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ENCORE UN DERNIER
par Roger Terry
La journée avait été anormalement chaude à Lüneburg (Allemagne) et frère Pepper et moi étions fatigués. Notre dernier rendez-vous s'était terminé à 21h00 et il nous restait encore une demi-heure de travail avant de rentrer chez nous. Comme il était trop tard pour faire du porte à porte, nous sommes remontés à bicyclette et sommes retournés vers le quartier commercial de Lüneburg. La plupart des magasins étaient fermés depuis trois heures, et la foule pressée de la journée avait laissé la place à quelques rares passants pas du tout pressés, occupés à faire du lèche-vitrines en profitant de la soirée.
Nous poussions lentement nos vélos, nous arrêtant de temps à autre pour demander aux piétons si cela les intéresserait d'entendre parler de l'Evangile rétabli. Cela n'intéressait personne. Et c'était habituel. L'Allemagne était considérée comme une " mission difficile ". Peu de baptêmes. Beaucoup de porte à porte et de prises de contact dans la rue. Les gens étaient généralement polis, mais méfiants à l'égard de tout ce qui était nouveau et, pour la plupart, peu enclins à envisager un changement de religion.
Nous sommes arrivés au bout de la rue vers 21h25. Il était temps de reprendre le chemin de notre appartement. Mais, dans les ombres du soir, appuyé contre un mur, se trouvait un homme à la barbe éparse et aux cheveux qui commençaient à être clairsemés. J'ai regardé frère Pepper ; il m'a regardé. Nous étions fatigués ; nous n'avions eu aucun succès ce jour-là et je voyais bien que nous avions la même idée. L'un de nous aurait même pu l'exprimer à haute voix : " Il est probablement comme tous les gens à qui nous avons parlé aujourd'hui. Rentrons chez nous. " Mais, au fond de moi, quelque chose me disait : " Va lui parler. "
Nous avons abordé l'homme et lui avons demandé s'il connaissait l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Il ne la connaissait pas. Est-ce qu'il aimerait que nous lui en parlions ? Oui, a-t-il dit, et il nous a donné son adresse.
Plus tard dans la semaine, lorsque nous avons rendu visite à Alfred Kliche, nous avons découvert qu'il était vraiment différent de la plupart des gens avec lesquels nous parlions. Il était plus réservé, plus sérieux que la plupart, mais aussi avait l'esprit plus ouvert. Il était à la recherche de quelque chose. Il nous a dit plus tard: " J'avais envie de faire la connaissance d'autres gens qui, comme moi, n'avaient pas encore perdu la foi en Dieu. " Il nous a montré un livre qu'il était en train de lire, un livre sur une religion orientale. Nous lui avons parlé de Joseph Smith et lui avons donné un livre à nous. Il l'a accepté avec une curiosité discrète, et a déclaré qu'il le lirait.
Nous sommes partis après cette première leçon, ne sachant pas trop quoi penser de monsieur Kliche. Personnellement, je doutais qu'il lise le livre. La première année de ma mission - une année sans baptême et remplie de déceptions - m'avait marqué. J'avais affronté suffisamment de " réalités " pour que mes espoirs soient mêlés d'une bonne dose de scepticisme. Mais monsieur Kliche nous avait invités à revenir, et lorsque nous sommes revenus l'instruire, il nous a dit qu'il avait lu une bonne partie du Livre de Mormon. Il a ajouté qu'il avait particulièrement apprécié les chapitres d'Esaïe, dans 2 Néphi. Pendant les dix mois que j'avais passés en Allemagne, personne n'avait jamais rien dit de tel. En fait, je crois que personne d'autre ne l'a dit non plus pendant les 23 années qui ont suivi.
Nous avons instruit monsieur Kliche durant tout ce mois de juillet particulièrement chaud, et jusqu'au début août. Il faisait des progrès lents quoique réguliers, mais ne semblait pas pressé d'apporter des changements permanents à sa vie. Frère Pepper et moi ne savions pas vraiment ce qui se passait en lui. Il était aussi indéchiffrable que le livre sur la religion orientale qu'il nous avait montré.
Puis, un jour, au début d'août, j'ai reçu une lettre du bureau de la mission. J'étais muté. Frère Pepper et moi avions des contacts avec quelques personnes intéressées à ce moment-là, et c'était dur de les quitter. Je me demandais ce qui allait se passer. Mais l'immersion dans une région nouvelle et dans la vie d'un nouveau groupe d'amis de l'Eglise et de membres a requis toute mon attention, me laissant peu de temps pour me soucier de Lüneburg.
Cependant, plusieurs semaines après ma mutation, j'ai reçu un jour un coup de téléphone de frère Pepper. Il m'annonçait que monsieur Kliche allait se faire baptiser le 16 octobre et qu'il voulait que je sois là. Etant donné que j'avais simplement été muté à l'autre bout du pieu de Hambourg, notre président de mission m'a donné la permission d'y aller.
Frère Pepper m'a appris, au téléphone, que monsieur Kliche avait continué à progresser lentement, mais régulièrement, pendant assez longtemps, mais qu'à la fin, il avait totalement surpris les missionnaires. Le 21 septembre, ils lui avaient proposé de fixer la date de son baptême et il avait accepté. Mais le 28 septembre il s'était montré préoccupé. Il croyait qu'il avait reçu un témoignage, mais il voulait en être sûr. Puis, quelques jours plus tard, tout avait semblé s'écrouler. Monsieur Kliche les avait informés qu'il ne souhaitait plus les rencontrer. Frère Pepper et frère Hardy étaient consternés. Quelle erreur avaient-ils commise ? Que pouvaient-ils faire?
Pourtant, le 3 octobre, quelque chose d'inattendu s'était produit. Frère Pepper a noté dans son journal : "Herr Kliche est venu à l'église ce matin... L'Esprit était si fort que tout le monde, dans la petite église, pouvait le ressentir, particulièrement monsieur Kliche. Il s'est assis tout seul, au deuxième rang, à gauche... Les larmes aux yeux, il s'est levé et a rendu son témoignage. Le soleil brillait à travers les grandes fenêtres et un rayon de lumière semblait tomber directement sur lui au moment où il a rendu un témoignage simple et beau. C'était tellement sincère. Il a dit qu'il se sentait comblé dans cette Eglise et qu'il espérait en devenir membre prochainement. Sept semaines plus tôt, il était prêt à renoncer à sa recherche de la vérité; il ne voyait aucune raison de changer d'Eglise, parce qu'elles se ressemblaient toutes plus ou moins. Mais maintenant, l'Esprit de vérité l'avait aidé à voir la différence, et il voulait devenir membre. J'étais tellement enthousiasmé que j'avais peine à contenir la joie que je ressentais. Ce jour restera toujours un magnifique souvenir. "
L'ironie a voulu que frère Pepper soit muté à Kiel quatre jours plus tard, si bien qu'il n'a pas pu assister au baptême. Mais, le 16 octobre 1976, mon compagnon et moi avons pris le métro pour nous rendre à Hambourg, nous sommes allés à pied jusqu'au centre de pieu et avons été témoins du baptême de Alfred Kliche, événement rare et combien apprécié dans le cours d'une mission difficile. Je suis resté en contact avec frère Kliche au cours des années. Sa conversion, parce qu'elle était complète et durable, m'a vraiment apporté beaucoup de joie.
La petite branche de Lüneburg a été dissoute quelques années après le baptême de frère Kliche et les membres ont été intégrés à la paroisse de Hambourg. Bruder Kliche, toujours solide dans l'Evangile, a servi dans l'épiscopat et dans le grand conseil du pieu. Il a aussi épousé une charmante sœur de l'Eglise et, après plusieurs années, ils ont fait ensemble une mission au temple. " Je suis ici pour servir le Seigneur ", m'a-t-il écrit récemment, " et pour progresser. Nous sommes très reconnaissants du temps que nous avons passé dans l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. "
Lorsque je repense à ce soir d'été de 1976, je suis content que frère Pepper et moi n'ayons pas été trop fatigués pour aborder encore un dernier fils de notre Père céleste. Il s'en est fallu de peu, et cela m'a servi de leçon depuis lors. Si nous étions partis quelques minutes plus tôt, quelle perte cela aurait été - pour nous, pour l'Eglise et, surtout, pour frère Kliche !
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