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LES OISEAUX MARINS DE KIRIBATI
par R. Val Johnson
Par moments, selon la lumière, il est malaisé de distinguer la mer du ciel, à Kiribati. Les deux se fondent, et il est alors difficile de dire où commence l'un et où finit l'autre.
C'est le cas du moment du départ des bateaux à l'aurore. Les étoiles se sont éteintes, mais l'aube n'a pas encore coloré l'horizon vers l'est. Sur Tarawa, atoll le plus peuplé des Kiribati (longue île de corail qu'entoure un lagon), les rares ampoules électriques ne donnent plus leur lumière depuis longtemps. Et comme il n'y a pas de vent pour faire frissonner les eaux de Tarawa, les embarcations de cinq mètres semblent gelées sur place, entourées de toutes parts du silence qui précède l'animation.
A la barre de l'embarcation, Tune (prononcé touné) scrute attentivement devant lui ; à l'avant, son ami, membre de la paroisse, Moretekai Ataia, 16 ans, surveille soigneusement l'eau. Bien que leur destination, l'atoll de Abaiang, soit à quelques heures de distance, ils sont aux aguets. Des bancs de sable s'étendent à droite et à gauche, et Tune doit manœuvrer adroitement le bateau pour passer entre eux, jusqu'à l'écueil à l'entrée du lagon. Une fois en haute mer, il pourra augmenter sa vitesse et mettre le cap droit sur Abaiang.
Il devra aussi se méfier des groupes d'oiseaux marins qui plongent vers la mer en piqué et remontent juste au-dessus des vagues. Mais d'ici là il fera totalement jour, et il sera en mesure de voir les silhouettes sombres des oiseaux sur le fond bleu étincelant du ciel. Bien que le motif du voyage de Tune ne soit pas la pêche, il est pêcheur dans l'âme, et ne peut résister à l'envie de jeter une ligne. On rencontre des bancs de thons entre Tarawa et Abaiang, et si d'aventure, il en rencontre, il va en attraper quelques pièces précieuses en cours de route.
Les oiseaux indiquent où se trouvent les thons. Ils se nourrissent des mêmes petits poissons que les thons. Là où les oiseaux localisent les poissons, les thons sont parfois aussi. Ils chassent ces petits poissons et sautent hors de l'eau pour essayer de les attraper. Il faut au pêcheur un oeil expérimenté et une main entraînée pour intercepter le thon, lancer une ligne montée avec un hameçon artificiel, puis traîner suffisamment vite - mais pas trop - pour qu'un des grands poissons bleu-argenté mêlé de jaune morde l'appât.
Ce matin les thons ne sont pas au rendez-vous. Mais, le temps de faire route vers le lagon d'Abaiang, il est presque midi. Tune et Moretakai n'ont qu'un poisson, un " bonito ", que Moretekai a pêché juste au large des récifs d'Abaiang. Près du rivage, Moretekai saute dans l'eau tiède et tire le bateau à l'écart dans les eaux peu profondes. Puis Tune jette l'ancre, et tous deux avancent dans l'eau jusqu'au sable blanc de la plage bordée de palmiers.
Avançant dans un paysage luxuriant, ils s'engagent sur un chemin qu'ils connaissent bien vers leur lieu de destination - un maneaba ( lieu de réunion ) dans une clairière située près de la maison d'un couple âgé, Tamton et Taake Ruata. Ce rnaneaba sert de lieu de réunion à la branche de Tabontibike-Abaiang de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Tune a emmené Moretekai avec lui aujourd'hui pour rendre visite à Tamton et Taake et à d'autres membres de l'Eglise d'Abaiang.
Tune (dont le véritable nom est lotua Bareeta Tune, mais on appelle chacun sur l'île par un seul nom) n'est pas leur dirigeant de la prêtrise, bien qu'il l'ait été. Quelque temps auparavant, il leur a rendu visite en tant que président du district. Maintenant qu'il a été relevé, il vient les voir en tant qu'ami.
L'unique poisson que Tune et Moretekai ont apporté sert de repas. Taake le cuit à la broche sur un feu de camp. Les insulaires adorent raconter des histoires, et le repas simple fait de poisson, de riz et de noix de coco devient un festin animé par Tamton.
HISTOIRE DE TAMTON
Tamton parle de son enfance, bien avant qu'il ne se joigne à l'Eglise. Il explique comment, par suite d'une dispute avec sa jeune femme, il fit voile vers Tarawa, où il vit pour la première fois des motos et l'éclairage électrique. Quand il revint à Abaiang, il fit ce que font la plupart des insulaires après une expérience marquante : il composa une chanson. Il chante maintenant, de sa voix forte les paroles de sa création. Il chante ensuite une autre des ses compositions. Celle-ci parle de l'invitation du Sauveur " viens et suis-moi " (Luc 18:22), et dit que certains suivent les enseignements du Sauveur, d'autres pas, et qu'on ne peut trouver le bonheur qu'en suivant le Seigneur.
Trouver et suivre Jésus nous emmène quelque fois dans des eaux difficiles. Il en a été ainsi du voyage de Tamton vers le Christ. " J'étais diacre dans une Eglise protestante lorsque les missionnaires sont arrivés de Tarawa à Abaiang, dit-il. Il y a eu une forte opposition à leur venue, et ils ont eu beaucoup de difficultés à trouver un morceau de terrain pour construire un bata (maison traditionnelle en torchis). J'en étais désolé pour eux et je les ai invités à demeurer chez moi. Ils m'ont enseigné l'Evangile, et j'ai ressenti que ce qu'ils m'enseignaient était vrai. Alors, je me suis fait baptiser. "
Cela se passait en 1984. Tamton et Taake ont été parmi les premiers à se joindre à l'Eglise à Abaiang. Au milieu des soupçons et des persécutions, ils ont tout de suite aidé les missionnaires à trouver d'autres personnes à instruire.
Tamton et Taake pensent qu'ils ont été abondamment bénis par le Seigneur. Il y a plusieurs années, Tamton voulait construire un grand piège à poissons pour faire vivre sa famille. Pour cela, il lui fallait enlever des milliers de rochers et les mettre dans la mer. La tâche semblait impossible. Il n'avait qu'un petit canot et ses fils pour l'aider.
" J'ai prié très fort concernant ce problème, dit-il. Le lendemain, une épave était échouée sur mon terrain. Sur cette épave il y avait de grands morceaux de polystyrène. J'en ai fait un radeau, lequel m'a permis de construire ce piège avec l'aide de mes fils. En fait, nous en avons même construit deux. " Ces pièges sont des atouts précieux pour la famille. Lorsqu'il tombe plus de poissons dans ces pièges que la famille n'en a besoin, elle vend le surplus.
La foi en Jésus-Christ manifestée par Tamton et sa famille les soutient pendant les moments de besoin et les réconforte aussi quand ils ont du chagrin. Il y plusieurs années, l'un des fils est mort en pêchant la pieuvre. Il n'avait que vingt-deux ans. Il a succombé à une crise cardiaque alors qu'il était seul en mer.
Tamton a les larmes aux yeux quand il parle de son fils. " La nouvelle nous a brisé le coeur. " dit-il, avant d'ajouter, le regard soudain brillant : " Nous voulons qu'il soit scellé à nous ". Lorsque Tune était leur président de district, il a enseigné à Tamton et Taake ce qu'étaient la prêtrise et son pouvoir de sceller les familles pour l'éternité dans le temple. Ils désirent vivement y aller.
Mais avec leur peu de ressources, ils n'ont pas encore pu en voir un, encore moins y entrer. Pourtant, Tamton et Taake cherchent un moyen. Tune dit que s'ils meurent, il s'assurera que l'oeuvre pour les morts soit faite pour eux. Il les encourage a remplir tous les papiers familiaux. Peut-être leurs enfants seront-ils à même d'effectuer dans le temple ce qu'eux-mêmes n'ont pas eu l'occasion de faire.
HISTOIRE D'ARITAAKE
Le repas, les chants et les histoires terminés, Tune et Moretekai prennent congé de Tamton et Taake. Ils doivent rendre visite à d'autres personnes dans l'île.
Les saints de Kiribati ont un grand respect pour la prêtrise, et chaque fois que Tune se rend à Abaiang, il est reçu avec joie. Bientôt il s'aperçoit que ce n'est pas une idée extravagante qui l'a amené dans l'île. Il s'est senti attiré vers l'île après une prière - comme un de ses thons remonté au bout d'une ligne. Il pensait que c'était une simple visite, peut-être juste une excuse pour pêcher. Mais la véritable raison de sa venue est qu'il doit donner une bénédiction de la prêtrise à Aritaake Moutu.
" Depuis que je suis entrée dans l'Eglise, je m'appuie sur les bénédictions de la prêtrise " dit soeur Moutu. Avant de me joindre à l'Eglise, j'avais un problème à une jambe. Maintenant, chaque fois que ma jambe me fait mal, je demande une bénédiction, et je suis toujours guérie. Ce matin j'ai prié pour que quelqu'un vienne me donner une bénédiction, parce que mon mari n'est pas dans l'île pour pouvoir m'en donner une ". Elle dit, en souriant à Tune " C'est pour cela que tu es venu. "
" C'est toujours comme cela " dit Tune. Elle vit dans cette île isolée au bout du monde. Sa famille et elle ont leur part de difficultés. Il y a peu de travail ; la plupart des gens vivent de ce qu'ils récoltent et tirent de la mer. Il n'y a ni docteur ni infirmière à Abaiang. Ici les saints s'appuient beaucoup sur le Seigneur. Et il prend soin d'eux.
" Oui, nous avons nos difficultés, dit soeur Moutu ; même après être entrés dans l'Eglise. Mais nous les ressentons moins maintenant. "
Lorsque les missionnaires ont contacté sa famille, Aritaake se sauvait en courant ou chassait les missionnaires. Elle raconte : " Notre pasteur nous avait dit qu'il y aurait de faux prophètes, et nous pensions que c'étaient eux. Mais un jour un missionnaire, un frère Jones, est venu nous rendre visite. Quand je l'ai mis à la porte, il est resté devant la maison et a prié pour nous. Pendant sa prière, j'ai senti un changement dans mon coeur. J'ai alors demandé aux missionnaires de me pardonner et d'enseigner l'Evangile à ma famille.
" Les missionnaires ont fait une chose qui m'a changée complètement. Ils m'ont demandé de prier. Quand je l'ai fait, je suis devenue quelqu'un de différent. J'ai commencé à aimer l'Eglise et je n'ai eu aucun problème à croire à ses enseignements. "
Qu'est-ce qui l'a le plus impressionnée dans ce qu'ont enseigné les missionnaires ? " L'Esprit qu'ils apportaient. Les enseignements concernant la famille - comment nous pouvons être heureux en famille et être ensemble pour toujours. "
Il est maintenant temps de revenir à Tarawa. Tune sait qu'il doit rentrer avant que la marée ne retire trop d'eau du lagon de Tarawa, ne laissant pas assez de fond pour le moteur de son bateau. Mais avant leur départ, Tune et Moretekai donnent la bénédiction que Aritaake a demandée en prière.
HISTOIRE DE TUNE
Les I-kiribati (habitants de Kiribati) sont généreux sociables de nature. Tune a été particulièrement bien doté à cet égard. Il est toujours en chemin, portant assistance à quelqu'un. Tout le monde le connaît.
Mais il n'a pas toujours été aussi connu. Elevé par ses grands-parents à Kuria, îlot minuscule au sud de Tarawa, Tune n'est venu à la capitale qu'à l'âge de 13 ou 14 ans. Il avait appris les techniques traditionnelles, mais sa grand-mère pensait qu'il devait aller au lycée. Alors ils sont venus habiter Tarawa où il y avait quelques écoles privées, dont une dirigée par un groupe religieux.
Sa grand-mère l'a donc inscrit dans cette école religieuse. Tune raconte : " Alors que l'école allait commencer, je me suis brisé la hanche en jouant au football. Je suis allé à l'hôpital à Tarawa. Malheureusement, une femme pratiquant la médecine traditionnelle, a essayé de me guérir en me massant la hanche. Au lieu de cela, elle l'a détruite. Ensuite ma hanche s'est infectée. Et je suis tombé très malade.
" Quand les médecins ont dit à ma grand-mère que je risquais de mourir, elle a fait venir ma famille à Tarawa. Un jour je les ai entendus discuter avec les médecins de l'autre côté du rideau qui entourait mon lit. Les médecins disaient : 'Nous n'avons plus d'espoir. L'infection de sa hanche est très vilaine et elle gagne le reste de son corps.'
" Quand j'ai entendu cela, j'ai pensé : 'Oh ! Ils croient que je vais mourir !' J'ai été élevé dans la foi chrétienne, alors je me suis mis à prier, et j'ai dit : 'Mon Dieu, mon seul espoir c'est toi. Si Tu épargnes ma vie, je te promets d'être missionnaire. Je passerai ma vie à te servir.' Bien sûr, j'avais à l'esprit ce que l'on connaît des missionnaires catholiques ou protestants. C'était en 1972, avant que l'Eglise des saints des derniers jours n'arrive à Kiribati.
J'étais allongé dans mon lit et ne pouvais même pas m'asseoir. Mais je persistais dans mes prières et un jour je me suis aperçu que je pouvais m'asseoir. Quelque temps après, je pouvais me tenir debout, puis marcher. Je suis resté à l'hôpital deux ans. " En sortant, Tune boitait mais il était vivant.
" Quand je suis sorti, sans savoir pourquoi, je ne voulais plus aller à l'école protestante. Je souhaitais aller à une école appelée AKAS. Alors ma grand-mère m'y a inscrit en 1974. Cette année-là, Eb Davis, président de la mission de Fidji de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est venu à notre école pour sélectionner dix élèves qui suivraient les cours de la Liahona High School de Tonga. Aller au lycée est une chance formidable. Seuls deux groupes avaient pu y aller auparavant. J'étais plus âgé que la plupart des autres et je n'avais pas fréquenté l'école pendant deux ans ; j'avais donc peu d'espoir être sélectionné. Mais je l'ai été.
" Le problème pour ma famille était de trouver l'argent nécessaire pour payer le billet d'avion aller-retour. J'ai demandé à mon père :
" Comment vas-tu faire pour avoir l'argent ? Nous n'avons pas d'argent. " Mon père était en phase terminale d'une maladie qui lui interdisait tout travail, mais il m'a répondu : " Nous aurons l'argent ". Ma mère a fait de la couture pour l'hôpital et a pu économiser un peu. Mon oncle et d'autres parents ont également aidé. Cela semblait un miracle, mais nous avons réuni l'argent.
" Ainsi en 1975 je me suis retrouvé à la Liahona High School. Quand j'y suis arrivé, je me suis cru au paradis. Les gens étaient propres, l'école était propre, et les hommes portaient la cravate. J'ai découvert alors que c'était une école qui appartenait à une Eglise, dirigée par des mormons. Je n'avais aucune idée de ce que pouvait être un mormon. Alors j'ai posé la question.
" Le premier dimanche, j'ai commencé à suivre les leçons missionnaires. Grant Howlett, l'un de mes professeurs, me les a enseignées. J'étais très enthousiaste. J'avais promis au Seigneur que je serais missionnaire s'il me guérissait, et je savais que je ne pourrais être missionnaire avant de me joindre à l'Eglise. Je me suis fait baptiser le 22 juin 1975. J'étais le premier de notre groupe. Quand mes amis m'ont demandé pourquoi je m'étais joint à l'Eglise si rapidement, j'ai répondu : " Je ne pouvais rien rejeter de ce qu'ils m'ont enseigné. J'ai tout simplement ressenti que c'était ce que mon Père céleste voulait que je fasse. "
" Deux mois après mon baptême, on a demandé aux étudiants qui venaient de Kiribati si l'un d'eux désirait rentrer chez lui pour y faire connaître l'Eglise. J'ai donné mon nom. Mais quand ils ont appris que je n'avais que 17 ans, ils m'ont dit que j'étais trop jeune.
" Six jeunes gens ont accepté l'appel d'amener l'Evangile à Kiribati. Ils ont commencé à la fin de 1975.
" Avant leur départ, je leur ai demandé d'aller parler à mes parents. Ils ont accepté. J'ai aussi envoyé de nombreuses lettres aux membres de ma famille, leur rendant témoignage. Ils ont accepté l'Evangile et se sont fait baptiser. " Sa grand-mère, Tebwebwenikai Tune, a été la première.
" J'ai terminé ma scolarité en 1978 et je désirais toujours être missionnaire. Mais, à cette époque j'avais aussi rencontré ma future épouse, Maii. Nous avons décidé que je ferais une mission, puis que nous nous retrouverions à Hawaï et nous nous marierions au temple. Mais je ne savais pas exactement comment j'irais jusqu'à Hawaïi ni comment je financerais ma mission. "
Tune trouve que ce qui lui est arrivé pendant les années qui ont suivi est miraculeux. Après son baccalauréat, il est resté à Tonga à traduire pour l'Eglise. Une famille de l'école l'a aidé à se rendre au temple de Nouvelle Zélande, où il a reçu sa dotation en 1979. Quelques mois plus tard, il était en mission à Kiribati. Après sa mission, il a pu aller à l'université Brigham Young - Hawaï, pour y continuer ses études (il a été le premier ressortissant de Kiribati à sortir diplômé de cet établissement, et c'est à Hawaï que Maii et lui se sont mariés. Ils étaient le premier couple de Kiribati à se marier au temple). Il a eu l'impression qu'il devait retourner à Kiribati plutôt que d'accepter un travail. Cela lui a valu de rencontrer John Sonnenberg, président de l'interrégion, à l'aéroport de Fidji. Quelques jours plus tard, frère Sonnenberg appelait Tune à être le président du district de Kiribati. Les responsabilités ecclésiastiques de Tune l'ont emmené à Salt Lake City, où il a subi une opération pour remplacer sa hanche. Il ne boite plus et il est même capable de battre à la marche presque tous ceux qui essaient de se mesurer à lui.
Alors qu'il était président du district de Tarawa, il a également occupé le poste de principal du lycée Moroni, école de l'Eglise, fruit des efforts missionnaires de Grant Howlett et de sa femme Pat. Quand les Howlett sont arrivés à Tarawa, en 1976, l'école AKAS faisait face à des problèmes financiers et de direction. Les Howlett ont aidé à diriger l'école et ont proposé à l'Eglise de l'acheter. L'Eglise a fini par accepter.
Malheureusement, des membres du gouvernement s'y sont opposés. Mais le Seigneur avait un agent dans la place : Baitika Toun, membre de l'Eglise élu au parlement, a aidé à convaincre plusieurs parlementaires de poids qu'une école gérée par l'Eglise serait d'un grand bénéfice pour les I-Kiribati. L'Eglise a acheté l'établissement et l'a appelé Moroni Community School (aujourd'hui Moroni High School).
L'école s'est avérée une bénédiction non seulement pour les I-Kiribati, mais aussi pour l'Eglise. " Le lycée Moroni est considéré comme une école modèle à Kiribati " dit Tune. " Ses diplômés sont qualifiés et ont de hautes valeurs morales. On les recherche pour leur confier des positions de responsabilités. Et l'Eglise est considérée comme un modèle - en ce qui concerne la morale, les principes et l'importance qu'elle accorde à la famille. "
L'Eglise n'a pas toujours eu cette réputation à Kiribati. " Quand l'Eglise s'est implantée, on nous accusait de ne pas être chrétiens ", dit Tune. " On nous a même inculpés devant le Parlement. Mais en fin de compte, cela nous a donné l'occasion de prêcher l'Evangile aux dirigeants de notre pays. Nous avons clarifié la situation. "
L'école forme maintenant une nouvelle génération de saints des derniers jours qui a un fort témoignage et qui désire ardemment partager l'Evangile. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Eglise grandit si vite à Kiribati. Une autre de ces raisons est la lumière de l'Evangile qui brille dans les yeux des saints des derniers jours de Kiribati. " Nous avons des principes élevés et des familles fortes, dit Tune. Cela attire les gens. Lorsque j'ai commencé ma mission, il y avait entre 50 et 100 membres de l'Eglise à Kiribati. Lorsque je l'ai terminée il y en avait 500. Nous sommes maintenant près de 6000. Cela représente environ 6 % de la population. En vingt ans seulement, l'Eglise est devenue le troisième groupe confessionnel de Kiribati. " Lorsque Tune a été relevé en 1996, après avoir servi pendant neuf ans comme président de district, le district est devenu un pieu, et il a été appelé évêque de la paroisse d'Eita (aujourd'hui première paroisse d'Eita).
Le soleil va bientôt se coucher. Tarawa se trouve quelque part au-delà de la proue du bateau de Tune. Des hirondelles de mer et des mouettes passent avant d'aller se poser pour la nuit. Instinctivement, Tune les suit des yeux. Les oiseaux volent en ligne droite vers le crépuscule et vers la terre ; en les suivant, un marin trouve toujours son chemin jusqu'au port. Au-delà des oiseaux, le ciel s'est teinté d'or, colorant la mer de la même nuance dorée. La lumière laisse voir un sourire sur le visage de Tune. Dans la grande glacière à ses pieds se trouvent quatre thons qui ont décidé de l'accompagner dans son voyage de retour vers Abaiang.
" Les membres sont comme les oiseaux de mer, dit-il. Le Grand Pêcheur a beaucoup de poissons à attraper. Nous, les membres, sommes les oiseaux qui montrent aux missionnaires où se trouvent ceux-là. Et par la vie que nous menons, nous montrons à nos amis et parents le chemin vers la vie éternelle. "
En même temps, les membres de l'Eglise de Kiribati sont parmi ceux que le filet ramène. Si, parfois, ils exultent à la pensée de la joie des cieux qui les attend, à d'autres moments, ils plongent dans les profondeurs de l'existence mortelle. Cependant, la lumière est toujours là, avec le sursaut de la foi. Dans ces moments-là, et pendant un court instant, la mer et le ciel se confondent.
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