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Se dépouiller de l’homme naturelPar Robert R. Millet Ezra Taft Benson (1899-1994) a fait remarquer : « De même qu'il ne souhaite pas vraiment manger tant qu'il n'a pas faim, l'homme ne désire obtenir le salut du Christ que lorsqu'il sait pourquoi il a besoin du Christ. Personne ne sait vraiment pourquoi il a besoin du Christ tant qu'il n'a pas compris et accepté la doctrine de la chute et son effet sur tout le genre humain. Et aucun livre au monde n’explique cette doctrine essentielle aussi bien que le Livre de Mormon[1]. » Dans le Livre de Mormon, l'un des exposés les plus importants sur la Chute a été fait par le roi Benjamin, qui a énoncé un point de doctrine qu'il avait reçu d'un ange de Dieu[2]. LA CHUTE
Dans le profond discours qu'il a fait au temple, le roi Benjamin a enseigné : « L'homme naturel est ennemi de Dieu, et l'est depuis la chute d'Adam » (Mosiah 3:19). Que dit le roi Benjamin au sujet du genre humain ? Qu'est-ce que l'être humain naturel, et qu'est-ce qui le caractérise ? Pour répondre à ces questions, nous devons d'abord comprendre les implications de la chute d'Adam. Lorsque Adam et Ève ont transgressé, ils ont été chassés du jardin d'Eden. A ce moment, ils ont été retranchés de la présence de Dieu, au point que cette séparation a été comparée à la mort. Heureusement, le Sauveur avait été préordonné pour expier ce retranchement. Le Seigneur a consolé Adam en ces termes : « Je t'ai pardonné ta transgression dans le jardin d'Eden » (Moïse 6:53). Cette déclaration doit toutefois être comprise dans son contexte. Bien que les péchés des parents ne puissent tomber sur la tête des enfants, puisque le Fils de Dieu a expié la faute originelle (voir Moïse 6:54), nous ne devons pas en conclure que la Chute n'a aucun effet sur nous. Jéhovah a expliqué à Adam : « Étant donné que tes enfants sont conçus dans le péché, lorsqu'ils commencent à grandir, le péché est conçu dans leur coeur, et ils goûtent à l'amer afin d'apprendre à apprécier le bien » (Moïse 6:55). Nous ne croyons pas, comme Jean Calvin (1509-1564), à la dépravation morale des hommes et des femmes. Nous ne croyons pas, comme Martin Luther (1483-1546), que l'homme n'a même pas le pouvoir de préférer le bien au mal. Nous ne croyons pas non plus que les enfants héritent du prétendu péché d'Adam, ni par transmission sexuelle ni par la naissance. Par contre, les enfants naissent dans un monde de péché. Par la conception, seuls peuvent être transmis à la postérité d'Adam les effets de la Chute, c'est-à-dire le péché, la maladie et les autres maux de la condition mortelle, mais pas la culpabilité originelle d'Adam. En péchant, les gens meurent spirituellement. Bruce R. McConkie (1915-1985), du Collège des douze apôtres, a dit : « Ils meurent quant aux choses de l'Esprit - ils meurent quant aux choses de la justice ; ils sont chassés de la présence de Dieu. C'est de ces hommes que parlent les Écritures lorsqu'elles disent que l'homme naturel est ennemi de Dieu[3]. » L’HOMME NATUREL
Qu'est-ce donc qui caractérise l'homme naturel ? En termes simples, l'homme naturel est celui qui reste dans son état déchu ; un homme ou une femme qui n'a pas eu de renaissance spirituelle. A l'un des extrêmes, l'homme naturel peut être quelqu'un qui aime Satan plus que Dieu et qui, par conséquent, est charnel, sensuel et diabolique (voir Moïse 5:13). A l'autre extrême, l'homme naturel peut être droit, attaché à la morale et bienveillant. Pourtant, cette personne habituée au monde déchu qui nous entoure, ne profite pas du pouvoir vivifiant du Saint-Esprit, ni du pouvoir sanctificateur des alliances et des ordonnances du Christ. Bien que cette personne soit influencée par la lumière du Christ, elle ne la suit pas dans la plénitude des vérités de l'Évangile. Le Sauveur a déclaré : « Le monde entier est plongé dans le péché et gémit dans les ténèbres et dans la servitude du péché. Et vous saurez qu'ils sont dans la servitude du péché à ceci, qu'ils ne viennent pas à moi » (D&A 84:49-50). Il a précisé: « Et il n'en est aucun qui fasse le bien, si ce n'est ceux qui sont prêts à recevoir la plénitude de mon Évangile, que j'ai envoyé à cette génération » (D&A 35:12). Qu'en est-il des membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ? Y a-t-il parmi nous des êtres « naturels » ? Nous pouvons peut-être répondre à cette question en examinant quelques grandes caractéristiques de l'homme naturel. 1. L'homme naturel ne peut pas ou ne veut pas percevoir les réalités spirituelles. Paul a expliqué : « Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge » (1 Corinthiens 2:14). Brigham Young (1801-1877), président de l'Église, a déclaré: « Comme il est difficile d'instruire l'homme naturel, qui ne comprend rien de plus que ce qu'il voit avec les veux naturels ! ... Parlez-lui des anges, des cieux, de Dieu, de l'immortalité et des vies éternelles, c'est à ses oreilles comme un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit ; il n'y a là pour lui aucune musique ; il n'y a rien là qui charme ses sens, calme ses sentiments, attire son attention ou engage le moins du monde ses affections ; pour lui, tout cela est sottise[4]. » 2. L'homme naturel est orgueilleux. L'orgueil est la principale caractéristique de l'homme naturel. Le regard de l'homme naturel ne s'élève pas (vers Dieu) et ne s'adresse pas en égal (à l'homme), il regarde de haut, sauf si le point de vue horizontal lui permet d'entrer en compétition avec les autres. Le président Benson a expliqué : « L'orgueil est par nature source de compétition. Notre volonté rebelle contre celle de Dieu. Quand notre orgueil est dirigé contre Dieu, nous voulons que notre volonté se fasse et non la sienne... Les orgueilleux voudraient que Dieu soient d'accord avec eux[5]. » 3. L'homme naturel est préoccupé par les récompenses de ce monde. Ses valeurs ne sont dictées que par le pragmatisme et le matérialisme. Il n'éprouve qu'un plaisir temporaire à posséder quelque chose. Rapidement il veut davantage, et il veut davantage que les autres. 4. L'homme naturel se laisse aller à la dureté et à la grossièreté. L'Esprit du Seigneur apporte le calme et la quiétude à ceux qui goûtent ses fruits. Par son rôle de sanctificateur, le Saint-Esprit « élargit, étend et purifie toutes les passions et affections naturelles... Il inspire la vertu, la gentillesse, la bonté, la tendresse, la douceur et la charité[6]. » Par contre, « < l'homme naturel > est < l'homme terrestre > qui a permis aux passions animales grossières de l'emporter sur ses inclinations spirituelles[7]. » Ses relations se caractérisent par leur dureté ; ses paroles et ses manières sont pleines de grossièreté. SE DÉPOUILLER DE L’HOMME NATUREL
Le roi Benjamin a expliqué que l'homme naturel reste un ennemi de Dieu jusqu'à ce « qu'il se rende aux persuasions de l'Esprit-Saint, et ... se dépouille de l'homme naturel, et ... devienne un saint par l'expiation du Christ, le Seigneur, et ... devienne semblable à un enfant, soumis, doux, humble, patient, plein d'amour, disposé à se soumettre à tout ce que le Seigneur juge bon de lui infliger, tout comme un enfant se soumet à son Père » (Mosiah 3:18-19). Nous ne nous dépouillons pas de l'homme naturel avec les années. Nous ne changeons pas de nature simplement en assistant aux réunions. La transformation ne se fait que lorsque nous choisissons d'être changés par la médiation de Jésus-Christ. Si nous nous repentons, son expiation paie pour nos péchés, et le pouvoir sanctificateur du Saint-Esprit nous purifie et change notre nature. C'est pour cela que les Écritures appellent ce processus la nouvelle naissance. Nos péchés ayant été remis, nous mourons aux choses mauvaises et nous naissons de Dieu à une nouvelle vie spirituelle supérieure. Pour certaines personnes, ce changement peut être spectaculaire et rapide. Cela a été notamment le cas d'Enos (voir Enos 1:1-8), de l'apôtre Paul (voir Actes 9) et du roi Lamoni (voir Alma 18-19). Le président Benson nous a adressé la mise en garde suivante : « Mais nous devons être prudents en parlant de ces exemples remarquables. Bien que réels et puissants, ils sont plus l'exception que la règle. Pour chaque Paul, pour chaque Enos et pour chaque roi Lamoni, il y a des centaines, des milliers de personnes chez qui le processus du repentir est beaucoup plus subtil, beaucoup plus imperceptible. Jour après jour elles se rapprochent du Seigneur, sans vraiment se rendre compte qu'elles sont en train d'édifier une vie divine[8]. » Jour après jour, nous commençons à goûter à ce que Paul appelait le « fruit de l'Esprit », c'est-à-dire « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (voir Galates 5:22-23). Nous sommes humbles et soumis, profondément désireux de connaître et d'accomplir la volonté du Sauveur, profondément désireux de voir nos propres souhaits anéantis dans la volonté d'un Être supérieur. Comme l'a exprimé C.S. Lewis, cette vivification et ce renouveau de la nature humaine « sont précisément ce qui caractérise le christianisme. Ce monde est l'atelier d'un grand sculpteur. Nous en sommes les statues et, d'après une rumeur circulant dans l'atelier, certaines d'entre nous seront un jour rendues vivantes[9]. »
[1] A Witness and a
Warning, 1988, p. 33. [2] Je suis reconnaissant à Curtis Wright, professeur de bibliothéconomie à l'université Brigham Young, pour l'aide qu'il m'a apportée pour de nombreux concepts de cet article. [3] The Promised Messiah, 1978,
p. 350. [4] Discourses of Brigham Young,
choisis par John A. Widtsoe, 1954, p. 260. [5] « Prenez garde à l'orgueil », L'Etoile, juillet 1989, p. 3. [6] Parley P. Pratt, Key to the
Science of Theology, 1966, p. 101. [7] Spencer W. Kimball, « Ocean
Currents and Family Influences », Ensign, novembre 1974, p. 112. [8] « Un grand changement de coeur », L'Etoile, mars 1990, p. 7. [9] Mere Christianity, 1960, p.
124.
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