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POINT DE VUE DE L’EGLISE SUR
MAHOMET
Si l'on considère Mahomet du point de vue de l’Evangile rétabli, on peut
apprécier d’avantage l'amour de notre Père Céleste envers ses enfants de toutes
les nations.
par James A. Toronto
Il y a quelques années, j'ai reçu un appel téléphonique de deux membres de
l'Église, des Etats-Unis, qui avaient fait la connaissance d'un voisin musulman
qui venait du Pakistan. Lorsqu'ils lui ont raconté l'histoire de la première
vision de Joseph Smith, sa réaction les a surpris. Après leur avoir précisé que
les Musulmans ne reconnaissent aucun prophète après Mahomet, il a dit que
l'histoire de Joseph Smith présentait des similitudes avec celle de Mahomet. Il
a déclaré : « Nous croyons que Mahomet a vu un messager de Dieu qui l'a informé
de son nouvel appel de prophète. Il a reçu la révélation de nouvelles Écritures
contenant la parole de Dieu pour l'humanité et il a fondé une communauté de
croyants qui s'est développée jusqu'à devenir l'une des grandes religions du
monde. » Ne connaissant pas grand chose sur les musulmans, sur l'islam ou sur
Mahomet, ces membres ne savaient pas trop comment répondre.
Les questions qui ont été soulevées lors de cette expérience nous amènent à une
réflexion plus large, qui est pertinente pour tous les saints des derniers
jours, étant donné que l'Église est présente dans le monde entier et que les
sociétés dans lesquelles nous vivons tous sont de plus en plus diversifiées.
Quelle doit être l'attitude d'un saint des derniers jours vis-à-vis des autres
religions qui affirment avoir des prophètes, des Écritures, des visions ou des
miracles inspirés par Dieu ? Les renseignements suivants peuvent être utiles,
ils sont basés sur une compréhension de l'Évangile que j'ai acquise au fil des
ans, en étudiant des sociétés musulmanes et en vivant dans des pays musulmans.
Si l'on considère le rôle de Mahomet dans l'Histoire religieuse du point de vue
de l'Évangile rétabli, cela permet d'avoir une bonne compréhension de l'un des
chefs spirituels qui ont eu le plus d'influence dans l'Histoire. Cela nous
permet également d'apprécier l'amour de notre Père céleste envers ses enfants de
toutes les nations et cela nous donne des principes qui peuvent nous aider à
entretenir des relations positives avec des amis ou des voisins d'autres
confessions.
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES RELATIONS AVEC LES PERSONNES DE RELIGIONS
DIFFÉRENTES
Gordon B. Hinckley incite constamment au dialogue et au respect mutuel dans les
relations avec les personnes de religions différentes. Il a exhorté les membres
de l'Eglise à « cultiver un esprit de profonde reconnaissance » envers les
personnes qui n'ont pas les mêmes convictions religieuses, politiques ou
philosophiques. Il a ajouté que cela ne nous oblige, en aucune façon, à renoncer
à notre théologie. Il a fait cette recommandation : « Respectez les opinions et
les sentiments des autres. Reconnaissez leurs vertus ; ne cherchez pas leurs
défauts. Cherchez les points forts et les vertus, et vous trouverez la force et
les vertus qui vous aideront dans votre propre vie [1] ».
L'accent que le président Hinckley met sur le développement de la compréhension
entre personnes de religions différentes, est basé sur les principes
fondamentaux
de l'Évangile que Jésus-Christ, les prophètes des temps anciens et les prophètes
modernes ont enseignés : l’humilité, la charité, le respect de la vérité
éternelle et la conscience que Dieu aime tout le monde. Le Sauveur a affirmé à
plusieurs reprises que notre Père céleste se soucie infiniment du bien-être de
chacun de ses fils et de chacune de ses filles, comme dans la parabole de la
brebis perdue (voir Luc 15). Dans la parabole du bon Samaritain, il a enseigné
que l'une des clefs pour être un vrai disciple est de traiter les autres avec
gentillesse et compassion, malgré les différences politiques, ethniques ou
religieuses (voir Luc 10:25-37). Il a dénoncé l'intolérance et la rivalité entre
les groupes religieux et la tendance à se vanter de ses propres vertus et à
rabaisser la spiritualité des autres. Dans sa parabole destinée aux « personnes
qui se persuadaient d'être justes et qui méprisaient les autres », Jésus a
condamné l'orgueil du Pharisien qui priait ainsi : « O Dieu, je te rends grâces
de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » et il a loué l'humilité du
péager qui implorait : « O Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur » (voir Luc
18:9-14).
Nous apprenons dans le Livre de Mormon que notre Père céleste « se souvient de
tous les peuples, dans quelque pays qu'ils soient ... et ses entrailles de
miséricorde sont sur toute la terre » (Alma 26:37 ; voir aussi 1 Néphi 1:14).
Parce qu'il aime tous ses enfants, le Seigneur leur donne une lumière
spirituelle pour les guider et enrichir leur vie. Orson F. Whitney (1855-1931),
du Collège des douze apôtres, a déclaré que Dieu « n'utilise pas seulement son
peuple de l'alliance, mais aussi d'autres peuples, pour accomplir une oeuvre
prodigieuse, magnifique et en même temps trop ardue pour qu'une petite poignée
de saints suffisent pour l'accomplir [2] ».
B. H. Roberts (1857-1933), des soixante-dix, a également parlé de ce point de
doctrine : « L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est établie
pour l'instruction des hommes, et c'est l'un des moyens que Dieu utilise pour
faire connaître la vérité, mais il ne se limite pas à cette institution pour
accomplir ce but, il n'est pas limité en temps ni en lieu. Dieu suscite ici et
là, parmi tous les enfants des hommes, des sages et des prophètes qui sont de
leur propre langue et de leur propre nationalité et qui parlent aux gens de
façon à ce qu'ils comprennent... Tous les grands maîtres sont des serviteurs de
Dieu ; dans tous les pays et à toutes les époques. Ce sont des hommes inspirés,
choisis pour instruire les enfants de Dieu, selon les conditions dans lesquelles
ils vivent. [3] »
Joseph Smith (1805-1844) a souvent parlé de ce thème de l'amour universel de
Dieu et de la nécessité qui en découle de rester ouvert à toutes les sources de
la lumière et de la connaissance divine qui nous sont disponibles. Il a déclaré
: « L'un des grands principes fondamentaux du ‘mormonisme’ c'est de recevoir la
vérité d'où qu'elle vienne [4]. » Le prophète a exhorté les membres de l'Église
à « rassembler tous les principes bons et vrais qui existent dans le monde et à
les chérir [5]. »
Les dirigeants de l'Eglise incitent continuellement les membres à entretenir des
relations positives avec les personnes de religions différentes en reconnaissant
la vérité spirituelle que les autres possèdent et en mettant l'accent sur les
similarités entre les croyances et les modes de vie. Les dirigeants de l'Église
nous enseignent à exprimer notre désaccord aimablement. Bruce R. McConkie
(1915-1985), du Collège des douze apôtres, a parlé de ce sujet aux saints des
derniers jours et aux membres d'autres Églises lors d'une conférence
interrégionale à Tahiti : « Gardez toute la vérité et tout le bien que vous avez
déjà. N'abandonnez aucun principe bon ou juste. Ne tournez le dos à aucune norme
du passé qui soit bonne, juste et vraie. Nous croyons en toute vérité qui existe
dans toute Église dans le monde. Mais nous disons aussi aux hommes : Venez et
acceptez la lumière supplémentaire et la vérité que Dieu a rétablie de nos
jours. Plus grande est la vérité que nous avons, plus grande sera notre joie dès
maintenant ; plus nous recevons de vérité, plus grande est notre récompense dans
l'éternité. [6] »
Lors de la conférence générale d'octobre 1991, Howard W. Hunter, alors président
du Collège des douze apôtres, a déclaré : « Nous, membres de l'Eglise de
Jésus-Christ, nous cherchons à rassembler toute vérité. Nous cherchons à élargir
le cercle de l'amour et de la compréhension parmi tous les peuples de la terre.
Ainsi, nous nous efforçons d'établir la paix et le bonheur, non seulement dans
la chrétienté mais aussi parmi tous les hommes. [7] »
De même, Russell M. Nelson, du Collège des douze apôtres, a cité une déclaration
publique faite par la Première Présidence et le Collège des douze apôtres, en
octobre 1992, invitant « tous les habitants de la terre à renouveler leur
engagement par rapport aux idéaux traditionnels de la tolérance et du respect
réciproque. » Elle ajoutait : « Nous croyons sincèrement que si nous nous
traitons mutuellement avec considération et compassion, nous nous apercevrons
que nous pouvons tous coexister dans la paix, malgré nos différences les plus
grandes. »
Puis il a ajouté : « Cette déclaration est la réaffirmation contemporaine de
l'invitation à la tolérance lancée par le prophète Joseph au siècle dernier. Si
nous sommes unis nous pourrons agir. Ensemble, nous pourrons résister,
intolérants envers les transgressions mais tolérants envers notre prochain en ce
qui concerne les différences qu'il tient pour sacrées. Nos frères et soeurs
bien-aimés dans le monde entier sont tous des enfants de Dieu. [8] »
INTÉRÊT DE L’ÉGLISE POUR MAHOMET
L'un des exemples notables de l'effort de l'Église pour chérir les principes
vrais est l'admiration que les dirigeants de l'Église ont exprimée au fil des
ans envers les contributions spirituelles de Mahomet.
Dès 1855, à une époque où la littérature chrétienne tournait généralement en
dérision Mahomet, George A. Smith (1817-1875) et Parley P. Pratt (1807-1857), du
Collège des douze apôtres, ont fait un long sermon qui manifestait une
compréhension exacte et mesurée de l'histoire de l'islam et disait beaucoup de
bien des qualités de dirigeants de Mahomet. Frère Smith a fait observer que
Mahomet était « descendant d'Abraham et que Dieu l'avait sans aucun doute
suscité dans le but » de prêcher contre l'idolâtrie. Il compatissait avec le
sort des musulmans, a propos de qui on avait du mal à écrire « un récit correct
», comme pour les saints des derniers jours. Frère Pratt a ensuite pris la
parole et a exprimé son admiration pour les enseignements de Mahomet, affirmant
que « dans l'ensemble... [les musulmans] ont plus de moralité et de meilleures
institutions que beaucoup de pays chrétiens [9] ».
L'appréciation de l'Église pour le rôle de Mahomet dans l'Histoire peut se lire
dans la déclaration de 1978 de la Première Présidence sur l'amour de Dieu envers
toute l'humanité. Cette déclaration compte Mahomet parmi les « grands chefs
religieux du monde » qui ont reçu « une portion de la lumière divine » et elle
affirme que « des vérités morales... ont été données par Dieu [à ces dirigeants]
pour instruire des nations entières et pour apporter un degré supérieur de
compréhension à chaque être humain [10] ».
Lors des dernières années, le respect du patrimoine spirituel de Mahomet et des
valeurs religieuses de la communauté musulmane a conduit les saints des derniers
jours et les musulmans du monde entier à avoir de plus en plus de contacts et à
coopérer davantage. Cette coopération est due, en partie, à la présence
d'assemblées de saints des derniers jours dans des régions telles que le
littoral Est de la Méditerranée, l'Afrique du Nord, le golf Persique et l'Asie
du Sud-Est. L'Église respecte les lois et les traditions musulmanes qui
interdisent la conversion des musulmans à d'autres religions. Elle a donc adopté
une politique de non-prosélytisme dans les pays musulmans du Moyen-Orient.
Cependant, les exemples de dialogue et de coopération sont nombreux, comme les
visites de dignitaires musulmans au siège de l'Église à Salt Lake City ;
l'utilisation des conserveries de l'Église par des musulmans, pour produire des
aliments halal (purifiés par un rituel) ; l'aide humanitaire et l'aide de
première urgence de l'Église destinées à des régions majoritairement musulmanes,
notamment la Jordanie, le Kosovo et la Turquie ; les accords universitaires
entre l'Université Brigham Young et divers établissements universitaires et
gouvernementaux du monde musulman ; l'existence de l'Association des Étudiants
Musulmans de l'Université Brigham Young et le nombre croissant d'exemples de
collaboration entre l'Église et des organisations musulmanes pour la sauvegarde
des valeurs familiales traditionnelles dans le monde entier [11]. Récemment
lancée, la publication de la Islamic Translation Series (collection d'ouvrages
islamiques traduits en anglais), est parrainée par l'université Brigham Young et
par l'Église, et a engendré d'importants échanges entre des autorités musulmanes
et des dirigeants de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Un
ambassadeur musulman aux Nations Unis a prédit que cette collection d'ouvrages
traduits « jouera un rôle positif dans l'effort de l'Occident pour acquérir une
meilleure compréhension de l'Islam [12] ».
Ces exemples d'interaction entre saints des derniers jours et musulmans, en plus
de l'installation de deux grands centres d'échanges universitaires et culturels
au Moyen-Orient, en 1989 (à Jérusalem et à Amman), reflètent le respect
traditionnel pour l'Islam dont les dirigeants de l'Église ont fait preuve dès le
début de l'Église.
Ces actions sont des preuves tangibles de l'effort que l'Eglise fait pour
promouvoir une meilleure compréhension du monde musulman et témoignent du rôle
de plus en plus prépondérant de l'Église dans la volonté de combler le fossé qui
existe depuis longtemps entre musulmans et chrétiens. Conscient des points
communs entre les musulmans et les saints des derniers jours, un membre du
Conseil des ministres égyptien a dit à Howard W. Hunter, du Collège des douze
apôtres : « Si on arrive un jour à combler le fossé entre le christianisme et
l'islam, cela se fera nécessairement par l'Eglise mormone. » [13]
VIE DE MAHOMET
Qui donc était Mahomet et qu'est-ce qui, dans sa vie et dans ses enseignements,
a mérité l'intérêt et l'admiration des dirigeants de l’Église ? Quelle force et
quelles vertus pouvons-nous retirer de l'expérience musulmane pour notre propre
vie spirituelle, comme le suggère le président Hinckley ?
A l'aube du 2lème siècle, l'islam est l'une des plus grandes religions du monde
et l'une de celles qui progressent le plus rapidement. On compte actuellement
plus d'un milliard de musulmans (presque un cinquième de la population
mondiale). Les musulmans vivent pour la plupart en Asie du sud-est, dans le
sous-continent indien, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, et ils sont
également nombreux en Europe et en Amérique du Nord. Certaines prévisions
estiment que l'islam sera la religion qui comptera le plus d'adeptes dans le
monde pendant la première moitié de ce nouveau siècle. Les origines de cette
religion dynamique et méconnue, pour certains, remontent aux modestes débuts et
à l'oeuvre fondatrice de Mahomet, il y a quatorze siècles. Les musulmans
considèrent que Mahomet est le dernier de la longue succession de prophètes que
Dieu a envoyés pour enseigner l'islam au monde.
Mahomet (en Arabe « loué ») est né en 570 è.c. [14] à La Mecque, ville prospère
qui était un centre de commerce par caravane et de pèlerinage religieux au
Nord-Ouest de la péninsule arabique. Devenu orphelin dans sa petite enfance, il
a vécu dans la pauvreté pendant sa jeunesse. Il était gardien de troupeau pour
sa famille et ses voisins, ce qui lui donnait amplement le temps d'être seul
pour méditer sur les grandes questions de la vie. Dans sa communauté, Mahomet a
acquis la réputation d'être un arbitre de confiance et un conciliateur, comme le
montre le récit suivant :
« A un moment donné, les Quraish [la tribu de Mahomet] ont décidé de
reconstruire la Ka'ba [lieu saint] en replaçant les pierres au-dessus des
fondations. Ils voulaient placer la pierre noire à l'un des coins mais ils
n'arrivaient pas à décider qui aurait l'honneur de le faire. Ils se seraient
violemment disputés si le jeune homme [Mahomet], qu'ils admiraient tous et en
qui ils avaient confiance, n'était pas passé par là. Ils [lui] ont demandé... de
régler le litige. Il leur a dit d'étendre un grand manteau et d'y placer la
pierre noire au centre. C'est ce qu'ils ont fait. Puis il a demandé à un homme
de chacun des quatre clans qui se disputaient de tenir un coin du manteau. De
cette façon, ils ont tous eus l'honneur de porter la pierre. [15] »
A l'âge de 25 ans, Muhammad a épousé une veuve, Khadija, qui avait 15 ans de
plus que lui et qui avait fait fortune dans le commerce par caravane. Elle
connaissait sa réputation d'homme honnête et travailleur et c'est elle qui l'a
demandé en mariage. Ce mariage s'est avéré être un mariage heureux. Quatre
filles et deux garçons en sont nés. Pendant les quinze années suivantes, Mahomet
s'est employé à gérer l'entreprise familiale avec Khadija et à élever leurs
enfants. Au cours de cette période, il se retirait souvent dans le désert pour
être seul pour prier, méditer et adorer. Il était mécontent de la corruption, de
l'idolâtrie et des injustices sociales qui sévissaient à La Mecque. Il était en
quête d'une vérité supérieure qui lui apporterait, à lui et à son peuple, la
paix, la justice et le bien-être spirituel.
En 610 è.c., à l'âge de 40 ans, sa quête et sa préparation spirituelles ont
atteint leur apogée. Selon l'histoire de l'islam, alors que Mahomet priait et
méditait un soir sur le Mont Hira près de La Mecque, l'ange Gabriel lui est
apparu pour lui donner un message de Dieu (en Arabe Allah) [16]. À trois
reprises, l'ange a commandé à Mahomet : « Récite : Au nom de ton Seigneur qui a
créé, qui a créé l'homme d'un caillot. Récite : Ton Seigneur est le Très
Généreux, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait
pas » (Le Coran, sourate 96, v.1-5) [17].
Mahomet a déclaré avoir reçu pendant 22 ans, de 610 è.c. à son décès en 632, des
communications venant d'Allah, par l'intermédiaire de l'ange Gabriel, qu'il a
mémorisées et récitées à ses disciples. Les musulmans appellent l'ensemble de
ces récitations de la pensée et de la volonté d'Allah : al-Qo'ran (« récitation
»). Cependant, les enseignements de Mahomet contre l'idolâtrie, le polythéisme,
l'infanticide des filles, et d'autres corruptions religieuses et sociales ont
rencontré une violente opposition à La Mecque. On a rejeté son message au début
de sa période de prédication à La Mecque, et Mahomet et sa jeune communauté de
convertis, essentiellement constituée de quelques membres de sa famille et de
quelques amis proches, ont été rejetés, persécutés et même torturés.
Puis un groupe d'homme est venu de la ville de Yathrib pour demander à Mahomet
de servir d'arbitre pour régler les disputes qui ruinaient leur ville. Mahomet y
a vu l'occasion de soulager les souffrances de ses disciples et il a accepté de
quitter La Mecque. Il a d'abord envoyé ses disciples puis il s'est lui-même
rendu dans cette ville, qui allait dorénavant s'appeler Madinat an-Nabi (‘Ville
du prophète’) ou simplement Médine. Cette émigration (en Arabe Hijra [hégire]),
de La Mecque à Médine, a eu lieu en 622 è.c., année qui marque le début du
calendrier de l'hégire musulman. Les musulmans ont vu en l'Hijra une date
charnière de la vie du prophète et un tournant dans la nature de la communauté
musulmane. De prédicateur rejeté, Mahomet est devenu homme d'Etat, législateur,
juge, éducateur et dirigeant militaire. À Médine, les musulmans étaient libres
d'établir leur communauté en sécurité, de développer des institutions de
gouvernement et d'éducation, et de devenir une communauté prospère,
contrairement à leur situation à La Mecque, où ils étaient une minorité
religieuse persécutée.
Quelques années après l'Hijra, Mahomet a pu retourner à La Mecque, où l'on a
progressivement adopté ses enseignements. De nos jours, les musulmans
considèrent La Mecque comme le grand centre spirituel de l'Islara et la ville la
plus sainte, devant Médine et Jérusalem, en troisième position.
En 632, à l'âge de 62 ans, Mahomet est mort de façon inattendue après une courte
fièvre. En tous points, Mahomet a eu un succès phénoménal, même si son nom et sa
contribution ont été sujets à controverse en occident. Cependant, durant la
deuxième moitié du 20ème siècle, les historiens non-musulmans sont devenus plus
objectifs et plus élogieux. Ils ont reconnu que l'oeuvre de Mahomet dans les
domaines politique et religieux lui fait mériter une place parmi les personnages
qui ont eu le plus d'influence dans l'Histoire.
Contrairement au stéréotype du monde occidental qui considère que Mahomet est un
ennemi des Chrétiens, les sources musulmanes le décrivent comme un homme qui
était toujours humble, bienveillant, doté d'humour, généreux et qui avait des
goûts simples. Il souriait souvent, mais on dit qu'il riait rarement. Un hadith
(recueil des paroles et des actes de Mahomet) bien connu, raconte en effet : «
Si vous saviez ce que je sais, vous pleureriez beaucoup et vous ririez peu. »
L'histoire suivante illustre bien son humour : « Un jour une dame avancée en âge
est venue le voir pour lui demander si les vieilles femmes misérables allaient
aussi au Paradis. « Non, a-t-il répondu, il n'y a pas de vieilles femmes au
Paradis ! » Puis, regardant son visage marqué par le chagrin, il a dit en
souriant : « Elles seront toutes transformées au Paradis, car il n'y a là que la
jeunesse pour tous ! »
Il dispensait des conseils sages et pratiques à ses disciples. Lorsqu'un homme
lui demanda s'il fallait qu'il attache son chameau, puisqu'il mettait sa
confiance en l'aide et la protection de Dieu, Mahomet répondit : « Attache-le
d'abord, et ensuite fais confiance à Dieu. » Certains récits indiquent que la
famille de Mahomet était pauvre et avait souvent faim. Elle ne pouvait parfois
manger que du pain sec. Sa déclaration faqri fakhri : « Ma pauvreté est ma
fierté », montre qu'il tirait du plaisir des choses simples. Par la suite, les
ascètes musulmans ont fait de cette expression leur devise. Il avait une
tendresse particulière pour les enfants et permettait à ses deux petits-fils de
monter sur son dos lorsqu'il faisait sa prière. Un homme l'a un jour critiqué
d'avoir embrassé son petit-fils, Hasan, lui disant : « J'ai dix garçons et je ne
les ai jamais embrassés. » Mahomet a répondu : « Celui qui ne montre pas de
miséricorde ne recevra pas de miséricorde. [18] »
Dans son dernier discours à la mosquée de Médine, le jour de sa mort, Mahomet a
fait preuve d'humilité et de magnanimité en faisant ses adieux à sa communauté,
après plus de trente ans de sacrifice pour elle : « Si j'ai blessé l'honneur de
quelqu'un, je suis prêt à répondre de cela. Si j'ai injustement infligé une
souffrance corporelle à quelqu'un, j'accepte de payer le châtiment. Si je dois
quelque chose à quelqu'un, voilà mes biens, qu'il se serve... Personne ne
devrait dire : ‘J'ai peur de l'inimitié et de la rancoeur du messager de Dieu.’
Je ne garde rancune à personne. Ces choses sont répugnantes à ma nature et à mon
tempérament. Je les abhorre. [19] »
Avec cette vision de Mahomet à l'esprit, nous pouvons comprendre pourquoi les
musulmans bénissent fréquemment son nom, l'évoquent dans leurs conversations et
célèbrent le jour de sa naissance. Les musulmans pieux s'efforcent de suivre son
exemple dans tous les aspects de la vie : la façon de s'habiller, les soins de
toilette, les bonnes manières à table, les rituels religieux et la bienveillance
envers autrui.
ENSEIGNEMENTS DE MAHOMET
La vie du musulman repose sur cinq principes fondamentaux qui sont présentés en
termes généraux dans le Coran et qui sont exposés dans les enseignements et les
règles traditionnelles (en Arabe sunna) de Mahomet. Ces cinq piliers sont la
profession de foi, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage à La Mecque.
Pour illustrer la façon dont Mahomet enseignait et son rôle capital dans la vie
musulmane, voici quelques enseignements qu'il a donnés sur le don charitable et
le jeûne.
Le principe de l'aumône est destiné à prendre soin des pauvres et à favoriser la
compassion parmi la communauté de croyants. Le Coran indique que ce sont la
charité et la compassion, non l'observance machinale des rituels, qui
déterminent la dignité aux yeux de Dieu (S. 2, v. 177). Les paroles de Mahomet
enseignent clairement la pratique de la charité :
« Aucun d'entre vous ne croit [vraiment] jusqu'à ce qu'il souhaite pour son
frère ce qu'il souhaite pour lui-même. »
« Le corps entier de chacun doit pratiquer la charité tous les jours où le
soleil se lève : agir équitablement entre deux personnes est un acte de charité
; aider un homme à monter sur sa monture, où hisser ses affaires sur sa monture
est un acte de charité une bonne parole est un acte de charité ; tous les pas
que l'on fait pour aller prier sont des actes de charité enlever un objet
dangereux de la route est un acte de charité. »
« La charité éteint le péché comme l'eau éteint le feu. »
« Sourire à autrui est un acte de charité. »
« Celui qui dort l'estomac plein en sachant que son voisin a faim [n'est pas
croyant]. [20] »
Les musulmans considèrent que le but du jeûne est double : apporter un état
d'humilité et livrer son âme à Dieu, et favoriser la compassion envers les
pauvres de la communauté et prendre soin d'eux. Ainsi, le jeûne et l'aumône vont
de pair : le renoncement à soi ne peut être complet sans le don de soi.
J'ai repensé à ce principe en vigueur parmi les musulmans et à la grande
influence de l'exemple de Mahomet dans leur vie, lorsque je vivais au Caire, en
Egypte, pendant le mois sacré de jeûne, le mois du Ramadan [21]. Un ami
musulman, Nabil, nous a invités, ma famille et moi, à un repas en famille, le
soir, à la rupture du jeûne. Lorsque nous sommes entrés dans son modeste
appartement, dans l'un des quartiers les plus pauvres du Caire, j'ai remarqué
que beaucoup de femmes se trouvaient dans une pièce, avec leurs enfants. Ils
étaient tous assis par terre. De la nourriture était disposée devant eux sur une
nappe. Ils attendaient calmement l'appel à la prière qui marque, chaque jour, la
fin du jeûne. Lorsque j'ai demandé si ces personnes étaient de sa famille, Nabil
a répondu : « Non, je ne connais aucun d'entre eux. Nous avons l'habitude
d'inviter des inconnus dans la rue qui ne peuvent pas se permettre d'acheter de
la bonne nourriture, à manger notre repas du Ramadan avec nous. Nous faisons
cela parce que c'était l'une des coutumes de notre prophète, Mahomet. »
La générosité et la compassion de mon ami musulman pour les pauvres m'ont
beaucoup touché. Cela m'a beaucoup ému de le voir mettre en pratique un principe
que j'avais appris dans la Bible des années auparavant mais dont j'avais
rarement été témoin : « Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, ne convie pas tes
amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches... mais lorsque tu
donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles.
Et tu seras heureux, puisqu'ils n'ont pas de quoi te rétribuer » (Luc 14:12-14).
POINT DE VUE DES SAINTS DES DERNIERS JOURS
Alors comment les saints des derniers jours peuvent-ils considérer les musulmans
? La meilleure attitude consiste à reconnaître les vérités et les valeurs que
nous avons en commun avec nos frères et soeurs musulmans, tout en reconnaissant
poliment qu'il existe des différences théologiques. Il est certain que les
saints des derniers jours n'acceptent pas les enseignements de l'islam qui
rejettent la divinité de Jésus-Christ, la nécessité de prophètes modernes ou le
principe de la progression éternelle. Mais en étant humbles et réceptifs à la
lumière spirituelle, où que nous la trouvions, nous pouvons retirer beaucoup de
la perception des musulmans et soutenir les similarités telles que la croyance
en la foi, la prière, le jeûne, le repentir, la compassion, la pudeur et la
famille, croyances qui sont les pierres angulaires de la spiritualité
individuelle et de la vie en Collectivité [22].
Lors d'une réunion avec des dignitaires musulmans, Neal A. Maxwell, du Collège
des douze apôtres, a insisté sur l'héritage spirituel commun des mormons et des
musulmans. Après avoir cité un verset du Coran, il a déclaré : « Dieu est la
source de la lumière dans le ciel et sur la terre. Nous croyons cela tout comme
vous. Nous résistons au monde séculier. Nous croyons, comme vous, que la vie a
un sens... Nous révérons l'institution de la famille... Nous saluons votre
intérêt pour l'institution de la famille... Le respect mutuel, l'amitié, et
l'amour sont précieux dans le monde d'aujourd'hui. Nous éprouvons ces sentiments
envers nos frères et nos soeurs musulmans. L'amour n'a jamais besoin de visa. Il
traverse toutes les frontières et rapproche les générations et les cultures
[23]. »
Dans l'une de ces déclarations les plus éloquentes sur la tolérance et la
compassion, Joseph Smith a incité les saints à élargir leur vision de la famille
humaine, à voir les personnes qui ont une foi et une culture différentes comme
notre Père céleste les voit et non selon les « idées étroites et mesquines des
hommes ». Il a enseigné que le Père tiendra compte des conditions personnelles,
politiques et sociales au jour dernier et qu'il rendra un jugement final selon
sa perspective divine miséricordieuse qui dépasse notre compréhension humaine
limitée.
Il a ajouté « Mais tandis qu'une partie du genre humain juge et condamne
impitoyablement l'autre, le Père suprême de l'univers contemple la famille
humaine tout entière avec un souci et une considération paternels ; il la
considère comme sa postérité et sans aucun de ces sentiments mesquins qui
influencent les enfants des hommes, fait lever son soleil sur les méchants et
sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Il tient en
main les rênes du jugement ; c'est un législateur sage et il jugera tous les
hommes, non pas selon les idées étroites et mesquines des hommes, mais selon le
bien ou le mal qu'ils auront fait, étant dans leur corps, que ces oeuvres aient
été accomplies en Angleterre, en Amérique, en Espagne, en Turquie ou en Inde. Il
jugera les hommes non pas selon ce qu'ils n'ont pas, mais selon ce qu'ils ont,
ceux qui ont vécu sans loi seront jugés sans loi et ceux qui ont une loi seront
jugés par cette loi. Nous ne devons pas douter de la sagesse et de
l'intelligence du grand Jéhovah ; il distribuera les jugements ou la miséricorde
à toutes les nations selon leur mérite respectif, leurs moyens d'obtenir de la
connaissance, les lois par lesquelles elles sont gouvernées, les facilités qui
leur sont données d'obtenir des renseignements corrects et ses desseins
impénétrables concernant la famille humaine ; et quand les desseins de Dieu
seront manifestés et que le voile de l'avenir sera retiré, nous devrons tous
finalement confesser que le juge de toute la terre a bien agi. [24] »
En réponse aux questions sur les relations de l'Église avec les autres
religions, je me réjouis de dire que nous appartenons à une Église qui soutient
les vérités enseignées par Mahomet et d'autres grands maîtres, réformateurs ou
fondateurs religieux. Nous reconnaissons la bonté qui émane de la vie de
personnes qui appartiennent à d'autres communautés religieuses. Nous ne
renonçons pas aux vérités éternelles révélées de l'Évangile rétabli, mais nous
nous efforçons de ne pas être en position d'adversaires vis-à-vis des autres
confessions. En accord avec la recommandation moderne d'un prophète, nous
cherchons plutôt à chérir ce qui est vertueux et digne de louange et à cultiver
une attitude de « profonde reconnaissance » envers eux. Nous, saints des
derniers jours, pouvons respecter la lumière spirituelle que possèdent d'autres
religions et en retirer beaucoup, tout en cherchant humblement à apporter la
part supplémentaire de vérité éternelle qui nous est donnée par la révélation
moderne.
James A. Toronto est professeur assistant d'études islamiques et de religion
comparée à l'Université Brigham Young.
NOTES
1. Cité dans Go Forward with
Faith: The Biography of Gordon B. Hinckley, Sheri L. Dew, (1996), p. 536, p.
576.
2. Dans Conference Report, avril 1921, p. 32-33.
3. Defense of the Faith and the Saints, 2 volumes (1907), 1:512-513.
4. Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding Smith
(1976), p. 253.
5. Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 256
6. Cité dans « Enseigne-nous la tolérance et l'amoun », Russell M. Nelson,
L'Étoile, juillet 1994, p. 75.
7. « L'Évangile, foi globale », L'Étoile, janvier 1992, p. 19.
8. L'Étoile, juillet 1994, p. 76 ; italique dans l'original.
9. Voir Deseret News, 10 octobre 1855, p. 242, 245.
10. Cité dans « Questions et réponses », L'Étoile, avril 1988, p. 32.
11. Les activités qui ont trait à la famille sont coordonnées par le World
Family Policy Center (Centre mondial pour une politique en faveur de la famille)
à l'Université Brigham Young. Ce centre parraine une coalition internationale
entre personnes de religions différentes, le World Congress of Families (Congrès
mondial de la famille), qui comprend des représentants de nombreux pays
musulmans.
12. Voir « Islamic diplomats hosted in New York », Michael R. Leonard, Church
News, 3 avril 1999, p. 6.
13. « All Are Alike unto God », Howard W. Hunter, Ensign, June 1979, p. 74.
14. è.c. signifie l'ère commune et équivaut à l'ère chrétienne.
15. Muhammad the Beloved Prophet, Iqbal Ahmad Azami, (1990), p. 14-15. La Ka'ba
est le lieu saint de La Mecque qui, selon les Musulmans, a été construit par
Abraham et son fils Ismaël.
16. Allah est la contraction de al-ilah, qui signifie: « le Dieu ». C'est le mot
qui est utilisé par tous les musulmans et les chrétiens arabes pour désigner
Dieu. Les saints des derniers jours arabophones utilisent couramment ce mot et
il est employé dans les Ecritures et l'Eglise dans les régions de langue arabe.
17. The Koran Interpreted, A. J. Arberry, traducteur (1955), p. 344.
18. On trouve ces anecdotes au sujet de la personnalité de Mahomet dans And
Muhammad Is His Messenger: The Veneration of the Prophet in Islamic Piety, de
Annernarie Schimmel, (1985), p. 46-49.
19. « The Life of the Prophet », Ja'far Qasimi, dans Islamic Spirituality, édité
par Seyyed Hossein Nasr (1991), p. 92.
20. Les trois premiers hadiths cités ici sont tirés de al-Arba'in al-Nawawiyya
[Nawawi's Forty Hadith] (1976), p. 56, 88, 98. L'auteur a noté les deux derniers
hadiths lors de conversations avec des connaissances ou des amis musulmans.
21. Pendant le Ramadan, les musulmans jeûnent de l'aube au coucher du soleil
pendant 30 jours consécutifs ; ils s'abstiennent de nourriture, de boisson, de
tabac et d'autres plaisirs physiques.
22. Pour plus de renseignements sur le monde musulman ou les similarités et les
différences de doctrine, voir Abraham Divided : An LDS Perspective on the Middle
East, Daniel C. Peterson (1995) ou « Islam », James A. Toronto, dans Religions
of the World : A Latter-day Saint View, Spencer J. Palmer et Roger R. Keller
(1997), p. 213-241.
23. Church News, 3 avril 1999, p. 6, ainsi que les observations et les notes
personnelles de l'auteur.
24. Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 176.
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