CURIEUX CHRETIENS…

NDLR : Les trois articles suivants se font l’écho d’incidents qui ont eu lieu dans la rue à l’occasion de la conférence générale d’octobre 2003. Le premier a été affiché, le 7 octobre 2003, sur le site internet du journaliste Bob Lonsberry, puis a été relayé par FAIR et a été traduit et affiché avec leur permission. Les deux autres proviennent également de FAIR.

ET SI L’ON PARLAIT DE TOLERANCE POUR TOUS ?


par Bob Lonsberry

Il y a des musulmans qui portent des vêtements sacrés.

Certains Juifs aussi. Il en va de même pour les Indiens, certains Hindous et d’autres.

Les bouts de tissu ou de fil sont des rappels matériels de Dieu et de ses liens avec l’homme. Ce sont en fait des choses sacrées. Le châle de prière ou le chapelet, le couvre-chef, le tablier, le « medicine bag » des Indiens. Des choses qui ont une valeur particulière pour les gens, des choses honorables et bonnes.

Des choses que l’on devrait respecter.

Il ne viendrait, par exemple, à l’idée de personne d’ôter la kippa de la tête d’un Juif et de la lancer comme un frisbee par dérision ou par blague. Et il ne vous viendrait pas à l’idée de porter une kippa par moquerie. Certainement par pour attaquer le judaïsme. Pas pour vous moquer des Juifs et de leur foi.

Pourtant quelque chose de ce genre est arrivé ce week-end.

Devant des milliers de personnes, dans une des grandes villes d’Amérique. Un acte de profanation, de sectarisme et de discrimination religieuse.

Et les coupables s’en vantent à la presse.

C’était à Salt Lake City. Et c’était contre les mormons.

Et cela, semble-t-il, rend la chose acceptable.

Voici ce qui est arrivé.

Pendant le week-end, des mormons se sont rassemblés pour ce qu’ils appellent la « conférence générale ». C’est une réunion qui a lieu deux fois par an, qui attire des dizaines de milliers de personnes à Salt Lake City et est diffusée dans le monde entier à l’intention de quelques millions d’auditeurs. C’est un service de culte. Pour eux, c’est sacré et important.

Et chaque année il y a des manifestants.

Des gens qui se disent évangéliques chrétiens se tiennent sur le trottoir à l’extérieur des réunions mormones et hurlent des condamnations grossières de leur religion devant les milliers de personnes qui entrent et qui sortent. Un spectacle étrange auquel on ne peut assister nulle part ailleurs dans la société américaine. Il serait inimaginable de penser que des opposants grossiers puissent se tenir à l’extérieur d’une mosquée ou d’une synagogue, d’une cathédrale ou d’une église, et harceler les fidèles et dénoncer une religion.

C’est un acte de sectarisme religieux indéfendable.

Et pourtant il se produit, il est approuvé et l’on s’en vante.

Nous parlions, au début de cet article, de vêtements sacrés. Il faut savoir que les mormons ont, eux aussi, des vêtements sacrés. Comme divers vêtements religieux, ils se portent sur la peau. C’est une sorte de sous-vêtement. On n’en parle pas. On ne les montre pas aux gens. On les tient pour sacrés. Comme virtuellement tous les vêtements religieux, ils sont le rappel spécifique de promesses faites à Dieu. Comme virtuellement tous les vêtements religieux, ils sont précieux et importants pour ceux qui les portent.

Eh bien, dimanche, les évangéliques en avaient.

Six individus, des pasteurs baptistes, en train de se moquer des mormons sortant d’une réunion. Criant des grossièretés aux gens qui sortaient de l’église.

Et ils avaient ces vêtements sacrés.

Et l’un d’eux, qui était censé être ministre de l’Évangile, s’en servait pour se frotter le derrière, riant et les traitant comme du papier hygiénique tandis que passaient des milliers de personnes qui les considéraient comme sacrés.

Imaginez-vous que l’on fasse cela à un châle de prière devant une synagogue ou à un tapis de prière devant une mosquée ?

Pareil sacrilège ne serait-il pas dénoncé publiquement par les citoyens honnêtes ?

Il se les mettait aussi autour du cou, faisant continuellement semblant d’éternuer dedans. Et de se moucher bruyamment dedans. Pendant que des familles et des enfants passaient devant lui.

Réfléchissez un instant.

Oubliez ce que vous pensez ou ne pensez pas des mormons. Est-ce que c’était quelque chose de bien ? Pour être plus précis, était-ce chrétien ? Est-ce ce que Jésus ferait ? Est-ce ce que ferait quelqu’un de correct, quelle que soit sa religion ?

Absolument pas. C’est mal, sectaire, indigne d’un Américain. Peu importe contre qui c’est dirigé.

C’était un affront. Cela faisait penser au sectarisme du Klan et du troisième Reich. Et pourtant les pasteurs s’en sont vantés devant les reporters, ils ont posé pour des photos et il ne s’est trouvé personne dans les communautés religieuses, des médias ou des droits civiques d’Utah ou d’Amérique pour les condamner.

Le comble, c’est que deux fidèles ont été emmenés menottés.

Un homme, en vêtements du dimanche, est passé dans la foule, a vu les insultes et les profanations et a saisi le vêtement. Pour le protéger. On l’a accusé de vol et on l’a jeté en prison.

Une demi-heure plus tard, un autre fidèle à saisi de la même façon un sous-vêtement maltraité et a essayé de l’enlever. Il n’y est pas arrivé et la police, qui attendait, est intervenue pour l’arrêter.

Voilà le monde où nous vivons.

On vous lance des invectives à cause de vos croyances et on vous arrête parce que vous les défendez.

Et le sectarisme de notre société est illustré par la manière sélective dont nous pratiquons la tolérance.

À L’EXTERIEUR DES MURS DE TEMPLE SQUARE
 

par Tiffany Wilde

(NDLR : Ceci est un récit de témoin oculaire, écrit par une jeune fille qui était missionnaire à Temple Square lors de la conférence générale d’avril 2003.)

Être missionnaire à Temple Square pendant la conférence générale est quelque chose d’absolument merveilleux ! Les membres de l’Église font des centaines de kilomètres pour se rendre à Salt Lake City pour voir un prophète de Dieu. L’ambiance à l’intérieur des murs est une ambiance de paix, de sacrifice, d’amour et de témoignage. Certains membres de l’Église, qui n’ont pas de billet pour assister à une session de la conférence, font la file pendant des heures dans le square dans l’espoir de traverser la rue et d’entrer dans le beau centre de conférences. Personne n’est impatient ni de mauvaise humeur dans la file. Même pendant la grêle et la neige on voit des sourires et on entend le rire des membres qui essayent de se glisser sous le parapluie de ceux qui font la file avec eux. Quelle joie, quel bonheur de faire partie de cet événement !

Par contre, à l’extérieur des murs de Temple Square, le tableau est tout à fait différent. Il y a des années que des opposants bruyants assistent aux conférences générales. À chaque conférence, leur nombre s’accroît et ils deviennent plus bruyants et plus perturbateurs que la fois précédente. Leur but principal ? Hurler des choses atroces sur les dirigeants, la doctrine et les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et nous convaincre ainsi que nous sommes dans l’erreur. La dernière fois que j’ai vérifié, le procédé employé, qui était de hurler des sottises grossières à des familles qui ne faisaient que s’occuper de leurs affaires, n’était pas la méthode d’enseignement la plus efficace. Pourtant, leurs affiches et leurs panneaux deviennent plus grands, ils crient plus fort et le résultat est le même: les familles accélèrent le pas en bouchant les oreilles de leurs enfants, tandis qu’elles se dépêchent de traverser la rue entre le centre de conférences et Temple Square, où elles peuvent retrouver, à l’intérieur des murs, la paix de l’Esprit.

L’année dernière, l’Église a eu une idée de génie et a élaboré un plan. Les antimormons peuvent acheter à la ville un permis pour se tenir à un endroit bien déterminé afin d’y manifester. L’Église a décidé d’acheter, elle aussi, ses propres autorisations. Elle a acheté une autorisation sur le côté de la rue qui se trouve devant le centre de conférences et un sur le côté de la rue qui se trouve devant Temple Square, juste devant les grilles. L’Église a convoqué une réunion spéciale avec les sœurs ayant des postes de direction missionnaire, leur a demandé de faire preuve de courage et de se placer au beau milieu du jeu de quilles. Essayez d’imaginer un groupe de jeunes sœurs se tenant au poste qui leur a été désigné au milieu d’une bande d’excités brandissant des affiches, hurlant et se mouchant dans des vêtements sacrés et les agitant en l’air. Nous étions une poignée, mais une formidable poignée. Nous travaillions par équipes, de sorte que nous restions là pendant deux heures et ensuite nous rechargions nos batteries dans Temple Square avant de retourner dans la fosse aux lions.

Il faut savoir que ces hommes sont payés pour cela. Une fois qu’une session de conférence commence, que tout le monde est à l’intérieur, il n’y a plus personne pour entendre leurs glapissements. Ils déposent alors leurs panneaux et leurs mégaphones et se détendent. C’était le bon moment pour bavarder. Nous avons fait signe à un antimormon, qui paraissait avoir notre âge, de s’approcher et nous lui avons demandé pourquoi il était là. Il ne le savait pas vraiment ; il avait froid et voulait rentrer chez lui. Il avait fait le chemin depuis la Côte est. (J’espère qu’on l’a bien payé !) Nous avons remarqué un autre homme qui paraissait mentalement plus lent que les autres. Tandis que les gens entraient dans le centre de conférences, il tenait une flèche qui disait « Faux prophète », mais elle était dirigée vers l’homme qui était à côté de lui et qui était aussi un antimormon. Quand il s’en est aperçu, son collègue l’a orientée pour qu’elle indique le centre de conférences. Nous nous sommes esclaffées. Une fois le calme revenu, nous avons attiré l’attention de cet homme et nous avons souri. Il nous a rendu notre sourire et nous a fait un signe de la main comme s’il ne se rendait pas compte de ce qu’on lui demandait de faire. Ma collègue missionnaire et moi ayant terminé notre prestation, nous avons traversé la rue pour retourner à Temple Square nous réchauffer. Nous avons prié avec ferveur avant notre prestation suivante pour que notre présence ait un effet d’une sorte ou d’une autre.

La session de conférence s’est terminée et nous avons repris notre poste à l’extérieur des grilles de Temple Square. Nous avons regardé 21 000 personnes sortir du centre de conférences, spirituellement nourries et fortifiées. J’ai encore fait une prière juste au moment où les antimormons ramassaient leurs mégaphones et leurs panneaux. En voyant la paix détruite et la tristesse et la crainte se peindre sur le visage des membres devant cette bande d’hommes en train de vociférer, nous avons été poussées à l’action. Ma collègue missionnaire, qui a une voix incroyablement puissante, s’est tournée vers moi et a dit : « Chantons des cantiques et essayons de chanter plus fort que ces types ne crient. » Nous nous sommes mises à chanter des cantiques aussi fort que nous le pouvions. Quelques sœurs missionnaires se sont jointes à nous et tandis qu’ils traversaient la rue, les membres ont commencé à entendre les chants derrière les glapissements. Ils ont regardé derrière les émeutiers et nous ont vues et certains se sont joints à nous. Nous sommes devenues très fortes, ce qui a rendu les manifestants furieux et les a incités à hurler de plus belle. C’était sans importance, la joie avait remplacé la peur sur le visage des membres en voyant une petite armée de saints se dresser pour la vérité. Nous avons lu le mot « merci » sur les lèvres de certains, beaucoup ont fait signe de la main et tout le monde a souri. De plus en plus de saints se sont joints à nous et nous avons trouvé de plus en plus de courage pour rendre notre témoignage en chantant. Tandis que les émeutiers scandaient : « Faux prophète, faux prophète », nous chantions à pleine voix : « Seigneur, merci pour le prophète ». Tandis qu’ils scandaient : « Le Livre de Mormon est faux », nous chantions avec ferveur : « Nous sommes comme les armées d’Hélaman », et tandis qu’ils hurlaient avec leurs mégaphones que nous allions « brûler en enfer », nous chantions de tout notre cœur : « L’Esprit du Dieu saint brûle comme une flamme ». Impossible de s’y tromper : l’Esprit était présent avec puissance et nous avons tous été amenés au bord des larmes. Jamais le contraste entre le bien et le mal n’avait été aussi clair pour ceux qui étaient là ce jour-là.

Au milieu de tout cela, j’ai eu les yeux attirés vers un homme qui avait cessé de hurler. Je l’ai observé un moment tandis que l’esprit de la musique l’empêchait totalement de hurler. Il a baissé son panneau et s’est retourné pour regarder cette petite armée de saints, dont la foi transparaissait sur leur visage, qui élevaient la voix pour chanter. Ses yeux sont revenus à son panneau et l’expression de son visage semblait dire : « Qu’est-ce que je fais ici, moi ? » Il était là, la tête baissée, touché par l’Esprit. À ce moment-là, je me suis mise à pleurer, sachant que l’Évangile de Jésus-Christ ira de l’avant hardiment, avec noblesse et indépendance et qu’aucune main impie ne l’arrêtera. Les hommes peuvent hurler en aussi grand nombre qu’ils veulent, ils ne changeront pas ce qui est vrai ni ne me feront douter de la confirmation que j’ai reçue ce jour-là.

Comme je suis reconnaissante de l’esprit de vérité et des cœurs qui ont été touchés grâce à cette merveilleuse expérience. L’Esprit du Dieu saint brûle comme une flamme et continuera à brûler avec éclat à jamais.

POURQUOI NOUS DEVONS AIMER LES PREDICATEURS DE RUE


par Lance Starr

Une fois de plus nous avons eu la conférence générale. Une fois de plus elle a été l’objet de manifestations de la part d’une bande de « prédicateurs de rue » qui se sont présentés comme d’habitude avec leurs panneaux et leurs slogans pour apostropher et rabaisser les saints des derniers jours croyants. Comme l’a fait remarquer l’un des membres de FAIR qui a assisté à la conférence cette année : « On dirait que le beau temps fait sortir tous les dingues et tous les fêlés. » Malheureusement, le nombre croissant de manifestants semble dégager encore plus de vitriol et de haine. Ce qui était particulièrement dérangeant, c’était les cinq manifestants qui brandissaient des sous-vêtements du temple féminins et les traitaient avec vulgarité en se mouchant dedans et en les frottant contre leurs fesses. À part le fait que ces hommes manifestaient une préoccupation contre nature pour les sous-vêtements féminins, ils ont réussi à provoquer au moins trois affrontements avec des membres de l’Église, dont l’un a été mis en prison et placé sous une caution de 20 000 dollars pour avoir essayé de prendre les sous-vêtements à l’un des manifestants [1].

La plupart des saints des derniers jours peuvent facilement comprendre la colère que ces personnes ont ressentie en voyant profaner d’une telle manière les choses qu’ils considèrent comme sacrées. C’est d’autant plus exaspérant que nous avons lieu de croire que ces gens se procurent par des procédés malhonnêtes les sous-vêtements du temple et les vêtements du temple dont ils se servent pour se moquer de nous. Ce qui est également exaspérant, c’est que de tels comportements semblent passer tout à fait inaperçus du reste du monde. Voyons les choses en face : s’ils brandissaient des kippas pour se moquer des Juifs où traînaient derrière eux un exemplaire du Coran pour scandaliser les musulmans, cela ferait probablement la une des journaux [2]. Malheureusement, le sectarisme à l’égard des mormons, particulièrement lorsqu’il est le fait de gens que les médias traditionnels considèrent comme « des chrétiens comme nous » semble être un des derniers bastions du sectarisme que l’on peut se permettre.

Les « prédicateurs de rue » font en réalité partie d’une organisation plus vaste dont la structure est peu centralisée. Ils gèrent plusieurs sites internet et leurs membres semblent opérer à partir d’une base constituée de diverses « cellules » situées un peu partout aux États-Unis. On trouve un excellent exemple de leur mission et de leurs croyances sur le site www.streetpreachersfellowship.com. Ils semblent très militants dans leurs croyances et leur façon de concevoir la prédication. Comme pour la plupart des évangéliques fondamentalistes, les prédicateurs de rue sont des inerrantistes bibliques [c’est-à-dire qu’ils croient que la Bible est infaillible, ne peut contenir aucune erreur  ndt], mais ils diffèrent légèrement des autres fondamentalistes par le fait qu’ils n’acceptent que la version du roi Jacques de la Bible comme faisant autorité. Leur « style » de prédication est justifié par leur dixième « déclaration doctrinale », qui dit :

« Nous croyons qu’un prédicateur ne peut pas prêcher contre le péché sans le nommer et lui donner le nom qu’il mérite. Pour la même raison, le fait pour un prédicateur de réprimander le péché n’a aucune valeur lorsqu’il ne peut pas s’adresser personnellement aux pécheurs qui l’ont commis. Réprimander le péché et pas le pécheur est le ministère généralisé des lâches, qui, par peur, prêchent contre les choses et non contre les gens, contre les actes et non contre les acteurs, qui prêchent contre le fait de commettre le péché, mais ne peuvent pas prêcher à la personne qui le commet. En conséquence, la confrérie et ses membres croient qu’on ne peut pas faire de prédication vraiment biblique sans nommer le péché aussi bien que le pécheur, et elle s’en tiendra aux écritures pour soutenir ses membres devant les saints et les tribunaux [3]. »

Voilà qui explique leur volonté d’affronter les mormons individuellement et de terroriser les malheureuses jeunes mariées le jour de leurs noces.

La plupart des prédicateurs de rue rencontrés à la conférence sont des sortes de prédicateurs itinérants. Ils viennent pour la plupart d’autres états, prenant du temps sur leur emploi normal et leur vie de famille pour se rendre là où ils sont censés prêcher. D’autres font tout le tour des États-Unis, prêchant à plein temps. Ils ont déjà dû avoir des ennuis avec la justice, parce que leur site internet contient des instructions sur la façon d’agir vis-à-vis des officiers de police et cite également une kyrielle d’affaires jugées devant les tribunaux qui, selon eux, soutiennent le droit que leur confère le premier Amendement de prêcher.

Toutefois, en dépit de leur comportement méprisable, je crois que nous devons être reconnaissants à l’égard de ces gens dévoués et zélés et même les aimer. Pourquoi ? D’abord parce que les Écritures nous le disent. Dans Romains, Paul dit : « Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas. » Mais au-delà de cette exhortation de l’Écriture, je crois que les prédicateurs de rue ont fait pour l’Église beaucoup de choses que celle-ci n’aurait jamais pu accomplir d’elle-même, même si ce n’était pas dans leurs intentions.

Par exemple, la controverse à propos de l’esplanade de Main Street à Salt Lake City a connu un dénouement pacifique (et positif pour l’Église) quand l’Église a reçu la servitude qui lui permet maintenant de contrôler le discours et le comportement sur l’esplanade [4]. La bataille au sujet de l’esplanade a fait rage pendant plusieurs mois et pendant un certain temps on a pu croire que la ville allait conserver la servitude, ce qui aurait permis que toutes sortes de manifestations et de comportements indécents s’y produisent [5]. Et puis les prédicateurs de rue sont arrivés avec leur comportement tapageur et largement rendu public sur l’esplanade, allant jusqu’à perturber les mariages au sortir du temple, et tout à coup la perception par le public a changé radicalement. La vue d’un « prédicateur de rue » turbulent invectivant impitoyablement une jeune mariée habillée de blanc, lui disant qu’elle était une « putain » et une « prostituée », c’était quelque chose qui ne passait tout simplement pas bien à la télévision. Le spectacle a même incité le Salt Lake Tribune (qui a toujours eu des relations malaisées avec l’Église) à réclamer que la ville commence à appliquer les restrictions de temps, de lieu et de conduite sur l’esplanade [6].

En fin de compte, la ville a laissé la servitude à l’Église (moyennant supplément de prix) et l’Église peut maintenant contrôler l’utilisation de l’esplanade au grand dam des prédicateurs de rue [7]. Je ne pense pas que cela serait arrivé (du moins pas sans créer davantage de mauvais sentiments entre l’Église et la ville) sans les prédicateurs de rue.

Ce n’est pas seulement en aidant l’Église à retrouver le contrôle de l’esplanade de Main Street que les prédicateurs de rue ont rendu la vie meilleure autour de Temple Square. Les gens ne l’ont pas remarqué, mais beaucoup de ministères antimormons qui se rendaient traditionnellement à Salt Lake City tous les six mois pour faire le piquet devant la conférence ont cessé leurs activités depuis que les prédicateurs de rue ont ouvert boutique. Des vétérans tels que James White, d’Alpha and Omega Ministries, et John Farkas ont tout simplement cessé de venir. En fait, il y a quelques conférences seulement, les prédicateurs de rue se moquaient également de James White en se mettant sur la tête des crânes chauves en caoutchouc pour simuler sa calvitie, tout en brandissant des panneaux qui se moquaient de son travail [8]. Voyons les choses en face : la vie n’est-elle pas merveilleuse quand une bande d’antimormons se paye la tête d’une autre bande d’antimormons ? De plus, quelle réputation cela fait-il aux prédicateurs de rue qui agissent d’une manière tellement outrancière que les autres ministères chrétiens ne veulent rien avoir affaire avec eux ? [9] Le spectacle que donnent les prédicateurs de rue est devenu tellement scandaleux qu’à la conférence la plus récente plusieurs agnostiques et athées ont fait une contre-manifestation [10].

Finalement, ces prédicateurs de rue sont tellement clownesques et si outranciers que personne ne les prend au sérieux. Plusieurs églises chrétiennes locales de Salt Lake City se sont excusées du comportement des prédicateurs de rue et ont affirmé qu’ils ne représentent pas une version véritable du christianisme [11]. En fait, après avoir regardé les photos de ces prédicateurs pseudo-chrétiens affichées sur le site de FAIR, Richard Abanes, auteur du livre One Nation Under Gods [12] (qui est extrêmement critique vis-à-vis de l’Église mormone) a tenu à écrire une lettre à Scott Gordon, président de FAIR, pour s’excuser du comportement des prédicateurs [13]. Il apparaît que même les détracteurs professionnels de l’Église n’ont aucun mal à se rendre compte à quel point ces gens sont odieux et quelle mauvaise réputation ils font aux autres chrétiens.

Naturellement, les mormons savent depuis longtemps que ce genre de gens font en réalité plus de bien à l’Église qu’ils ne lui font du mal. Nous savons que les gens bien pensants ne sont impressionnés ni par le volume ni par les diatribes venimeuses (comme le disait le panneau d’un contre-manifestant : « Je crie plus fort, donc je dois avoir raison ! »). De telles actions ont toujours provoqué la curiosité à l’égard de l’Église plutôt que d’en détourner les gens.

En fin de compte, nous n’avons vraiment pas besoin de nous soucier de ces gens, de leur sectarisme et de leur haine. Dans un certain sens, la chose qui peut leur faire le plus de tort de notre part est de simplement les ignorer. Si l’on ne fait pas attention à eux, ils n’atteignent pas leur but et, pour des gens comme cela, être ignoré est plus intolérable que des affrontements violents. Nous devons nous souvenir de ce que le Christ a dit lorsqu’il était sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Les Doctrine et Alliances nous commandent de pardonner à tous les hommes, aussi grave que soient les torts qu’ils nous ont causés. Pour ce qui est des prédicateurs et de leurs viles accusations, les Doctrine et Alliances disent : «Maudits sont tous ceux qui lèveront le talon contre mes oints, dit le Seigneur, et crient qu'ils ont péché, alors qu'ils n'ont pas péché devant moi, dit le Seigneur, mais ont fait ce qui était convenable à mes yeux et que je leur avais commandé » (D&A 121:16). Finalement, le mieux est de nous rappeler les paroles qui sont attribuées à Brigham Young : « S’ils nous laissent tranquilles, nous convertirons le monde. Qu’ils nous persécutent, et nous le ferons plus vite. »

 

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NOTES


[1] Three Arrested or Cited as Conference Goers Clash with Street Preachers,

http://kutv.com/specialsection/local_story_279120931.html (visité le 7 octobre 2003).
[2] Cette observation est confirmée par l’affaire récente du général américain William G. Boykin, qui s’est attiré de vives critiques dans la presse et la colère de plusieurs sénateurs des États-Unis pour des réflexions qu’il a faites à propos des musulmans, réflexions que certains ont considérées comme extrêmement incendiaires. Il avait fait ses réflexions en uniforme devant des groupes de chrétiens évangéliques au cours de l’année et demie écoulée et elles décrivaient les États-Unis comme combattant « un ennemi spirituel » appelé Satan. Une autre fois il dit que le président Bush « est à la Maison Blanche parce que c’est Dieu qui l’y a mis ». Parlant d’une bataille qui eut lieu en 1993 avec un chef de milice musulman en Somalie, il dit : « Je savais que mon Dieu était plus grand que le sien. Je savais que mon Dieu était du réel et que le sien était une idole. » Ces réflexions, fort modérées par comparaison avec ce que font les prédicateurs de rue ont été rapportées dans la plupart des grands journaux du pays, notamment le Washington Post, le Los Angeles Times et le Boston Globe. Voir, par exemple, Esther Schrader, « General’s Comments to be Investigated ; Two Senators Say His Comments Denigrated Islam ; Rumsfeld Says Probe Is ‘Appropriate’ », Los Angeles Times, 22 octobre 2003, A20 ; Bradley Graham, « Pentagon to Probe Remarks Made by General ; Boykin Angered Muslims, Lawmakers », Washington Post, 22 octobre 2003, A02.
[3] http://www.streetpreachersfellowship.com/Doctrine.asp (visité le 8 octobre 2003).
[4] Heather May, « Plaza Deal Done », Salt Lake Tribune, mardi 29 juillet 2003 A1.
[5] La bataille concernant l’esplanade de Main Street n’est peut-être pas terminée. L’ACLU et l’église unitarienne de Salt Lake City ont intenté un autre procès contestant la vente de la servitude à l’Église par la ville. Toutefois, les termes de la décision précédemment rendue par la 10e Circuit Court dit clairement que la vente de la servitude était un remède approprié.
[6] « Keeping the Peace », Salt Lake Tribune, dimanche 1er janvier 2003, AA1.
[7] Brandon Griggs, « Preachers Plan to Test Plaza Rules at Conference », Salt Lake Tribune, samedi 4 octobre 2003.
[8] White est l’auteur d’un livre sur la controverse concernant l’utilisation de la seule Version du roi Jacques, dans lequel il parvient à la conclusion que la Bible du roi Jacques n’est pas la seule que les chrétiens doivent utiliser. Il s’est donc attiré la colère des prédicateurs de rue.
[9] Cela fait penser au cas du groupe rock des années 1990, Guns ‘n’ Roses, qui était connu autant pour son utilisation de drogues dures que pour son hard-rock. À un moment donné, le groupe a licencié son batteur, sous prétexte qu’il utilisait trop de drogues, sur quoi le comédien Jay Leno a demandé ironiquement : « À quel point faut-il être drogué pour se faire expulser de Guns ‘n’ Roses? »
[10] Rhina Guidos, « Two Conference Goers Arrested in Run-in », Salt Lake Tribune, 5 octobre 2003.
[11] Les activités des prédicateurs de rue ont été considérées comme si dégradantes et si scandaleuses que beaucoup de pasteurs évangéliques locaux en ont été personnellement dégoûtés. Deux douzaines d’entre eux on tenu une conférence de presse sur les marches du centre de conférences de l’Église pour publier une excuse à l’intention des membres de l’Église de Salt Lake City et exprimer leur désir sincère d’un discours plus relevé quand il s’agit de divergences théologiques. Voir Peggy Fletcher Stack, « Salt Lake City Clergy Call for Civility Toward LDS », Salt Lake Tribune,

http://www.sltrib.com/2003/Oct/10222003/utah/104229.asp (visité le 22 octobre 2003).
[12] Voir la critique du livre d’Abanes dans www.fairlds.org/apol/onug/.
[13] Correspondance personnelle en la possession de l’auteur.
 

 

 

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