LES MORMONS: QUI SONT-ILS?

par Xavier Gauthier

Souvent décriée, confondue avec d’autres mouvements spirituels, au mieux méconnue, la communauté mormone a pourtant pignon sur rue. L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours fort de quelque 80 pratiquants sur Dijon dispose de son lieu de culte, loge les missionnaires du monde entier, et s’implique dans de nombreuses œuvres caritatives.

Ils vont toujours par deux prêcher la bonne parole dans les rues du centre-ville. D’aspect soigné en costume sombre, grands, jeunes, le sourire éclatant, ils attirent plutôt la sympathie. Ce sont frère Roberts et frère Slack, 21 ans, comme il est écrit sur le badge noir qu’ils arborent au revers de leur veste. Ce badge mentionne également leur appartenance à l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Autrement dit l’église des mormons. Comme tout bon mormon, ces deux jeunes américains au regard limpide consacrent deux années de leur vie à une mission à l’étranger. A quelques semaines de la fin de sa mission, le jeune Roberts tire un bilan positif de sa mission qui l’a conduit tour à tour à Valence, Lyon, en Suisse et à Dijon. Deux années totalement à sa charge « j’ai travaillé un an dans ma ville à Portland pour rassembler le budget des deux années ». Soit la coquette somme de 10 000 $US (environ 8300 euros) reversée à l’église via un loyer mensuel de 400 $. Car l’église forte de son propre patrimoine immobilier est en mesure de loger ses sémillants missionnaires qui sillonnent le monde entier. Tous les jours de 9h30 à 21h30 sauf le dimanche, ces jeunes hommes battent le pavé bible et livre de Mormon sous le bras pour porter la parole de Dieu et prêcher les enseignements de leur prophète Joseph Smith à qui veux bien les entendre. Tous deux jugent les Français plutôt réceptifs même s’il regrette « l’amalgame avec les témoins de Jéhovah. Et les malentendus : les gens croient que nous sommes polygames, que nous vivons en communauté. En fait, ils nous prennent pour des amish ». Mais comprennent que tout le monde ne soit pas sensible à leur parole. « C’est normal, c’est leur vie. Aux Etats-Unis, la plupart de nos amis ne sont pas mormons ». En quatre mois « d’évangélisation » à Dijon, frère Roberts, est fier d’avoir contribué aux baptêmes de deux personnes. Au total, la communauté mormone de Dijon compte quelque 260 âmes dont 80 fidèles qui suivent régulièrement les nombreuses activités et les offices de l’Eglise (en France, l’Eglise des Saints des Derniers Jours revendique plus de 30 000 adeptes). Chaque paroisse est administrée par un évêque et deux assesseurs qui agissent de manière bénévole. L’évêque ayant famille et activité professionnelle. Tous les hommes peuvent accéder à la prêtrise s’ils sont jugés dignes par les autres membres. Dès l’âge de 12 ans, ils peuvent être ordonnés dans la prêtrise d’Aaron qui a trait aux fonctions temporelles puis à 18 ans vient le temps de la prêtrise de Melchisédek qui en plus des affaires temporelles englobe le spirituel. La paroisse de Dijon est rattachée au Pieu (diocèse) de Lyon. Chaque membre qui officie au sein de l’Eglise est appelé par révélation. Au niveau local par l’évêque, lui-même appelé par le président de Pieu et ainsi de suite. Mais à entendre Martine Mitic, 51 ans, mormone depuis l’âge de 20 ans, « Chacun est libre d’accepter ces appels ». Et d’ajouter une phrase qui revient sans cesse comme un credo entêtant dans la bouche des mormons : « Chacun a le libre arbitre de vivre la doctrine de l’Eglise. Il n’y a aucune obligation ». Si le bénévolat est la règle, les revenus de l’Eglise des Saints des Derniers Jours sont quant à eux fixés de manière précise par la loi de la dîme qui impose à chaque mormon de verser 10% de ses revenus à l’Eglise. Les mormons justifient cette lourde imposition par l’absence d’autres sources de financement pour édifier les centres religieux et culturels et financer leurs nombreuses activités culturelles et d’entraide. A Dijon, les mormons ont élu domicile depuis 1987 sur les hauteurs de la Montagne Sainte-Anne. Ils disposent d’un bâtiment conséquent style salle des fêtes qui regroupe une chapelle et des salles de cours disposées sur deux étages, une bibliothèque, le bureau de l’évêque et d’un baptistère pour les baptêmes par immersion totale, sans oublier une salle de recherche en généalogie. Chaque dimanche matin, les mormons passent trois heures dans ces lieux pour faire le point sur les diverses actions caritatives menées par l’Eglise comme par exemple le Téléthon. Entre 10h50 et 12h, petits et grands, hommes et femmes se rassemblent pour la Sainte Cène : l’office religieux au cours duquel a lieu le partage de l’eau et du pain. Ce matin, l’assemblée soutient à l’unanimité par un vote à main levée l’accès à la prêtrise d’Aaron d’un frère fraîchement baptisé depuis peu. Après quelques chants entonnés à l’unisson et repris par tous vient le temps de la communion pour les seuls baptisés : un premier plateau de simples morceaux de pain précède un plateau ajouré de minuscules gobelets en plastique. S’ensuivent des interventions de fidèles, chacun narrant dans ses propres termes son expérience spirituelle au sein de l’Eglise, son étude des livres saints. Des témoignages bon enfant mais qui prennent parfois l’allure de babils quant il s’agit de commenter les écritures des livres saints. Preuve de ce verbiage indigeste, une partie de l’assemblée dodeline du chef tandis que les plus jeunes chahutent dans les travées et que les nourrissons prennent leur biberon. L’évêque, Jean-Michel Gaillard, un affable trentenaire père de quatre enfants, tient d’ailleurs à mettre en avant la participation active des fidèles. « Tout le monde peut participer, les dirigeants ne monopolisent pas la parole ». Après la messe, loin de filer fissa chez eux, les fidèles discutent de longues minutes entre eux dans une ambiance de franche fraternité. Comme le reconnaît Martine Mitic « il y a une forte interpénétration entre notre vie normale et la vie de l’église ».

L’Eglise des Saints des Derniers Jours a été créée en 1830 dans l’état de New York par le prophète Joseph Smith. Les mormons reconnaissent la bible comme parole de Dieu mais celle-ci comporte selon eux des erreurs, le Livre de Mormon la complète. D’après ce livre traduit par Joseph Smith à partir de plaques d’or gravées de hiéroglyphes en égyptien réformé, les Amériques étaient peuplées avant les Indiens de grandes civilisations dont des peuples d’origine israélites. Et Jésus aurait ressuscité parmi eux [1] pour y établir une branche de son Eglise. Jusqu’à ce jour, les recherches archéologiques [2] n’ont jamais apporté la moindre preuve de l’existence de ces civilisations pré-amérindiennes. Siégeant à Salt Lake City (Utah), l’Eglise des Saints des Derniers Jours est forte de près de 11 millions de fidèles répartis à travers le monde. Le principe de la progression éternelle est au cœur de la foi mormone : « Ce que l’homme est, Dieu le fut, ce que Dieu est, l’homme le sera ». Cette progression se passe en trois actes. Tous les êtres humains ont existé en tant qu’esprit avant leur naissance terrestre, ils doivent s’incarner sur terre pour poursuivre les étapes de la progression éternelle vers le salut dans l’au-delà. Ce salut est hiérarchisé : au sommet est le royaume céleste réservé aux seuls couples Mormons qui peuvent devenir des Dieux [3], le royaume terrestre pour les hommes trompés [4] et enfin le royaume téleste pour les rebuts de l’humanité. La famille constitue le pilier de la foi mormone. Il est important pour les Mormons de se marier entre eux car ainsi ils peuvent s’unir au Temple qui scelle leur union pour l’éternité. La natalité est fortement encouragée pour permettre au plus grand nombre possible d’esprits « pré mortels » de s’incarner. Cette glorification de la famille conduit à une opposition forte à l’avortement, à la contraception et à l’homosexualité. A Dijon, les familles de 3-4 voire 6 enfants ne sont pas rares. Comme il n’existe pas de Temple en France, les mormons dijonnais se rendent au temple de Zollikofen en Suisse. Les mormons ont une haute estime de leur santé physique : ils jeûnent une fois par mois et s’abstiennent de tabac, d’alcool, de café et de thé.
Malgré des origines et des écrits à la véracité pour le moins hypothétique et une religion omniprésente à tous les stades de la vie, l’Eglise des Saints des Derniers Jours n’a jusqu’à ce jour jamais figuré sur la liste des sectes établie par le Parlement.

 

Commentaires d'idumea

[1] Nous croyons, tous comme les autres Chrétiens que Jésus est réssucité à Jérusalem, mais nous savons, grâce au Livre de Mormon, que suite à sa résurrection, il a visité de nombreux peuples.

[2] Cela dépend à quoi on limite l'archéologie (voir la rubrique études).

[3] Ce n'est pas l'appartenance à une religion qui donne accès au royaume céleste, fut-elle mormone, mais les actions de justices d'une personne.

[4] Les tièdes



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