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LE ROLE DE REDEMPTEUR DU CHRIST
par Richard D. Draper
Au cours d'un discours qu'il a adressé à son peuple dans les Amériques vers 124 av. J.-C., le roi Benjamin fit une prophétie qui dut surprendre certains de ses auditeurs. Il rendit le témoignage suivant :
" Le temps vient, et n'est pas très éloigné, où le Seigneur omnipotent qui règne, qui était et est de toute éternité à toute éternité, descendra du ciel avec puissance parmi les enfants des hommes et demeurera dans un tabernacle d'argile " (Mosiah 3:5). Aujourd'hui encore, l'idée que le grand Dieu Jéhovah devint mortel est stupéfiante, surtout si l'on considère qu'en venant sur terre, il conserva et sa nature éternelle et son pouvoir divin. Il était donc différent de tout autre être jamais né dans la condition mortelle.
Le roi Benjamin ne fut pas le seul prophète du Livre de Mormon à apprendre la nature et le ministère du Messie qui devait venir. Cependant, aucun de ces prophètes n'allait jamais connaître dans la réalité le Seigneur mortel. Cet honneur serait réservé à ceux qui allaient servir avec lui en Palestine. Ainsi, tout ce que les gens du Livre de Mormon savaient sur le Christ mortel, c'est par révélation qu'ils l'ont appris. En d'autres termes, le Sauveur a choisi ce qu'ils devaient savoir. Il semblerait donc que la compréhension qu'il a donnée aux gens du Livre de Mormon ait concerné les aspects qu'il estimait être les plus importants à connaître pour eux et pour nous.
" LE DIEU ÉTERNEL SE MANIFESTE À TOUTES LES NATIONS "
Dès le début, le Livre de Mormon nous enseigne le Sauveur. A la page de titre, Moroni témoigne " que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, qui se manifeste à toutes les nations ". Deux points importants découlent de cette éclaration : le Sauveur est " le Dieu éternel ", et nous apprenons qu'il ne s'est pas manifesté seulement aux Juifs et aux Néphites mais à d'autres également.
Le roi Benjamin a témoigné que le Dieu éternel demeurerait dans un tabernacle d'argile. Cependant il est important de noter que l'argile ne l'a emporté ni sur la divinité éternelle du Seigneur, ni sur son omnipotence. Amulek savait qu'en devenant mortel, Jésus n'avait pas été privé de ses pouvoirs éternels. Lorsque Zeezrom, l'homme de loi, lui demanda : " Qui est celui qui va venir ? Est-ce le Fils de Dieu ? " Amulek répondit par un " oui " franc. Quand Zeezrom demanda encore : " Le Fils de Dieu est-il le Père éternel même ? " Amulek répondit : " Oui, il est le Père éternel même du ciel et de la terre, ... et il viendra au monde pour racheter son peuple " (Alma 11:32-33, 38-40). Pendant sa vie prémortelle, Jésus était Jéhovah, le Créateur. Cependant il a condescendu à venir au monde comme Fils unique de son Père afin de racheter tous ceux qui accepteraient son grand don.
La nature éternelle du Seigneur joua un rôle essentiel dans son oeuvre de rédemption. Elle fit aussi de lui un être unique parmi tous ceux qui sont nés de femmes. Amulek unit ces deux concepts lorsqu'il parla aux gens du grand et dernier sacrifice qui devrait être fait un jour. Il expliqua que ce ne serait pas un sacrifice d'homme, ni d'animal, ni d'aucune sorte d'oiseau, car ce ne serait pas un sacrifice humain (voir Alma 34:10).
L'idée d'Amulek semble quelque peu surprenante. Comment Jésus, issu d'une femme mortelle comme nous tous, pourrait-il ne pas être humain ? La réponse devient évidente quand on comprend dans quel sens Amulek employait les termes homme et humain.
Amulek n'employait pas ces termes comme synonymes exacts pour tout mortel. C'est vrai que Jésus était pleinement homme parce que, comme nous, il était fait de chair et d'os et pouvait par conséquent mourir. Amulek expliqua que le grand et dernier sacrifice ne serait pas un sacrifice humain, mais un sacrifice infini et éternel (voir Alma 34:10). Mais pour Amulek, les termes homme et humain se rapportaient à tous les êtres qui ne possédaient pas encore les attributs et les pouvoirs de Dieu ; ils ne sont pas infinis et éternels. Par conséquent, un sacrifice humain ne satisferait pas aux conditions de ce grand et dernier sacrifice.
Cela ne signifie pas qu'Amulek considérait homme et humain comme des termes péjoratifs. Comme l'a dit David, " Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui ? Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu [elohim, en hébreu, c'est-à-dire " les dieux "]. Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence " (Psaumes 8:5-6). Les hommes ne sont certainement pas des citoyens de deuxième classe du cosmos, mais ils ne sont pas Dieu non plus. Le Sauveur, lui, bien que revêtu de chair et de sang pendant son ministère dans la condition mortelle, est un Dieu.
Amulek ne fut pas le seul à témoigner que le Seigneur mortel était d'un rang et d'une dignité sans pareils. Abinadi témoigna au roi Noé et à ses prêtres que le Messie qui viendrait était Dieu qui rachèterait son peuple. Il s'acquitterait de cette responsabilité en descendant parmi les enfants des hommes, en prenant sur lui la forme de l'homme et en allant avec une grande puissance (voir Mosiah 13:33-34). Remarquez qu'Abinadi ne dit pas que ce serait un homme, mais qu'il aurait la forme de l'homme. Le roi Limhi releva cette nuance et expliqua qu'Abinadi avait enseigné que " le Christ était le Dieu, le Père de toutes choses " et " qu'il prendrait sur lui l'image de l'homme " (Mosiah 7:27). De nouveau, les Ecritures font clairement la distinction entre ce qu'était le Sauveur et ce que nous sommes. Bien que Jésus ait pu avoir notre image, il a conservé sa position de Dieu.
C'est parce qu'il était Dieu et non pas homme que Jésus a pu remplir son ministère. Le roi Benjamin apprit d'un ange que le Sauveur subirait les tentations et la souffrance du corps, la faim, la soif et la fatigue, plus encore que l'homme ne peut en subir sans en mourir (voir Mosiah 3:7). C'est parce que nous ne possédons pas sa puissance divine que nous ne pouvons pas supporter les souffrances, la faim, la soif ou l'épuisement du Sauveur.
LA CONDESCENDANCE DE DIEU
Le Livre de Mormon nous rappelle constamment la nature unique du Sauveur. Il témoigne que Jésus, même dans la condition mortelle, était un Dieu. Et pourquoi était-il un Dieu ? Parce qu'il était le Fils littéral d'Elohim.
Néphi a appris cette vérité au cours d'une vision d'une grande puissance. Un ange lui a demandé s'il comprenait la condescendance de Dieu. Le terme condescendance, en rapport avec Jésus-Christ, fait référence au fait qu'il est devenu volontairement égal à l'homme, tout en restant Dieu. Néphi a répondu : " Je sais que [Dieu] aime ses enfants ; néanmoins, je ne connais pas la signification de tout " (1 Néphi 11:17). Puis l'ange apprit à Néphi que Jésus manifesterait de la condescendance de deux façons.
Premièrement, l'ange montra à Néphi une vierge portant un enfant dans ses bras (voir 1 Néphi 11:20), puis lui dit : " Vois l'Agneau de Dieu, oui le Fils du Père éternel " (verset 21). Auparavant, l'ange avait expliqué à Néphi : " La vierge que tu vois est, selon la chair, la mère du Fils de Dieu " (1 Néphi 11:18). Jésus condescendit à naître comme n'importe quel bébé mortel, " selon la chair ".
A Nazareth, sa vie fut celle d'un enfant, puis d'un jeune adulte. Il grandit et se fortifia. " Il était rempli de sagesse " (Luc 2:40). En grandissant de grâce en grâce, acquérant grâce après grâce, " il reçut une plénitude de la gloire du Père. Et il reçut tout pouvoir, tant dans le ciel que sur la terre, et la gloire du Père était avec lui, car il demeurait en lui " (D&A 93:16-17). Ainsi, bien qu'il ait condescendu à renoncer à son privilège divin et à devenir comme nous, le Sauveur ne renonça ni à son office ni à sa nature infinie et éternelle. Il naquit avec ces pouvoirs essentiels intacts parce qu'il était littéralement le Fils de Dieu.
Deuxièmement, l'ange montra à Néphi le prophète qui allait préparer le chemin devant lui, l'Agneau de Dieu qui s'avancerait et serait baptisé par lui (1 Néphi 11:27). Il est utile de se rappeler que ce fut Jésus, un Dieu, qui condescendit à être baptisé par un homme mortel. Par cet acte de soumission, il accomplit deux choses : Il révéla la porte par laquelle tous devraient entrer au ciel, et il s'humilia selon la chair pour faire la volonté de son Père (voir 2 Néphi 31:4-10).
L'AMOUR DE DIEU
Il est bon de noter qu'après avoir eu cette vision, Néphi a connu la réponse à une question qu'il se posait jusque là, à savoir ce que représentait l'arbre du rêve de son Père.
Après que Néphi eut vu la vierge avec son Fils divin, l'ange lui demanda : " Connais-tu la signification de l'arbre que ton père a vu ? " (1 Néphi 11:21).
Néphi put alors répondre : " Oui, c'est l'amour de Dieu, qui se répand dans le coeur des enfants des hommes " (1 Néphi 11:22). Quel était le rapport entre la vision de la vierge, la vision de l'arbre et l'amour de Dieu ? Il semble que l'Esprit ait murmuré à Néphi en substance le message que l'apôtre Jean allait entendre le Sauveur proclamer : " Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle " (Jean 3:16). L'un des aspects du Messie mortel que nous ne devons pas négliger est que sa vie même est une révélation de l'amour de Dieu pour chacun de nous.
Le Sauveur a manifesté le même amour pendant son ministère de trois manières : Premièrement, il l'a révélé dans son service des autres tandis qu'il " allait exercer son ministère auprès du peuple avec puissance et une grande gloire " (1 Néphi 11:28). Notez que le Sauveur a manifesté son amour par son pouvoir divin. Néphi rapporta : " Je vis l'Agneau de Dieu aller parmi les enfants des hommes. Et je vis des multitudes de gens qui étaient malades, et qui étaient affligés de toutes sortes de maladies, et de démons et d'esprits impurs... Et ils étaient guéris par le pouvoir de l'Agneau de Dieu " (1 Néphi 11:31). Alma témoigna aussi que le Fils de Dieu viendrait dans sa gloire et qu'il serait " prompt à écouter les supplications de son peuple et à répondre à ses prières " (Alma 9:26). Les nombreux miracles du Seigneur affirmaient qu'il venait avec le pouvoir et la gloire de Dieu pour bénir les enfants du Père.
La deuxième façon dont le Seigneur a manifesté son amour a été en retenant ses pouvoirs divins afin de pouvoir vivre pleinement la condition mortelle. Alma a indiqué que le Seigneur subirait des souffrances, des afflictions et des tentations, " afin que s'accomplisse la parole qui dit qu'il prendra sur lui les souffrances et les maladies de son peuple " (Alma 7:11). Il sut ainsi " comment secourir son peuple selon ses infirmités " (Alma 7:12).
Enfin, le Seigneur manifesta son amour en se remettant aux mains des méchants. Néphi vit que des multitudes rejetteraient le Rédempteur et le jugeraient selon les critères du monde. Néphi comprenait également qu'on se moquerait du Sauveur, qu'on l'humilierait, qu'on le flagellerait et, enfin, qu'on le crucifierait (voir 1 Néphi 11:32-33). Celui qui était sans péché souffrirait lui-même à cause des péchés de ses persécuteurs. Il souffrirait en offrande pour tous les péchés, par amour de Dieu de ses enfants.
LE RÉDEMPTEUR
L'une des plus grandes bénédictions que le Christ nous donna en se soumettant à la mort fut son don de la rédemption. Alma rendit ce témoignage : " Il vient racheter ceux qui seront baptisés au repentir, par la foi en son nom " (Alma 9:27). Léhi affirma que le Messie serait le " Rédempteur du monde ". Il ajouta : " C'est pourquoi toute l'humanité était dans un état perdu et déchu, et le serait à jamais, à moins d'avoir recours à ce Rédempteur " (1 Néphi 10:56). Le titre que Léhi applique au Sauveur est important. Rédimer, c'est libérer quelqu'un de la servitude et de la souffrance. Au sens religieux, c'est libérer quelqu'un de la conséquence éternelle du péché, qui est la seconde mort.
Les dirigeants juifs rejetèrent le Seigneur pour une bonne part parce qu'il témoignait qu'il était le Rédempteur. Le Livre de Mormon révèle que malgré les actes divins que le Sauveur accomplissait, les juifs le considéreraient comme un homme, diraient qu'il a un démon et le flagelleraient et le crucifieraient (voir Mosiah 3:9). Léhi comprenait la raison de cette réaction. Au cours de son appel au ministère, Léhi " vit un Etre descendre du milieu du ciel, et vit que son resplendissement surpassait lui du soleil à midi " (1 Néphi 1:9).
Quand Léhi témoigna clairement de la venue d'un Messie et aussi clé la rédemption du monde (voir 1 Néphi 1:19), les dirigeants juifs de son époque furent remplis de colère et de révulsion. Ils n'acceptaient pas l'idée que le Messie serait un Rédempteur. Ils voulaient un libérateur. Ils espéraient avec ferveur que leur Messie les libérerait de la servitude politique et ferait d'eux les maîtres du monde. Ils n'étaient pas intéressés par un autre type de Messie. C'est pourquoi ils refusèrent d'écouter le témoignage de Léhi. Ses paroles les blessaient profondément, car il impliquait qu'ils aient en état de péché dont ils auraient à se repentir. Au lieu de reconnaître leurs péchés et de changer d'attitude, d'idées et de mode de vie, ils cherchèrent à faire mourir Léhi.
Cependant le souhait fervent des dirigeants juifs n'allait pas se réaliser. La tâche que Dieu avait assignée à la première venue du Seigneur, comme le montre clairement le Livre de Mormon, n'étais pas de libérer le peuple de la servitude politique, mais d'offrir la rédemption du péché. Le Sauveur n'est venu ni sauver les gens de la tyrannie politique ni pour les sauver dans leurs péchés. Il a témoigné : " Je suis venu au monde pour apporter la rédemption au monde, pour sauver le monde du péché " (3 Néphi 9:21). Amulek a expliqué pourquoi, disant que le Sauveur ne peut sauver son peuple dans ses péchés, ajoutant : " Car je ne peux nier sa parole, et il a dit que rien d'impur ne peut hériter le royaume des cieux ; comment pouvez-vous donc être sauvés si vous n'héritez pas le royaume des cieux ? C'est pourquoi, vous ne pouvez pas être sauvés dans vos péchés " (Alma 11:37).
Le Sauveur pouvait apporter la rédemption à l'humanité du fait de sa nature à la fois immortelle et mortelle. Abinadi dit aux gens de son époque : " Dieu lui-même descendra parmi les enfants des hommes et rachètera son peuple " (Mosiah 15:1). Il expliqua que, parce que Jésus demeurerait dans la chair, il serait appelé le Fils de Dieu ; mais parce qu'Elohim lui avait transmis un pouvoir divin, Jésus serait aussi le Père de notre vie éternelle. Abinadi déclara donc que Jésus était devenu " le Père et le Fils " (Mosiah 15:3). Il souligna que, bien qu'étant le Fils de Dieu par la chair, Jésus était aussi " le Père éternel même du ciel et de la terre " (Mosiah 15:4). Abinadi dit que, bien qu'étant le Père et le Fils, Jésus ne se placerait pas au-dessus de la tentation ni des mauvais desseins des gens. En fait, il dit : " il sera mené, crucifié et mis à mort, la chair devenant assujettie à la mort, la volonté du Fils étant engloutie dans la volonté du Père " (Mosiah 15:7).
C'est à cause de la chair, c'est-à-dire du fait qu'il était le Fils, que Jésus éprouva les limitations, les tentations et les souffrances de la condition mortelle. Il était donc crucial pour son ministère qu'il soit le Fils, car de ce fait il ressentait ce que nous ressentons, comprenait ce que nous comprenons et connaissait ce que nous connaissons. Bien que divin, il connut la vie en tant que mortel, pleinement et complètement, à la fois ses aspects agréables et ses aspects désagréables. Il acquit ainsi une empathie totale, et bien que n'étant pas homme ni humain dans le sens où nous le sommes tous, ses entrailles étaient remplies de miséricorde afin qu'il puisse " secourir son peuple selon ses infirmités ", comme en témoigna Alma (Alma 7:12).
Le message prophétique du Livre de Mormon concernant le Seigneur mortel se concentre sur son rôle de Rédempteur. Il accomplit son acte de rédemption par amour pour nous et, dans une large mesure, du fait de sa compréhension de ce que nous sommes et des épreuves auxquelles nous sommes confrontés. Bien qu'il fût toujours Dieu, la condition mortelle le toucha complètement. Par conséquent, il comprenait nos efforts et nos échecs ; il nous connaissait parce qu'il était devenu un avec nous. Mais parce qu'il a condescendu à être comme nous, il est maintenant en mesure de nous élever pour que nous devenions comme lui (voir 3 Néphi 27:14-22).
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