LES JO A LA MODE DES MORMONS

Salt Lake City : Claire Godard

06 février 2002

« Michael Otterson est probablement l'un des hommes les plus débordés aujourd'hui à Salt Lake City », souffle l'un de ses collègues. L'homme n'est pourtant ni un athlète ni un organisateur du Comité olympique. Michael Otterson est directeur des relations publiques de l'Église des mormons[1]. Il est 10 heures du matin et il a déjà passé la moitié de sa matinée avec des Biélorusses, des Mexicains, puis des Canadiens. Depuis l'attribution des Jeux à Salt Lake City, les mormons se trouvent face à un sacré casse-tête: comment profiter de l'opportunité que représente ce flux de visiteurs pour faire connaître leur religion sans se faire taxer de prosélytisme? 

Avant les Jeux, le reste de l'Amérique se moquait déjà de ces « Mormonlympiques ». Allait-on voir des mormons en costumes sombres ou longues jupes tenter d'alpaguer les visiteurs[2] ? Le maire de Salt Lake City et le gouverneur de l'Utah, un État dont deux tiers des résidents sont mormons, ont assuré que non. A la tête du comité organisateur des Jeux à Salt Lake City, Mitt Romney est lui aussi mormon, et il évite le sujet autant que possible. 

« On est bien conscient que les Jeux ont été accordés à la communauté, pas à notre Église. Depuis le premier jour, on s'est mis d'accord pour ne pas utiliser les Jeux pour faire du prosélytisme. Rien n'a changé depuis », assure Michael Otterson. 

Son Église n'est pourtant pas très à l'aise depuis que la chaîne de télévision NBC, qui retransmet les Jeux aux États-Unis, a reconnu avoir rencontré des responsables mormons qui envisageaient de dépenser quelques millions de dollars en publicité diffusée pendant les semaines olympiques. Juste une idée en l'air, selon Michael Otterson. « On n'est pas allé plus loin. D'abord parce que c'est extrêmement cher. Ensuite parce que ça nous aurait fait passer pour une grande entreprise. On représente une foi internationale, on n'a pas envie d'avoir l'air d'un grand business. » Une image qui leur colle pourtant à la peau aux États-Unis depuis qu'en 1997 une enquête du magazine Time évaluait les revenus annuels de l'Église des mormons à 6 milliards de dollars.

A Salt Lake City, où elle a établi ses quartiers généraux en 1847, fuyant les persécutions de l'est du pays, l'Église des saints des derniers jours (son nom officiel)[3] est propriétaire d'un des deux quotidiens de la ville, de centres commerciaux, d'immeubles, d'une chaîne de télévision et de stations de radio. Jusqu'au terrain de « la place des médailles » où les vainqueurs des épreuves seront récompensés.

Les mormons ont choisi de faire profil bas (les visiteurs pourront, par exemple, fumer et boire de l'alcool ou du café, des interdits mormons) mais pas d'être invisibles. Leur énorme temple néogothique devrait être aux Jeux d'hiver ce que les images de l'Opéra de Sydney ont été aux téléspectateurs des Jeux d'été. Michael Otterson a aussi l'intention de profiter de ces deux semaines pour lever quelques malentendus. « La polygamie par exemple. Les gens ne comprennent pas que c'est quelque chose qui a été abandonné il y a plus d'un siècle. Et la poignée de gens dans les montagnes qui continuent à être polygames n'ont rien à voir avec nous. » 

Quant aux missionnaires de l'Église, il ne nie pas leur existence[4]. « Nos 60.000 missionnaires nous apportent un million de nouveaux membres tous les deux ans et demi. Grâce à quoi on est à présent plus de 11 millions. » Mais instruction leur a été donnée de ne pas chercher à convertir les visiteurs. « Le processus de conversion est une expérience très personnelle, entre le missionnaire et celui qui envisage de devenir membre de notre Église. Cela peut prendre jusqu'à un an. Ce n'est pas quelque chose qui pourrait se faire en une semaine de Jeux olympiques. » La frontière est parfois ténue. « Il y a des Coréens qui viennent de me demander le Livre de Mormon. Je vais leur donner bien sûr. »

Alors que le Comité olympique de Salt Lake City travaille avec 24.000 bénévoles, les mormons en ont recruté 5.000 de leur côté, officiellement chargés de l'accueil et de la sécurité. « Hablo espanol » (je parle espagnol), dit le badge de l'un d'eux, venu comme beaucoup de l'étranger. « S'il y a des gens qui s'intéressent à notre Église, on prendra leurs noms, leurs adresses et des missionnaires iront leur rendre visite plus tard. » Et même si ce sont des athlètes ? « Oh, eux seront trop occupés à courir après les médailles. »

Le figaro

 

[1]de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

[2] Un journaliste qui nous confond avec les Amishs

[3] L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (son nom officiel)

[4] Non seulement on ne le nions pas, mais nous sommes assez fier de nos jeunes qui « sacrifient » deux ans de leur vie pour représenter le Seigneur.

 

l Accueil l Écritures l Livres l Magazines l Études l Médias l Art l