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La
doctrine de l'intégration
M. Russell Ballard
du Collège des douze apôtres
«Si nous sommes de vrais disciples du Seigneur
Jésus-Christ, nous nous tournerons avec amour et compréhension vers tous nos
voisins en tout temps.»

C'était peut-être une belle et fraîche journée
d'automne comme celle-ci. Le Sauveur, assis, instruisait quelques disciples
lorsqu'un homme dont la seule chose qu'on sait est qu'il était « docteur de la
loi » se leva et lui demanda : « Maître, que dois-je faire pour hériter la vie
éternelle? »
Jésus lut dans le coeur de cet homme et comprit que la question était une
tentative à peine voilée de lui faire contredire la loi de Moïse.
Le Sauveur répondit à cette question en en posant deux autres : « Qu'est-il
écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? »
Comme vous pouvez vous y attendre, le docteur de la loi fut capable de réciter
la loi par coeur : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de
toute tout âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme
toi-même. »
« Tu as bien répondu », lui dit le Sauveur. « Fais cela, et tu vivras. »
Mais le docteur de la loi n'était pas satisfait de cette réponse. Connaissant la
rigueur des lois et des croyances des Juifs concernant leur relation avec les
personnes extérieures à leur foi, il insista pour avoir plus de renseignements,
espérant prendre le Christ au piège d'une querelle de mots, et lui demanda : «
Et qui est mon prochain ? »
C'était une autre occasion d'enseigner. Jésus se servit de l'une de ses méthodes
pédagogiques préférées et les plus efficaces, la parabole. Peut-être s'agit-il
de l'une des paraboles les plus connues et les plus appréciées de toute la
chrétienté.
Vous connaissez cette parabole. Un homme qui allait de Jérusalem à Jéricho,
tomba au milieu de brigands et fut laissé à demi mort. Un sacrificateur passa de
l'autre côté du chemin ; un lévite ne s'arrêta pas non plus pour lui porter
secours. Jésus donna alors cet enseignement :
« Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion
lorsqu'il le vit.
« Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin ; puis
il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de
lui. »
Jésus posa ensuite une autre question au docteur de la loi : « Lequel de ces
trois te semble avoir été le prochain de celui qui est tombé au milieu des
brigands ? »
Le docteur de la loi répondit : « C'est celui qui a exercé la miséricorde envers
lui. »
Jésus donna ensuite son enseignement final au docteur de la loi et à tous les
lecteurs de la parabole du bon Samaritain : « Va, et toi, fais de même » (Luc
10:25-37).
Chaque fois que je lis cette parabole, je suis impressionné par sa force et sa
simplicité. Mais vous êtes-vous jamais demandé pourquoi le Sauveur a choisi de
faire que le héros de cette histoire soit un Samaritain ? Une profonde
antipathie opposait les Juifs aux Samaritains à l'époque du Christ. En situation
ordinaire, ces deux groupes évitaient de se fréquenter. La parabole serait quand
même bonne et instructive si l'homme tombé entre les mains de brigands avait été
sauvé par un frère juif.
Le choix délibéré de Juifs et de Samaritains pour la parabole enseigne
clairement que nous sommes tous le prochain l'un de l'autre et que nous devons
aimer, estimer, respecter et servir les autres malgré nos plus profondes
différences, notamment les différences religieuses, politiques et culturelles.
Cela fait toujours partie des enseignements de l'Eglise de Jésus-Christ des
Saints des Derniers Jours. Lorsqu'il a énuméré les principes clés de l'Eglise
rétablie, Joseph Smith a dit que si « nous affirmons avoir le droit d'adorer le
Dieu Tout-Puissant selon les inspirations de notre conscience », nous
reconnaissons également « le même droit à tous les hommes : qu'ils adorent comme
ils veulent, où ils veulent ou ce qu'ils veulent » (11ème article de foi).
Heureusement, beaucoup de nos membres comprennent cet enseignement et
l'appliquent dans leur vie quotidienne. J'ai lu récemment un article sur une
mort tragique dans une collectivité d'Utah. Dans son chagrin, la jeune veuve a
dit : « Nous avons été surpris par le soutien que nous avons reçu. Nous ne
sommes pas mormons, mais la paroisse locale nous a beaucoup aidés en nous
apportant des repas, de l'aide et des paroles de réconfort. Cela a été une
immense manifestation d'amour et nous l'apprécions » (cité par Dick Darmon, «
Former Ute's Death Leaves Wife Coping, Wondering »,Daily Herald, Provo, Utah, 11
août 2001, page A-3).
C'est ainsi qu'il doit en être. Si nous sommes de vrais disciples du Seigneur
Jésus-Christ, nous nous tournerons avec amour et compréhension vers tous nos
voisins en tout temps, surtout dans les moments de besoin. Dans un numéro récent
deChurch News, on lisait l'histoire de deux amies, une femme « chirurgien juive
de New York et une femme au foyer [sainte des derniers jours], mère de six
enfants d'Utah, qui étaient toutes deux loin de chez elles, à Dallas, au Texas.
»
La sainte des derniers jours raconte : « Si on avait soumis notre amitié à un
logiciel de compatibilité de personnes, je doute que nous ayons franchi la
première évaluation. . . Je pensais qu'une femme avec une nombreuse clientèle
médicale n'aurait pas beaucoup envie de discuter de la couleur des serviettes
d'un repas d'association de parents d'élèves.
« Le problème avec les préjugés, c'est qu'ils risquent de couper court, dès le
début, à ce qui pourrait se développer si on lui en donne l'occasion. Je suis à
jamais reconnaissante que nous ayons mis de côté ces préjugés » (Shauna
Erickson, « Unlikely friends sharing a lifetime »,Church News, 18 août 2001, p.
10).
La façon de voir et les suppositions peuvent être très dangereuses et injustes.
Certains de nos membres n'arrivent pas à établir le contact avec tous leurs
voisins par un sourire amical, une poignée de mains chaleureuse et un service
plein d'amour. Il emménage peut-être aussi dans notre quartier des gens qui ne
sont pas de notre foi et qui ont des préjugés négatifs sur l'Eglise et sur ses
membres. Les bons voisins doivent faire tout leur possible pour se comprendre et
être aimables les uns avec les autres sans considération de religion, de
nationalité, de race ou de culture.
J'entends parfois parler de membres qui sont offensants vis-à-vis de gens qui
n'ont pas la même foi, en faisant comme s'ils n'existaient pas et en les
excluant. Cela arrive surtout dans les collectivités où nos membres sont
majoritaires. J'ai entendu parler de parents à l'esprit étroit qui disent à
leurs enfants de ne pas jouer avec tel ou tel enfant du quartier simplement
parce que sa famille n'appartient pas à l'Eglise. Ce genre de comportement n'est
pas en accord avec les enseignements du Seigneur Jésus-Christ. Je ne comprends
pas comment un membre de notre Eglise peut permettre qu'il en soit ainsi. Je
suis membre de cette Eglise depuis toujours. J'ai été missionnaire à plein
temps, deux fois évêque, président de mission, soixante-dix et apôtre. Je n'ai
jamais enseigné de doctrine d'exclusion, et je n'ai jamais entendu qui que ce
soit le faire. Je n'ai jamais entendu exhorter les membres de cette Eglise à
être autre chose que pleins d'amour, bons, tolérants et bienveillants envers
leurs amis et leurs voisins d'autres confessions.
Le Seigneur attend beaucoup de nous. Parents, s'il vous plaît, enseignez à vos
enfants et pratiquez vous-mêmes le principe d'intégration avec les autres et non
l'exclusion pour des raisons de différences religieuses, politiques ou
culturelles.
Il est vrai que nous déclarons au monde que la plénitude de l'Evangile de
Jésus-Christ a été rétablie ici-bas par Joseph Smith, le prophète, et que nous
exhortons nos membres à faire connaître leur foi et à rendre témoignage aux
autres, mais l'Eglise n'a jamais eu pour règle d'éviter ou d'exclure les
personnes qui choisissent de ne pas écouter ni accepter notre message. En
vérité, c'est le contraire qui est vrai. Le président Hinckley nous a rappelé à
plusieurs reprises l'obligation spéciale que nous avons en qualité de disciples
du Seigneur Jésus-Christ. Je ne lirai qu'une seule citation : « Chacun de nous
est une personne distincte, chacun de nous est différent. Il faut respecter ces
différences. . .
« Nous devons plus nous efforcer d'édifier le respect mutuel, une attitude de
patience et de tolérance pour les autres, quels que soient les principes
doctrinaux et les philosophies que nous adoptons. Vous et moi pouvons ne pas
être d'accord sur ces sujets. Mais nous pouvons être en désaccord avec respect
et politesse » (Teachings of Gordon B. Hinckley, pp. 661, 665).
Nous, membres de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours,
comprenons que certains nous considèrent comme un peuple à part (voir 1 Pierre
2:9). Nos principes et nos croyances sont importants pour nous. Nous les
adoptons et les chérissons. Je ne suggère pas le moins du monde que nous ne
devions pas le faire. Au contraire, nos particularités et le caractère unique du
message de l'Evangile rétabli de Jésus-Christ sont indispensables pour proposer
un choix clair aux peuples du monde. Je ne dis pas non plus que nous devons
avoir des relations qui nous mettraient, nous ou notre famille, spirituellement
en danger. Nous devons comprendre cependant que les gens n'accepteront pas tous
notre doctrine du rétablissement de l'Evangile de Jésus-Christ. Nos voisins qui
ne sont pas de notre confession sont, pour la plupart, des gens honorables et
bons, tout aussi bons et honorables que nous essayons de l'être. Ils aiment leur
famille tout comme nous. Ils veulent faire du monde un endroit meilleur, tout
comme nous. Ils sont bons, pleins d'amour, généreux et fidèles, tout comme nous
essayons de l'être. Il y a près de 25 ans, la Première Présidence a fait la
proclamation suivante : « Notre message. . . est un message d'amour et d'intérêt
pour le bien-être éternel de tous les hommes et de toutes les femmes, quelles
que soient leur convictions religieuses, leur race et leur nationalité, sachant
que nous sommes véritablement frères et soeurs parce que nous sommes fils et
filles du même Père éternel » (Déclaration de la Première Présidence, 15 février
1978).
C'est là notre doctrine : une doctrine d'intégration. C'est ce que nous croyons.
C'est ce qu'on nous a appris. De tous les peuples de la terre, nous devons être
le plus aimant, le plus aimable et le plus tolérant, du fait de cette doctrine.
Je vais conseiller trois choses simples que nous pouvons faire pour éviter que
des personnes de notre quartier se sentent exclues.
Premièrement, faites connaissance avec vos voisins. Informez-vous au sujet de
leur famille, de leur travail et de leurs objectifs. Passez des moments
ensemble, s'ils le veulent bien, mais sans être importuns, et de manière
désintéressée. On ne doit jamais se lier d'amitié avec un objectif en vue ;
l'amitié peut et doit être une fin en soi. J'ai reçu une lettre d'une femme qui
vient de s'installer en Utah ; j'en cite une petite partie : « Je dois vous
dire, frère Ballard, que, lorsque je salue mes voisins, ou, lorsque je leur fais
un petit signe amical, ils n'y répondent pas. Si je les croise en me promenant
le matin ou le soir, on ne répond pas à mon bonjour. D'autres personnes de
couleur font constamment état de la même absence de réponse à des gestes
amicaux. » S'il y a des membres de l'Eglise parmi ses voisins, ils doivent
certainement savoir que cela ne devrait pas se produire. Etablissons des liens
réels de confiance et de compréhension mutuelles avec les gens de cultures et de
religions différentes.
Deuxièmement, je crois qu'il serait bon d'éliminer une ou deux expressions de
notre vocabulaire : « non-membre » et « non-mormon ». Ces expressions peuvent
être méprisantes et même humiliantes. Personnellement, je ne me considère pas
comme « non-catholique » ni comme « non-juif ». Je suis chrétien. Je suis membre
de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. C'est l'appellation
que je préfère qu'on utilise pour me désigner, pour définir qui et ce que je
suis, plutôt qu'une définition de ce que je ne suis pas. Faisons preuve de la
même courtoisie avec ceux qui vivent parmi nous. S'il est nécessaire de les
décrire collectivement, le terme « voisins » semble bien aller dans la plupart
des cas.
Et troisièmement, si des voisins deviennent irritables ou sont froissés pour un
désaccord avec l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ou pour
une loi que nous soutenons pour des raisons morales, veuillez ne pas leur
suggérer, même sur le ton de la plaisanterie, qu'ils devraient envisager de
déménager. Je ne comprends pas qu'un membre de notre Eglise puisse penser cela !
Nos ancêtres pionniers ont été chassés d'un endroit à l'autre par des voisins
mal informés et intolérants. Ils ont connu des difficultés et des persécutions
terribles parce qu'ils pensaient, agissaient et croyaient différemment. Si notre
histoire ne nous enseigne rien d'autre, qu'elle nous apprenne au moins à
respecter le droit de tous les gens de coexister en paix les uns avec les
autres.
Je m'adresse maintenant à toutes les personnes qui ne sont pas de notre
confession. S'il y a des sujets d'inquiétude, parlons-en. Nous voulons aider les
gens. Comprenez cependant que nos principes et nos enseignements sont donnés par
le Seigneur, et que nous devrons donc parfois accepter d'être en désaccord avec
vous, mais que nous pouvons le faire sans être désagréables. Dans nos
collectivités, nous pouvons et devons travailler ensemble dans un climat de
courtoisie, de respect et de politesse. Ici, en Utah, un groupe de citoyens
motivés a fondé l'« Alliance pour l'unité ». Cette initiative est parrainée par
notre Eglise ainsi que par d'autres Eglises et organisations. L'un de ses
objectifs est « de chercher à édifier une collectivité où l'on reconnaît et
apprécie la diversité de points de vue ». Il n'y a peut-être jamais eu de moment
plus important pour que les gens du monde entier soient solidaires pour le bien
de tous et de chacun.
Quelques heures avant de commencer le douloureux processus physique et spirituel
de l'Expiation, le Sauveur s'est réuni avec ses apôtres pour célébrer la Pâque
avec eux, la dernière cène, et pour leur donner ses dernières instructions dans
la condition mortelle. Parmi ces enseignements figure la déclaration émouvante
qui change la vie : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns
les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
« A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour
les uns pour les autres » (Jean 13:34-35).
C'est ce que Jésus a enseigné à ses disciples, y compris à un docteur de la loi,
par la parabole du bon Samaritain. Et c'est ce qu'il nous enseigne aujourd'hui
par des prophètes et des apôtres vivants. Aimons-nous les uns les autres. Soyons
bons les uns envers les autres malgré nos profondes différences. Traitons-nous
les uns les autres avec respect et politesse. Je sais et je témoigne que Jésus
est le Christ, notre Sauveur et Rédempteur, et je sais qu'il attend que nous
suivions tous son exhortation d'être meilleurs pour notre prochain. Au nom de
Jésus-Christ. Amen.
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