TOM GREEN, CINQ FEMMES, ET LA POLYGAMIE DES MORMONS[1] DEVANT LES JUGES DE L’UTAH 

Jugé pour polygamie, Tom Green se définit comme un « fondamentaliste mormon[2] » qui ne fait qu'exercer son « droit constitutionnel à la religion ». 

New York de notre correspondante

Il y a plein de petites têtes blondes à l'audience, sur les genoux de jeunes femmes aux cheveux longs et en robes à fleurs ornées de broderie anglaise : mais ce n'est qu'un petit « échantillon » de la famille du mormon[3] Tom Green - cinq femmes, vingt-huit enfants -, qui comparaît depuis mardi 15 mai devant le tribunal de Provo, près de Salt Lake City, dans l'Utah, où il répond de quatre chefs d'accusation de bigamie.

Selon les médias locaux, c'est le premier procès pour polygamie aux États-Unis depuis le raid mené contre une communauté mormone[4] en 1953. Les mormons ont apporté avec eux la polygamie lorsqu'ils se sont implantés en Utah au milieu du XIXe siècle. Mais la pratique a été interdite par la Constitution de l'État un peu plus tard. L'Église de Jésus-Christ des saints du septième jour[5], à laquelle appartiennent les mormons, a elle-même officiellement renoncé à la polygamie il y a plus d'un siècle et excommunie les fidèles qui ont plus d'une femme. Trente mille à cinquante mille mormons, cependant, pratiqueraient encore la polygamie dans des régions reculées de l'Utah et du nord de l'Arizona.

Tom Green, cinquante-deux ans, lunettes et barbe rousse, est de ceux-là. Son erreur a été non seulement de se faire connaître, mais surtout de parader sur tous les plateaux des grandes chaînes de télévision américaines pour vanter son mode de vie. Il se définit comme un « fondamentaliste mormon » qui ne fait qu'exercer son « droit constitutionnel à la religion ».

« ÉPOUSÉE » À TREIZE ANS

Pour prouver qu'il n'exploite personne et que sa nombreuse famille nage dans le bonheur, il s'est présenté accompagné de quelques-uns de ses membres au tribunal. Ses cinq femmes, dont trois sont enceintes, doivent d'ailleurs témoigner en sa faveur. Mardi, il en manquait une, en train d'accoucher. Un événement assez routinier dans la famille : la « femme en chef », Linda, vingt-huit ans et six enfants, attend son septième. Tom Green l'a « épousée » à treize ans, ce qui lui vaut un autre chef d'inculpation pour lequel il sera jugé séparément : celui de viol sur mineure. « Cela fait quinze ans et, vous voyez, je suis toujours là, a pourtant déclaré Linda très posément à la chaîne ABC. Je suis une épouse comblée et je ne bougerai pas. »

Les cinq femmes de Tom Green ont entre vingt-quatre et trente et un ans. Plusieurs d'entre elles sont les filles d'ex-femmes de Tom Green, nées d'autres lits. Tom Green a ainsi « épousé » trois de ses propres belles-filles, dont les mères sont sœurs. Les 25 enfants des cinq femmes ont entre 2 et 14 ans. Tout le monde vit dans des mobile-homes posés dans un endroit désertique au pied des montagnes, accessible par des chemins de pierre.

Malgré la très forte proportion de mormons[6] - 70 %, selon la plupart des estimations - en Utah, la lutte contre la polygamie officieuse s'est intensifiée ces derniers mois. Des associations militent activement contre cette pratique et aident les femmes qui veulent en sortir: une jeune fille de seize ans a ainsi réussi à faire condamner son père et son oncle, en 2000, pour l'avoir battue lorsqu'elle a cherché à fuir un mariage forcé avec son oncle. Tom Green, lui, a une explication très simple pour les poursuites dont il fait l'objet : dans neuf mois, Salt Lake City accueille les Jeux olympiques d'hiver et, affirme-t-il, « il faut faire le ménage ».

Sylvie Kauffmann

 

[1] « ...Nous n’enseignons pas la polygamie... et nous ne permettons à personne de se livrer à cette pratique... » Déclaration Officielle n° 1, Wilford Woodruff, Président de l'Église, 24 septembre 1890. Depuis cette date, tout « mormon » pratiquant la polygamie est excommunié et, de ce fait, ne peut plus être qualifié de « mormon ».

[2] Le mouvement fondamentaliste est né suite au Manifeste de 1890 mettant officiellement un terme à la polygamie. Les « fondamentalistes » s’opposent à l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, lui reprochant notamment d’avoir mis fin à la polygamie et à l’ordre uni, et de donner la prêtrise aux noirs. Ils forment des factions de quelques centaines de personnes telles que « the Church of the Lamb of God » et « the United Apostolic Brethren ». Ayant été excommuniés, ces « fondamentalistes » ne peuvent plus être appelés « mormons ».

[3] Voir commentaire n° 1

[4] Il serait plus exact de dire « une communauté de polygames » afin d\'éviter un amalgame non justifié avec l’Église de Jésus-Christ.

[5] L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

[6] Pourquoi « malgré » ?

 

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