PREMIERE CHRONIQUE DU GRAND LAC SALE

Le Monde 11 02 02

La première question qui vient à l'esprit de tout visiteur de l'Utah normalement constitué est celle-ci : peut-on trouver de l'alcool à Salt Lake City et dans ses environs ? Eh bien oui, mille fois oui !

Une fois pour toutes, réglons son compte à cet injuste préjugé : si les Mormons ne boivent pas d'alcool, ils n'empêchent pas les autres de le faire. Les liquor stores de Salt Lake City ne sont pas plus clandestines que celles de Chicago ou de Dallas. Les restaurants servent bières et vins à volonté, quand bien même ceux-ci sont relégués sur un menu annexe qui n'est présenté au consommateur qu'à sa demande expresse.

Les bars sont d'un accès à peine plus difficile qu'ailleurs : tout juste vous demande-t-on à l'entrée de bien vouloir vous fendre d'une cotisation. Dix dollars, et vous voilà membre du club pour la durée des Jeux olympiques.

On peut même prendre une bonne cuite à moins d'un mile du temple mormon, mais à ses risques et périls : un journaliste canadien a été prié de quitter son hôtel, qu'il avait rejoint dans un état aussi avancé que l'heure, non sans s'être fait expliquer par le réceptionniste que boire était un péché[1].

Les mormons, qui ne devraient pourtant pas savoir ce que l'expression mettre de l'eau dans son vin signifie, ont même accepté que de la bière (avec alcool !) soit servie sur les sites olympiques. On y vérifie cependant systématiquement que le buveur est âgé de plus de 21 ans, ce qui provoque des scènes parfois cocasses : il n'y a probablement qu'à Salt Lake City que l'on demande à des quadras grisonnants et burinés de sortir leur carte d'identité pour prouver qu'ils sont bien majeurs.

Rassurons enfin ceux qui y croyaient vraiment : en cherchant bien, on peut encore trouver dans la cité olympique des restaurants qui ne servent pas d'alcool. Au « Passages », Jessica prend un air fataliste quand des clients lui demandent une bière ou la carte des vins et pointe du menton le temple, de l'autre côté de la vitrine : « Désolé, mais nous sommes trop près. » Les responsables du club France, installé dans un club privé situé un peu plus loin sur le même trottoir, n'ont pas eu les mêmes scrupules.

G. v. K.

 


[1] Anecdote ou caricature ?

 

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