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Le
pouvoir de la maîtrise de soi
James
E. Faust La maîtrise de soi est la marque suprême de
la force de caractère.
Mes frères, ce soir nous vivons un moment
historique. Nous sommes rassemblés dans ce qui est la plus grande réunion
de la prêtrise jamais tenue en quelque dispensation que ce soit. Nous
sommes heureux que des centaines de milliers de frères, outre ceux qui sont
dans ce magnifique centre de conférence, y assistent. Cette première réunion
dans ce splendide édifice flambant neuf est un grand moment de l'histoire
de l'humanité. Nous en sommes redevables au Seigneur qui a inspiré le président
Hinckley, lui donnant la vision prophétique qui a conduit à cette
construction et l'a rendue possible. Nous remercions H. David Burton,
Richard C. Edgley, Keith B. McMullin, de l'Épiscopat président, et tous
ceux qui ont participé à sa construction. Maintenant que nous l'avons,
nous devons l'utiliser pour renforcer la foi des membres. Ce soir, mes frères, j'aimerais parler du
pouvoir de la maîtrise de soi au sens large. La maîtrise de soi est
indispensable pour invoquer le pouvoir de la prêtrise de Dieu. La raison en
est que ce grand pouvoir divin de la prêtrise ne peut s'exercer que dans la
justice. La maîtrise de soi implique l'autodétermination et la force de
caractère. Elle accroît nos dons et nos talents d'une manière
remarquable. C'est le pouvoir d'une noble virilité. Chaque être humain, et en particulier tout détenteur
de la prêtrise, a la tâche de maîtriser ses pensées, ses appétits, ses
paroles, son caractère et ses désirs. Par exemple, on peut avoir mauvais
caractère. Quand j'étais jeune, j'étais roux. Parfois, ma mère
m'accusait d'avoir mauvais caractère ce qui allait de pair avec mes
cheveux. Les gens m'appelaient « le rouquin ». C'était une déclaration
de guerre. Je crois avoir appris à me maîtriser. Les roux ne sont pas les
seuls à devoir apprendre à maîtriser un caractère indiscipliné. La
volonté est nécessaire si nous ne voulons pas que l'irritation domine nos
émotions. Récemment, un journal rapportait un phénomène
qui s'est développé en même temps que la circulation sur nos routes : «
C'est le scénario habituel de l'heure de pointe : coups de klaxons,
pare-chocs contre pare-chocs, gestes obscènes. Même la violence directe
est en augmentation sur nos routes. » Parfois la colère nous fait perdre
tout contrôle ; on appelle cela la « rage du conducteur ». Je me suis
souvent demandé comment il se faisait que la personnalité de certains
hommes changeait aussitôt qu'ils se trouvaient derrière le volant de leur
voiture, en sécurité derrière le verre et le métal. Il semble que cela
doive excuser leur comportement mal élevé. La « rage du conducteur »
n'est pas causée par les embouteillages mais c'est une question d'attitude.
En s'impatientant et en devenant très agressifs, certains conducteurs
peuvent perdre le contrôle et causer des blessures graves et même la mort
de ceux qui sont sur la route. La maîtrise de soi est difficile pour tous.
Nous sommes les seuls à pouvoir contrôler nos appétits et nos passions.
La maîtrise de soi ne peut s'acheter à prix d'argent ni s'obtenir par la célébrité.
C'est la mesure suprême de notre personnalité. Elle exige que nous
quittions les profondes vallées de notre vie pour escalader notre propre
mont Everest. Quand nous sommes missionnaires à plein temps,
nous apprenons de grandes leçons de maîtrise de soi. Nous apprenons à
nous lever quand il faut, à travailler quand il faut, et à nous coucher
quand il faut. En général, les gens admirent, voire respectent nos
missionnaires même si leur message n'est pas aussi bien reçu que nous le
voudrions. La Première Présidence et d'autres Autorités générales
rencontrent souvent des chefs d'État, des ambassadeurs et des ministres du
monde entier. Souvent, quant le sujet s'y prête, ces hommes puissants et
influents parlent avec admiration et respect des missionnaires qu'ils ont
vus dans leur pays. Nos jeunes frères missionnaires sont des
jeunes gens exemplaires. Lorsqu'ils rentrent chez eux, certains sont accusés
de pharisaïsme parce qu'ils s'habillent décemment et conservent des
cheveux courts et propres. Je ne peux comprendre pourquoi on accuse de
pharisaïsme un ancien missionnaire parce qu'il essaye de suivre les règles
et les principes qu'il a lui-même enseignés, en tant que représentant du
Seigneur, aux habitants du pays où il a servi. Bien sûr, on ne demande pas
aux anciens missionnaires de porter une chemise blanche et une cravate tout
le temps. Mais porter des vêtements débraillés et une coupe de cheveux
bizarre, soit disant pour être à la mode, n'est pas digne de quelqu'un qui
détient la prêtrise de Dieu. Les anciens missionnaires doivent être un
exemple pour les jeunes de la Prêtrise d'Aaron qui seront nos futurs
missionnaires. Souvent, ce que les jeunes de la Prêtrise d'Aaron voient
est plus convainquant que ce qu'on leur dit. Les gens cherchent souvent à être remarqués
et à recevoir l'approbation du groupe auquel ils veulent appartenir. Cette
pression du groupe peut les amener à faire des choses qu'ils ne feraient
pas autrement. C'est un signe de faiblesse, pas de force. Le Seigneur nous
promet, par l'intermédiaire de Moroni : « Et si les hommes viennent à
moi, je leur montrerai leur faiblesse. Je donne aux hommes de la faiblesse
afin qu'ils soient humbles ; et ma grâce suffit à tous les hommes qui
s'humilient devant moi, et ont foi en moi, alors je rendrai fortes pour eux
les choses qui sont faibles.[1]
» En termes simples, la maîtrise de soi consiste
à faire ce que nous devons et à ne pas faire ce que nous ne devons pas.
Elle exige de la force, de la volonté et de l'honnêteté. Tandis que la
circulation sur l'autoroute de l'information s'engorge, nous devons faire de
plus en plus appel à notre capacité de distinguer le bien du mal. Aussi
merveilleux que cela soit à de nombreux égards, on peut se laisser
hypnotiser par l'usage de l'Internet. En cela, je fais référence aux
communications interactives sans fin et à la connexion sur des sites
pornographiques. Je vais maintenant parler de la maîtrise de
nos propres pensées. Dans ce domaine, notre conscience est le seul arbitre
qui puisse siffler lorsque nous perdons le contrôle. Si nous ne bridons pas
nos pensées, elles peuvent devenir anarchiques. Notre esprit est une partie
de nous-mêmes qui requiert d'être discipliné et contrôlé. Je crois que
la lecture des Écritures est le meilleur moyen de se débarrasser de pensées
impures et incontrôlées. Pour ceux qui en sont dignes, la sainteté du
temple peut élever les pensées au-dessus des réalités terrestres. A l'époque où je faisais du sport et faisais
mon service militaire, j'ai entendu des expressions qui me faisaient honte
rien que de les entendre. Si, comme l'a suggéré Samuel Johnson, « le
langage est le vêtement de la pensée[2] », alors le langage
que nous entendons à la télévision, dans les films et même à l'école,
est la pauvre illustration du niveau de la pensée d'aujourd'hui. Je me fais
du souci pour nos jeunes, craignant qu'ils deviennent insensibles à force
d'entendre ou d'utiliser ce langage. Je crois qu'un jeune homme de caractère
ne doit pas utiliser un langage grossier. Un détenteur de la prêtrise de
Dieu ne devrait jamais utiliser de langage vulgaire ni avoir de gestes obscènes.
Je vais maintenant parler de l'absolue nécessité
de maîtriser tous les appétits physiques. On pourrait les appeler « l'écharde
dans notre chair[3]
». Harry Emerson Fosdick a donné un important contexte à la maîtrise de
soi : « L'abnégation ne doit pas être considérée comme une chose négative
qui nous interdirait ce qui nous attire. En un sens, l'abnégation n'existe
pas car c'est uniquement le prix à payer pour ce à quoi nous aspirons[4]. » L'un des grands fondements de la puissance
personnelle est la pureté. Lord Tennyson l'a bien illustré lorsqu'il a écrit
: « J'ai la force de dix hommes, parce que mon coeur est pur[5]. » De tout mon coeur,
je vous conjure, chers jeunes gens, de ne pas emporter avec vous quelque
honte secrète jusque dans le mariage. Vous pourriez ne jamais réussir à
l'oublier. Il vous faut traverser la vie avec la force que procure une
conscience pure qui vous permettra un jour de vous tenir devant votre créateur
et de dire: « Mon âme est pure. » L'abnégation n'est pas une limitation.
C'est une libération. C'est le chemin de la liberté. C'est une force.
C'est un des éléments essentiels de la pureté. Shakespeare l'a dit de
manière excellente par la bouche d'Hamlet : Ce soir,
abstenez-vous, Heber J. Grant a été le premier président de l'Église
que j'ai eu l'honneur de rencontrer. C'était vraiment un grand homme. Nous
l'admirions car une grande partie de sa force lui venait de sa détermination
à être maître de lui. Son père est mort alors qu'il n'avait qu'un an et
sa mère, restée veuve, a du lutter pour l'élever. Il l'aidait
consciencieusement et essayait de s'occuper d'elle. Lorsque, un peu plus âgé, il a voulu faire
partie d'une équipe de base-ball, les autres garçons se sont moqués de
lui, le traitant de poule mouillée parce qu'il ne réussissait pas à
envoyer la balle d'une base à l'autre. Ils se sont tant moqués de lui
qu'il a décidé qu'il jouerait avec l'équipe championne du Territoire de
l'Utah. Il a acheté une balle de base-ball et s'est entraîné pendant des
heures, lançant la balle contre la vieille grange du voisin. Souvent, son
bras était si douloureux qu'il avait du mal à dormir. Mais il a continué
à s'entraîner à s'améliorer et à monter d'une équipe à l'autre,
jusqu'à réussir à jouer dans l'équipe qui a remporté le championnat du
Territoire[7]. Un autre exemple de sa maîtrise était sa détermination
à savoir bien calligraphier. Son écriture était si mauvaise que l'un de
ses amis en avait dit, « on dirait des pattes de mouche ». « Non »,
avait répondu un autre, « c'est la foudre qui est tombée dans l'encrier
». Ceci, bien sûr, a piqué au vif le jeune Heber Grant. Alors qu'il était
encore adolescent et qu'il travaillait dans les bureaux de H. R. Mann &
Cie, on lui a proposé trois fois ce qu'il gagnait s'il allait à San
Francisco comme secrétaire. Plus tard, il a enseigné la calligraphie et la
comptabilité à l'université d'Utah. De fait, grâce à une page d'écriture
qu'il avait faite à l'âge de dix-sept ans, il a remporté le premier prix
de calligraphie à la foire territoriale devant quatre secrétaires
professionnels[8]. Le chant aussi présentait des difficultés
pour le président Grant. Dans son enfance il chantait faux. Lorsqu'il a eu
dix ans, un professeur de musique a tenté de lui enseigner une chanson
toute simple mais a du y renoncer, désespéré. A vingt-six ans, quand il
est devenu apôtre, il a demandé au professeur Sims de lui enseigner à
chanter. Après l'avoir écouté, le professeur lui a dit : « Oui, vous
pouvez apprendre à chanter, mais je préférerais me trouver à cinquante
kilomètres quand vous le ferez. » Cela n'a fait que renforcer sa détermination
de mieux faire[9]. Un jour, le président Grant a déclaré : «
J'ai répété un cantique de seulement quatre lignes[10] entre trois cents et
quatre cents fois, et je n'arrive toujours pas à le chanter[11]. » On raconte que
pendant un voyage en Arizona avec frères Rudger Clawson et J. Golden
Kimball, frère Grant « a demandé si, en chemin, il pouvait leur chanter
une centaine de cantiques. Ils pensaient qu'il plaisantait et ont répondu :
‹Bien sûr, allez-y.› Au bout de quarante, ils lui ont déclaré que
s'il chantait les soixante restant, ils feraient tous les deux une dépression
nerveuse. Il a chanté les soixante restant[12]. » En continuant à s'exercer tout au long de sa
vie il a amélioré son chant mais peut-être pas autant qu'il avait développé
ses talents de joueur de base-ball ou de calligraphe, où il était passé
maître. La citation préférée du président Grant était une phrase de
Ralph Waldo Emerson dont il a fait sa devise : « Ce que nous persistons à
faire devient plus facile, non pas que la nature de la chose change, mais
notre capacité de la faire grandit. » Nous, détenteurs de la prêtrise, nous ne
devrions pas nous chercher d'excuses lorsque nous perdons notre maîtrise. Même
si notre situation est difficile, nous pouvons tous nous efforcer de nous maîtriser.
Nous en tirerons de grandes satisfactions personnelles. La maîtrise de soi
dépend de la spiritualité qui est notre quête essentielle dans la
condition mortelle. Comme le président McKay l'a un jour déclaré : « La
spiritualité est la conscience de la victoire sur soi et de la communion
avec l'infini. La spiritualité nous pousse à vaincre les difficultés et
à acquérir toujours davantage de force. Sentir nos facultés s'éveiller
et la vérité épanouir notre âme est l'une des expériences les plus
belles de l'existence[13].
» William Ernest Henley, bien qu'infirme, a su triompher courageusement, en
son coeur et en son esprit, de sa condition physique lorsqu'il a écrit son
poème « Invictus »: Dans la nuit
qui m'environne, Mes frères, je témoigne de tout mon coeur et de
toute mon âme que par le pouvoir de la maîtrise de soi nous pourrons hériter
des bénédictions que notre Père céleste réserve à ses fils fidèles.
Au nom de Jésus-Christ. Amen.
[1]
Ether 12:27 [2]
The
Oxford Dictionary of Quotations,
4e édition, ed. Angela
Partington, p. 368. [3]
2 Corinthiens 12:7. [4]
The Meaning of Service, 1920, p. 83. [5]
Oxford Dictionary of Quotations, p. 689. [6]
Hamlet,
3.4.165-170. [7]
Roderick L. Cameron, Tenacity, Brigham Young University Speeches of the
Year, 1er décembre 1964, p. 3. [8]
David C. Call, Success Spiritual and Temporal, Brigham Young
University Speeches of the Year, 30 novembre 1965, p. 6 [9]
Voir Cameron, Tenacity, p. 2. [10]
« Praise God, from Whom All Blessings Flow », Hymnbook, n°
242. [11]
Conference Report, avril 1900, p. 61. [12]
Cameron, Tenacity, p. 3. [13]
Gospel
Ideals,
1953, p. 390. [14]
« Invictus, In Mem. R.T.H.B. », cité dans Oxford Dictionary of
Quotations, p. 332.
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