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UN POLYGAME MORMON[1] EN PROCES DANS L’UTAH Le Jugement pourrait mettre fin à la tolérance américaine New York de notre correspondant Au premier jour de son procès, mardi, dans la ville de Provo, en Utah, Tom Green s'est déplacé en compagnie d'une partie de sa famille. Quatre femmes et trente enfants sont venus, occupant la plus grande partie de la salle de tribunal. La dernière femme, enceinte de huit mois, avait préféré rester à la maison. A 52 ans, Green est le premier mormon à être accusé de polygamie aux États-Unis depuis plus de cinquante ans[2]. Il est sous le coup de quatre inculpations de bigamie et est aussi accusé de n'avoir pas assumé le soutien financier de neuf de ses enfants. Des charges qui pourraient lui valoir jusqu’à vingt ans de prison. Excommunication. Le cas a attiré l'attention de toute la presse américaine. Face aux accusations, Green a toujours assuré qu'il honorait la religion de ses ancêtres et ne faisait rien de mal. En Utah, pourtant, où réside la majorité des mormons américains[3], la polygamie est officiellement illégale depuis 1896. L’Église mormone a abandonné la pratique depuis la fin du XIXe siècle et est supposée excommunier[4] tous les polygames déclarés. En pratique, on estime que plus de 30000 polygames vivent dans cet État fortement rural, avec la bénédiction tacite[5] des autorités. Le problème, c'est que Tom Green, qui gagne sa vie en faisant du télémarketing depuis les mobile homes dans lesquels il vit avec sa progéniture, a assumé pleinement sa polygamie au cours des dernières années. Il fut la vedette de plusieurs talk shows américains, mais aussi d'émissions de télévision françaises ou japonaises. En répétant chaque fois « qu'il était le mari de toutes ces femmes et le père de tous ces enfants ». « Cela a créé une certaine difficulté, a reconnu le procureur David Leavitt, nous avions l'un de nos résidents qui avouait lui-même un délit fédéral. Nous nous devions de le poursuivre. » L’affaire pourrait avoir de sérieuses conséquences en Utah et ailleurs. Si Green est acquitté, les polygames américains n'auront sûrement plus rien à craindre de la justice américaine. S'il est condamné, d'autres procureurs seront tentés d'inculper ceux qui pratiquent le « mariage pluriel ». D'autant que, dans le cadre d'un autre procès, Green est accusé de « Viol d'enfant » par l'État de l'Utah, pour avoir épousé l'une de ses femmes lorsqu’elle avait treize ans, un an en dessous de l’âge légal. Femme à la douzaine. Tout n’est cependant pas gagné pour l’accusation. Dès le premier jour d’audience, les procureurs ont expliqué comment Green avait monté un « schéma complexe de mariages » afin d’échapper à toutes poursuites judiciaires. Le mormon[6] aurait en outre divorcé de certaines de ses femmes dans le Nevada voisin avant d'en épouser d'autres. A plusieurs reprises, il se serait marié sans obtenir de papiers légaux de la part de l'Utah. Selon l'accusation, Green aurait eu simultanément jusqu'à 12 femmes et 50 enfants. Pour l'instant, ses avocats se sont contentés d'arguer que leur client avait une relation « spirituelle » avec beaucoup de ces jeunes femmes, et qu'il n'était nullement lié avec elles selon la loi. Green, lui, a traité les autorités de l'Utah d'« hypocrites » en assurant que le procureur David Leavitt ou le sénateur Orrin Hatch venaient d'une famille de polygames[7]. Le procès pourrait durer plusieurs semaines. D'ici là, la famille de Tom Green se sera agrandie : trois de ses femmes sont enceintes. Fabrice Rousselot [1] « ...Nous n'enseignons pas la polygamie... et nous ne permettons à personne de se livrer à sa pratique... » Déclaration Officielle n° 1, Wilford Woodruff, Président de l'Église, 24 septembre 1890. Depuis cette date, tout « mormon » pratiquant la polygamie est excommunié et, ne faisant plus partie de l'Église, ne peut plus être appelé « mormon ». [2] Le dernier procès contre des polygames date des années 1940. Ce procès et les arrestations subséquentes firent tant de bruit dans les médias (en faveur des polygames), que les autorités politiques décidèrent par la suite de ne plus déranger les polygames à condition qu'ils se tiennent tranquilles. [3] Au 31 décembre 1999, l'Église comptait 10.753.000 membres : 5.640.000 hors États-Unis, 5.113.000 aux États-Unis, 2.141.600 en Utah, soit moins d'un cinquième. [4] Est-ce bien nécessaire d'utiliser le substantif « supposée » ? Sur quels faits concrêts repose cette mise en cause de l'intégrité de l'Église ? [5] Le mot « bénédiction » est un peu fort, même si c'est un fait que depuis 1945, les autorités politiques n'agissent pas contre les polygames. C'est parce que Green a défié les autorités par le biais des médias qu'elles ont dû réagir avec force. [6] Voir note n° 1 [7] Il aurait mieux valu dire « d’ancêtres polygames ».
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