LEÇON D'UN BOL DE CEREALES

 

Par Kara Hunt

 

Je suis certaine que toutes les mères ont un jour pensé que leur vie ferait un bon feuilleton télévisé ou un bon film catastrophe. C'est ce que j'ai ressenti un matin.

 

J'avais préparé des céréales pour le petit-déjeuner et mes aînés étaient partis pour l'école avec un sourire satisfait. A son réveil, j'ai assis mon fils de deux ans sur un tabouret à la table de la cuisine ; j'ai posé un bol de céréales devant lui et j'ai quitté la pièce quelques minutes. Grosse erreur.

 

Certaines situations sont si terribles qu'elles nous laissent sans voix. C'en était une. A mon retour, j'ai vu que mon fils s'était servi de sa cuillère pour catapulter ses céréales aussi loin qu'il le pouvait, couvrant chaque centimètre de surface visible. Stupéfiée, j'ai regardé en silence. Il m'a bien fallu admettre qu'il avait agi avec précision. J'étais étonnée de constater tout ce qu'il avait pu accomplir avec un si petit bol.

 

Mes yeux se sont tournés vers l'horloge de la cuisinière. A travers les grumeaux de céréales, j'ai vu l'heure et j'ai repris mes esprits. J'avais une réunion à l'école de mes enfants dans moins d'une heure. Devais-je enlever ma robe de chambre et mes chaussons et me changer, en espérant que tout cela n'était qu'un cauchemar dont j'allais me réveiller, ou devais-je affronter la réalité et tenter de retrouver ma cuisine sous son nouveau revêtement ?

 

J'ai décidé de nettoyer les céréales avant que cela ne soit trop tard. Lançant un regard méprisant à mon fils, toujours perché sur son tabouret, ses cheveux collés par une " mousse " grumeleuse, j'ai relevé mes manches et j'ai patiné jusqu'à l'évier. J'ai pris une lavette et j'ai commencé à nettoyer.

 

Après ce qui m'a semblé une éternité, j'ai commencé à voir une amélioration. J'ai regardé à nouveau mon fils et je me suis rendu compte qu'il n'était jamais resté assis à un même endroit aussi longtemps. Soit il prenait un plaisir fou à me voir travailler si dur, soit il était collé à son siège à cause des céréales durcies.

 

Il me regardait sans rien dire. C'est alors que j'ai remarqué quelque chose que je n'avais jamais vu avant : du remords dans les yeux d'un enfant de deux ans.

 

" Pardon, maman. " Ses grands yeux bruns brillaient, pleins des larmes qu'il retenait.

 

Pourquoi fallait-il qu'il fasse cela maintenant que j'étais assez calme pour le disputer ? J'ai jeté un coup d'oeil vers l'horloge et je me suis rendu compte que j'avais raté ma réunion. Alors en soupirant, j'ai rincé ma lavette et j'ai commencé à le laver.

 

Lorsqu'il a été assez propre pour que je puisse le toucher sans rester collée, je l'ai enfin pris dans mes bras. Il a immédiatement serré ses bras potelés autour de mon cou et s'est blotti dans la douceur feutrée de ma robe de chambre. En soupirant, je me suis assise et je lui ai doucement caressé le dos.

 

Mon esprit s'est évadé vers un monde imaginaire où la cuisine étincelait, où la vaisselle était rarement sale, où les sols avaient rarement besoin d'être balayés, où les gâteaux restaient dans la boite à biscuits plus de 15 minutes, où les salles de bains sentaient la forêt de pins, où les serviettes d'invités n'étaient pas couvertes de tâches de graisse et où le bain n'était pas rempli de jouets en plastique. J'ai vu des lits faits, des sols sur lesquels rien ne traînait et du linge sale qui restait dans le panier jusqu'au jour de lavage. Comme ce serait merveilleux ! Et pourtant, comme ce serait triste !

 

Plus de petits bras autour de mon cou, ni de gros baisers poisseux sur ma joue. Plus de câlins inconditionnels malgré mon mauvais caractère. Plus d'histoire au coucher ou d'enthousiasme à l'idée de voir pousser des graines dans un petit pot. Plus de cartes faites à la main ni de créations artistiques pour la fête des mères. Plus de porte-cure-dents en argile enveloppés dans du papier journal pour Noël.

 

Cette pensée m'a suffit.

 

C'est décourageant d'avoir des taches de jus de fruit sur la moquette, de devoir toujours se frayer un chemin à travers les jouets et les chaussettes sales et nettoyer des marques de crayon sur du nouveau papier peint. Mais je me suis rendu compte que cela n'avait pas d'importance en comparaison de la magie que mes enfants apportaient dans ma vie. J'ai serré mon fils plus fort en souriant et en remerciant le ciel pour le désordre, parce qu'il va de pair avec la joie.

 

 

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