MESSAGE DE LA PREMIÈRE PRÉSIDENCE

LES ETIQUETTES

Par Thomas S. Monson

Premier conseiller dans la Première Présidence

La National Gallery, à Trafalgar Square, à Londres est véritablement l'un des plus grands musées du monde. Il s'enorgueillit de sa salle Rembrandt, de sa collection de Constable et il incite tous les visiteurs à voir les chefs-d'oeuvre de Turner. Des gens y viennent du monde entier. Ils repartent édifiés.

Au cours d'une visite de la National Gallery, j'ai été surpris de voir de magnifiques portraits et paysages exposés bien en évidence mais sans indication du nom de l'artiste. Puis j'ai remarqué une grande affiche qui donnait cette explication :

« Cette exposition provient d'un grand nombre de tableaux qui sont exposés dans un endroit public mais quelque peu négligé du musée : le niveau inférieur. Cette exposition a pour but d'encourager les visiteurs à regarder les tableaux sans trop se soucier de savoir qui sont les auteurs. Dans plusieurs cas, nous ne le savons pas précisément.

« Les renseignements donnés sur les tableaux peuvent souvent influencer, sans qu'on en soit pleinement conscient, le jugement qu'on leur porte ; les renseignements donnés ici ne sont qu'accessoires, dans l'espoir que les visiteurs ne les liront qu'après avoir regardé chaque oeuvre et s'en être fait une opinion personnelle. »

L'aspect extérieur de certains hommes, comme le commentaire sous les tableaux, est souvent trompeur. Le Maître a déclaré à un groupe de personnes :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites 1 parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au-dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés.

« ... Au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au-dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité[1]. »

Il y a aussi des gens qui peuvent extérieurement paraître pauvres, sans talent et voués à la médiocrité. Un commentaire classique se trouvait sous une photo d'Abraham Lincoln enfant debout devant son humble lieu de naissance, une simple cabane de rondins. On pouvait y lire : « Mal logé, mal vêtu, mal nourri. » La véritable légende, inattendue, non formulée et non imprimée, était : « Destiné à une gloire immortelle. »

Comme l'a si bien exprimé le poète,

Personne ne connaît la valeur d'un garçon,

Il faut attendre pour voir.

Mais tous les hommes hautement considérés,

Ont un jour été de jeunes garçons.

A une autre époque, loin d'ici, le jeune Samuel devait ressembler à tous les garçons de son âge tandis qu'il servait le Seigneur auprès d'Elie. S'étant allongé pour dormir, Samuel a entendu la voix du Seigneur l'appeler. Croyant par erreur que c'était le vieil Elie qui l'avait appelé, Samuel a répondu : « Me voici[2] ! » Mais après avoir écouté le récit du garçon et lui avoir dit que c'était le Seigneur qui l'avait appelé, Elie lui a expliqué ce qu'il devait faire. Suivant les conseils d'Elie, Samuel a fait au Seigneur la réponse bien connue : « Parle, car ton serviteur écoute[3]. » Le récit biblique révèle ensuite : « Samuel grandissait. L'Eternel était avec lui...

« Tout Israël, depuis Dan jusqu'à Beer-schéba, reconnut que Samuel était établi prophète de l'Eternel[4]. »

Les années ont passé, inexorablement, et la prophétie s'est réalisée lorsqu'une mangeoire à servi de berceau à un nouveau-né. Aucun commentaire ne pouvait décrire cet événement. Avec la naissance de l'enfant de Bethléhem s'annonçaient un don inestimable, une puissance plus forte que les armes, une richesse plus durable que les pièces de César. Cet enfant, né dans de si humbles circonstances, allait être « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs[5] », le Messie promis, Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

Lorsqu'il était enfant, Jésus a été retrouvé dans le temple, « assis au milieu des docteurs », qui l'écoutaient et lui posaient des questions.

« Tous ceux qui l'entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. » Et quand Joseph et sa mère le virent : « Ils furent frappés d'étonnement[6]. » Le commentaire des docteurs de la loi du temple sur l'attitude du garçon aurait pu évoquer sa grande intelligence mais certainement pas mentionner le « Fils de Dieu et futur Rédempteur de tout le genre humain ».

Les prophéties messianiques d'Esaïe nous indiquent en particulier : « Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n'avait rien pour nous plaire[7]. » C'est ainsi que fut décrit à l'avance notre Seigneur.

D'après le récit de Matthieu, il était apparemment nécessaire que la foule de pécheurs qui cherchait à ôter la vie au Seigneur conspire avec le traître Judas pour qu'il leur indique qui parmi les apôtres était ce Jésus qu'ils cherchaient. Ces versets terrifiants tirés des saintes Ecritures tourmentent le lecteur :

« Celui qui le livrait leur avait donné ce signe : Celui que je baiserai, c'est lui ; saisissez-le.

« Aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit : Salut, Rabbi ! Et il le baisa.

« Jésus lui dit : Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. Alors ces gens s'avancèrent, mirent la main sur Jésus, et le saisirent[8]. »

Le baiser d'un traître avait permis d'identifier le Maître. Judas portait désormais sa propre étiquette, celle d'une honte et d'une répulsion auxquelles il ne pourrait plus échapper.

Parfois des villes et des pays sont identifiés par des appellations particulières. C'était le cas d'une ville froide et très vieille de l'est du Canada. Les missionnaires l'appelaient « Kingstone la dure ». Il n'y avait eu qu'un seul converti à l'Eglise en six ans, malgré la présence constante de missionnaires durant cette période. Aucun baptême à Kingston. Vous n'avez qu'à demander à tous les missionnaires qui y ont servi. Le temps passé à Kingston était marqué sur le calendrier comme des jours de prison. Etre muté ailleurs, n'importe où, était la préoccupation principale, le rêve même, des missionnaires.

Tandis que je priais et réfléchissais au sujet de cette triste situation, car en tant que président de mission j'en avais la responsabilité, ma femme a attiré mon attention sur un passage du livre A Child's Story of the Prophet Brigham Young (Histoire de Brigham Young, le prophète, pour les enfants, N.d.T.). Elle m'a lu que Brigham Young (1801-1877) était arrivé à Kingston (Ontario) par une froide journée de neige. Il y avait prêché pendant 30 jours et avait baptisé 45 personnes[9]. J'avais la réponse. Si le missionnaire Brigham Young avait pu faire cette récolte, les missionnaires d'aujourd'hui le pouvaient aussi.

Sans donner d'explication, j'ai retiré les missionnaires de Kingston, pour rompre le cycle de l'échec. Puis j'ai pris soin de faire circuler le bruit suivant : « Une ville sera bientôt ouverte à l'oeuvre missionnaire, la ville où Brigham Young a prêché et a baptisé 45 personnes en 30 jours. » Les missionnaires se demandaient où cela pouvait être. Dans leur lettre hebdomadaire, ils demandaient instamment à aller dans ce paradis mythique. Le temps a passé. Puis j'ai désigné quatre missionnaires soigneusement choisis, deux nouveaux et deux expérimentés, pour cette grande aventure. Les membres de la petite branche ont promis d'apporter leur total soutien. Les missionnaires ont engagé leur vie. Le Seigneur a accepté les deux.

En l'espace de trois mois, Kingston est devenue la ville la plus productive de la mission canadienne. Les bâtiments de pierre grise étaient toujours là ; la ville n'avait pas changé d'aspect ; la population était toujours la même. C'était dans l'attitude que le changement s'était produit. L'étiquette du doute avait été remplacée par celle de la foi.

Le président de la branche de Kingston portait, lui aussi, une étiquette. Gustav Wacker était un homme de l'ancien continent. Il parlait anglais avec un fort accent. Il n'a jamais ni possédé ni conduit de voiture. Il exerçait le métier de coiffeur. Le temps fort de ses journées c'était quand il avait l'honneur de couper les cheveux d'un missionnaire. Il ne faisait jamais payer les missionnaires. Au contraire, il fouillait ses poches et leur donnait tous ses pourboires de la journée. S'il pleuvait, ce qui arrivait souvent à Kingston, le président Wacker appelait un taxi et renvoyait les missionnaires à leur appartement en taxi, alors que lui, à la fin de sa journée, fermait sa petite boutique et rentrait chez lui à pied, sous la pluie battante.

J'ai rencontré Gustav Wacker pour la première fois lorsque j'ai remarqué que la dîme qu'il payait dépassait de beaucoup ce qu'on aurait pu attendre, vu ses revenus. Je me suis efforcé d'expliquer que le Seigneur ne demandait pas plus de dix pour cent de dîme, mais mes paroles sont tombées dans des oreilles attentives mais non convaincues. Il a simplement répondu qu'il aimait payer tout ce qu'il pouvait au Seigneur. Cela représentait environ la moitié de ses revenus. Sa chère femme avait exactement les mêmes sentiments que lui. Leur manière unique de payer la dîme a continué tant qu'ils ont travaillé.

Gustav et Margarete Wacker ont fondé un foyer qui ressemblait à un coin des cieux. Ils n'ont pas eu la bénédiction d'avoir d'enfant, mais ils ont servi de mère et de père à de nombreux visiteurs membres de l'Eglise. Un dirigeant distingué et très instruit d'Ottawa m'a dit : « J'aime rendre visite à frère Wacker. J'en reviens spirituellement ressourcé et déterminé à vivre à jamais proche du Seigneur. »

Notre Père céleste a-t-il honoré une foi aussi constante ? La branche a prospéré. Les membres ne tenaient plus dans la salle slovaque que l'Eglise louait et se sont installés dans une belle église moderne. Les prières de frère et soeur Wacker ont été exaucées lorsqu'ils sont partis en mission dans leur pays natal, l'Allemagne, puis lorsqu'ils ont fait une mission au temple de Washington, D.C. Puis, sa mission terrestre achevée, Gustav Wacker est mort paisiblement dans les bras de sa compagne éternelle aimante. Une seule épitaphe semble convenir à un serviteur aussi obéissant et fidèle : Dieu honore celui qui l'honore[10].

Un autre qualificatif que l'on entend fréquemment et qui est porté à contrecœur est celui de « handicapé ».

Il y a des années, Spencer W. Kimball (1895-1985) nous a fait part à Gordon B. Hinckley, à Bruce R. McConkie et à moi, d'une expérience qu'il avait eue pour l'appel d'un patriarche dans le pieu de Shreveport (Louisiane, USA). Il nous a expliqué qu'il avait eu des entrevues, réfléchi intensément et prié pour connaître la volonté du Seigneur concernant cet appel. Pour quelque raison, aucun des hommes proposés n'était celui qui convenait à cette tâche à ce moment particulier.

La journée s'est terminée. Les réunions du soir ont commencé. Soudain, le président Kimball s'est tourné vers le président de pieu pour lui demander le nom d'un homme qui était assis à peu près aux deux tiers de la chapelle vers le fond. Le président de pieu a répondu qu'il s'appelait James Womack, sur quoi le président Kimball a dit : « C'est l'homme que le Seigneur a choisi comme patriarche de votre pieu. Demandez-lui de venir me rencontrer dans la salle du grand conseil après la réunion. »

Le président de pieu, Charles Cagle, était vraiment étonné car James Womack n'était pas ce qu'on appelle un homme normal. Il avait été très gravement blessé au combat durant la Deuxième Guerre mondiale. Il avait perdu les deux mains et un bras, il ne voyait presque plus et il entendait mal. On n'avait pas voulu de lui à la faculté de droit quand il était revenu. Malgré cela, il avait terminé troisième de sa classe à l'université de l'Etat de Louisiane. James Womack refusait tout simplement d'être qualifié d'handicapé.

Ce soir-là quand le président Kimball a rencontré frère Womack et lui a dit que le Seigneur l'avait choisi pour être le patriarche, il y a eu un long silence dans la pièce. Puis, frère Womack a dit : « Frère Kimball, je crois savoir qu'un patriarche doit placer ses mains sur la tête de la personne qu'il bénit. Comme vous pouvez le voir, je n’ai pas de mains à placer sur la tête de qui que ce soit. »

Frère Kimball, de sa manière gentille et patiente, a demandé à frère Womack de venir se placer derrière la chaise sur laquelle il était assis. Puis il a dit : « Maintenant, frère Womack, penchez-vous en avant et voyez si l'extrémité de vos bras peut atteindre le sommet de ma tête. » A sa grande joie, frère Womack pouvait toucher frère Kimball et il s'est exclamé : « J'y arrive ! J'y arrive ! »

« Bien sûr que vous y arrivez », a répondu frère Kimball. « Et si vous pouvez y arriver avec moi, vous pouvez y arriver avec toutes les personnes que vous bénirez. Je suis le plus petit de tous ceux qui s'assiéront jamais devant vous. »

Le président Kimball nous a raconté que lorsque le nom de James Womack a été présenté à la conférence de pieu, « les mains des membres se sont levées vers le ciel en une manifestation de soutien enthousiaste. »

La parole du Seigneur adressée au prophète Samuel lorsque David a été désigné comme futur roi d'Israël constituait un commentaire bien adapté à la situation. C'était certainement ce que pensaient tous les membres fidèles : « L'homme regarde ce qui frappe les yeux, mais l'Eternel regarde au cœur[11]. »

Le message d'un être au coeur humble est tissé au fil d'or dans la tapisserie de sa vie. Ce fut le cas du jeune Samuel ; ce fut le cas de Jésus ; cela a été le témoignage de Gustav Wacker ; cela a marqué l'appel de James Womack. Puisse chacun de nous être connu pour dire : « Seigneur, me voici. »

IDÉES POUR LES INSTRUCTEURS AU FOYER

1. Nos actes, notre aspect et nos paroles sont des indications sur lesquelles les autres nous jugent.

2. Nous devons veiller à ne pas « paraître justes au dehors », en étant au-dedans « pleins d'hypocrisie et d'iniquité » (Matthieu 23:28).

3. De nombreux prophètes et disciples du Seigneur ont été mal jugés à cause de leur aspect extérieur.

4. Alors que les hommes jugent l'aspect extérieur, « l'Eternel regarde au coeur » (1 Samuel 16:7).

5. Nous devons nous efforcer d'être connus comme des gens qui disent : « Seigneur, me voici. »



[1] Matthieu 23:27-28.

[2] 1 Samuel 3:4.

[3] 1 Samuel 3:10.

[4] 1 Samuel 3:19-20.

[5] 1 Timothée 6:15.

[6] Luc 2:46-48 ; voir la traduction par Joseph Smith de Luc 2:46.

[7] Esaïe 53:2.

[8] Matthieu 26:48-50.

[9] Voir A Child's Story of the Prophet Brigham Young, Deta Petersen Neeley et Nathan Glen Neeley, 1959, p. 36.

[10] Voir 1 Samuel 2:30.

[11] 1 Samuel 16:7.

 

 

 

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