CES PLUS PETITS

 

par Roger Terry

 

Ni sièges moelleux, ni décors chargés, ni lumières tamisées, ni sono moderne, ni ouvreuse. Rien de tout cela, bien sûr. Après tout, nous ne sommes pas dans une salle de concert, mais dans la station de métro la plus fréquentée de Montréal. Et pourtant, cette station est bel et bien une salle de concert, où se produit la Chorale de l'Accueil Bonneau. Sous l'éclat fluorescent et cru de cette station immense et bruyante, dix-huit hommes en pantalon noir et chemise blanche, portant casquettes, bérets, foulards et écharpes disparates. Les chanteurs ont entre 22 et 69 ans. Leurs visages marqués rayonnent d'une joie qui parvient presque à masquer les traces qu'y ont laissées le malheur et le rejet. Ils chantent " Oh happy day! " (Oh, quel bonheur, N.d.T.) et on ne peut s'empêcher de les croire.

 

Une rame de métro s'arrête dans un grand vacarme et déverse un flot de gens venus faire leurs courses du samedi, d'étudiants fatigués et de travailleurs du week-end. Beaucoup s'arrêtent pour écouter. Quelques-uns s'avancent, laissent tomber quelques pièces dans un chapeau posé par terre, là où on s'attendrait à trouver le directeur de chorale.

 

Ces chanteurs ne ressemblent guère à des choristes. En fait, ils ont l'air d'avoir été retirés à l'instant de la rue. Ils ne se comportent pas non plus comme des choristes. Ils ne sont ni droits ni figés. L'un des plus âgés, qui porte une longue barbe broussailleuse, circule parmi les gens, et offre des roses aux femmes. Pendant l'un des morceaux plus animés, deux des chanteurs se trouvent des partenaires parmi les spectateurs et commencent à danser.

 

Le répertoire est varié. Il va de " Plus près de toi, Seigneur ", directement tiré du recueil de cantiques de l'Eglise, à la chanson pop " California Dreaming ". Bien que certains des hommes aient une belle voix, ce ne sont pas des musiciens de formation professionnelle. L'un des solistes chante même légèrement faux. Mais leur énergie compense largement leur manque de formation ou de capacités naturelles. Ils chantent de tout leur coeur, et il est évident qu'ils s'amusent. Le public aussi d'ailleurs, un public qui change à peu près toutes les trois minutes avec l'arrivée et le départ des trains.

 

Au bout de deux heures, le chapeau est presque plein et le concert s'arrête. Ce n'est qu'alors qu'on se rend compte que cette chorale a bien un dirigeant. A la fin de la dernière chanson, quand la foule se disperse, un homme mince, cheveux noirs, lunettes et sourire radieux, se détache du groupe. Il s'agit de Pierre Anthian. Il vous dira que la chorale n'est que l'émanation de ses convictions religieuses.

 

Fils d'un officier de l'armée française, il est né en Algérie pendant la guerre d'indépendance de ce pays. Lorsqu'il avait quatre ans, sa famille est allée s'installer à Pau, dans le Sud Ouest de la France. Peu après, ses parents ont divorcé. Sa mère, Michka, a eu la garde des quatre enfants. Quand Pierre avait neuf ans, les missionnaires les ont trouvés. Les enfants se sont fait baptiser les premiers. Leur mère a suivi.

 

Soeur Anthian a enseigné l'Evangile à ses enfants, entre autres l'amour et le service chrétiens, de la meilleure manière qui soit : par l'application personnelle. Ses enfants et elle servaient dans l'Eglise et dans la collectivité. Parfois, ils invitaient des sans-abri à partager un repas. Pierre était bénévole dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les refuges pour sans-abri.

 

Après ses études de prothésiste dentaire, Pierre a fait une mission à plein temps en Suisse. A son retour, il a commencé à exercer son métier, d'abord sur la Côte d'Azur puis à Paris. Aider les autres étant devenu pour lui un mode de vie, il a servi bénévolement des repas dans le plus grand refuge de sans-abri de Paris. Là, il s'est interrogé sur le bien-fondé de ne donner que de la nourriture aux gens. Il raconte : " Il est bon de donner de la nourriture, mais qu'est-ce qu'on enseigne dans l'Eglise ? On enseigne aux gens à être autonomes. Alors j'ai commencé à chercher une idée, un moyen de donner à ces gens la dignité et autonomie. "

 

Finalement, il a pensé à la musique, qui non seulement faisait partie de sa culture religieuse, mais qui était aussi une passion pour lui. Il avait étudié la musique, en particulier le chant choral, aux conservatoires de Pau, de Cannes et de Paris, et il avait déjà dirigé un choeur de l'Eglise. Il a décidé de fonder une chorale de gens rejetés par la société.

 

La chorale monte les escaliers jusqu'au niveau de la rue. Un bus scolaire jaune ne tardera pas à venir la chercher pour l'emmener à une école catholique de la périphérie de Montréal où elle se produira dans la soirée. Le soleil de l'après-midi est agréable, et les feuilles d'automne, bien qu'elles aient perdu leur prime beauté, ornent encore la ville d'éclats jaunes et rouille fânés. En attendant le bus, l'un des choristes, Jean-Louis, nous raconte comment la chorale l'a arraché à la drogue. " Maintenant, ce qui me branche, c'est la musique ", annonce-t-il. D'autres ont suivi le même parcours.

 

La chorale leur a donné quelque chose que des aumônes n'auraient jamais pu leur apporter : la dignité. Ils se considèrent comme des musiciens professionnels. A présent, ils donnent à leur tour quelque chose à la société, et ils sont récompensés de leur travail.

 

Les choristes ne tarissent pas d'éloges sur Pierre. Ils savent où ils seraient sans lui, mais leur amitié ne repose pas uniquement sur la gratitude. Ils le taquinent sans arrêt, et lui, provoque et rend les taquineries. Le groupe n'engendre pas la morosité. Les visages portent les stigmates de l'alcool, de la drogue, de la violence, de la prison et de la faim. Mais la souffrance encore visible sur chacun de ces tableaux humains est recouverte d'une couche vive d'espoir, de joie et de bonne humeur.

 

Le bus arrive enfin. En chemin, Pierre évoque la création de la Chorale de l'Accueil Bonneau.

 

L'idée d'une chorale de sans-abri qu'avait Pierre ne s'est pas concrétisée à Paris, parce qu'il n'y est pas resté. Son frère et sa soeur aînés sont partis s'installer à Montréal. Il leur rendait fréquemment visite. En avril 1995, il a déménagé au Québec pour s'y marier. Le mariage ne s'est pas fait, mais Pierre est tombé amoureux du Canada et a décidé de rester. Il a ouvert un laboratoire de prothèse dentaire qui a très bien marché et, bien entendu, il s'est lancé dans le bénévolat.

 

Il raconte : " Le deuxième jour de mon séjour ici, j'ai demandé à l'office de tourisme où je pouvais faire du bénévolat. " Il se trouve que l'employé de l'office de tourisme était bénévole à l'Accueil Bonneau, un refuge pour sans-abri. Il a expliqué à Pierre comment s'y rendre. Il se rappelle : " Je suis arrivé à l'heure du déjeuner. On m'a donné un tablier et j'ai commencé à servir à manger aux sans-abri. J'ai fait cela pendant plus d'un an. "

 

Mais les frustrations qu'il avait éprouvées à Paris ont refait surface, tout comme son idée. Il tape alors un tract à la machine et en distribue 600 exemplaires aux hommes qui font la queue pour manger. Il propose un emploi à mi-temps à des chanteurs, même débutants. L'annonce précise : " Hommes uniquement, de toute nationalité. Condition : Aimer chanter, Connaissance du chant non nécessaire. " Trente hommes se disent intéressés, mais trois seulement se présentent à la première répétition. Mais sept viennent le lendemain. Le surlendemain, ils sont douze. Pierre leur apprend quatre chants de Noël tirés du recueil de cantiques de l'Eglise.

 

L'idée du métro comme lieu de représentations était à la fois inspirée et logique. Pierre nous dit : " Si la montagne ne va pas à toi, il faut aller à la montagne. Des milliers et des milliers de gens vont au métro. "

 

Les habitants de Montréal sont habitués à voir des sans-abri dans la rue, mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils ont vu dans la station de métro le 17 décembre 1996 à sept heures et demie du matin. Cela a été quelque chose d'inoubliable pour les chanteurs et les usagers du métro. Pierre raconte : " Je ne voyais pas le visage des spectateurs, parce que je dirigeais, mais je voyais le visage de mes amis de la chorale. Il changeait. Les gens s'agglutinaient autour de nous. Plusieurs ont raté leur métro pour nous écouter. Une femme s'est mise à pleurer. Ses sanglots ajoutaient une immense émotion à l'événement inattendu. C'était comme l'arrivée de la marée. Les gens pleuraient, chantaient avec nous, mettaient de l'argent dans le chapeau au rythme de la musique, gling, gling. Ils ont commencé à faire la queue pour mettre de l'argent dans le chapeau. C'était merveilleux.

 

Ce premier concert leur a rapporté plus d'argent qu'ils ne l'ont espéré. Le lendemain matin, la chorale gagne encore plus. Pierre raconte : " Mais la plus grande récompense pour les hommes, c'était quand les gens les abordaient directement, leur parlaient et leur serraient la main. Cela signifiait beaucoup pour des hommes qui avaient passé leur vie à fouiller dans les poubelles, à mendier ou même à voler pour survivre. "

 

La chorale a chanté tous les jours, sauf le dimanche, pendant la période de Noël, cette année-là. L'argent gagné a permis aux choristes de passer les fêtes dans un peu plus de confort. Quelques-uns d'entre eux ont pu rendre visite à des parents. Certains n'avaient pas vu leur famille depuis des années.

 

Pierre se rappelle : " Après le dernier concert, j'ai demandé à mes amis : Est-ce que vous voulez continuer la chorale ou est-ce que vous voulez vous arrêter maintenant et reprendre pour Noël prochain ? Ils ont insisté pour continuer. "

 

Tard, samedi soir. La journée a été longue pour les choristes. On ne se rend compte qu'ils sont fatigués que parce que leurs voix ne s'harmonisent pas aussi bien que dans les précédents concerts de la journée et, à plusieurs reprises, ils n'arrivent pas à accrocher une note haute. Mais cela ne semble pas gêner les plus de deux cents spectateurs présents à l'église. La même énergie se dégage des chanteurs que pendant l'après-midi dans le métro, et plusieurs d'entre eux parcourent les allées et tirent au hasard des gens du public pour les faire venir sur scène.

 

Les spectateurs ont pu entendre des cantiques et des chansons populaires, mais voici maintenant la partie du concert qui rencontre le plus grand succès. La musique et les paroles peuvent être inconnus d'un étranger au Québec, mais il est évident que cette chanson signifie beaucoup pour les gens du lieu. Tous les spectateurs sont debout, se tiennent par la main et se balancent d'avant en arrière au rythme de la musique en chantant de tout leur coeur. Les larmes coulent. A la fin de la chanson, pendant quelques instants de magie, c'est le silence. Puis le public, se rendant compte que c'était le dernier morceau, mais ne voulant pas que le charme se rompe, se met à applaudir à tout rompre et bisse les chanteurs. La chorale obtempère, non pas une mais deux fois, et, finalement, le public la laisse partir.

 

Après le premier concert dans le métro, les médias n'ont pas tardé à entendre parler de la chorale. Deux jours plus tard, une grande chaîne de télévision l'invitait en introduction du bulletin météo, et le lendemain matin, la plupart des journaux du Québec publiaient des articles sur elle. Cette publicité gratuite inattendue à permis à la chorale de signer des contrats pour des concerts dans des festivals, des écoles, des églises, des banques et d'autres chaînes de télévision.

 

Pierre raconte : " Les médias nous ont aidés à publier notre message que la vie est belle, qu'elle vaut la peine d'être vécue, et que nous ne devons jamais baisser les bras. Tout le inonde mérite d'avoir une seconde chance. Personne ne doit être exclu, même s'il est différent. "

 

Cette conviction a poussé Pierre au tout début à garder deux choristes qui chantent faux. Il explique : " Il n'est pas requis de savoir chanter pour faire partie de cette chorale. Ils ont déjà trop subi de rejets. "

 

Frère Anthian a plusieurs objectifs pour la chorale. L'un est d'instiller de la joie, de l'amour et de l'espoir dans la vie d'hommes qui, dans le passé, ont essayé d'apaiser leur douleur par la drogue, l'alcool et d'autres vices. Il est clair que ce but a été atteint dans la vie de Nicolas, dit " Colas " Allaire, qui distribue des roses pendant les concerts dans le métro. Aujourd'hui âgé de 65 ans, il a été élevé dans un orphelinat de Montréal jusqu'à l'âge de 17 ans. Sans instruction ni famille ni ami ni argent, il n'a jamais pu trouver de travail. L'hiver, il creusait des cavernes dans la neige pour ne pas mourir de froid. Parfois, il commettait des délits uniquement pour qu'on le mette en prison et qu'il ait à manger tous les jours. C'est son premier travail régulier. Il dit : " Depuis que je suis dans la chorale, ma vie est un paradis. Je me suis fait des amis, et je commence à subvenir à mes besoins. Maintenant j'ai un petit appartement. Je suis heureux. "

 

Un autre des objectifs de frère Anthian est de donner cette joie, cet amour et cet espoir aux autres. Il raconte : " Par exemple, après un concert dans le métro, une dame m'a pris la main et m'a dit qu'elle venait d'apprendre qu'elle avait un cancer. Elle avait voulu se laisser aller, mais après avoir entendu ces hommes qui revenaient de si loin, elle avait repris courage. "

 

Le sentiment de dignité qu'éprouvent maintenant ces hommes vient pour une grande part du fait qu'ils savent qu'ils donnent quelque chose à leur tour à la société. Ils font changer les choses, surtout dans les écoles. Parfois, les enfants se rebellent et refusent d'écouter leurs parents et leurs maîtres. Mais ils écoutent quand les choristes leur disent : " J'ai arrêté de travailler à l'école ; j'ai arrêté d'obéir à mes parents. J'ai désobéi à mes dirigeants. J'ai désobéi à mes instituteurs. Je me suis drogué, j'ai bu, et maintenant je suis sans domicile. Alors, je vous en prie, travaillez dur à l'école, respectez vos parents et vos profs, et ne prenez pas de drogue. "

 

Le partage de leur chance est une pratique bien établie parmi les choristes. Ces hommes éprouvent une compassion toute naturelle. Ils se partagent l'argent liquide qu'ils gagnent en chantant dans le métro, mais les recettes de leurs autres concerts sont versées directement à L'Accueil Bonneau pour sans-abri.

 

La chorale a eu peut-être l'une des plus grandes occasions d'aider à la suite d'un drame. En juin 1998, une fuite de gaz a entraîné un incendie et la destruction du refuge. L'explosion a fait trois morts et trente-trois blessés. En quelques mois la population a fait don d'une importante somme d'argent. La chorale a beaucoup versé, grâce à une douzaine de concerts organisés pour lever des fonds pour la construction d'un nouveau bâtiment. Un refuge modeste neuf a été construit à la place du vieil édifice écroulé.

 

En décembre 1996, à la demande d'une chaîne de télévision québécoise et d'un grand journal de Montréal, la chorale a fait une tournée de la province du Québec, donnant 64 concerts de Noël en 20 jours. C'était une offre qu'ils ne pouvaient pas refuser. Les spectateurs apportaient de la nourriture pour les sans-abri et les pauvres. Cela a été pour la chorale encore une occasion de donner quelque chose en retour.

 

Quand on l'interroge sur les plus grands accomplissements de la chorale, Pierre répond que c'est avant tout le fait qu'elle existe, " qu'elle a été créée avec des hommes à la vie brisée, solitaire ". Deuxièmement, c'est qu'ils soient restés ensemble. Seuls ceux qui sont proches de la chorale savent combien ce projet a été difficile. Beaucoup de ces hommes ont connu tant de rejets, de solitude et de désespoir qu'ils sont encore fragiles. Il n'est pas facile de renoncer à des habitudes profondément ancrées, et certains hommes sont retournés à la rue parce qu'ils n'ont pas réussi à respecter les règles de Pierre ou à supporter les rigueurs du calendrier chargé de la chorale.

 

Les règles sont simples mais, pour la plupart, demandent un changement spectaculaire du mode de vie : Pas de violence, pas de drogue ni d'alcool pendant les représentations et les répétitions. De plus, ils doivent être à l'heure. Pierre explique : " La chorale est une école. Si nous restons à l'école, nous pouvons apprendre. Beaucoup de sans-abri boivent beaucoup et dorment pendant la journée. La nuit, souvent ils n'ont pas où dormir, alors ils marchent. Le matin, ils trouvent un endroit où dormir. Après, comme ils n'ont rien à faire, ils boivent. Mon travail consiste à leur donner un emploi du temps. Je les fais commencer à sept heures du matin, pour les obliger à se lever de bonne heure et à se coucher tôt. " Grâce à cet emploi du temps, beaucoup de ces hommes, dont certains sont alcooliques, ont complètement arrêté de boire. La musique a remplacé l'alcool. Comme le dit Pierre : " La musique est une thérapie ".

 

" C'est un effet très positif, un 'trip' naturel ", dit Roby, un ancien assisté. " Je ne me drogue plus depuis que je fais partie de la chorale. Ça me tient si occupé qu'il faut que je reste sobre, sinon je ne tiens pas la journée. "

 

Certains des choristes sont d'anciens délinquants.

 

" Disons que le vol et la tentative de meurtres ne sont pas leurs délits les plus graves. Et ce sont mes amis ", a confié Pierre un jour à un journaliste. Il s'empresse d'ajouter : " Certains des gens qui vivent dans la rue ont des problèmes de drogue ou d'alcool. Certains enfreignent la loi. Mais souvent ces difficultés sont la conséquence, non la cause, de leur triste situation,.Dans de nombreux cas, ces personnes ont tout simplement eu moins de chance que vous et moi. "

 

Grâce à l'idée de Pierre, le sort de 17 hommes a changé. A présent, tous, sauf deux, ont un appartement ou une chambre où dormir. Les deux qui n'ont pas encore d'appartement ont choisi de dépenser leur argent à autre chose. Pierre dit : " Je ne les juge pas. C'est comme cela qu'ils l'ont décidé. Peut-être qu'un jour ils changeront d'avis. Mais tant qu'ils obéissent aux règles, qu'ils travaillent dur, qu'ils sont gentils et ponctuels, pas de problème. "

 

Dimanche matin. Pierre Anthian enseigne à la Primaire de la paroisse d'Hochelaga, à Montréal. Cinq de ses huit élèves sont présents. Il instruit les garçons de huit à onze ans. Ils apprennent les dix commandements. Pierre se sert de ses doigts pour les aider à se souvenir des lois de Dieu. Un doigt leur rappelle que Dieu doit être le numéro un dans notre vie. Sept doigts signifient qu'un homme doit rester avec sa femme sept jours par semaine. Pierre tend ses mains, la paume vers le sol, les pouces rentrés. Huit doigts signifient qu'il ne faut pas voler, parce qu'il est difficile de voler sans pouce. Il y a un rappel pour chaque commandement, dans les mains des garçons. Frère Anthian les interroge, et cinq mains se dressent aussitôt. Ils connaissent tous les réponses.

 

Pierre a également été membre du grand conseil du pieu de Montréal et président de mission de pieu. Il ne cache pas sa religion ni ne l'impose à personne. Il la vit tout simplement. Il explique : " Non seulement je parle de l'Eglise aux choristes, mais ils se sont tous produits dans des réunions de Sainte-Cène et ils ont donné des concerts gratuits dans le centre de pieu. "

 

L'Eglise a reçu beaucoup d'attention favorable grâce à l'action de Pierre. En 1997, l'assemblée nationale canadienne lui a remis la médaille du Bénévole de l'année. Il raconte : " Dans une émission de télévision on m'a présenté comme 'le prêtre mormon qui tire les sans-abri de l'enféer' ; dans les interviews, je n'ai pas de mal à amener la conversation sur l'Evangile, car il est évident que je n'aurais jamais eu cette idée sans l'éducation familiale et religieuse que j'ai reçue. Je n'aurais pas eu non plus la force de continuer sans l'aide quotidienne du Seigneur. "

 

Pourquoi Pierre a-t-il choisi de mener son action de bénévolat parmi les sans-abri au lieu d'une autre bonne cause ? Sa réponse est simple et sincère : le Sauveur est son modèle. Jésus-Christ nous appelle tous, mais il a souvent exercé son ministère parmi les pauvres, les sans-abri, les déprimés, les rejetés. Pierre ajoute : " Le message est simple. Si nous marchons sur ses pas, nous trouverons le bonheur et nous l'apporterons à ceux que nous servons. Nous sommes ses mains, ses instruments. "

 

Il ajoute que son expérience auprès des sans-abri l'a rapproché du Sauveur et des gens qu'il sert. Puis il conclut : " Les Ecritures sont plus vivantes pour moi, surtout Matthieu 25 et Mosiah 4:14-30. Un doux sentiment de paix me confirme chaque jour que ma place est à leurs côtés. "

 

Certains éléments de cet article sont tirés d'une interview de Pierre Anthian par Sylvie Patea-Tramhel.

 

 

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