ALBIN LOTRIC
: LA
VALEUR
D’UNE ÂME
Par Marvin K.
Gardner
Il était étranger
dans un pays étranger. Il ne devait y passer que trois mois et rentrer ensuite
chez lui, dans un pays où l’Église ne se trouvait pas encore. Quelqu'un
prendrait-il la peine de faire sa connaissance ? Cela vaudrait-il la peine que
des missionnaires lui enseignent l’Évangile?
Albin Lotric a
passé en Slovénie toute sa vie, sauf les trois mois pendant lesquels il a
travaillé en Norvège. Ces trois mois ont changé sa vie et ont contribué à
l'établissement de l'Église en Slovénie.
Albin est né en
1963 dans un petit village des Alpes juliennes, dans la péninsule des Balkans.
A cette époque, la Slovénie faisait partie de la république fédérale
socialiste de Yougoslavie. Ses parents travaillaient dans une usine, tenaient
une petite ferme familiale et apprenaient à leurs enfants à étudier et à
travailler dur. Après avoir passé ses diplômes d'études secondaires, Albin
Lotric a été embauché dans l'entreprise dans laquelle ses parents
travaillaient.
Il a cessé d'y
travailler pour faire son service militaire de 15 mois dans l'armée yougosIave
où, comme il le dit, il a rencontré « toutes sortes de personnes, bonnes et
mauvaises ». Il ajoute : « J'ai appris que je n'étais pas censé trop réfléchir
mais faire seulement ce qu'on me demandait. J'en suis arrivé à penser que tout
le monde était égoïste et prêt à piétiner les plus faibles. J'ai perdu
confiance dans les autres et ne me suis fié qu'à moi. Je n'éprouvais aucun
sentiment réel à cette époque. »
Après l'armée,
Albin est retourné travailler mais il était agité et mécontent. Il a fini
par quitter son emploi pour étudier l'informatique et les techniques de
communication à l'université. Mais il ne trouvait toujours pas de joie dans la
vie. « Le week-end, mes amis et moi nous nous amusions, comme nous disions
alors : nous allions d'un endroit à l'autre en buvant de l'alcool et en
flirtant avec les filles que nous rencontrions, dit-il. Je n'étais pas heureux
parce que je ressentais un grand vide intérieur. Tout me semblait faux. »
En 1987, il a
rencontré Boza Gartner, jeune fille qu'il avait brièvement connue auparavant,
et ils ont commencé à sortir ensemble. En juin 1989, Albin a été accepté
pour suivre pendant trois mois une formation dans une entreprise à l'étranger,
à Stravanger, en Norvège. Il s'y est rendu, a commencé son stage et a
rencontré les missionnaires quelques semaines plus tard.
« Un livre à
la main, un jeune homme m'a arrêté dans la rue », dit Albin. « Il m'a dit
quelque chose en norvégien et son livre était en norvégien. Je lui ai expliqué
en anglais que je ne comprenais pas un mot et que je n'avais pas l'intention de
lui prendre de livre, surtout s'il était écrit dans une langue que je ne
comprenais pas. » A sa grande surprise, le missionnaire, qui était américain,
lui a répondu en anglais et a proposé à Albin de lui procurer un exemplaire
du Livre de Mormon en anglais. Albin a poliment donné son adresse au
missionnaire mais en espérant qu'il n'y aurait pas de suite.
Quelques jours
plus tard, les missionnaires se sont présentés à sa porte et lui ont donné
un exemplaire du Livre de Mormon en anglais. Ils lui en ont ensuite donné un en
croate, langue qu'il lisait également. (La version slovène n'existait alors
pas encore.) Les conversations d'Albin avec les missionnaires l'ont fait réfléchir
à ses convictions religieuses.
« J'ai toujours
cru en Dieu, dit-il. Et je priais presque tous les jours, mais je priais comme
j'avais appris à le faire en tant que catholique et je ne faisais que répéter
inconsciemment des mots. Je ne croyais pas que mon Église était vraie, mais je
n'en cherchais pas d'autre. »
« Certaines
parties du Livre de Mormon m'intéressaient, dit-il, mais je n'avais pas de témoignage
spirituel pendant que je le lisais. » Lorsqu'il est allé à la branche de
Stavanger, en Norvège, il était étranger, ne parlait pas la langue et, au début,
il se sentait mal à l'aise.
Mais il a aimé
ce qu'il a vu et ressenti à l'église, et les membres l'ont accueilli
chaleureusement. « Ils étaient extrêmement gentils avec moi, dit-il, Ils se
sont beaucoup intéressés à moi, me demandant d'où je venais et ce que je
faisais en ville. Ils m'ont invité à revenir. Quand je l'ai fait, ils m'ont
accepté comme si je faisais partie de leur famille. »
Albin s'est
alors senti plus motivé à lire le Livre de Mormon et à prier à son sujet. «
J'ai prié de plus en plus, dit-il, en attendant une réponse, quelle qu'elle
soit. Puis un jour que je lisais les paroles de Moroni, la réponse est venue à
l'improviste. J'ai éprouvé des sentiments indescriptibles provenant du
Saint-Esprit et mon esprit a été éclairé. A ce moment précis, j'ai pris
conscience de tous mes péchés et je me suis mis à pleurer. Jusqu'alors, je
n'avais jamais pleuré à cause d'un livre. J'ai su immédiatement que le
Saint-Esprit était avec moi et j'ai remercié le Seigneur. »
Albin s'est fait
baptiser le jour de ses 26 ans, le 19 août 1989. « J'étais alors bien différent
de ce que j'étais à mon arrivée en Norvège en juin, dit-il. Mon âme était
pure, mes péchés étaient pardonnés et je commençais une vie nouvelle, très
différente de la précédente. Je me sentais heureux, en paix et en sécurité.
» Il ressentait également les exhortations du Saint-Esprit, concernant les
responsabilités spirituelles qui l'attendaient chez lui.
Lorsqu'il a
appris que l'Église n'était pas encore établie en Slovénie et que, à sa
connaissance, aucun membre de l'Église n'y habitait, il a compris qu'il était
important d'apprendre tout ce qu'il pouvait pendant les quelques semaines qui
lui restaient encore en Norvège. Il a continué à assister aux réunions de l'Église,
aux soirées familiales et aux autres activités ; il a reçu la Prêtrise
d'Aaron, il a eu de nombreuses discussions avec les missionnaires, les membres
et les dirigeants de l'Église ; et il a lu les Doctrine et Alliances en
anglais.
« J'avais peur
de me retrouver tout seul lorsque je rentrerais chez moi, dit-il. J'ai prié
Dieu de me donner la force d'expliquer mes croyances à ma fiancée, à mes
parents et aux autres. Je savais que ce serait difficile, mais je savais aussi
que Dieu m'aiderait tant que je resterais digne. »
La branche la
plus proche dans ce qui était alors la république fédérale socialiste de
Yougoslavie se trouvait à Zagreb, en Croatie, à trois heures de chez Albin en
Slovénie. Il a appris plus tard qu'il y avait une branche à un peu plus d'une
heure de là, à Klagenfurt, en Autriche. Pendant plus d'un an, il a fréquenté
la branche d'Autriche tous les dimanches malgré son manque de maîtrise de la
langue allemande. Il raconte : « Le président de branche et tous les membres
étaient très amicaux et gentils. Il a reçu la Prêtrise de Melchisédek et a
rempli ses premiers appels dans la branche de Klagenfurt. Boza, sa fiancée,
l'accompagnait souvent. Des sœurs missionnaires lui ont enseigné l'Évangile.
Boza dit qu'il
lui a fallu presque six mois pour avoir son témoignage. Elle ajoute : « Le
Livre de Mormon n'avait pas encore été traduit en slovène et j'avais des
difficultés à le lire en croate. Un dimanche de 1990, je suis allée prier
dans un bosquet tout comme Joseph Smith, pour avoir la réponse. La réponse
s'est manifestée au milieu de ma prière par une sensation de chaleur
exceptionnelle autour de mon cœur. J'ai d'abord cru que cette chaleur venait du
soleil mais il s'était déjà couché et j'avais quand même cette sensation de
chaleur. J'ai ressenti de la paix et dès cet instant j'ai compris que Dieu
voulait que j'accepte son Évangile. » Albin a baptisé Boza à la branche de
Klagenfurt en mars 1990.
En décembre de
la même année, deux missionnaires à plein temps ont été affectés pour la
première fois en Slovénie et les premiers baptêmes n'ont pas tardé à avoir
lieu dans ce pays. En été 1991, la Slovénie a déclaré son indépendance
d'avec la Yougoslavie. Après dix jours de guerre intense, la question a été résolue
pacifiquement. Quelques mois plus tard, le 22 décembre 1991, la première
branche de Slovénie a été organisée avec Albin Lotric comme président.
L'année
suivante, en juillet 1992, Albin et Boza se sont mariés en Slovénie, puis ont
été scellés au temple de Francfort, en Allemagne. Ils ont été le premier
couple slovène à se faire sceller. « Je n'aurais pas pu trouver de femme
meilleure ni plus compréhensive, affirme Albin. Par son amour et ses
encouragements, elle me donne de la force. C'est merveilleux d'être ensemble au
temple, d'étudier le plan de salut et d'être unis éternellement. Cela permet
de voir toutes les autres activités de la vie pour ce qu'elles sont réellement.
»
Leurs trois
enfants sont nés dans l'alliance : Lea Martina, est née en avril 1993, Flora
Ema en janvier 1995 et Benjamin Luka en novembre 1996. Albin dit : « Ma femme
et moi, nous essayons d'inculquer à nos enfants un mode de vie centré sur l'Évangile
afin qu'ils soient suffisamment forts pour affronter les épreuves qui
surviendront, et capables de défendre leurs convictions religieuses. » Les
enfants apprennent l'Évangile grâce à la soirée familiale et l'étude des Écritures,
à l'aide des Histoires du Livre de Mormon en images, qui a été traduit en
slovène. Albin et Boza les aident a apprendre à reconnaître les réponses à
leurs prières simples.
« Le Seigneur
nous bénit abondamment, dit Albin. J'essaie de rendre cette bénédiction en étant
fidèle dans l'Église et en essayant d'être un bon mari et un bon père. »
L'Église n'en
est qu'à ses balbutiements en Slovénie, et frère et sœur Lotric et d'autres
saints pionniers continuent de donner beaucoup pour l'aider à croître. Sœur
Lotric sert dans les auxiliaires et écrit l'histoire de l'Église en Slovénie.
Après avoir été président de branche pendant sept ans, en avril 1988 frère
Lotric a été appelé comme premier président de district de Slovénie, poste
qu'il occupe actuellement. Au fil des années, il a représenté l'Église à la
télévision et à la radio, dans les journaux et les magazines de son pays
ainsi que dans les questions juridiques.
En même temps,
il a réussi dans sa vie professionnelle. Avec des diplômes universitaires en
gestion des affaires et en informatique, il travaille actuellement au service de
la Technologie d'information du ministère des finances de Slovénie. Il
s'entend bien avec ses collègues et pense que la plupart d'entre eux respectent
sa façon de vivre et ses croyances. « On exige beaucoup des membres qui
veulent vivre selon les enseignements de notre Église, dit-il. Mais je sais par
expérience que les bénédictions qui en découlent apportent beaucoup plus de
joie que quoi que ce soit d'autre ici-bas. »
L'une des ses tâches
les plus mémorables à été de faire partie de l'équipe de traducteurs de l'édition
en slovène du Livre de Mormon, qui doit être terminée prochainement. « Quand
le Livre de Mormon sera publié dans toute sa nature divine et sa force, dit frère
Lotric, les portes des cieux seront grandes ouvertes. L'Esprit témoignera
encore plus puissamment aux habitants de Slovénie que la parole de Dieu a été
révélée de nouveau aux enfants des hommes et qu'il n'y a aucun nom donné
sous le ciel, si ce n'est celui de Jésus-Christ, par lequel le salut peut
venir. »
En juillet 1999,
près de dix ans après le baptême d'Albin, la mission de Ljubljana (Slovénie),
qui comprend plusieurs pays de l'ancienne Yougoslavie, a été créée. En Slovénie
même, pays de deux millions d'habitants, il y a maintenant 200 membres, un
district et trois branches : Ljubljana, Celje et Maribor. Les dirigeants et les
membres locaux apprennent à intégrer les nouveaux convertis. Des couples se
sont fait sceller au temple. Des jeunes gens et des jeunes filles de Slovénie
font une mission à plein temps dans de nombreuses parties du monde. Et les
membres de Slovénie peuvent maintenant recevoir le Liahona dans leur langue.
« Je sais que
ce n'est que le commencement », dit frère Lotric. « J'ai la vision des saints
qui s'épanouissent comme le narcisse dans ce pays. »
Cela valait-il
la peine de se lier d'amitié avec un étranger dans un pays étranger et de lui
enseigner l'Évangile, sachant que trois mois plus tard, il retournerait chez
lui dans un pays où l’Église n'avait pas encore été établie ?
« Les voies de
notre Seigneur sont parfois impénétrables et dépassent l'imagination humaine
», dit Albin Lotric. « Il a choisi un moyen extraordinaire de me présenter l'Évangile.
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