ANCRES PAR LA FOI ET L’ENGAGEMENT

Par M. Russell Ballard

Du Collège des douze apôtres

La foi, l'obéissance, la gratitude et les sacrifices de nos ancêtres sont tous des dons que nous pouvons transmettre à nos enfants.

Dans un discours prononcé à Nauvoo en avril 1844 devant des milliers de personnes, Joseph Smith, le prophète, a parlé de l’importance qu’il y a à commencer par avoir une compréhension correcte de la personnalité et des desseins de Dieu. Il a déclaré : « Si nous partons du bon pied, il est facile de continuer sur la bonne voie ; mais si notre point de départ est mauvais, nous nous engagerons sur une mauvaise voie, et il sera très difficile de rectifier notre course » (History of the Church, 6:303). Lorsque nous considérons ce qui nous attend, nous-mêmes, notre famille et le royaume de Dieu, comprenons-nous pleinement les desseins de Dieu pour notre vie ?

En 1920, Marion G. Romney assistait, dans le tabernacle de Rexburg, à une conférence du pieu de Fremont. Mon grand-père, Melvin J. Ballard, du Collège des douze apôtres, était l'autorité présidente. Comme frère Romney avait 23 ans et que sa famille connaissait de grandes difficultés financières, il n'avait pas envisagé de faire une mission à plein temps.

Des années plus tard, le 15 octobre 1963, frère Romney, alors membre du Collège des douze apôtres, a rapporté cette expérience : « Au moment où j'avais obtenu mon certificat de fin d'études, j'avais prévu d'aller à l'université d'Idaho l'automne suivant. J'avais l'intention de faire du basket-ball et du football américain et de me préparer à devenir entraîneur. A la fin août, j'assistais à une conférence de pieu, assis au premier rang, à l'extrémité est des sièges réservés au choeur, directement au nord du pupitre. Alors que j'écoutais intensément, les yeux rivés sur le profil [de frère Ballard], je fus envahi, par le pouvoir de l'Esprit, du besoin irrésistible de partir en mission. J'abandonnai sur-le-champ mes projets de carrière d'entraîneur. En novembre, je partis en mission en Australie » (discours donné lors d'une réunion spirituelle du Ricks College le 15 octobre 1963).

Avant de partir en Australie, frère Romney passa par Salt Lake City, où mon grand-père le mit à part comme missionnaire. Grand-père donna des conseils à frère Romney et lui dit, entre autres : « Chaque fois qu'on donne un morceau de croûte au Seigneur on reçoit une miche de pain en retour » (Cité dans Marion G. Romney: His Life and Faith (19881 de F. Burton Howard, 1988, p. 66). Marion G. Romney n'a jamais oublié cette phrase.

Pour comprendre la tâche que le Seigneur nous réserve, nous pouvons songer à ce qui se passe dans certains pays. Au cours des années passées, beaucoup d'adultes pouvaient compter progresser continuellement dans un même emploi jusqu'à leur retraite ; à l'heure actuelle, les carrières changent et, de plus en plus, les revers deviennent la règle plutôt que l'exception. D'une part, nous sommes témoins de la croissance de l'économie mondiale et de l'accélération du rythme des progrès scientifiques et technologiques. D'autre part, nous assistons à la montée du terrorisme, à l'explosion de la criminalité et voyons la haine raciale provoquer la désintégration de nations entières. Dans la société, des forces puissantes s'attaquent aux valeurs de l’Evangile, détruisent la famille et sapent les principes d'intégrité de certains dirigeants des affaires et des gouvernements.

Les années à venir nous réservent certainement des occasions merveilleuses et enthousiasmantes. Mais il sera de plus en plus difficile de rester engagés en tant que disciple de Jésus-Christ. Je crois que les futurs disciples du Christ devront affronter une adversité et des persécutions beaucoup plus intenses que tout ce que nous pouvons imaginer de nos jours.

Quelle direction prendrons-nous à l'avenir ? Que choisirons-nous comme boussole au milieu des tempêtes de la vie ? Quelle sera l'ancre qui nous empêchera de dériver loin de la route conduisant à la vie éternelle ?

Pour trouver réponse à ces questions, je me réfère à la vie de Joseph Smith, le prophète, à celle de sa mère, Lucy Mack Smith et d'autres femmes et hommes vaillants qui ont jeté les fondements de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

TRACER LA VOIE : JOSEPH SMITH, LE PROPHÈTE

Tous les saints des derniers jours fidèles chérissent le nom de Joseph Smith. C'est particulièrement le cas pour ma famille et pour moi-même, parce que nous avons la bénédiction de compter Hyrum, son frère ainé, parmi nos ancêtres.

Nous pensons souvent à cette journée de 1805, deux jours exactement avant Noël, où Joseph Smith naquit dans un humble foyer, dans les collines du Vermont. Plus de 195 ans se sont écoulés depuis sa naissance. Chaque année, le 27 juin, nous évoquons le jour du martyre de Joseph et de Hyrum dans la prison de Carthage. En affrontant nos propres épreuves au cours des années à venir, souvenons-nous toujours de la persévérance de Joseph Smith face aux difficultés et à l'opposition incroyables qu'il a rencontrées pour rétablir l'Eglise de Jésus-Christ.

J'aime l'expérience que le président Wilford Woodruff rapporte au sujet du message donné par le Prophète aux anciens qu'il avait rencontrés, en 1834, pour préparer la marche du camp de Sion : « Le dimanche soir, le Prophète a demandé à tous les détenteurs de la prêtrise de se rassembler dans la petite école en rondins qui se trouvait là. C'était une petite bâtisse, d'environ 14 pieds carrés (environ 4 mètres carrés). Mais toute la prêtrise de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours qui se trouvait alors à Kirtland y était réunie pour partir pour le camp de Sion. C'était la première fois que je voyais Oliver Cowdery et que je l'entendais parler ; la première fois que je voyais Brigham Young et Heber C. Kimball, et les deux Pratt, Orson Hyde et bien d'autres. Il n'y avait pas d'apôtres dans l'Eglise à ce moment-là, à part Joseph Smith et Oliver Cowdery. Lorsque nous fûmes réunis, le Prophète appela les anciens d'Israël à rendre témoignage avec lui de cette oeuvre. Ceux que j'ai cités parlèrent et beaucoup d'autres que je n'ai pas mentionnés rendirent témoignage. Quand ils eurent fini, le Prophète dit : « Frères, j'ai été très édifié et j'ai beaucoup appris de vos témoignages de ce soir. Cependant, je tiens à vous dire devant le Seigneur que vous n'en savez pas plus sur la destinée de l'Eglise et du Royaume qu'un nourrisson dans le giron de sa mère. Vous ne les comprenez pas. » J'étais assez surpris. Il ajouta : « Ce soir, vous ne voyez qu'une petite poignée de détenteurs de la prêtrise, mais cette Eglise remplira l'Amérique du Nord et du Sud - elle remplira la terre » (dans Conference Report, avril 1898, p. 57).

Les Articles de Foi ont été publiés pour la première fois dans une lettre que Joseph Smith écrivit à M. John Wentworth, éditeur d'un journal de Chicago. Dans la lettre à Wentworth, datée du 1er mars 1842, Joseph Smith a donné une vision du destin de l'Eglise, en une prophétie profonde : « L'étendard de la vérité a été élevé ; aucune main impie ne peut empêcher l'oeuvre de progresser ; les persécutions peuvent se déchaîner, les foules peuvent conspirer, les armées s'assembler, la calomnie peut diffamer, mais la vérité de Dieu ira de l'avant avec hardiesse, avec noblesse et en toute indépendance, jusqu'à ce qu'elle ait pénétré sur chaque continent, visité chaque contrée, pénétré dans chaque pays et résonné dans chaque oreille, jusqu'à ce que les desseins de Dieu se soient accomplis et que le grand Jéhovah dise que l'oeuvre est accomplie » (History of the Church, 4:540).

Depuis l'organisation de l'Eglise, en 1830, 17 décennies ont passé. Nous avons eu plus de 170 ans pour observer comment cette prophétie s'est accomplie. La vérité de Dieu s'est répandue dans chaque contrée, en dépit de la persécution et de l'opposition. Les persécutions se sont déchaînées, la foule a conspiré, les armées se sont assemblées et la calomnie a diffamé.

L'Eglise a entamé sa première décennie avec six membres seulement, et « des mains impies » se sont efforcées de stopper la progression de l'Evangile et de détruire l'Eglise dans ses premières années. Joseph Smith a bien vite appris comment les foules pouvaient conspirer.

Dans l'histoire de l'Eglise, nous lisons : « Certains habitants de Hiram (Ohio) ont exprimé leurs sentiments personnels par des mouvements de foule dirigés contre le Prophète et contre Sidney Rigdon. Stimulés par le whisky et dissimulés derrière des visages noircis, plus de deux douzaines d'hommes traînèrent Joseph Smith hors de son lit au cours de la nuit du 24 mars 1832. L'étouffant pour briser sa résistance, ils le dépouillèrent de ses vêtements, lui griffèrent la peau de leurs ongles, lui arrachèrent les cheveux, puis souillèrent son corps de goudron et de plumes. Un flacon d'acide nitrique qu'ils tentaient de forcer contre ses dents lui éclaboussa le visage, l'une de ses dents de devant fut brisée. Au même moment, d'autres membres de la bande traînaient Rigdon par les talons hors de son foyer, sa tête heurtant le sol gelé, ce qui le fit délirer pendant plusieurs jours. Les amis du Prophète passèrent la nuit à retirer le goudron pour l'aider à respecter un rendez-vous [pour prêcher] le dimanche matin. Il s'adressa à une assemblée qui incluait Simonds Ryder, le meneur de la bande » (James B. Allen et Glen M. Leonard, The Story of the Latter-day Saints, 1976, p. 71).

Ryder était un converti qui s'était éloigné parce que le prophète Joseph avait mal écrit son nom, concluant apparemment qu'un prophète se devait d'avoir une orthographe parfaite.

Plus tard, les saints du Missouri découvrirent de façon tragique comment les armées de l'ennemi pouvaient s'assembler. En 1838, Lilburn W. Boggs, gouverneur du Missouri, publia son infamant «ordre d'extermination» (voir History of the Church, 3:175). L'horrible affaire de Haun's Mill est bien connue de tous (voir History of the Church, 3:182-187).

Au milieu de toutes ces épreuves, Joseph disait : « L'enfer peut déverser sa fureur comme la lave brûlante du Vésuve ou de l'Etna, ou de la plus terrible des montagnes crachant le feu; cependant le ‘mormonisme’ résistera. L'eau, le feu, la vérité et Dieu sont tous des réalités. La vérité, c'est le ‘mormonisme’. Dieu en est l'Auteur. Il est notre bouclier. C'est par lui que nous sommes nés. C'est par sa voix que nous avons été appelés à une dispensation de son Evangile au début de la plénitude des temps. C'est par lui que nous avons reçu le Livre de Mormon et c'est par lui que nous demeurons à ce jour ; et c'est par lui que nous resterons ici si c'est pour notre gloire ; et en son nom tout-puissant, nous sommes décidés, comme de bons soldats, à supporter les épreuves jusqu'à la fin » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 109).

ENGAGÉS DANS LA CAUSE: LES PREMIERS MISSIONNAIRES DE L’ÉGLISE

En dépit de l'intense opposition suscitée par tout effort visant à établir les principes de vérité, 597 missionnaires furent mis à part au cours des années 1830, et près de 20 000 convertis se joignirent à l'Eglise rétablie pendant cette première décennie. Des missionnaires instruisirent et baptisèrent des gens dans la plupart des Etats faisant alors partie des Etats-Unis ; le Canada et la Grande-Bretagne furent tous deux ouverts à la prédication de l'Evangile. Le message de l'Evangile pénétra dans deux continents et commença à se répandre dans trois nations.

Lorenzo Snow fut l'un des premiers grands missionnaires. Il était membre de l'Eglise depuis moins d'un an lorsqu'il partit pour sa première mission, en 1837. Voici le récit qu'il fit de ses premières expériences de prédication de l'Evangile :

« Je... parcourus environ trente miles (48 km), et juste au moment où le soleil se couchait, je fis ma première tentative pour trouver un logement pour la nuit, en tant qu'ancien et ‘mormon’, et je me heurtai à un refus ; puis à un autre, et ainsi de suite, jusqu'à la huitième demande, où je fus admis à loger pour une nuit - allant me coucher sans souper, et repartant le lendemain matin sans petit déjeuner.

« La première réunion que je tins se déroula près de chez mon oncle, qui s'appelait Goddard, non loin du siège du comté, à Medina County (Ohio). Les gens avaient été avisés, et une assemblée respectable se réunit. C'était une épreuve impressionnante que d'affronter cette assistance en tant que prédicateur, mais j'avais la foi et étais persuadé que l'esprit d'inspiration me soufflerait des paroles... [Tel fut bien le cas, car] je baptisai et confirmai dans l'Eglise mon oncle, ma tante et plusieurs de mes cousins » (cité dans Eliza R. Snow Smith, Biography and Family Record of Lorenzo Snow, 1884, p. 16).

Mes frères et soeurs, nous devons apprendre que si les premiers membres de l'Eglise ont réussi face à l'opposition, c'est parce qu'ils avaient une foi inébranlable qui les incitait à s'exprimer et à déclarer la vérité, et parce qu'ils se munissaient de l'épée puissante de l'Esprit du Seigneur (voir D&A 27:16-18). Ils se souvenaient qu'ils avaient fait alliance, au moment de leur baptême, d'« être les témoins de Dieu en tout temps, et en toutes choses, et dans tous les lieux... jusqu'à la mort » (Mosiah 18:9).

En 1839, quelques membres du Collège des Douze partirent, en mission en Angleterre dans des circonstances très éprouvantes :

« Wilford Woodruff et John Taylor furent les premiers à partir. A Montrose, Wilford avait souffert pendant des jours de frissons et de fièvre. Sa fille Sarah Emma, un bébé, également gravement malade, était soignée par des amis disposant d'un logement plus convenable. Le 8 août, frère Woodruff fit enfin de tendres adieux à [sa femme] Phoebe, et se dirigea à pied vers les rives du Mississippi. Brigham Young lui fit traverser le fleuve en canoë. Lorsque Joseph Smith le trouva en train de se reposer près du bureau de poste, Wilford dit au Prophète qu'il se sentait plus proche de la salle de dissection que du champ de la mission...

« Il fallut le reste du mois aux frères Woodruff et Taylor, voyageant ensemble, pour se rendre jusqu'à Germantown (Indiana)...

« Au moment où ils arrivèrent à Germantown, John Taylor était si désespérément malade qu'il lui fut impossible de continuer...

« [Il] resta malade, parfois proche de la mort, pendant trois semaines environ. Toutefois son optimisme était tenace, comme le suggère une tendre lettre, en date du 19 septembre [1839], envoyée à [sa femme] Leonora:

« Tu te demandes peut-être comment je vais accomplir mon voyage... je n'en sais rien, mais ce que je sais, c'est qu'il y a un être qui vêt les lys des champs, nourrit les corbeaux et qui m'a donné de comprendre que toutes ces choses seront ajoutées, et c'est tout ce que je veux savoir. Il m'a couché sur mon lit de malade et j'étais satisfait, il m'en a relevé et je suis reconnaissant. Il m'a arrêté sur ma route et je suis content... S'il m'avait repris, j'aurais senti que c'était bien. Il m'a épargné, et c'est mieux encore » (James B. Allen, Ronald K. Esplin et David J. Whittaker, Men with a Mission, 183 7-184 1, The Quorum of the Twelve Apostles in the British Isles, 1992, pp. 67-70).

ANCRÉ DANS LA FOI: HENRY BALLARD

Pourtant, en ces premières années, les apôtres du Seigneur n'étaient pas les seuls à être ancrés dans la foi au Seigneur Jésus-Christ. Beaucoup d'autres hommes et d'autres femmes suivaient un chemin semblable de dévouement et de service, parce qu'ils avaient le témoignage ferme de l'Evangile rétabli et la vision de la destinée de l’Eglise.

Dix ans après l'arrivée en Angleterre de John Taylor et de Wilford Woodruff, mon arrière-grand-père, Henry Ballard, entendit parler de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours grâce à un membre fidèle :

« Henry n'avait que dix-sept ans à l'époque où il se joignit à l'Eglise [en 1849] ... Pendant l'hiver de 1849, il se rendit à London News, commune... située au nord de Londres, pour y vivre chez son frère George, qui était marié et qui... avait ouvert dans la région une affaire de transport assez prospère. Le couple avait beaucoup à offrir à Henry, surtout sur le plan matériel. George avait toujours été gentil avec Henry et, de onze ans son aîné, ressentait le besoin de le protéger et de veiller à son bien-être. L'incident suivant le confirme.

« C était un dimanche soir et Henry venait de rentrer de l'église. George, curieux des allées et venues de son frère, lui demanda d'où il venait. « De l'église », répondit Henry. George, qui était allé à l'église mais n'y avait pas vu Henry, lui demanda : « Quelle église ? » « L'Eglise mormone », répondit honnêtement Henry. Ebahi, George se demanda à haute voix pourquoi, au nom du ciel, il pourrait bien fréquenter la ‘détestable’ Eglise mormone. « Parce que j'en suis membre », répliqua Henry. Il rendit alors témoignage de la véracité de ce qu'il croyait être la seule vraie Eglise. George, peu convaincu, se fâcha.

« George réprimanda sévèrement Henry et lui dit qu'il venait de faire la plus grande erreur de sa vie. Henry resta ferme, mais il s'inquiétait de ce que son frère pourrait faire.

« Lorsque George se rendit compte qu'il n'arrivait à rien, il demanda l'aide de son pasteur. Ils passèrent trois jours à tenter de persuader Henry de changer d'idée. Dans leurs efforts pour sauver Henry, ils priaient à tour de rôle. Mais Henry s'en tenait fermement à ses convictions, ne chancelant ni ne doutant jamais. Le Saint-Esprit lui avait dit que l'Eglise était vraie. Il n'osait pas le nier. Convaincu qu'aucun argument raisonnable... ne le ferait changer d'idée, George essaya une autre technique.

« Comme Satan a tenté le Christ, George tenta Henry - ou essaya de le faire. Il offrit de lui donner la meilleure voiture de toute la ville de Londres. Il lui offrirait un cocher pour le conduire partout et se soumettre à tous ses désirs. Henry serait un gentleman, avec ses beaux habits, ses gants de chevreau et son chapeau de soie.

« Comment Henry pourrait-il refuser l'hospitalité que George lui offrait dans sa belle maison, aussi longtemps qu'il le souhaiterait ? Henry n'aurait jamais besoin de travailler, sauf s'il en avait envie. Une partie du commerce lui appartiendrait, et il ne connaîtrait plus jamais la pauvreté que son père et sa mère avaient connue toute leur vie. Aucune religion ne valait de perdre tout cela. George demandait seulement à Henry de renoncer à la ‘notion stupide’ du mormonisme.

« Comme Joseph Smith [le prophète], Henry garda la foi. Son témoignage et sa force de caractère prévalurent.

« Furieux, George chassa Henry de chez lui, à tout jamais. Henry partit, le coeur lourd d'avoir causé une telle déception au frère qu'il aimait, ce frère qui avait été si bon et généreux. Henry ne devait plus le revoir de sa vie » (Douglas O. Crookston, éditeur, Henry Ballard: The Story of a Courageous Pioneer, 1832-1908, 1994, pp. 4-6).

Trois ans plus tard, réduit à la misère, quasiment sans aucun bien matériel, Henry Ballard embarqua sur un voilier pour le voyage de 63 jours qui le conduisit de Liverpool à la Nouvelle-Orléans ; il prit un autre bateau sur le fleuve jusqu'à Winter Quarters, à Omaha (Nebraska) ; puis marcha jusqu'en Utah. Il conduisit un troupeau de moutons à travers les plaines pour payer son voyage. Plus tard, Henry évoqua son arrivée dans la vallée du lac Salé. « En octobre, comme je descendais d'une petite montagne avec les moutons, à l'extrémité de l'Emigration Canyon, je contemplai pour la première fois la vallée du lac Salé. Tout en me réjouissant de contempler la ‘Terre promise’, je vécus dans la terreur que quelqu'un me voie. Toute la journée et jusqu'à la tombée de la nuit, je me cachai derrière des buissons, car les haillons que je portais ne couvraient pas mon corps et j'avais honte d'être ainsi exposé. Une fois l'obscurité venue, je traversai un champ jusqu'à une maison où brillait une lumière, près de la fin du canyon, et frappai timidement à la porte. Heureusement, ce fut un homme qui m'ouvrit, et la lumière de la chandelle ne m'exposait pas aux regards des autres membres de sa maisonnée. Je mendiai des vêtements afin de cacher mon corps nu, pour pouvoir poursuivre mon voyage et chercher mes parents. Je reçus quelques vêtements et, le lendemain, continuai mon voyage et arrivai à Salt Lake City le 16 octobre 1852, très reconnaissant à Dieu d'avoir atteint mon futur foyer sain et sauf » (cité dans Henry Ballard, p. 14-15).

Par ailleurs, l'histoire d'Henry révèle que l'une des premières dotations par procuration qu'il accomplit dans le temple de Logan fut en faveur de son frère George.

ALLER DE L’AVANT AVEC CONFIANCE EN DIEU: LUCY MACK SMITH

La mère du prophète Joseph, Lucy Mack Smith, est un grand exemple de foi inébranlable et d'engagement. Un jour, au cours de son voyage de New York à Kirtland (Ohio), il se produisit un incident à Buffalo (New York). Le récit qu'elle en fit illustre sa foi aux prophètes du Seigneur et en l’Evangile rétabli :

« [A Buffalo], les frères de Colesville nous apprirent qu'ils étaient retenus depuis une semaine à cet endroit, attendant l'ouverture d'un passage navigable [le fleuve était bloqué par la glace]. De même [nous apprîmes] que M. Smith et Hyrum étaient partis vers Kirtland par voie de terre, afin d'y arriver pour le premier avril.

« Je demandai [aux frères de Colesville] s'ils avaient avoué aux gens qu'ils étaient ‘mormons’. « Sûrement pas, répondirent-ils, et ne soufflez mot de votre religion, sinon vous n'arriverez jamais à obtenir une maison, ni un bateau. »

« Je leur dis que je dirais aux gens précisément qui j'étais ; et, poursuivis-je, si vous avez honte du Christ, ne vous attendez pas à être bénis ; et je me demande si nous n'arriverons pas à Kirtland avant vous » (Lucy Mack Smith, History of Joseph Smith, publié par Preston Nibley, 1958, p. 199).

Lucy Mack Smith chercha alors et trouva un certain capitaine Blake, qui était prêt à emmener son groupe dans son bateau : « Lorsqu'ils arrivèrent [sur le bateau], le capitaine Blake demanda aux passagers de rester à bord, car il souhaitait, dès ce moment-là, être prêt à partir d'une minute à l'autre ; en même temps, il envoya un homme mesurer l'épaisseur de la glace ; à son retour, celui-ci rapporta qu'elle atteignait une hauteur de vingt pieds [six mètres], et qu'à son avis, nous resterions au port pendant deux semaines au moins » (History of Joseph Smith, p. 202).

La plupart des saints qui voyageaient par bateau avec Lucy Mack Smith supposèrent qu'ils devaient se préparer à un long séjour, et beaucoup d'entre eux se plaignirent en grommelant. Entendant et voyant leur réaction, la mère du Prophète répondit : « Où est votre foi ? Où est votre confiance en Dieu ? Ne pouvez-vous vous rendre compte que toutes choses ont été faites par lui, et qu'il règne sur les oeuvres de ses mains? Imaginez que tous les saints qui sont ici élèvent leur coeur en prière à Dieu, pour que le chemin nous soit ouvert, il lui serait facile de faire que la glace s'écarte, afin que nous puissions partir en un instant ! ...

« Maintenant, mes frères et soeurs, si vous voulez tous exprimer vos désirs aux cieux, afin que la glace se rompe et que nous soyons libres, aussi sûr que Dieu vit, cela se fera. A cet instant, on entendit un bruit semblable à un grondement de tonnerre. Le capitaine cria : « Chaque homme à son poste. » La glace se divisa, laissant juste un passage pour le bateau... Le bruit de la glace, les cris et la confusion des spectateurs offraient une scène vraiment terrible. Nous avions à peine passé par cette faille que la glace se referma, et les frères de Colesville demeurèrent à Buffalo, incapables de nous suivre.

« Alors que nous quittions le port, l'un des badauds s'écria: « Voilà la compagnie des ‘mormons’ qui s'en va ! Ce bateau enfonce dans l'eau de neuf inches (23 cm) de plus que jamais auparavant et, croyez-moi, il va couler rien n'est plus sûr. » En fait, ils en étaient si persuadés qu'il se rendirent tout droit au bureau et firent publier que nous avions coulé, si bien qu'à notre arrivée à Fairport, nous lûmes dans les journaux la nouvelle de notre propre mort.

« Après ce départ miraculeux du quai de Buffalo, nous réunîmes la compagnie et tînmes une réunion de prière au cours de laquelle nous offrîmes nos remerciements à Dieu pour sa miséricorde » (History of Joseph Smith, pp. 203-205).

De nos jours, nous avons besoin de soeurs animées de la même foi inébranlable que celle de la mère de Joseph Smith, le prophète.

ASSURER L’AVENIR: TRANSMETTRE NOTRE HÉRITAGE DE FOI

Pourquoi ai-je tiré des pages de l'histoire ces quelques exemples de témoignages inébranlables des premiers membres de l'Eglise ? Pour la raison suivante : Nous devons toujours nous souvenir que c'est une grande bénédiction que d'être membre de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Nous ne devons jamais prendre à la légère, ni jamais oublier le prix que nos ancêtres ont accepté de payer pour établir la seule vraie Eglise sur la terre.

Nous vivons dans un monde qui a besoin de l'Evangile. Un témoignage inébranlable et une vie consacrée au service en vue de l'édification du royaume de Dieu sur la terre nous sauveront pour l'éternité.

Nous, saints des derniers jours, comment pouvons-nous être sûrs que nous contribuons de façon significative à fortifier l'Eglise du Seigneur ? Si notre témoignage et notre volonté de servir peuvent égaler ceux des fondateurs de l'Eglise, l'avenir est assuré. Que leur exemple nous donne du courage, afin que nous soyons toujours dignes de confiance et fermes dans notre intendance lorsque nous servons Dieu, notre Père éternel. Souvenez-vous de la déclaration de Joseph Smith, le prophète : « Si nous partons du bon pied, il est facile de continuer sur la bonne voie » (Teachings of the Prophet Joseph Smith, p. 483). Nous devons vivre selon cet héritage de foi et le transmettre à nos enfants, afin que l'Eglise ait toujours des hommes et des femmes fidèles qui puissent continuer à préparer la seconde venue de notre Seigneur Jésus-Christ.

 

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