XI-X est une copie abrégée du même texte que P. Louvre 3284 dans la mesure où il existe une correspondance point par point entre les colonnes du texte [56], ce dont nous déduisons quil a dû y avoir, sur le rouleau de Hor, deux colonnes de plus, outre la vignette conservée en tant que fac-similé 3 dans le Livre dAbraham. Ces colonnes devaient contenir la version abrégée de la confession négative, mais pas dinvocation réelle à Osiris comme décrit par Seyffarth [57]. Cela veut dire quil devait y avoir plus dun texte sur le rouleau [58] ; nous nous attendrions donc à ce quil soit resté davantage sur le rouleau que les deux colonnes de texte du Livre des Respirations et la vignette (fac-similé 3). Bien que les morceaux extérieurs soient devenus JSP I, XI et X, le reste du rouleau était presque certainement au Wood Museum de Chicago et a donc été détruit lors de lincendie de 1871. Lhypocéphale de Sheshonq (les dimensions originales sont 19 x 20 cm) nest conservé que sous la forme du fac-similé 2 dans le Livre dAbraham. Des parties du Document inconnu dAmenhotep, fils de Tanoub, ne sont conservées que dans une mauvaise copie dans le manuscrit égyptien n° 6 des Papiers égyptiens de Kirtland [59]. La copie est sur trois colonnes de texte, mais on ne sait pas comment cela se rapporte au papyrus original. Une des colonnes contient le Livre des Morts 45. Les autres colonnes nont pas été identifiées comme une partie du Livre des Morts ni daucun autre texte connu. Cest le nom différent qui le distingue comme un document séparé. Le contenu des papyrus : la partie pour le tout ? Les papyrus de Joseph Smith sont généralement qualifiés de documents funéraires typiques. Certaines personnes considèrent que si ces documents sont funéraires, ils ne peuvent rien contenir dautre. Or certains papyrus du Livre des Morts contiennent bel et bien dautres textes [60]. Par exemple, un Livre des Morts fragmentaire de la dix-huitième Dynastie au Caire (JE 95575) contient des textes de comptabilité au recto [61]. Le Papyrus Vandier a aussi un Livre des Morts au verso, mais le recto contient lhistoire de Meryre, qui fut sacrifié sur un autel (une ressemblance intéressante avec le Livre dAbraham) [62]. Les Livres des Morts de Psenmines (Louvre 3129) et de Pawerem (BM 10252) contiennent tous deux des rituels du temple [63]. Les papyrus Harkness et BM 10507 (papyrus funéraires démotiques contiennent plusieurs textes différents [65]. Le simple fait que les sections conservées des Papyrus de Joseph Smith sont de nature funéraire ne veut pas dire quils nauraient pas pu avoir dautres textes que ce soit au verso ou dans des sections manquantes des rouleaux. Les arguments basés sur le silence des textes sont habituellement considérés comme de peu de valeur [66]. Le rapport de Seyffarth montre que le rouleau appartenant à Hor contenait plus que simplement un Livre des Respirations. Malheureusement nous ne savons pas ce quil contenait dautre, ce qui constitue un exemple de plus dun fait historique objectif qui est actuellement irrécupérable par les moyens et les méthodes des spécialistes. Les rumeurs et la conception quavait Joseph Smith des papyrus Les détracteurs ont souvent eu recours à la divination pour dire ce quils croyaient que Joseph Smith pensait des papyrus et ont souvent avancé des éléments pour étayer leurs affirmations. Malheureusement les éléments en question étaient souvent de deuxième main ou des rumeurs plutôt que des déclarations faites ou publiées par le Prophète. Ces dernières ont la priorité sur les premières. Deux exemples devraient le démontrer. Dès la fin de juillet 1835, le Cleveland Whig écrivait que « le prophète Joe a déclaré, en examinant les papyrus à laide de ses lunettes, quelles [les momies] sont les corps de Joseph (fils dAbraham) et du roi Abimélec et de sa fille [67]. » Ce récit a été diffusé par cinq autres journaux aussi éloignés que New York et Washington DC [68]. « Dans le but de corriger ces affirmations et dautres affirmations erronées », concernant les momies et les documents, les dirigeants de lÉglise se donnèrent la peine de faire remarquer dans une publication officielle : « On a dit que les acquéreurs de ces antiquités affirment avoir le corps dAbraham, dAbimélec, roi des Philistins, de Joseph, vendu en Égypte, etc., etc., dans le but dattirer lattention de la foule et de duper les gens sans méfiance, ce qui est totalement faux « Nous ne prétendons pas dire qui étaient ces anciens habitants de lÉgypte, et cela na pas dimportance pour nous. Nous navons pas la moindre idée sils sont Abraham, Abimélec ou Joseph. Abraham a été enterré dans un endroit qui lui appartenait, « dans la caverne de Macpéla, dans le champ dEphron, fils de Tsochar, le Héthien, vis-à-vis de Mamré » quil avait acheté aux fils de Heth. Abimélec vivait dans le même pays, et à ce que nous sachions, y est mort, et les enfants dIsraël ont emporté les os de Joseph dÉgypte quand ils en sont sortis sous la direction de Moïse. Par conséquent, on naurait pas pu les trouver en Égypte au XIXe siècle [69]. » Jamais, ni de leur temps ni depuis lors en particulier, on na reconnu aux dirigeants de lÉglise le bon sens et la pensée critique manifestés ici. Et cependant cela na en rien empêché les faux bruits de circuler jusquaujourdhui. Quelquun qui rendit visite à Joseph Smith en 1840 propose son identification dune des momies : « Cétait peut-être la princesse Thermuthis, ai-je répondu, celle-là même qui a sauvé Moïse des eaux du Nil. » « Ce nest pas improbable, a répondu le Prophète, mais le temps na pas encore permis de faire un examen complet et de décider de la question [70]. » Joseph Smith permettait aux autres de se livrer à des supputations sur lidentité des momies et a pu, dans certains cas, se faire lécho des théories, Mais il na jamais tranché. Les sources de deuxième main qui prétendent quil affirmait que les momies étaient une personne déterminée et particulièrement une personne célèbre sont suspectes et ne peuvent pas être considérées comme des rapports au premier degré de ce que Joseph pensait. Pour ce qui est de notre deuxième exemple, Josiah Quincy a souvent été cité, tant dans lÉglise quau-dehors [71], bien que pour ce qui est de lÉglise, cest ironique puisquil se moque clairement du Prophète dans son récit. Pourtant Quincy nétait pas la seule personne présente lors de son entretien avec le Prophète en avril 1833 et il na pas non plus été le seul à laisser un compte rendu de lentretien. Voici comment il rapporte les paroles de Joseph concernant les papyrus : « Des parchemins couverts dhiéroglyphes nous furent alors proposés. Ils étaient conservés sous verre et traités avec un grand respect. Ça cest lécriture dAbraham, le Père des Croyants, dit le prophète. Ceci, cest lautographe de Moïse et ces lignes-ci ont été écrites par son frère Aaron. Ici nous avons le récit le plus ancien de la Création à partir duquel Moïse a composé le premier livre de la Genèse [72]. » Charles Francis Adams, compagnon de voyage de Quincy, décrit ceci dune manière un peu différente : « Il leur fit également visiter sa maison où il leur montra quatre momies égyptiennes et expliqua (contre paiement de vingt-cinq cents) le contenu dun manuscrit « écrit de la main dAbraham » qui avait été découvert à lintérieur de lune delles [73]. » La façon dont Adams décrit le manuscrit : « écrit de la main dAbraham » est différente de la description de Quincy : « lécriture dAbraham » et est importante car elle correspond mieux à la déclaration publiée par le Prophète que le manuscrit « se voula[i]t être les écrits d'Abraham du temps où il était en Égypte, appelés Livre d'Abraham, écrits de sa propre main, sur papyrus [74]. » Quincy semble avoir pris des libertés avec la formulation des paroles du Prophète et, ce faisant, la tronquée. Les déclarations publiées du Prophète ont la préséance sur les souvenirs indirects déformés, aussi bien intentionnés soient-ils. Les notes de Joseph dans son journal intime parlent de sa conception de ce quil a fait des papyrus [75]. La plupart de ces notes traitent doccasions où il a montré les papyrus aux personnes intéressées [76]. Quatre inscriptions parlent de traduction [77], une de transcription [78] et une parle des Papiers égyptiens de Kirtland [79]. Les Papiers égyptiens de Kirtland N.d.l.r. : Les Papiers égyptiens de Kirtland (Kirtland Egyptian Papers) sont un ensemble de papiers, tous écrits de la main de collaborateurs de Joseph Smith en 1837 à Kirtland et tous classifiés comme « égyptiens ». Ils se trouvent dans une boîte en carton au département dhistoire de lEglise et ont été, à un moment donné, microfilmés, mais sans aucune indication quant à leur nature ni à ce qui les reliait entre eux. Le film fut volé en 1966, reproduit sans autorisation et des exemplaires en furent vendus à Salt Lake City. Un de ces documents, en particulier, a été utilisé par les ennemis de lEglise comme étant à lorigine du Livre dAbraham. On y trouve la traduction anglaise du premier chapitre du Livre dAbraham, avec, en regard de chaque paragraphe, un symbole hiératique. Comme nous lavons déjà dit à plusieurs reprises, les détracteurs de lEglise ne se soucient pas de vérité, mais simplement de donner une mauvaise impression de lEglise ou de ce qui a rapport avec elle. Ils se sont donc empressés de proclamer que le texte anglais figurant sur le document était la traduction des caractères figurant en regard. Laccusation visait aussi à ridiculiser Joseph Smith, parce que rendre un seul caractère égyptien par tout un paragraphe est absurde. Nous ne savons malheureusement pas qui a introduit ces caractères hiératiques dans le document ni pourquoi, mais il est clair que le texte anglais est une copie au propre (et non le texte dune traduction en cours), écrite soigneusement le long dune marge clairement tracée et que les caractères hiératiques ont été ajoutés plus tard, car certains débordent de la marge et sur le texte. Dune manière générale, il semble évident que les collaborateurs de Joseph Smith (et lui-même aussi dailleurs) ont essayé de jouer les Champollion et de déchiffrer les caractères égyptiens, tentative très vite abandonnée sil faut en juger par la brièveté des documents. Les Papiers égyptiens de Kirtland sont un ensemble de documents, dont la plupart datent de la période de Kirtland, portant lécriture de diverses personnes. Ils ont été groupés en deux catégories de documents, les manuscrits du Livre dAbraham (ci-après KEPA) et les manuscrits égyptiens (ci-après KEPE). On trouvera une description des manuscrits au tableau 1. Tableau 1. Papiers égyptiens de Kirtland [80]
Lorigine de KEPA 1 diffère de celle des autres
Papiers égyptiens de Kirtland. Wilford Wood la acheté à Charles E. Bidamon alors
que certains des autres au moins ont été apportés à Salt Lake City par Willard
Richards [81] et que dautres ont pu être apportés par W. W. Phelps. Cela peut
avoir des implications pour linterprétation des Papiers égyptiens de Kirtland, car
si cest W. W. Phelps qui les a apportés, ce sont les notes de W. W. Phelps, pas
celles de Joseph Smith. Les provenances diverses des documents indiquent aussi que nous ne
possédons peut-être pas tous les Papiers égyptiens de Kirtland. |
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