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JEREMIE : COMME L’ARGILE DU
POTIER
La tendresse avec laquelle le Seigneur a sculpté la vie du prophète Jérémie nous
rappelle la manière dont il peut façonner la nôtre.
par Jean A. Tefan
Soixante-dix-autorité interrégionale
Son nom signifie « Jéhovah exaltera » et il était hardi au service du Seigneur ;
cela ne l'a pas empêché de connaître beaucoup de tourments spirituels.
A un moment de la première partie de son ministère de plus de quarante ans à
Jérusalem, Jérémie reçut du Seigneur le commandement de se rendre chez un potier
(voir Jérémie 18:1-2). Il observa le travail de l'homme qui faisait tourner du
pied une roue inférieure tandis qu'il travaillait de ses mains un tas d'argile
mouillée sur un tour. La fabrication de la poterie est l'un des artisanats les
plus anciens de la civilisation. Jérémie vit le potier découvrir un défaut dans
le vase qu'il faisait. Il le regarda avec intérêt malaxer de nouveau ce qu'il
avait fait et se remettre à façonner un tout nouveau vase (voir Jérémie 18:3-4).
Le Seigneur lui posa alors une question pour la forme : « Ne puis-je pas agir
envers vous comme ce potier, maison d'Israël ? » (Jérémie 18:6). Il aurait aussi
bien pu poser cette question à Jérémie.
C'était un prophète qui avait connu les jours les plus sombres de la méchanceté
d'Israël, et cependant, dans tout cela, il reconnaissait les mains habiles du
Maître potier façonnant sa personnalité pour en faire une belle oeuvre d'art.
Les événements de sa vie nous rappellent la nécessité de remettre notre vie
entière entre les mains aimantes du Seigneur, aussi difficile que cela soit.
SON APPEL AU SERVICE
Jérémie naquit à Anathoth, à environ cinq kilomètres au nord-est de Jérusalem.
Hilkija, son père, faisait partie « des sacrificateurs d'Anathoth au pays de
Benjamin » (Jérémie 1: 1). Dans sa jeunesse, le Seigneur l'appela pour être son
prophète : « Tu iras auprès de tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu
diras tout ce que je t'ordonnerai » (Jérémie 1:7). Jérémie commença par résister
à la confiance que le Seigneur mettait en lui : « Je ne sais point parler, car
je suis un enfant » (Jérémie 1:6). Mais le Seigneur connaissait le potentiel de
Jérémie : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te
connaissais... je t'avais établi prophète des nations » (Jérémie 1:5).
De la même façon, le Seigneur connaît chacun de nous et nous a choisis pour que
nous venions dans cette vie au moment et à l'endroit qui sont les meilleurs pour
nous. Il peut nous façonner par nos appels à servir au foyer ou dans l'Église.
Nous avons appris, ma femme et moi à mieux apprécier ce principe quand nous
avons été appelés à présider la mission de Suva (Fidji). Nous ne parlions pas
couramment l'anglais et l'épreuve était particulièrement grande pour ma femme.
Quand elle a été mise à part, elle a reçu une bénédiction spéciale pour avoir ce
don. Elle a étudié de manière intensive et a pratiqué son anglais à la maison et
avec les missionnaires. Elle a bientôt pu parler en anglais aux missionnaires
lors des conférences de zone à Fidji, Vanuatu et Kiribati ; de son côté, elle
instruisait, en français, les missionnaires travaillant en Nouvelle-Calédonie.
Elle considérait que le Seigneur l'avait appelée à servir les gens des deux
langues ; il fallait donc qu'elle puisse les parler toutes les deux. Cette
expérience l'a façonnée et bénie, ainsi que notre famille et les personnes
qu'elle a eu l'occasion d'instruire, même si son anglais a un léger accent
français.
SA MALLÉABILITÉ
Un élément qui a joué un rôle majeur dans le façonnage de la vie de Jérémie a
été sa malléabilité, c'est-à-dire le fait qu'il était disposé à se soumettre aux
commandements de Dieu, qu'il avait suffisamment de souplesse pour se plier
spontanément et autant de fois qu'il le fallait à la volonté divine. L'humilité,
l'obéissance, la foi et l'absence d'orgueil sont des traits de caractère qui
accentuent la malléabilité. Le Maître potier mit fréquemment à l'épreuve la
disposition de Jérémie à l'obéissance.
Une fois, il lui commanda d'acheter un vase de terre et de le briser devant les
dirigeants du peuple et ensuite de prophétiser hardiment : « Ainsi parle
l’Eternel des armées : C'est ainsi que je briserai ce peuple et cette ville,
comme on brise un vase de potier, sans qu'il puisse être rétabli » (Jérémie
19:11 ; voir 19:1-15). Il a fallu, pour s'acquitter de la tâche de dénoncer de
manière aussi spectaculaire ses dirigeants politiques, que Jérémie fasse preuve
d'une obéissance courageuse sans aucune considération pour sa sécurité
personnelle.
Le Seigneur dit alors à Jérémie qu'il devait faire de lui-même une leçon de
choses impressionnante. Il lui fut commandé de faire un joug avec des liens et
une barre et de se le mettre autour du cou comme un animal et de le porter en la
présence du roi Sédécias et des ambassadeurs présents à Jérusalem. Quel
spectacle étrange il a dû donner à ces hommes influents et puissants ! Il leur
dit que s'ils ne se soumettaient pas spontanément et ne servaient pas le roi de
Babylone, comme des boeufs sous le joug, le Seigneur les détruirait (voir
Jérémie 27:1-11).
Dans ces situations et dans bien d'autres, Jérémie fut suffisamment malléable
pour faire ce que le Seigneur lui commandait, aussi étrange, impopulaire ou
insensé que cela ait pu le rendre aux yeux des autres.
Pendant mon service comme président de mission, j'ai rencontré beaucoup de
jeunes qui avaient aussi ce genre de malléabilité. J'ai d'abord rencontré
Olivier Pecqueux lors d'une visite en Nouvelle-Calédonie. Il avait 24 ans et
faisait son service militaire. Il n'était pas pratiquant et vivait selon le
monde. Mais le Seigneur avait d'autres desseins pour lui. A sa demande, nous
nous sommes rencontrés et nous avons commenté sa bénédiction patriarcale. Il a
décidé de s'humilier, de se repentir et de laisser le Seigneur façonner sa vie.
Il a bientôt été appelé à faire une mission à plein temps et est devenu l'un de
mes missionnaires les plus capables. Il va maintenant à l'université et s'est
récemment marié au temple de Tahiti.
Nos décisions devraient de même démontrer notre malléabilité et notre espérance
dans le Christ, comme l'a dit Hugh W. Pinnock (1934-2001) des soixante-dix : «
Lorsque nous commettons des erreurs, comme en faisait Israël autrefois, nous
pouvons prendre ce que nous avons gâché et recommencer. Le potier n'a pas
abandonné et n'a pas jeté l'argile... et nous ne devons pas perdre espoir et
nous rejeter nous-mêmes. Oui, nous avons pour tâche de surmonter nos problèmes,
de prendre ce que nous sommes et ce que nous avons et de recommencer [1]. »
CE QU'IL A SOUFFERT
Jérémie connut de nombreuses afflictions (voir Lamentations 3:1). En fait, le
Seigneur l'avertit au moment de son appel que les rois, les princes, les prêtres
et le peuple lutteraient contre lui. « Mais ils ne te vaincront pas car je suis
avec toi pour te délivrer » (Jérémie 1:19), promit-il. Voici deux des nombreuses
circonstances difficiles que Jérémie fut appelé a endurer.
Lorsqu'il apprit que Jérémie avait brisé le vase d'argile et prophétisé devant
le peuple, Paschhur, le sacrificateur responsable de maintenir l'ordre dans les
cours du temple, le fit arrêter, battre et mettre au carcan. Le lendemain il le
fit comparaître devant lui, mais Jérémie répéta hardiment les paroles du
Seigneur concernant la destruction imminente, ajoutant : « Et toi, Paschhur, et
tous ceux qui demeurent dans ta maison, vous irez en captivité » (Jérémie 20:6).
Quand l'armée babylonienne mit le siège devant Jérusalem, Jérémie transmit la
parole du Seigneur au roi Sédécias et à son peuple, disant qu'ils devaient se
rendrent. Cela irrita certains dirigeants, qui se servirent ensuite de la
tentative de Jérémie de quitter la ville comme prétexte pour l'arrêter et
l'emprisonner pour trahison (voir Jérémie 37:6-15).
On le jeta dans une citerne servant de cachot pour qu'il y meure de faim. Une
citerne est une cavité en forme de poire taillée dans le roc pour récolter et
conserver l'eau. De la boue s'était accumulée au fil des années au fond de cette
citerne ; elle était tellement profonde que Jérémie « s’enfonça dans la boue »
(Jérémie 38:6). Sans le courage et la compassion d'Ebed-Mélec, serviteur
éthiopien du roi, Jérémie serait mort à coup sûr (voir Jérémie 38:7-13 ; voir
aussi 1 Néphi 7:14).
Quand le roi de Babylone envahit Jérusalem, Jérémie décida de rester avec son
peuple à Jérusalem, continuant à lui faire parvenir la parole du Seigneur en
dépit du refus constant de ses compatriotes de suivre ses conseils. Ou croit
qu'il mourut en Égypte peu après avoir lancé à son peuple un dernier appel pour
qu'il retourne au Seigneur (voir Jérémie 44).
Les épreuves que Jérémie a subies ont été les instruments les plus puissants
utilisés par le Seigneur pour façonner et purifier sa vie. De même, ce que nous
souffrons et endurons avec patience nous donne de l'expérience et peut être pour
notre bien (voir D&A 122:7-8). John B. Dickson, des soixante-dix, a dit : « La
vie n'est pas faite pour être facile, mais je promets à ceux qui travaillent
fidèlement et qui affrontent avec détermination toutes les épreuves comme il le
faut... qu'ils auront la bénédiction d'éprouver un bonheur qui les façonnera et
qu'on ne pourra en aucune façon leur enlever [2] ».
VASES D'HONNEUR
Le 19 décembre 1841, le Collège des douze apôtres se réunit chez Joseph Smith,
le prophète. Selon le procès verbal de la réunion, rédigé par Wilford Woodruff,
« Heber C. Kimball a prêché... sur l'argile dans les mains du potier, disant que
quand elle était gâchée dans les mains du potier, elle était détachée du tour et
rejetée dans le mélangeur pour se retrouver dans la fournée suivante et était un
vase de déshonneur, mais que toute argile qui prenait bien forme dans les mains
du potier... était un vase de choix [3]. »
Jérémie est un prophète qui a vraiment témoigné du Christ (voir Hélaman 8:20).
Le Sauveur lui-même a utilisé ses paroles pour enseigner et prophétiser pendant
son ministère ici-bas. Sa vie a été un vase d'honneur, un modèle de service, de
malléabilité et de longanimité pour les saints d'aujourd'hui.
Notre vie petit aussi être un vase d'honneur, une oeuvre de beauté dans les
mains du Maître potier, si nous répondons à son appel, si nous sommes malléables
entre ses mains et si nous tirons la leçon des épreuves que nous subissons.
Jean A. Tefan est soixante-dix-autorité interrégionale dans l'interrégion des
îles d'Océanie.
NOTES
1. « Prendre un nouveau départ », L'Etoile, octobre 1982, p.24
2. Voir « Personne n'a dit que ce serait facile », L'Étoile, janvier 1993, p.
53.
3. History of the Church, 4:478.
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