MESSAGE DE LA PREMIÈRE PRÉSIDENCE

UN NOEL SANS CADEAU

par James E. Faust

Deuxième conseiller dans la Première Présidence

J’ai réfléchi à ce qui fait de Noël une période si merveilleuse. Je suis assez âgé pour me souvenir de nombreux Noëls. Ils ont tous été extraordinaires. Mais j'ai appris que ce ne sont pas seulement les cadeaux qui en font la valeur.

LE NOËL LE PLUS JOYEUX DE MON ENFANCE

Lorsque j'étais jeune, ma famille était d'une extrême pauvreté. Mon père n'avait pas d'emploi parce qu'il faisait ses études de droit à l'université d'Utah. Il était marié et avait trois jeunes fils. Mon grand-père et ma grand-mère savaient que nous n'aurions pas de Noël si nous ne venions pas à la ferme, dans le comté de Millard. Toute la famille a donc pris le train à Salt Lake City pour aller à Leamington, en Utah. D'où est venu l'argent pour payer les billets, je ne le saurai jamais.

Grand-père et l'oncle Esdras sont venus nous chercher au passage à niveau de Leamington, avec un attelage de gros chevaux pour tirer le traîneau découvert dans les neiges profondes d'Oak City. Il faisait si froid que les énormes chevaux avaient du gel accroché aux poils autour de la bouche et que leur haleine était visible. Je me rappelle comment le vieil Hiver me piquait le nez et que le froid intense rendait la respiration pénible. Grand-mère avait chauffé quelques pierres et les avait mises dans le fond du traîneau pour nous tenir chaud. Emmitouflés dans d'épaisses couvertures de camping, nous n'avions que le nez qui dépassait. Avec les clochettes qui tintinnabulaient sur les courroies de cuir des harnais des chevaux, nous avons parcouru en musique les 10 miles (16 kilomètres) séparant Leamington d'Oak City, où habitaient nos chers grands-parents. Nous avions là-bas tant de parents que nous étions impatients d'y être. A notre arrivée, tout était chaud, merveilleux et passionnant.

Dans un coin du salon se dressait l'arbre de Noël, un cèdre coupé dans les prés à flanc de colline. Mère Nature l'avait déjà décoré en partie de baies qui lui donnaient un parfum fort. Nos décorations étaient faites de pop-corn enfilé sur des ficelles à l'aide d'une aiguille. Il fallait manipuler doucement les ficelles sinon elles cassaient et le pop-corn s'éparpillait sur le sol.

Nous avions aussi des guirlandes de papier à installer sur le sapin. On les fabriquait en découpant les vieux catalogues des grands magasins et on les reliait par des morceaux de papier collés à la farine. On avait de la colle à la farine partout sur les mains, le visage et les vêtements. Je me demande pourquoi on ne mettait pas de sucre dedans ! Avec de la crème on aurait pu aussi la servir en guise de bouillie de maïs.

Je ne me rappelle pas qu'il y ait eu des cadeaux sous l'arbre. Il y avait des boules de pop-corn confectionnées avec de la solide mélasse faite à la maison. Lorsque nous croquions dans les boules de pop-corn, on aurait dit qu'elles nous mordaient en retour.

Pour la veillée de Noël, nous nous rassemblions autour du poêle à bois, dans la bonne chaleur du feu et la senteur agréable du bois de cèdre qui brûlait. L'un des oncles faisait la prière d'ouverture. Nous chantions des chants de Noël et des cantiques. L'une de nos tantes lisait l'histoire de la Nativité et de la bonne nouvelle d'une grande joie (voir Luc 2: 10). « Aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2:11). Grand-père et Grand-mère nous disaient alors combien ils nous aimaient.

Le lendemain, c'était Noël et nous avions un repas superbe. Mais avant de manger, nous nous mettions tous à genoux pour la prière en famille. Comme j'avais faim ! C'était Grand-père qui faisait la plus longue prière. En effet, il avait beaucoup de choses à demander dans sa prière. De la pluie parce que la contrée souffrait de la sécheresse et les récoltes n'avaient pas été abondantes. Les semis d'automne avaient été faits dans le sol poussiéreux. Ce qu'on récoltait ne se vendait pas cher à cause de la Grande Dépression qui faisait chuter les prix. Les impôts sur la ferme n'étaient pas payés parce qu'il n'y avait pas d'argent pour cela. Il priait également pour notre grande famille, son bétail, ses chevaux, ses cochons, ses poulets, ses dindons... il priait pour tout.

Pendant la longue prière de Grand-père, le plus jeune de mes oncles commençait à s'agiter et, sans observer le recueillement, me pinçait en espérant me faire crier pour rendre les choses plus amusantes.

Pour dîner, nous avions un énorme dindon avec une farce délicieuse. Il n'y avait pas de céleri dans la farce parce que nous n'avions que les ingrédients qu'on pouvait produire à la ferme. Mais la farce contenait beaucoup de pain, de sauge, de chair à saucisse et d'oignons. Il y avait beaucoup de pommes de terre, de jus et de cornichons, de betteraves, de haricots et de maïs. Comme Grand-père arrivait à troquer du blé contre de la farine chez le meunier, il y avait toujours du pain frais. Pour faire durer la nourriture, on nous recommandait de prendre un morceau de pain à chaque bouchée d'un autre aliment. Nous mangions de la gelée de mûres et de la confiture d'airelles. Pour le dessert, nous avions une tarte au potiron et à la groseille à maquereaux. Tout était délicieux.

OFFRIR ET RECEVOIR DES CADEAUX

Quand, après toute une vie, je repense à ce Noël spécial, ce dont je me souviens le mieux, c'est que nous, ne pensions pas aux cadeaux. Il pouvait y avoir des mitaines tricotées à la main ou une écharpe, mais je ne me souviens d'aucun cadeau. Les cadeaux sont merveilleux, mais je me suis aperçu qu'ils ne sont pas indispensables à notre bonheur. Je n'aurais pas pu être plus heureux. Il n'y avait pas de cadeaux que l'on peut garder, câliner et avec lesquels on peut jouer, mais beaucoup de merveilleux dons invisibles que nous pouvions sentir.

Il y avait le don d'un amour infini. Nous savions que Dieu nous aimait. Nous nous aimions tous. Les cadeaux ne nous manquaient pas parce que nous avions tous ces merveilleux dons. Cela me réjouissait et me rassurait tant de faire partie de tout ce qui se déroulait. Nous ne demandions rien de plus. Les cadeaux ne nous manquaient pas du tout. Je ne me souviens pas d'un plus beau Noël pendant mon enfance.

Nous aimons tous donner et recevoir des cadeaux. Mais il y a une différence entre les cadeaux et les dons. Les vrais dons peuvent être une part de nous-mêmes et consister à donner les trésors de notre coeur et de notre âme. Ils sont donc plus durables et d'une plus grande valeur que des cadeaux achetés dans un magasin.

Bien sûr, le don de l'amour est parmi les plus grands.

Quand j'ai été appelé au saint apostolat, le président Kimball (1895-1985) m'a embrassé sur la joue. J'ai senti ses favoris. Cela m'a rappelé une foule de petits souvenirs d'enfant, lorsque des bras puissants me tenaient et que je sentais les favoris de mon grand-père quand il m'embrassait sur la joue.

Certains, comme Ebenezer Scrooge dans Un conte de Noël, de Dickens, ont du mal à aimer les gens et même à s'aimer eux-mêmes, à cause de leur égoïsme. Quelqu'un qui aime cherche à donner plutôt qu'à recevoir. La charité et la compassion pour les autres sont un moyen de vaincre l'excès d'amour de soi.

Celui dont nous célébrons la naissance nous a dit que toute la loi et les prophètes consistaient à aimer Dieu et à aimer nos semblables. Jacques a appelé cela « la loi royale » (Jacques 2:8). L'apôtre Paul a dit que «connaître l'amour du Christ... surpasse toute connaissance» (Ephésiens 3:19). Dans la première épître de Jean, il nous est dit : «Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres ; car l'amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4:7).

Autrefois, les mages sont venus de loin pour apporter des cadeaux à l'enfant Jésus ; Ne serait-il pas merveilleux pour Noël que chacun de nous offre des cadeaux au Sauveur ? Je crois que c'est possible. Jésus a dit :

« Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire... Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. Car j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; J'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous m'avez recueilli ; Les justes lui répondront : Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? Quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous recueilli ; ou nu, et t'avons-nous vêtu ? Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? Et le roi leur répondra : je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites » (Matthieu 25:31, 34-40)

DES DONS VÉRITABLES

Ainsi, lorsque nous aidons les malades, vêtons ceux qui sont nus et nous occupons des étrangers, nous donnons personnellement des présents à notre Sauveur.

Parmi ces dons véritables, il y a ceux que notre famille a goûtés ensemble lors de ce Noël de mon enfance dont je vous ai parlé: le don de la paix, le don de l'amour, le don du service, le don de soi et le don de la foi.

Nous bénéficions tous des merveilleux dons que Dieu nous accorde et si nous les développons, d'autres peuvent en bénéficier aussi. En cette période de Noël, tant d'entre nous ont profité des dons musicaux et littéraires de Haendel, de Dickens et de nombreux autres. Le partage de ces dons naturels est une bénédiction tant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit.

Ce Noël et tous les autres seront plus enrichissants si nous faisons bénéficier les autres et bénédictions des dons intangibles, des dons qu'on ne peut que ressentir.

Il y a de nombreuses années, je suis allé à l'hôpital pour bénir un jeune homme nommé Nick et sa soeur Michelle. Nick est l'un de mes amis et un ancien compagnon d'enseignement au foyer ; et sa vie était menacée par une maladie des reins. Cela faisait longtemps que Nick n'allait pas bien. La soeur aînée de Nick, Michelle, avait offert un cadeau précieux pour préserver la vie de son frère. Elle avait fait don de l'un de ses reins.

L'opération s'était bien passée, mais il n'était pas encore sûr que le corps de Nick accepterait ce don inestimable de Michelle. Voyez-vous, Michelle avait fait ce don sans savoir s'il serait accepté, et heureusement il l'a été. De même, notre Père céleste nous a fait tant de dons merveilleux sans savoir s'ils seraient acceptés. Il nous a offert sa paix, son réconfort, son amour. Tout ce que nous avons à faire pour accepter ses dons est d'être obéissant et de le suivre.

Nous rencontrons tant de problèmes personnellement et collectivement. Cependant, j'ai la foi simple de croire qu'on peut considérer beaucoup d'entre eux, sinon tous, avec recul, dans l'optique du message sublime de Paul aux Galates : « C'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20).

Le message de Noël, qui est applicable pendant toute l'année, ne consiste pas à recevoir des cadeaux et des trésors matériels, mais à abandonner l'égoïsme et la cupidité et à aller de l'avant à la recherche des dons de l'Esprit et à les apprécier. Selon Paul, ces dons sont « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance. » Il a ajouté : « la loi n'est pas contre ces choses » (Galates 5:22-23).

Avec de tels dons, je suis certain que tout le monde pourrait éprouver la même chose que moi lors de ce merveilleux Noël, il y a très longtemps, où nous n'avions pas de cadeaux que nous pouvions toucher ni avec lesquels nous pouvions jouer. Je n'aurais pas voulu échanger ma place avec un prince et sa chambre pleine de jouets. L'amour, la paix, le service, le don de soi et la foi, dons si généreusement accordés, m’apportaient un profond sentiment de plénitude. J'avais l'impression que je devais être quelqu'un d'exceptionnel pour recevoir tant d'amour. Je ne voulais rien d'autre que goûter encore ces merveilleux dons intangibles, qu'on ne peut que ressentir.

Deux jours avant Noël, nous célébrons aussi l'anniversaire de Joseph Smith, le prophète, qui est d'une importance exceptionnelle dans notre foi (voir D&A 135:3). Nous devons à Joseph de savoir que Dieu le Père et son Fils, Jésus-Christ, sont apparus ; nous lui devons également le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances, la Perle de Grand Prix, la prêtrise et les clefs du Rétablissement dans sa plénitude

Moi, l'un des témoins spéciaux de Jésus-Christ et de l'Evangile rétabli par Dieu par l'intermédiaire de Joseph Smith, j'atteste que le plus grand don de ce Noël et de tous les autres est l'expiation de Jésus, le Rédempteur et le Fils de Dieu. Paul a dit que c'était un « don gratuit » (Romains 5:15). C'est un don intangible, mais nous pouvons ressentir l'amour immense de celui qui le fait.

Ce don nous permet à tous de trouver le chemin de la vie éternelle. J'en ai le témoignage certain, réel et absolu, comme mon témoignage sacré de Jésus. Je demande à Dieu de nous bénir en cette période spéciale de Noël.

IDÉES POUR LES INSTRUCTEURS AU FOYER

1. Il y a une différence entre les cadeaux et les dons. Les dons véritables peuvent faire partie de nous et venir du trésor du coeur et de l'esprit.

2. Notre Père céleste peut nous donner tant de dons merveilleux : la paix, l’amour, le service, le don de soi et la foi.

3. Il nous a surtout fait don de son Fils.

4. Le message de Noël, qui est applicable pendant toute l'année, ne consiste pas à recevoir des cadeaux et des trésors matériels, mais à abandonner l'égoïsme et la cupidité et à aller de l'avant à la recherche des dons de l'Esprit et à les apprécier.

 

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