« VOS ILES PARSEMENT, COMMEUNE VOLEE D'EMERAUDE... »

De plus en plus lyrique, Chirac poursuit son voyage dans le Pacifique où Gaston Flosse multiplie les cérémonies.


Bora Bora, Pirae - Peintres, poètes, navigateurs... Certains sont devenus fous à trop vibrer aux charmes des îles. Au deuxième jour de son séjour polynésien, Jacques Chirac s'en tient pour l'heure, au lyrisme. «Vos îles parsèment, comme une voIée d'émeraudes, le large Pacifique», a-t-il lancé hier à Bora Bora, sur fond de lagon turquoise. Il a aussi vanté la 'magie', la 'générosité' de cette 'merveille qui 'unit la mer à la montagne'. Sur cette île située à quelque 300 kilomètres de Tahiti, il a assuré que l'Etat serait 'solidaire' pour développer 'une Polynésie à la fois fidèle à ses traditions et tournée vers l'avenir'.

Prière. A Bora Bora il a été reçu par des populations venues de tout l'archipel des îles Sous-le-Vent. Enfants et adultes portaient des robes ou chemises dans un tissu orange, blanc, bleu, rouge ou jaune imprimé pour l'occasion avec des motifs de fleurs ou de pirogues mais aussi cette inscription: « Manava (bienvenue) Jacques Chirac. » Alignée sur du sable blanc, la chorale dirigée par Coco a entonné des chants polyphoniques rythmés par des percussions. Après avoir embrassé des haies d'enfants recouverts de couronnes de tiaré ou de fougère, le chef de l'Etat est tombé de joie à plusieurs reprises dans les bras de son « cher Gaston » (Rosse), le président sénateur de la Polynésie française (Libération d'hier). Durant la prière qui précède les discours le prélat a évoqué la « grandeur, la splendeur et la gloire... du Seigneur ». Précision utile car Chirac et Rosse, du haut de leur tribune, se demandaient peut-être duquel d'entre eux on parlait. Dans un registre pas si éloigné, le maire de la commune, Gaston Tong-Sang, a évoqué « l'amour qui nous lie à la mère patrie » et qualifié l'autre Gaston de « visionnaire avisé ».

Tout au fond de ce décor, une cinquantaine d'indépendantistes du parti Tavini agitaient des drapeaux et des pancartes réclamant la « constitution d'un Etat souverain ». « Ce qu'il y a là-bas, c'est du tape-à-l'oeil pour Chirac. A coups de miIliards on veut faire croire aux Polynésiens qu'ils sont français et que tout cela est naturel », affirme Myron Mataoa, vice président du Tavini. En fin de journée, dans son fief de Pirae, sur l'île de Tahiti, Gaston Flosse en a encore rajouté dans le « tape-à-l'oeil ». Face à 15000 spectateurs, massés dans un stade, et une brochette de chefs d'Etat d'îles du Pacifique, il a offert à son ami Jacques un spectacle grandiose. Pour ce te hono nui (grand rassemblement), des chanteurs, danseurs, musiciens étaient venus de tous les archipels de Polynésie (Marquises, Gambier, Tuamotu, Australes, îles Sous-le-Vent). L'arrivée des époux Chirac a été diffusée sur six écrans géants disséminés dans le stade. Le speaker a alors annoncé que le « président sénateur » allait recevoir « le Président de la République ».

Fier. Sous une haie d'honneur en feuilles de bananier, Chirac et Flosse sont à nouveau montés à la tribune bras dessus, bras dessous. Un diacre a béni la cérémonie. Puis 300 choristes mormons de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours ont chanté l'hymne territorial, suivi de l'hymne national. « En vous voyant rassemblés si nombreux, je suis heureux et fier d'être français », a lancé Chirac avant de tomber dans les bras du « cher Gastone». Il a aussi affirmé que « Ia Polynésie est aux avant-postes de la France » et souhaité que « ce partenariat, cette fraternité, cette relation d'estime, de confiance et d'amitié profonde continue à vivre ». Le président sénateur a quant à lui promis que les Polynésiens « resteront, pour toujours et avec fierté, des citoyens français ». Du moins, tant qu'ils vivront au « royaume » de Gaston Flosse.

 

ANTOINE GUIRAL
 

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