Abinadi
Auteur: CRAMER, LEW W.

Abinadi (150 av. J.-C.) est un prophète courageux et le martyr le plus connu du Livre de Mormon. Son ministère et son exécution racontés au cœur du livre de Mosiah renforcent le contraste entre le roi juste Benjamin et le méchant roi Noé. Alma l’Ancien, un témoin oculaire converti, écrira les paroles principales d'Abinadi peu de temps après qu’elles auront été prononcées (Mos. 17:4).
Abinadi appartient à un petit groupe de Néphites réactionnaires qui était retourné de Zarahemla, une génération plus tôt, pour récupérer auprès des Lamanites la ville de Néphi, la capitale néphite traditionnelle, et son temple. Quand les excès du roi et des prêtres néphites apostats deviennent intolérables, Abinadi reçoit du Seigneur le commandement de dénoncer publiquement leurs abominations; il prophétise leur captivité et leurs afflictions à venir. Noé le condamne à mort pour ceci, mais il s’échappe.

On ne sait pas où il vit pendant son exil. Les ressemblances entre ses paroles et celles de Benjamin (cf. Mos. 16:1; 3:20; 16:5; 2:38; 16:10-11; 3:24-25) pourraient signifier qu'il a passé un certain temps à Zarahemla avec le roi Benjamin et son peuple (Pa. 1:16-17) ou qu’il a reçu des révélations semblables pendant cette période.

Après deux ans, ayant de nouveau reçu du Seigneur le commandement de prophétiser, Abinadi retourne, déguisé, dans la ville de Néphi. Devant la foule, il lance, au nom du Seigneur, une malédiction contre le peuple impénitent, contre son pays et son grain, prédisant sans détour la destruction et une servitude humiliante, rappelant les souffrances d'Israël en Égypte. Dans une malédiction sans appel, comme celles utilisées au Proche-Orient antique pour condamner ceux qui violent leurs alliances, il témoigne que la vie de Noé «sera estimée comme un vêtement dans une fournaise ardente» (Mos. 12:3).

Le peuple se saisit de lui, le ligote, le livre à Noé et l’accuse de mentir au sujet du roi et de prophétiser faussement. Les deux chefs d’accusation sont des violations en vertu de leur loi, la Loi de Moïse (Mos. 13:23; Ex. 20:16; De. 18:20-22). La nature double des accusations semble avoir compliqué le procès qui en résulte, le roi ayant comme d’habitude pouvoir en matière de politique et les prêtres en matière de questions religieuses.

Le procès se concentre d'abord sur l’accusation de fausse prophétie. Les prêtres invitent Abinadi à interpréter Ésaïe 52:7-10. Ils pensaient sans doute que ce texte montre que Dieu a consolé leur propre peuple puisque celui-ci a vu le pays «racheté». Selon eux, alors qu'Ésaïe chantait les louanges de ceux qui apportaient de «bonnes nouvelles», Abinadi, lui, dit du mal. Selon cette interprétation, les malédictions d'Abinadi sont en conflit avec Ésaïe et les prêtres les considèrent comme fausses et illégales.
Abinadi réfute les prêtres de plusieurs manières. Il les accuse de mal comprendre la loi et d’y désobéir. Il parvient à leur faire admettre que le salut exige l'obéissance à la loi, après quoi il leur rappelle les dix commandements, la loi fondamentale de l'alliance qu'ils n'ont pas gardée. Il résiste miraculeusement à la tentative du roi de le faire taire «et son visage brillait d'un resplendissement extrême, comme celui de Moïse pendant qu'il était sur la montagne du Sinaï» (Mos. 13:5). Il cite ensuite Ésaïe 53 et explique le rapport de ce passage avec le futur Messie.

Les paroles prophétiques d'Abinadi sont parmi les plus puissantes du Livre de Mormon. Il explique l’ «aspect» et la venue de Dieu mentionnés dans Ésaïe 52:14 et 53:2 (Mos. 13:34; 14:2) comme la venue d'un Fils dans la chair, étant «le Père et le Fils» (Mos. 15:1-5). Il enseigne aussi que Dieu souffrira comme une «brebis muette devant ceux qui la tondent» (És. 53:7; Mos. 14:7). Abinadi est alors en mesure de répondre à la question des prêtres au sujet d'Ésaïe 52:7-10. Il proclame que ceux qui «déclareront sa postérité» (voir Mos. 15:10) et « publient la paix » (voir Mos. 15:14) sont les prophètes de Dieu et qu’eux et tous ceux qui écoutent leurs paroles sont sa «postérité» (Mos. 15:11, 13). Ils sont ceux qui apportent vraiment des «bonnes nouvelles» de salut, de rédemption, de réconfort par le Christ et du règne de Dieu au jour du jugement.

Utilisant le texte d'Ésaïe, Abinadi montre que Dieu ne pourrait pas racheter le peuple de Noé qui s'est obstinément rebellé contre la Divinité et que la vraie rédemption n’est possible que par le repentir et l'acceptation du Christ. Il montre aussi que ses prophéties ne contredisent pas le texte d'Ésaïe cité par les prêtres.

Noé veut qu'Abinadi soit mis à mort, l’accusant d’avoir porté un faux témoignage contre lui, le roi. Un jeune prêtre appelé Alma atteste vaillamment l'exactitude du témoignage d'Abinadi, sur quoi il est expulsé et le procès est suspendu pendant trois jours pendant lesquels Abinadi est gardé en prison.

Quand le procès reprend, Abinadi est probablement accusé de blasphème (Mos. 17:8), encore une infraction capitale en vertu de la loi de Moïse (Lé. 24:10-16). Noé lui donne l'occasion d’abjurer, mais Abinadi refuse de changer le message de Dieu, même face à des menaces de mort.

Noé est intimidé et pense à le libérer, mais les prêtres accusent Abinadi d'un quatrième délit, celui d’insulter le roi (Mos. 17:12; Ex. 22:28). C’est pour ce motif que Noé va condamner Abinadi, et les prêtres vont le flageller et le brûler. Il était normal, en vertu de la loi mosaïque, que ce soient les accusateurs qui infligent le châtiment, mais la mort par le feu est une forme extraordinaire d'exécution. Elle reflète le crime dont Abinadi est accusé: il est brûlé tout comme il a dit que la vie de Noé serait estimée comme un vêtement dans une fournaise ardente. En mourant, il prophétise que ses accusateurs connaîtront le même destin. Cette prophétie ne tardera pas à s’accomplir (Mos. 17:15-18; 19:20; Al. 25:7-12).

Les Néphites vont se rappeler Abinadi dans au moins trois rôles:

1. Pour Alma, son converti principal, Abinadi est un prophète du Christ. Alma enseignera les paroles d'Abinadi au sujet de la mort et de la résurrection du Christ, de la résurrection des morts, de la rédemption du peuple de Dieu (Mos. 18:1-2) et du grand changement de cœur par la conversion (Al. 5:12). Grâce aux descendants d'Alma, Abinadi va influencer les Néphites pendant des siècles.

2. Pour Ammon, qui sera témoin du martyre de 1.005 de ses propres convertis (Al. 24:22), Abinadi reste le martyr par excellence «à cause de sa croyance en Dieu» (Al. 25:11; cf. Mos. 17:20; voir aussi Mos. 7:26-28). C’est ce qui est reconnu comme étant la vraie raison de la mort d'Abinadi, puisque l’accusation d’insulte au roi lancée par les prêtres se révèle être un faux prétexte.

3. Pour Mormon, témoin de la décadence et de la destruction des Néphites cinq cents ans plus tard, Abinadi reste celui qui a prophétisé que, pour cause de méchanceté, le malheur s’abattrait sur le pays et que les méchants seraient totalement détruits (Mrm. 1:19; cf. Mos. 12:7-8).

Bibliographie
Welch, John W. "Judicial Process in the Trial of Abinadi". Provo, Utah, 1981.
LEW W. CRAMER

Abraham

[Cette rubrique comprend cinq articles:
Livre d’Abraham: Origine du livre d’Abraham
Abraham: Traduction et publication du livre d’Abraham
Abraham: Contenu du livre d’Abraham
Abraham: Fac-similés du livre d’Abraham
Abraham: Études sur le livre d’Abraham

Le livre d’Abraham rapporte de manière autobiographique la première partie de la vie d’Abraham et est l’un des textes du recueil d’Écritures des saints intitulé Perle de Grand Prix. L’article Origine du livre d’Abraham raconte la découverte et l’achat des papyrus de Joseph Smith et les événements aboutissant à la publication du livre d’Abraham lui-même. L’article Traduction et publication du livre d’Abraham donne quelques brefs détails sur le processus par lequel Joseph Smith a produit le texte du livre d’Abraham et l’histoire de sa parution comme ouvrage imprimé. L’article Contenu du livre d’Abraham examine d’une manière générale les événements relatés dans le livre, notamment la délivrance miraculeuse d’Abraham de la mort et l’alliance de Dieu avec lui avant qu’il quitte sa patrie. Fac-similés du livre d’Abraham donne une introduction aux illustrations égyptiennes antiques qui sont actuellement publiées avec l’œuvre et évalue leur lien avec le texte. Les études publiées jusqu’ici sur le livre d’Abraham sont traitées dans Études sur le livre d’Abraham.]

Livre d’Abraham: Origine du livre d’Abraham
Auteur: PETERSON, H. DONL

En juillet 1835, tandis qu’il habitait Kirtland (Ohio), le prophète Joseph Smith acheta, au nom de l’Église, pour $2400, quatre momies égyptiennes et les papyrus qui les accompagnaient à Michael H. Chandler, un montreur itinérant de Pennsylvanie. Chandler avait acquis onze momies début 1833 et avait vendu les sept autres dans l’Est des États-Unis avant de rencontrer Joseph Smith. Peu après avoir obtenu les antiquités, Joseph Smith annonça que les papyrus contenaient des écrits des patriarches Abraham et Joseph, qui avaient tous deux habité en Égypte (Ge. 12:37, 39-50).

Ces antiquités avaient été exhumées par Antonio Lebolo sur la rive occidentale du Nil en face de la ville antique de Thèbes (aujourd’hui Louxor), probablement entre 1817 et 1821. Lebolo, né à Castellamonte, au Piémont (nord de l’Italie), avait été gendarme pendant l’occupation de la botte italienne par Napoléon. Quand celui-ci fut battu, Lebolo préféra l’exil à la perspective de l’emprisonnement au moment de la réapparition de la monarchie sarde. Il alla s’installer en Égypte, où il fut employé par Bernardino Drovetti, ancien consul général de France en Égypte, pour superviser ses fouilles en Haute-Égypte. Drovetti permit également à Lebolo de faire ses propres fouilles. Lebolo découvrit onze momies bien conservées dans un grand tombeau. Du fait que Lebolo dirigeait plusieurs centaines d’hommes qui faisaient des fouilles à différents emplacements, l’endroit exact n’a pas été identifié. Les momies furent envoyées à Trieste, où Lebolo autorisa Albano Oblasser, un magnat de l’import export, à les vendre en son nom. Lebolo mourut le 19 février 1830 à Castellamonte. Oblasser expédia les onze momies à deux compagnies maritimes à New York, McLeod et Gillespie, et à Maitland et Kennedy, pour qu’ils les vendent à quiconque payerait une somme appropriée. Le montant devait être envoyé aux héritiers de Lebolo. Chandler les acheta en hiver ou au début du printemps 1833. Il prétendait que Lebolo était son oncle, mais cette parenté n’a pas été confirmée.

On sait maintenant qu’une partie de la littérature abrahamique révèle des liens avec l’Égypte. Par exemple, le Testament d’Abraham – probablement d’abord écrit en grec – provient presque certainement d’Égypte. L’insertion d’une personnalité biblique telle qu’Abraham dans les scènes hiéroglyphiques égyptiennes est une technique juive connue depuis la période hellénistique (Grobel, pp. 373-382). Il n’est donc pas étonnant que des textes égyptiens soient d’une certaine façon liés à la parution du livre d’Abraham.

Selon certains égyptologues, les écrits d’Abraham acquis par Joseph Smith doivent dater du début de l’ère chrétienne. Cette datation n’est pas sans précédent. Le Testament d’Abraham, édité au départ par M. R. James en 1892, a été décrit par lui comme étant « un écrit judéo-chrétien du deuxième siècle composé en Égypte » (Nibley, pp. 20-21).
L’identité des momies n’est pas connue, puisqu’il n’y a aucune source primaire qui les identifie.

Bibliographie
Grobel, K. « … Whose Name Was Neves ». New Testament Studies 10 (1963-1964), pp. 373-382.
Nibley, Hugh W. Abraham in Egypt. Salt Lake City, 1981.
Peterson, H. Donl. The Pearl of Great Price: A History and Commentary. Salt Lake City, 1987.
H. DONL PETERSON

Livre d’Abraham: Traduction et publication du livre d’Abraham
Auteur: PETERSON, H. DONL

Le 10 octobre 1880, lors d’une conférence générale, les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours votèrent pour accepter le livre d’Abraham comme ouvrage scripturaire. Plusieurs idées ont été avancées concernant le processus par lequel le prophète Joseph Smith a réalisé l’œuvre. Bien que ses associés et lui aient commencé un « alphabet et grammaire égyptiens » tandis qu’ils étudiaient les papyrus, le but de ce travail est obscur. Il n’a jamais été fini, expliqué ou publié par Joseph Smith ni aucun de ses successeurs. Cependant, il est certain qu’il a commencé à travailler à Kirtland sur les papyrus égyptiens concernés peu après les avoir achetés à Michael H. Chandler en 1835.

Il est probable que personne aux États-Unis en 1835 n’aurait pu interpréter des hiéroglyphes égyptiens par les techniques ordinaires de traduction. Le prophète dit que quand il avait traduit les plaques d’or du Livre de Mormon » à partir du texte en « égyptien réformé » (1827-1829), il l’avait fait « par le don et le pouvoir de Dieu ». De même, ce fut principalement l’inspiration divine plutôt que sa connaissance des langues qui fut à l’origine du texte anglais du livre d’Abraham. Sa méthodologie précise demeure inconnue.

Le 5 juillet 1835, le prophète écrivit : « J’ai commencé la traduction de certains des caractères ou hiéroglyphes et, à notre grande joie, j’ai constaté qu’un des rouleaux contenait les écrits d’Abraham… Vraiment nous pouvons dire que le Seigneur commence à révéler l’abondance de la paix et de la vérité » (HC 2:236). Après quelques retards, Joseph Smith désigna, le 2 novembre 1837, deux hommes pour lever des fonds pour aider à la traduction et à l’impression du livre d’Abraham. Mais à cause d’autres difficultés, il ne put rien publier pendant les quatre années qui suivirent. Le livre d’Abraham fut imprimé pour la première fois dans trois numéros du Times and Seasons, les 1er mars, 15 mars et 16 mai 1842. Ces numéros contenaient tout le livre actuel d’Abraham, dont les trois fac-similés. En février 1843, Joseph Smith promit que davantage du livre d’Abraham serait publié. Malheureusement, le harcèlement continu de ses ennemis empêcha le prophète de publier davantage du document. Il reçut une notoriété considérable quand plusieurs grands journaux de l’Est des États-Unis réimprimèrent le fac-similé 1 et une partie du texte publié dans le Times and Seasons.
En 1851, les écrits d’Abraham furent publiés en Angleterre dans la Perle de Grand Prix, une petite compilation faite par Franklin D. Richards, contenant certaines des traductions et des révélations de Joseph Smith. C’est cette compilation qui fut canonisée en 1880 à Salt Lake City, ce qui la plaçait au niveau des trois autres recueils ou ouvrages canoniques sacrés: la Bible, le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances.
En 1856, les papyrus furent vendus par la veuve de Joseph à Abel Coombs. À l’exception de quelques fragments rendus à l’Église en 1967, la localisation actuelle des papyrus est inconnue. [Voir également Papyrus, Joseph Smith.]

Bibliographie
Nibley, Hugh. "The Meaning of the Kirtland Egyptian Papers". BYU Studies 11, n° 4, été 1971, pp. 350-399.
Peterson, H. Donl. The Pearl of Great Price: A History and Commentary. Salt Lake City, 1987.
H. DONL PETERSON

Livre d’Abraham: Contenu du livre d’Abraham
Auteur: THOMPSON, STEPHEN E.

Le livre d’Abraham dans la Perle de Grand Prix se compose d’un récit des relations d’Abraham avec le Seigneur dans quatre pays: la Chaldée, Charan, Canaan et l’Égypte. Cette observation est en accord avec l’expression qui introduit l’œuvre, « au pays de ». Excepté pour les événements rapportés au premier chapitre, Saraï (Sara) participe pleinement aux vicissitudes et aux triomphes de son mari.
Au début du texte, Abraham vit parmi peuple idolâtre de Chaldée (Abr. 1:1, 5-7). Mais sous le coup de fortes persécutions (1:12, 15) pour avoir prêché contre sa méchanceté, il décide d’émigrer. L’opposition officielle qui en résulte vaut presque à Abraham d’être la victime d’un sacrifice humain (1:12-15). Quand il prie pour avoir l’aide divine, un ange le sauve et lui promet qu’il sera conduit dans un nouveau pays et qu’il recevra la prêtrise (1:15-19).
Quand la famine prophétisée par l’ange arrive en Chaldée (1:29-30), Abraham part avec Saraï, son neveu Lot, et sa famille, avec son père, Térach, dans son sillage (2:4). Une fois qu’ils sont installés à Charan, le Seigneur commande à Abraham de continuer vers Canaan et lui révèle les éléments de base de l’alliance abrahamique (2:6-11). À cause de la famine, Abraham va en Égypte, où le Seigneur lui commande – et c’est là un détail qui est absent dans Genèse 12:11-13 – de présenter Saraï comme sa sœur, afin que les Égyptiens ne le tuent pas (2:21-25).
Au troisième chapitre, Abraham décrit une vision qu’il a reçue par un urim et un thummim au sujet des mondes créés par Dieu, des esprits prémortels des hommes et du Conseil dans les cieux où les dieux (cf. Jn. 1:1-4, 14; Hé. 1:1-3) planifièrent la création de la terre et de l’humanité. Les quatrième et cinquième chapitres racontent la réalisation de ces plans et le placement d’Adam et Ève dans le jardin d’Éden.
Selon le récit du livre, la Chaldée était sous l’hégémonie égyptienne du vivant d’Abraham. La religion locale comprenait le culte solaire égyptien, le culte du pharaon et les sacrifices humains. La découverte du pays d’Égypte est attribuée à Égyptus, fille de Cham et d’Égyptus; son fils aîné, dont le nom était Pharaon, créa son premier gouvernement.
Les contributions doctrinales du livre sont une explication plus complète de l’alliance d’Abraham et de son rapport avec l’Évangile (2:6-11) et une meilleure compréhension de la vie prémortelle (3:22-28). Pour ce qui concerne l’astronomie, il donne le nom de l’astre le plus proche de la demeure de Dieu, Kolob (3:2-4) et détaille la création de la terre par un conseil des Dieux au quatrième chapitre. Abraham 1:26-27 a été interprété par certains comme base scripturaire du refus dans le passé de donner la prêtrise aux noirs.
Pour ce qui est des liens avec la Bible, l’idolâtrie de Térach (cf. Jos. 24:2) et la délivrance d’Abraham par le Seigneur (cf. És. 29:22) sont détaillés dans le livre d’Abraham et dans d’autres textes antiques sur Abraham.
Beaucoup de thèmes du livre apparaissent dans d’autres documents littéraires antiques, notamment la lutte d’Abraham contre l’idolâtrie (Jubilés 12; Charlesworth, vol. 2, pp. 79-80), la tentative de sacrifice d’Abraham (Pseudo-Philon 6; Charlesworth, vol. 2, pp. 310-312) et la vision d’Abraham de l’endroit où Dieu habite, les événements dans le jardin d’Éden et les esprits prémortels (Apocalypse d’Abraham 22-23; Charlesworth, vol. 1, p. 700). Le commandement de Dieu à Abraham de présenter Saraï comme étant sa sœur trouve son écho dans l’Apocryphe de la Genèse (colonne 19) comme lui ayant été donné dans un songe. Abraham enseignant l’astronomie aux Égyptiens (fac-similé 3 du livre d’Abraham) se retrouve dans le Pseudo-Eupolème 9.17.8 et 9.18.2 (Charlesworth, vol. 2, pp. 881-82) et dans Josèphe (Histoire ancienne des Juifs 1.8.2).

Bibliographie
Charlesworth, James H., dir. de publ. The Old Testament Pseudepigrapha, 2 vols. Garden City, N.Y., 1983, 1985.
Millet, Robert L., et Kent P. Jackson, dir. de publ. Studies in Scripture, Vol. 2. Salt Lake City, 1985.
Peterson, H. Donl, et Charles D. Tate, dir. de publ. The Pearl of Great Price: Revelations from God. Provo, Utah, 1989.
STEPHEN E. THOMPSON

Livre d’Abraham: Fac-similés du livre d’Abraham
Auteur: RHODES, MICHAEL D.

Trois fac-similés sont publiés avec le texte du livre d’Abraham dans la Perle de Grand Prix. Tous sont semblables aux illustrations égyptiennes connues par d’autres sources.
FAC-SIMILÉ NUMÉRO 1. Les représentations semblables au fac-similé 1 abondent dans les textes religieux égyptiens. Un exemple typique apparaît au chapitre 151 du Livre des Morts, montrant le dieu Anubis embaumant Osiris, qui se trouve sur un lit en forme de lion. Dans certains détails, tels que la position du personnage couché, le fac-similé 1 diffère des autres textes égyptiens.
On ne connaît l’existence du document original que pour le fac-similé 1. La comparaison des fragments de papyrus ainsi que du texte hiéroglyphique qui accompagne ce dessin démontre qu’il faisait partie d’un texte religieux égyptien connu sous le nom de Livre des Respirations. Sur la base des indications paléographiques et historiques, la date de ce texte peut être estimée avec certitude comme étant le premier siècle apr. J.-C. Étant donné que le livre d’Abraham fait allusion à cette illustration (Abr. 1:12), beaucoup en ont conclu que le Livre des Respirations doit être le texte que le prophète Joseph Smith a utilisé dans sa traduction. Comme il est clair que le Livre des Respirations n’est pas le livre d’Abraham, les détracteurs affirment que c’est la preuve concluante que Joseph Smith était incapable de traduire les documents antiques.
Dans les documents historiques que l’Église possède actuellement, Joseph Smith n’a jamais décrit le processus qu’il utilisait pour traduire les documents antiques. Parlant du Livre de Mormon, il a dit qu’il « n’était pas utile » qu’il raconte tous les détails de sa parution (HC 1:220; voir Traduction du Livre de Mormon par Joseph Smith). À plusieurs reprises, il a qualifié le livre d’Abraham de traduction (HC 4:543, 548); et quand le livre d’Abraham fut publié par sections dans le Millennial Star, il fut décrit comme « traduit par Joseph Smith » (juillet 1842, p. 34). Wilford Woodruff (dans son journal personnel) et Parley P. Pratt (dans le Millennial Star de juillet 1842) affirment que la traduction avait été faite au moyen de l’urim et du thummim, bien que Joseph Smith lui-même ne mentionne pas l’utilisation de cet instrument à un endroit quelconque de la traduction.
On doit cependant tenir compte de ce que Joseph Smith entendait par traduction. La section 7 des Doctrine et Alliances nous propose une mesure standard. Ici, le prophète, utilisant l’urim et le thummim, a traduit des « écrits faits sur parchemin par Jean». Bien qu’on ne sache pas si Joseph Smith a eu ce document en sa possession, il en a donné une traduction. Puisqu’on ne sait pas au juste comment Joseph Smith traduisait, il est raisonnable de postuler que, en étudiant les papyrus égyptiens achetés à Michael Chandler, Joseph Smith a demandé au Seigneur de lui donner la révélation à leur sujet et a reçu dans ce processus le livre d’Abraham. Il se peut alors qu’il ait recherché dans les papyrus en sa possession des illustrations semblables à celles qu’il avait apprises par révélation. C’est une explication possible de la façon dont des dessins faits aux environs du premier siècle apr. J.-C. ont été utilisés pour illustrer le livre d’Abraham.
FAC-SIMILÉ NUMÉRO 2. Les égyptologues appellent le fac-similé 2 un hypocéphale (« sous la tête » en grec) et de nombreux exemplaires sont conservés dans les musées de par le monde. Leur but officiel était de maintenir le corps chaud (c.-à-d., prêt pour la résurrection) et de transformer le défunt en un dieu dans l’au-delà. Joseph Smith a expliqué que le fac-similé 2 contenait des représentations de Dieu, de la terre, du Saint-Esprit, etc. Ses explications sont généralement raisonnables à la lumière des connaissances modernes en égyptologie. Par exemple, les quatre personnages debout dans la partie inférieure du fac-similé représentent, selon Joseph Smith, « les quatre coins de la terre». Les Égyptiens les appelaient les quatre fils d’Horus et, entre autres, ils étaient les dieux des quatre coins de la terre.
FAC-SIMILÉ NUMÉRO 3. Le fac-similé 3 est une scène que l’on retrouve sans cesse dans la littérature égyptienne, une scène particulièrement connue grâce au chapitre 125 du Livre des Morts. Il représente le jugement des morts devant le trône d’Osiris. Il est probable qu’il se trouvait à la fin du texte du Livre des Respirations, dont le fac-similé 1 constituait le commencement, puisque d’autres exemplaires contiennent des vignettes semblables à celle-ci. De plus, le nom de Hor, propriétaire du papyrus, apparaît dans les hiéroglyphes au bas de ce fac-similé.
Joseph Smith explique que le fac-similé 3 représente Abraham assis sur le trône du pharaon, enseignant les principes de l’astronomie à la cour égyptienne. Les critiques ont fait remarquer que le deuxième personnage, que Joseph Smith dit être le roi, est la déesse Hathor (ou Isis). Il y a cependant des exemples dans d’autres papyrus, qui n’étaient pas dans la possession de Joseph Smith, où le pharaon est représenté sous les traits d’Hathor. En fait, la scène entière est typique des drames rituels égyptiens dans lesquels des acteurs costumés jouaient les rôles de divers dieux et déesses.
En résumé, le fac-similé 1 constituait le commencement et le fac-simile 3 la fin d’un document connu sous le nom de Livre des Respirations, un texte religieux égyptien que la paléographie date de l’époque de Jésus. Le fac-similé 2, l’hypocéphale, est également un texte religieux égyptien tardif. On pourrait expliquer l’association de ces fac-similés au livre d’Abraham comme étant une tentative de Joseph Smith de trouver, dans les papyrus qu’il possédait, les illustrations qui correspondaient le mieux à ce qu’il avait reçu par révélation en traduisant le livre d’Abraham. De plus, les explications que le prophète donne de chacun des fac-similés s’accordent avec ce qui est connu aujourd’hui des pratiques religieuses égyptiennes.

Bibliographie
Harris, James R. "The Book of Abraham Facsimiles." Dans Studies in Scripture, Vol. 2, dir. de publ. R. Millet et K. Jackson. Salt Lake City, 1985.
Nibley, Hugh. Abraham in Egypt. Salt Lake City, 1981.
Rhodes, Michael D. "A Translation and Commentary of the Joseph Smith Hypocephalus." BYU Studies 17, printemps 1977, pp. 259-274.
MICHAEL D. RHODES

Livre d’Abraham: Études sur le livre d’Abraham
Auteur: RHODES, MICHAEL D.

COMMENTAIRES DOCTRINAUX. Les études doctrinales du livre d’Abraham ont habituellement été des composants de commentaires généraux sur la Perle de Grand Prix qui ne se concentraient pas sur le livre d’Abraham en particulier. Le Commentary on the Pearl of Great Price de George Reynolds et Janne Sjodahl (Salt Lake City, 1965) en est un exemple typique. L’étude la plus complète de cette sorte est le Doctrinal Commentary on the Pearl of Great Price (Salt Lake City, 1969) par Hyrum Andrus.
ÉTUDES HISTORIQUES. En 1912, la brochure Joseph Smith, Jr., as a Translator par F. S. Spaulding, évêque épiscopalien d’Utah, tentait de réaliser la première étude non mormone officielle du livre d’Abraham. Elle contenait des lettres de huit grands égyptologues sur les trois fac-similés commentant sur « l’exactitude » de leur interprétation par le prophète Joseph Smith. Les savants s’accordaient unanimement pour dire que le prophète se trompait. À l’époque, aucun savant parmi les saints des derniers jours n’était capable de réfuter leurs affirmations. Ce ne fut qu’en 1936 que J. E. Homans, qui n’était pas saint des derniers jours et qui écrivait sous le pseudonyme R. C. Webb, publia Joseph Smith as a Translator, défendant les capacités du prophète comme traducteur, mais sans traiter directement les remarques faites par les égyptologues.
En 1967, onze fragments des papyrus égyptiens qui avaient jadis appartenu à Joseph Smith furent redécouverts par Aziz S. Atiya et furent ensuite présentés à l’Église par le Metropolitan Museum of Art de New York. On constata que plusieurs fragments faisaient partie d’un texte religieux égyptien connu sous le nom de Livre des Respirations. Trois égyptologues de renom procédèrent rapidement à une traduction et à des commentaires sur les fragments, ce qui eut comme conséquence de nouvelles attaques à propos de « l’incapacité » de Joseph Smith comme traducteur. Les détracteurs affirmèrent que le Livre des Respirations n’avait rien à voir avec le livre d’Abraham que Joseph Smith prétendait apparemment avoir traduit de ces mêmes papyrus. En effet, le Livre des Respirations est un texte tardif qui remonte aux environs du premier siècle apr. J.-C., quelque deux mille ans après le temps d’Abraham. Hugh Nibley a systématiquement défendu Joseph Smith avec une grande compétence contre les critiques de ce type, en affirmant que le livre d’Abraham devait être évalué sur la base de ce qu’il prétend être : le récit fait par Abraham de sa vie. Les recherches de Nibley ont montré qu’il existe un nombre important de liens entre le livre d’Abraham et les textes antiques qui traitent d’Abraham. Ces ressemblances sont trop nombreuses et trop subtiles pour qu’on puisse les attribuer à la seule coïncidence.
Dans son explication du fac-similé 2 du livre d’Abraham, Joseph Smith affirmait que certaines informations qui s’y trouvaient ne devaient pas être révélées au monde, « mais peu[ven]t s’obtenir dans le saint temple de Dieu ». Les études sur le rituel du temple égyptien faites depuis le temps de Joseph Smith ont révélé des parallèles avec les célébrations et la doctrine du temple chez les saints des derniers jours, notamment la représentation de la création et de la chute de l’humanité, les ablutions et les onctions et le retour final des personnes en la présence de Dieu. De plus, mari, femme et enfants sont scellés ensemble pour l’éternité, la généalogie est prise au sérieux; les hommes seront jugés selon leurs actes dans cette vie et la récompense d’une vie juste est de vivre éternellement en la présence de Dieu avec sa famille. Il n’est guère raisonnable de vouloir faire croire que tous ces parallèles se sont produits par pur hasard.
Un certain nombre de textes pseudépigraphiques prétendant être des récits de la vie d’Abraham sont apparus depuis le temps de Joseph Smith, comme l’Apocalypse d’Abraham et le Testament d’Abraham, des documents qui montrent des ressemblances remarquables avec le livre d’Abraham. Par exemple, au chapitre 12 du Testament d’Abraham, il y a une description du jugement des morts qui correspond dans le plus grand détail à la scène montrée dans le fac-similé 3 du livre d’Abraham et, par ailleurs, au chapitre 125 du Livre des Morts égyptien. En fait, on peut trouver dans les écrits pseudépigraphiques sur Abraham des parallèles avec presque chaque verset du livre d’Abraham.
En résumé, les nombreuses ressemblances que le livre d’Abraham et les points de doctrine des saints des derniers jours qui lui correspondent ont en commun avec les textes religieux égyptiens et les écrits pseudépigraphiques récemment découverts peuvent être une confirmation supplémentaire de l’authenticité de la traduction de Joseph Smith connue sous le nom de livre d’Abraham. Une question importante au sujet de son authenticité continue à tourner autour du point de savoir si Joseph Smith a traduit l’ouvrage au départ des fragments de papyrus que l’Église a maintenant en sa possession ou s’il a utilisé l’urim et le thummim pour recevoir le texte du livre d’Abraham par révélation, comme c’est est le cas pour la traduction du rouleau de Jean le Révélateur, que l’on trouve à la section 7 des Doctrine et Alliances ou du livre de Moïse, qui est extrait de la traduction de la Bible par Joseph Smith et qui se trouve aussi dans la Perle de Grand Prix. Ces exemples montrent que Joseph Smith n’avait pas besoin de posséder un texte original pour que sa traduction lui soit révélée. Dans sa fonction comme prophète, voyant et révélateur, beaucoup de voies lui étaient ouvertes pour recevoir des informations par l’inspiration divine. [Voir aussi Livre d’Abraham: Fac-similés du livre d’Abraham.]

Bibliographie
Ashment, Edward H. "The Facsimiles of the Book of Abraham: A Reappraisal." Sunstone 4, n° 5-6, déc. 1979, pp. 33-48.
Baer, Klaus. "The Breathing Permit of Hor." Dialogue 3, n° 3, 1968, pp. 109-134.
Homans, J. E. Joseph Smith as a Translator. Salt Lake City, 1936.
Nibley, Hugh. The Message of the Joseph Smith Papyri. Salt Lake City, 1975.
Nibley, Hugh. Abraham in Egypt. Salt Lake City, 1981.
Parker, Richard. "The Joseph Smith Papyri: A Preliminary Report." Dialogue 3, n° 2, 1968, pp. 86-92, 98-99.
Rhodes, Michael D. "A Translation and Commentary on the Joseph Smith Hypocephalus." BYU Studies 17, printemps 1977, pp. 259-274.
Spaulding, F. S. Joseph Smith, Jr., as a Translator. Brochure. Salt Lake City, 1912.
Wilson, John. "A Summary Report." Dialogue 3, n° 2, 1968, pp. 67-85.
MICHAEL D. RHODES

Abraham
Auteur: CLARK, E. DOUGLAS

Peu de personnages bibliques ont une place aussi importante dans la religion des saints qu’Abraham. D’autres croient aussi qu’il a réellement existé, mais l’approche des saints est unique: Les révélations reçues par Joseph Smith confirment l’historicité de base de la Genèse et ajoutent des informations auxquelles font écho des sources antiques dont beaucoup ont été retrouvées après l’époque du prophète.
Le livre d’Abraham tel que rétabli par Joseph Smith raconte de manière autobiographique la jeunesse d’Abraham, expliquant pourquoi il a été choisi comme destinataire clef des promesses divines destinées au bien de l’humanité. Non seulement il avait été préordonné dans la vie prémortelle (Abr. 3:23; cf. Apocalypse d’Abraham 22:1-5), mais dans sa jeunesse à Ur il s’opposa à l’idolâtrie et aux sacrifices humains, ce qui, ironie des choses, lui valut d’en devenir presque victime (Abr. 1:5-20; cf. Genèse Rabbah 38:13). Ce qui est encore plus ironique, c’est que la délivrance de dernière minute d’Abraham par Dieu préfigurait ce qui allait se passer quand Abraham offrirait Isaac.
Après avoir épousé Sara et appris son droit par lignage à l’ordre patriarcal de la prêtrise tel que révélé dans les «annales des pères» (Abr. 1:2-4, 26, 31; 2:2; Jubilés 12:27; cf. D&A 107:40-57), Abraham se rendit à Charan, où il reçut apparemment son ordination (Abr. 2:9-11; WJS, pp. 245, 303). Il vit aussi le Seigneur, qui lui fit des promesses remarquables: Abraham serait béni au-delà de toute mesure; sa postérité porterait l’Évangile à toutes les nations et tous ceux qui le recevraient porteraient son nom, seraient comptés dans sa postérité et le béniraient comme étant leur père (Abr. 2:6-11; cf. Ge. 12:1-3).
Accompagnés de leurs convertis, Abraham et Sara se rendirent à Canaan (Abr. 2:15; Genèse Rabbah 39:14). La famine ne tarda pas à les forcer à aller en Égypte, non sans que Dieu commande au préalable à Abraham de demander à Sara de se faire passer pour sa sœur (Abr. 2:22-25; Apocryphe de la Genèse 19:14-21) et lui donna ensuite une vision du cosmos et de la création pour lui permettre de les enseigner aux Égyptiens (Abr. 3-5; cf. Sefer Yetsirah).
Le récit du livre d’Abraham prend fin ici, mais le dernier fac-similé du livre (le n° 3) dépeint Pharaon – qui prétend traditionnellement être seul détenteur de la prêtrise et de la royauté (Abr. 1:25-27) – honorant la prêtrise d’Abraham en lui permettant d’occuper le trône et d’enseigner l’astronomie à la cour (cf. Pseudo-Eupolème; Josèphe, Histoire ancienne 1.viii.2). Le fait que le pharaon ait reconnu la prêtrise d’Abraham était inconnu dans toutes les autres sources antiques jusqu’à la découverte, en 1947, de l’Apocryphe de la Genèse, censé, comme le livre d’Abraham, contenir un récit autobiographique d’Abraham mais continuant le récit en Égypte (Apocryphe de la Genèse 20:8-34): Quand le pharaon emmène Sara au palais, Abraham, en larmes, fait appel à Dieu, lequel la protège immédiatement en affligeant le pharaon. L’affliction empire, mais le pharaon finit par faire un rêve où Abraham le guérit; le patriarche est alors convoqué et rend la santé au pharaon en lui mettant les mains sur la tête. C’est le seul exemple connu dans l’Ancien Testament ou dans les pseudépigraphes apparentés d’une guérison par imposition des mains, et il plante le décor pour la scène du livre d’Abraham. Ensemble ces deux sources expliquent pourquoi les anciens considéraient la rencontre d’Abraham avec le pharaon comme «un événement crucial dans l’histoire de l’humanité» (Nibley, 1981 [citant Wacholder], p. 63).
Mais c’est Sara qui se trouve face au dilemme le plus difficile en Égypte: Si elle honore la demande d’Abraham (en feignant être vierge) et ses vœux matrimoniaux (en refusant les avances du pharaon), elle risque une mort certaine. L’autre choix est simplement d’accepter son nouveau rôle avec sa richesse et son influence éblouissantes. Sara prouve sa fidélité au péril de sa vie et, comme Abraham et Isaac, est finalement sauvée par Dieu. Son sacrifice prouve son égalité avec Abraham et leur dépendance mutuelle (CWHN 1:98; IE 73, avr. 1970, pp. 79-95).
D’autres sources mormones éclairent des événements postérieurs de la vie d’Abraham, comme quand Sara, encore sans enfant après être retournée à Canaan, donne sa servante Agar à Abraham (Ge. 16:1-3) et ainsi «servit Abraham selon la loi» (D&A 132:65; voir aussi le verset 34) en accord avec d’anciennes sources originaires du Proche-Orient que l’on a maintenant et qui décrivent l’obligation légale d’une épouse sans enfant. Le geste de Sara démontre, dit un apôtre moderne, «son amour et sa fidélité à son mari» (JD 23:228) et est, dit Philon, l’une «des preuves innombrables» de son «amour conjugal… Partout et en tout temps elle était à ses côtés… sa vraie partenaire dans la vie et dans les événements de la vie, résolue à partager au même titre le bon et le mauvais» (À propos d’Abraham, pp. xlii-xliii).
Les sources de l’Église décrivent en outre comment Abraham fut instruit au sujet de Jésus-Christ par Melchisédek (EPJS, pp. 260-261), qui, comme prototype du Christ (TJS Ge. 14:26-36; Al. 13:17-19), donna à Abraham la prêtrise selon l’Ordre du Fils de Dieu (voir Prêtrise de Melchisédek; D&A 84:14; 107:2-4; cf. Genèse Rabbah 43:6) avec accompagnement d’ordonnances du temple préfigurant le Christ (Abraham, fac-similé 2; Al. 13:2, 16; cf. Cave of Treasures [Budge], p. 148). Plus tard, Abraham «regarda et vit les jours du Fils de l’Homme, et se réjouit» (TJS Ge. 15:9-12; Hél. 8:17; Jn. 8:56).
L’épreuve suprême d’Abraham, le sacrifice d’Isaac, fut à la fois le rappel de l’expérience antérieure d’Abraham et la préfiguration de choses à venir. Des siècles avant Jésus, un prophète du Livre de Mormon dit du sacrifice d’Isaac par Abraham qu’il était une «similitude de Dieu et de son Fils unique» (Jcb 4:4-5) tout comme beaucoup de pères chrétiens allaient le dire rétrospectivement. La vie d’Abraham symbolise donc et témoigne de son éminent descendant, Jésus, qui, parce qu’il était également le Fils de Dieu, pouvait expier pour Abraham et tous les autres.
La vie d’Abraham préfigure aussi celle d’un autre descendant, Joseph Smith (D&A 132:30-31), dont la prière à l’âge de quatorze ans fait écho à celle du jeune Abraham au même âge (Jubilés 11:16-17; JS–H 1:7-17). Les deux hommes avaient été préordonnés; tous les deux avaient reçu la prêtrise, prêché l’Évangile et rencontré une opposition redoutable; tous deux parlèrent face à face avec des messagers divins et avec Dieu lui-même, tous deux possédaient un urim et un thummim, traduisirent des documents antiques et rédigèrent des Écritures et tous deux fondèrent une communauté influente de saints.
Mais le lien est plus direct. John Taylor dit qu’Abraham a visité Joseph Smith (JD 20:174-75; 21:94), dont la mission était aussi de révéler des connaissances perdues sur Abraham (cf. 2 Né. 3:7, 12) et dont le ministère de rétablissement tout entier a aidé à accomplir l’alliance d’Abraham que dans sa postérité toutes les nations seraient bénies (2 Né. 29:14; 3 Né. 20:27, 29). Un but central de ce rétablissement est de rendre les promesses d’Abraham efficaces pour ses descendants, qui, par les ordonnances du temple, peuvent recevoir les bénédictions d’Abraham et être scellés dans une chaîne d’ancêtres remontant jusqu’à Abraham et à Adam (D&A2; EPJS, pp. 289-290).
Pour atteindre la gloire d’Abraham, il est commandé aux saints des derniers jours d’aller au Christ en «[faisant] les œuvres d’Abraham» dont la vie constitue un modèle (D&A 132:32; cf. És. 51:1-2; Jn. 8:39; Coran 16:120-123). Ces œuvres commencent par le baptême et la réception du Saint-Esprit, sur quoi le bénéficiaire doit «avancer résolument» (2 Né. 31:19-20) dans la justice, comme Abraham, en obéissant à Dieu, en recevant la prêtrise et les ordonnances du temple, en honorant les alliances, en fondant une cellule familiale, en instruisant les enfants, en tenant des annales sacrées, en prêchant l’Évangile et en se montrant fidèle dans l’opposition (Abr. 1-2; Ge. 12-25). Quand on progresse le long de ce chemin, on se calque de plus en plus sur Abraham et Sara et les bénédictions qui leur ont été promises. Par exemple, quiconque n’est pas descendant d’Abraham mais reçoit le Saint-Esprit devient la postérité d’Abraham (EPJS, pp. 116-117; Abr. 2:10; cf. Ga. 3:29), tandis que tout homme qui magnifie la Prêtrise de Melchisédek devient de même la postérité d’Abraham (D&A 84:33-34). Et tout couple marié éternellement dans le temple reçoit la promesse des bénédictions d’Abraham – une postérité comme les étoiles du ciel et le sable au bord de la mer, signifiant un accroissement éternel de sa postérité dans le royaume céleste (D&A 132:30; JD 11:151-152; 15:320).
Cette bénédiction d’une postérité innombrable a été promise en plusieurs occasions à Abraham (Abr. 3:13-14; Ge. 13:16; 15:5; 17:2, 6), mais ce n’est que quand il a démontré qu’il était disposé à offrir Isaac comme sacrifice que le Seigneur a garanti les promesses (Ge. 22:16-18), montrant, explique Joseph Smith, que toute personne qui veut atteindre la vie éternelle «doit tout sacrifier» (EPJS, p. 260). En conséquence, le peuple du Seigneur doit être «mis à l’épreuve comme Abraham» pour devenir sanctifié par le descendant d’Abraham, le Christ (D&A 101:4-5; Mro. 10:33) en vue de «s’asseoir dans le royaume de Dieu avec Abraham» et Sara (Al. 5:24) sur un trône de gloire pour hériter les mêmes bénédictions de l’exaltation dont jouit déjà ce couple exemplaire (D&A 132:34-37; cf. Testament d’Isaac 2:5-7).

Bibliographie
Kimball, Spencer W. "The Example of Abraham." Ensign 6, juin 1975, pp. 3-7.
Nibley, Hugh. "A New Look at the Pearl of Great Price" IE 71-73, janv. 1968-mai 1970, une série d’articles couvrant deux années.
Nibley, Hugh. Abraham in Egypt. Salt Lake City, 1981.
E. DOUGLAS CLARK

Abraham – Évangile d’
Auteur: FLAKE, JOËL A.

Le 3 avril 1836, les clefs de la «dispensation de l’Évangile d’Abraham» furent remises au prophète Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le temple de Kirtland dans le cadre du rétablissement de toutes choses dans la dispensation de la plénitude des temps (D&A 110:12). Il fut promis que par ceux qui recevraient l’Évangile dans les derniers jours et leur postérité, toutes les générations qui l’accepteraient seraient bénies (HC 2:434-436). Ceci a renouvelé la promesse faite jadis à Abraham (Ge. 12:1-3; Abr. 2:6, 9-11; cf. Ga. 3:7-9, 29).
Les saints des derniers jours enseignent qu’Adam, Hénoc, Noé, Abraham et beaucoup d’autres ont été à la tête de dispensations de l’Évangile. Les bénédictions et les commandements divins ont été conférés en fonction des circonstances du peuple fidèle de Dieu dans chaque dispensation.
La dispensation de l’Évangile d’Abraham comprend l’ordre patriarcal de la prêtrise et l’alliance du mariage éternel (D&A 131:1-4; 132:28-30; voir aussi Mariage: Mariage éternel), par lesquels l’alliance abrahamique est perpétuée de génération en génération parmi les fidèles. Abraham reçut la promesse qu’il aurait une postérité innombrable dans le monde et hors du monde. Cette promesse est renouvelée à tous ceux qui obéissent à l’Évangile de Jésus-Christ et reçoivent l’alliance sacerdotale du mariage céleste, «et c'est par cette loi que se perpétuent les œuvres [du] Père» parmi l’humanité tant dans le temps que dans l’éternité (D&A 132:31-33). Le rétablissement de toutes choses comprenait la restitution des clefs à Joseph Smith pour la rendre possible à l’époque moderne pour tous ceux qui font les œuvres d’Abraham pour hériter l’alliance et les bénédictions d’Abraham. [Voir aussi Postérité d’Abraham.]
JOEL A. FLAKE

Abrahamique – Alliance
Auteur: RASMUSSEN, ELLIS T.

L’alliance divine archétypale, dont l’alliance d’Abraham est un exemple, est l’alliance éternelle de l’Évangile de Jésus-Christ. En acceptant l’Évangile, l’humanité peut être rachetée de l’issue fatale de la mort et de la tache du péché pour jouir de la vie éternelle avec Dieu.
La mission d’Abraham n’était pas nouvelle; elle était comme la mission d’Adam, de Hénoc et de Noé. Le même pouvoir divin ou prêtrise qui leur donnait l’autorité de promulguer l’alliance de la rédemption divine pour les enfants de Dieu à leur époque a été renouvelée avec Abraham et sa postérité; elle devait être explicitement perpétuée par lui et ses héritiers littéraux et spirituels pour toujours (Ge. 12:1-3; Abr. 1:18-19; 2:6, 9-11).
ACCOMPLISSEMENT PAR ABRAHAM DE LA MISSION DE L’ALLIANCE Abraham apprit dans les annales de ses ancêtres ce qui concernait le Dieu vrai et vivant et les pouvoirs salvateurs de la prêtrise. Bien que ses ascendants directs eussent apostasié de l’Évangile, il désirait et reçut, de la part de Melchisédek, cette vraie prêtrise avec ses pouvoirs et ses responsabilités (Abr. 1:1-7, 18, 19, 31; D&A 84:14; Al. 13:14-19; Ge. 14:18-20).
Les Chaldéens idolâtres avaient rejeté Abraham et l’avaient mis sur un autel pour le sacrifier (Abr. 1:5-12) mais le Seigneur le sauva et lui commanda de partir de chez lui à Ur pour une nouvelle terre promise (Ge. 11:27-32; 12:1-3; Abr. 1:1, 17; 2:1-5). Abraham emmena d’autres membres de sa famille dans un endroit qu’ils appelèrent Charan, où il gagna d’autres convertis aux voies du Seigneur. Il partit avec eux pour entreprendre son ministère au pays qui lui était promis, à lui et à tous ses descendants qui écouteraient la voix du Seigneur (Abr. 2:6, 14-20; Ge. 12:4-8).
Abraham et son groupe s’installèrent d’abord dans la région de Béthel, bâtirent un autel et proclamèrent le nom du Seigneur, façon de faire qu’il perpétua dans les foyers qu’il fonda par la suite (Ge. 12:8; 13:4, 18). Près de Béthel, les promesses et les responsabilités de l’alliance furent renouvelées et la circoncision devint le signe de l’alliance, pour rappeler à tous les détenteurs de rester purs et exempts de péché (Ge. 17). Abraham devint un homme de bonne réputation (Ge. 14:13, 18-20; 23:1-16) et eut la confiance de Dieu, qui fit son éloge en disant: «Je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice» (Ge. 18:19). Il connut l’épreuve suprême et une révélation de la signification de l’alliance rédemptrice lorsque Dieu exigea qu’à titre de préfiguration du sacrifice du Sauveur, il soit disposé à sacrifier son propre fils. Il réussit l’épreuve, son fils fut sauvé et il apprit comment tous peuvent être sauvés par le Rédempteur divin (Ge. 22:1-18; Jn. 8:56; Jcb. 4:5; Ga. 3:8).
PERPÉTUATION DE LA MISSION PAR LES HÉRITIERS D’ABRAHAM. Les successeurs littéraux et spirituels d’Abraham apprirent à garder l’alliance par les choses qu’ils subirent. Leurs efforts eurent parfois du succès et leurs voisins furent impressionnés (Ge. 17:1-7; 26:1-5, 24-28; 28:13-22; 30:25-27; 32:24-29; 35:1-15; 39:1-6, 21-23; 40:8; 41:9-16, 37-42).
Une bénédiction patriarcale donnée par Jacob (Israël), petit-fils d’Abraham, à ses douze fils définit les rôles futurs de l’alliance pour ses descendants, en particulier ceux issus de Juda et de Joseph (Ge. 49:10, 22-26).
En plus de la postérité de Jacob, Abraham eut des descendants par Ismaël, le fils d’Agar, servante de Sara. Dans la famille d’Ismaël, on cite «douze princes» qui fondèrent des «parcs» et des «enclos» (Ge. 25:12-16). Six fils par Ketura, autre épouse d’Abraham, sont également cités parmi ses familles: Zimran, Jokschan, Medan, Madian, Jischbak et Schuach (Ge. 25:2). Il leur promit à tous des dons avant de mourir (Ge. 25:1-7), notamment des dons spirituels. Un descendant, Jéthro (ou Reuel), sacrificateur de Madian, fournit à Moïse une épouse, l’ordonna à la prêtrise et le conseilla sur la façon d’organiser, de gouverner et de juger Israël (Ex. 2:16-22; 18:12-27; D&A 84:6-16). De nombreux descendants d’Ésaü, avec leurs chefs tribaux et leurs rois, sont également mentionnés (Ge. 36).
Aujourd’hui, des millions de personnes considèrent Abraham comme leur père. Tous peuvent avoir les bénédictions de son alliance : il leur suffit de faire les œuvres d’Abraham. Le Seigneur n’a jamais dit à Abraham que lui seul serait béni par l’alliance ou qu’elle ne bénirait que sa postérité littérale; la mission était qu’en lui et en sa postérité toutes les familles de toutes les nations seraient bénies. Tous ceux qui acceptent l’alliance du divin Rédempteur deviennent spirituellement la postérité d’Abraham et reçoivent les mêmes bénédictions que ses descendants biologiques (Ge. 12:1-3; Abr. 2:8-11; Ga. 3:7-9, 26-29; cf. Jean 8:33, 37, 39; Ro. 9:6-8).
L’HÉRITAGE ABRAHAMIQUE PAR MOÏSE ET LES PROPHÈTES La mission de Moïse était de délivrer les enfants d’Israël du joug de l’esclavage et de la mort en Égypte et de les ramener dans la Terre promise. Ils ne devaient entrer dans le pays que lorsque l’iniquité des habitants précédents serait devenue si excessive qu’ils se seraient plus dignes de le conserver (1 Né. 17:35; Ge. 15:13-16; 17:7-9; TJS Ge. 17:4-7; Ex. 4:22-23; 6:1-8). Par Moïse, le Seigneur donna aux Israélites des lois, des ordonnances, des statuts et des commandements pour les aider à se rappeler leurs devoirs envers Dieu et pour faire d’eux un royaume de sacrificateurs, un peuple saint, un peuple acquis en tant que serviteurs exemplaires de Dieu (Ex. 19:1-6, 20 et suiv.; De. 4:1-6; Mos. 13:27-30).
Israël vécut effectivement selon l’alliance dans les derniers jours de Moïse et du temps de son successeur, Josué; mais à l’époque des juges et au-delà, les Israélites tombèrent dans la manière de vivre des tribus voisines au lieu de suivre les lois morales et religieuses du vrai Dieu (Jg. 2:7-13; 17:6; 21:25). Parce que les cycles d’apostasie se répétèrent pendant toute l’histoire d’Israël, les Israélites furent périodiquement réprimandés par les prophètes pour leurs péchés et appelés au repentir (par exemple, És. 1:1-4; Os. 4:1-6; Am. 3; Mi. 3; Jé. 2; Éz. 2).
Deux thèmes dominent les messages des prophètes de l’Ancien Testament: (1) le Rédempteur promis viendrait et, quoique rejeté par beaucoup, il ouvrirait le chemin promis vers le salut pour tous; (2) dans les derniers jours, l’alliance d’Abraham serait rétablie (Es. 2:2-5, 11; 7:14-16; 9:1-7; 52:13-15, 53; Jé. 23:5-8; Éz. 37:11-28; Da. 9:21-27; Mi. 5:2-5; Za. 9:9-11; 11:10-13; 13:6; 14:4-9).
ACCOMPLISSEMENT ET PERPÉTUATION Le Rédempteur est venu, et les lois et les prophéties ont préparé les fidèles à le recevoir (Ga. 3:16-24, 25-29; Ac. 2:47; 5:14; 1 Co. 15:6). Il a accompli sa mission d’enseignement et de sacrifice personnels sur la terre, puis il a chargé les nouveaux héritiers chrétiens de l’alliance de la faire connaître au monde entier (Mt. 24:14; 28:19-20; Mc. 16:15-16). Cependant, pendant des siècles, le pouvoir sacerdotal d’administrer les ordonnances appropriées de l’alliance et certaines facettes essentielles de doctrine ont été perdus. Tous ont maintenant été rétablis dans la dispensation moderne de l’Évangile (D&A 110:11-16) et sont de nouveau accessibles à toutes les familles et nations de la terre.

Bibliographie
Brandt, Edward J. "The Covenants and Blessings of Abraham" Ensign 3, févr. 1973, pp. 42-43.
Kimball, Spencer W. Abraham: An Example to Fathers. Salt Lake City, 1977.
Nyman, Monte S. "Abraham, the Father of the Faithful" Sperry Lecture Series. Provo, Utah, 1975.
Guide par sujet, "Abrahamic Covenant"; et Dictionary, "Abraham, Covenant of." Dans l’édition de l’Église de la King James Version de la Bible. Salt Lake City, 1979.
ELLIS T. RASMUSSEN

Adam
Cette rubrique se compose de deux sections:
Adam: Sources mormones
Adam: Sources antiques
Le premier article traite des enseignements mormons au sujet d’Adam. Le second propose plusieurs sources apocryphes et pseudépigraphiques comme points de comparaison. On trouvera de plus amples renseignements sur Adam dans Adamique, langue, Ève, Chute d’Adam, Condition mortelle, Péché originel, et Plan du salut, Plan de Rédemption; concernant les débuts de la vie terrestre, voir Création; Création, récits de la, Terre, Évolution, Jardin d’Éden, Origine de l’homme, But de la vie terrestre: Perspective mormone, et Mondes.

Adam, Chute d'
Auteur: MATTHEWS, ROBERT J.

Les saints des derniers jours voient dans la chute d'Adam et Ève un événement réel qui s'est produit dans le jardin d'Éden et a affecté la terre entière et chaque individu du genre humain. La Chute était une étape nécessaire à la progression éternelle de l'humanité et a introduit les conditions qui ont rendu la mission de Jésus-Christ absolument nécessaire pour le salut. Les quatre ouvrages canoniques et les enseignements de beaucoup de dirigeants éminents de l'Église sont les sources de la doctrine de la Chute chez les saints. Ces sources s’étendent longuement sur les effets bénéfiques de la Chute comme élément du «grand plan du bonheur» de Dieu (Al. 42:8) pour ses enfants et témoignent qu'Adam et Ève doivent être honorés pour ce qu’ils ont fait (voir Plan du salut, Plan de Rédemption; But de la vie sur terre: Perspective des saints).
La création de la terre a été un processus en plusieurs étapes dans lequel la chute d'Adam et Ève et leur expulsion du jardin d'Éden ont été les étapes finales nécessaires pour réaliser la condition mortelle. Sans la Chute, Adam et Ève n'auraient pas eu d’enfants (2 Né. 2:23); par conséquent, le genre humain n'aurait pas existé sur cette terre dans les conditions et les circonstances existant dans le jardin. Le prophète Léhi explique: «Adam tomba que les hommes fussent» (2 Né. 2:25) et Hénoc déclare: «C’est parce qu’Adam tomba que nous sommes» (Moï. 6:48).
Après la Chute, l'Évangile de Jésus-Christ fut enseigné à Adam et à Ève et ils se réjouirent de leur situation. Adam bénit Dieu en disant: «À cause de ma transgression, mes yeux sont ouverts, et j'aurai de la joie dans cette vie, et je verrai de nouveau Dieu dans la chair» (Moï. 5:10). Et Ève fut heureuse, disant: «Sans notre transgression, nous n'aurions jamais eu de postérité et nous n'aurions jamais connu le bien et le mal, la joie de notre rédemption et la vie éternelle que Dieu donne à tous ceux qui obéissent» (Moï. 5:11).
La Chute n’a pas été un accident, ni une obstruction au plan de Dieu, ni une fausse route dans le parcours de l'humanité. «Le Seigneur… a créé la terre afin qu'elle soit habitée» par ses enfants (1 Né. 17:36), et puisque Adam et Ève n'auraient pas eu d’enfants dans leur état édénique, la Chute a été tout bénéfice pour l'humanité. Cela faisait partie du plan du Père, connu de lui à l’avance et essentiel au genre humain. Tout «a été fait dans la sagesse de celui qui sait tout» (2 Né. 2:24).
La Chute a apporté deux genres de mort à Adam, à Ève et à leur postérité: la séparation de l'esprit et du corps physique, que les Écritures appellent «la mort temporelle» (Al. 11:42-43) et l’exclusion de la présence de Dieu, qui est appelée la mort spirituelle (2 Né. 9:6; D&A 29:41). Jésus-Christ rachète de manière inconditionnelle toute l'humanité des deux morts introduites par la chute d'Adam (voir Péché originel), relève toute l'humanité du tombeau et la ramène en la présence de Dieu pour le jugement (Hél. 14:16-17). L'Expiation rachète également les individus des conséquences de leurs propres péchés à condition qu’ils se repentent.
Le Livre de Mormon explique: «L'homme naturel est ennemi de Dieu, et l'est depuis la chute d'Adam, et le sera pour toujours et à jamais, à moins qu'il ne se rende aux persuasions de l'Esprit-Saint, et ne se dépouille de l'homme naturel, et ne devienne un saint par l'expiation du Christ, le Seigneur» (Mos. 3:19; cf. Al. 22:14; 42:9-15). Dieu «a créé Adam, et par Adam vint la chute de l'homme. Et à cause de la chute de l'homme vint Jésus-Christ… et à cause de Jésus-Christ est venue la rédemption de l'homme» (Mrm. 9:12; cf. 2 Né. 9:6).

Les Doctrine et Alliances disent que la Chute est le résultat de la transgression: «Le diable tenta Adam, et celui-ci prit du fruit défendu et transgressa le commandement… C'est pourquoi, moi, le Seigneur Dieu, je le fis chasser du jardin d'Éden, de ma présence, à cause de sa transgression, en quoi il devint spirituellement mort» (D&A 29:40-41). Par la suite, Dieu envoya des anges enseigner à Adam et à sa postérité «le repentir et la rédemption par la foi au nom de [son] Fils unique» (D&A 29:42; cf. Moï. 5:6-8).
La Chute n'était pas un péché contre la chasteté. Adam et Ève étaient «mari et femme» et Dieu leur avait commandé de se multiplier (Ge. 1:27-28; Moï. 3:21-25; Abr. 5:14-19). Joseph Fielding Smith, un apôtre, explique : «La transgression d'Adam n'était pas un péché sexuel comme certains le croient et l’enseignent erronément. Adam et Ève furent mariés par le Seigneur pendant qu'ils étaient encore des êtres immortels dans le jardin d'Éden et avant que la mort n’entrât dans le monde» (DS1, p. 116; cf. JC, pp. 30-33).
L'Écriture ancienne et moderne établit un rapport indissociable entre la chute d'Adam et l'expiation de Jésus-Christ. Paul résume cela comme suit: «Comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ» (1 Co. 15:22). La révélation moderne souligne en outre que le Christ rachètera tout de la mort et des effets de la Chute.
Le prophète Joseph Smith a enseigné que le rôle d'Adam était d’ «ouvrir la voie vers le monde» (EPJS, p. 7); il a donc été le premier homme à entrer dans la condition mortelle, et la chute d'Adam a un effet mortel sur la terre entière. La terre mourra (D&A 88:25-26), mais par le pouvoir expiatoire de Jésus-Christ, «la terre sera renouvelée et recevra sa gloire paradisiaque» (10e A de F). «Tout deviendra nouveau, le ciel et la terre et toute leur plénitude, les hommes et les bêtes, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer. Et ni un cheveu, ni un fétu de paille ne seront perdus, car c'est l'œuvre de ma main» (D&A 29:24-25; cf. 101:24-26; És. 51:6).
Comme Léhi l’a déclaré: «Si Adam n'avait pas transgressé, il ne serait pas tombé, mais il serait resté dans le jardin d'Éden. Et toutes les choses qui avaient été créées auraient dû rester exactement dans l'état dans lequel elles étaient après avoir été créées; et elles auraient dû rester à jamais et ne pas avoir de fin» (2 Né. 2:22; cf. Moï. 3:9). Diverses interprétations ont été suggérées au sujet de la nature de la vie sur la terre avant la Chute et sur la façon dont la Chute a physiquement affecté le monde, mais elles vont au-delà de la doctrine clairement exprimée par l'Église. L'Église et les Écritures sont cependant formelles pour dire que la Chute a apporté les deux genres de mort à Adam et à sa postérité.

Bibliographie
McConkie, Joseph Fielding, et Robert L. Millet, dir. de publ. The Man Adam. Salt Lake City, 1990.
Packer, Boyd K. "The Law and the Light." Dans The Book of Mormon: Jacob Through Words of Mormon, to Learn With Joy, pp. 1-31. Provo, Utah, 1990.
Smith, Joseph Fielding. Man, His Origin and Destiny. Salt Lake City, 1954.
ROBERT J. MATTHEWS

Adam: Sources mormones
Auteur: BAILEY, ARTHUR A.

Pour des saints des derniers jours, Adam est l’un des plus nobles et des plus grands de tous les hommes. Les informations que l’on trouve dans les Écritures et dans les déclarations des apôtres et des prophètes modernes révèlent des détails au sujet d’Adam et de son rôle important dans la vie préterrestre, en Éden, dans la condition mortelle et dans sa vie postmortelle. Elles donnent à Adam des noms et des titres tels que Michel (D&A 27:11; 29:26), archange (D&A 88:112) et Ancien des jours (D&A 138:38).
Le prophète Joseph Smith a enseigné que Michel, dont il est question dans la Bible (Da. 10:13; Jud. 1:9; Ap. 12:7), est Adam. Dans sa vie prémortelle, Adam reçut la prêtrise (EPJS, p. 124), se vit enseigner le plan de Dieu (EPJS, p. 133) et fut désigné pour être à la tête de la famille humaine (EPJS, p. 125). Il participa à la création de la terre et occupa un poste d’autorité à côté de Jésus-Christ (EPJS, p. 125), sous la direction duquel il fonctionne en tout temps (D&A 78:16). Il mena les forces de la justice contre le diable et «ses anges», qui furent vaincus et expulsés du ciel (voir Guerre dans les cieux).
Les Écritures modernes certifient qu’Adam est un fils de Dieu, que son corps physique a été créé par les Dieux à leur propre image et placé dans le jardin d’Éden (Moï. 6:9, 22; Abr. 5:7-11; EPJS, p. 279-286; cf. 2 Né. 2:14-19). Dans cet état physique/spirituel en Éden, Adam fut appelé le «premier homme» (Moï. 1:34) et reçut la responsabilité de cultiver le jardin et d’ «ouvrir la voie vers le monde» (EPJS, p. 7). Il reçut la domination et la responsabilité de la terre, et il donna des noms à ses créatures (Moï. 3:19). Il fut uni à Ève par le mariage (Abr. 5:4-19), mais dans leur état prémortel «ils n’auraient pas eu d’enfants» (2 Né. 2:23). Adam reçut les grandes clefs de la prêtrise (Abr., fac-similés 2, 3) et ses ordonnances furent confirmées sur Adam et Ève (cf. EPJS, p. 133).
Pour obéir au commandement de Dieu de multiplier et de peupler la terre, Adam et Ève transgressèrent la loi. Leur action délibérée eut comme conséquence leur chute (voir Chute d’Adam), et ils furent expulsés du jardin. «Adam tomba pour que les hommes fusent, et les hommes sont pour avoir la joie» (2 Né. 2:25). Leur action précipita donc, comme Dieu l’avait projeté, la phase terrestre du plan du salut.
Dans leur condition mortelle, des messagers célestes continuèrent à instruire Adam et Ève au sujet du plan du salut (Moï. 5:4-9; 6:50-54). Ils reçurent les ordonnances de la prêtrise (Moï. 5:59; 6:64-65) et tout ce qui était nécessaire pour instruire leurs enfants (Moï. 5:12). Les sources mormones disent qu’avec Ève, Adam eut des fils et des filles avant que Caïn et Abel ne naissent (Moï. 5:2-3, 16-17). Ils souffrirent des effets des tentations du diable et connurent le chagrin de dissensions familiales qui conduisirent au meurtre et à la méchanceté parmi certains de leurs enfants (Moï. 5:12-53).
Adam et Ève avaient une langue pleinement développée et tenaient des annales (Moï. 6:5-9). Ils tinrent leur généalogie et le récit de la Création. Trois ans avant sa mort, Adam convoqua sa postérité juste à Adam-ondi-Ahman et lui donna sa bénédiction finale (D&A 107:53).
Premier sur cette terre à recevoir les clefs de la prêtrise, Adam continue à dispenser de l’autorité à d’autres et à superviser l’administration de la prêtrise sur la terre; ceux à qui des clefs ont été données doivent les rendre ou en rendre compte à Adam, et lui, de son côté, les remettra ou en rendra compte au Christ (EPJS, pp 124, 133). Ceci se produira quand l’ancien des jours (Adam) assistera à un conseil à Adam-ondi-Ahman précédant l’avènement du Christ (Da. 7:9-10; cf. EPJS, p. 95).
À la fin du millénium, Adam, en tant que Michel, mènera de nouveau les justes au combat contre le diable et ses armées. Michel et les armées du ciel l’emporteront de nouveau (D&A 88:111-115). Quand Adam sonnera de la trompette, les tombes s’ouvriront et le reste des morts se lèvera pour être jugé (D&A 29:26-27). Soumis au Père et au Christ, Adam présidera alors éternellement sur sa postérité (EPJS, p. 124).
Les divers titres d’Adam ont trait à des phases particulières de sa mission. Dans son rôle prémortel et postmortel, il est connu sous le nom de Michel et comme archange (D&A 29:26). En hébreu, Michel veut dire un «qui est comme Dieu», et dans son rôle puissant et principal comme archange, Adam est le capitaine des armées du Seigneur dans la bataille contre le diable et ses forces. Adam est le nom qui lui a été donné pour la condition mortelle (Moï. 1:34). En hébreu, adam veut dire «homme» ou «humanité». Dans les sources mormones, les autres significations du mot sont «premier homme» (D&A 84:16), «beaucoup» (Moï. 1:34) et «premier père» (Abr. 1:3), dénotant son rôle historique de «grand ancêtre» de la famille humaine tout entière (EPJS, p. 133). «Ancien des jours» semble être son titre parce qu’il est «le premier et le plus vieux de tous» (EPJS, p. 133).
Adam a été tenu en haute estime par tous les prophètes anciens et modernes. Brigham Young a exprimé en 1852 et au cours des années suivantes l’idée qu’Adam «est notre Père et notre Dieu, et le seul Dieu auquel nous ayons affaire» (JD 1:50). Cette réflexion en a amené certains à penser que Brigham Young voulait dire qu’Adam, qui était sur terre notre ancêtre, était en réalité Dieu le Père. Mais cette interprétation a été officiellement rejetée comme incorrecte (Kimball, p. 77). Plus loin dans le même discours, Brigham Young dit clairement «que la terre a été organisée par trois personnes distinctes, à savoir Élohim, Yahovah et Michel» (JD 1:51). On peut aussi trouver d’autres renseignements sur les sentiments de Brigham Young à propos d’Adam dans un discours de conférence donné le 8 octobre 1854 (JD 1:50), clarifiant quelque peu sa précédente déclaration. Il y laisse entendre que par un processus connu sous le nom d’investiture divine, Dieu délègue son pouvoir à ses enfants. Adam fut le premier sur terre à recevoir cette autorité, qui comprend toutes les clefs, tous les titres et tous les pouvoirs essentiels possédés par le Père (D&A 84:38; cf. 88:107). Il lui avait ainsi conféré tout ce qui était nécessaire à l’accomplissement de ses nombreuses responsabilités et Adam est un nom-titre signifiant qu’il est le premier homme et père de tous.

Adam: Sources antiques
Auteur: PALMER, MARTIN J.

Les sources juives et chrétiennes antiques disent d’Adam qu’il est le premier humain et l’ancêtre du genre humain. Beaucoup de textes apocryphes retouchent le récit adamique de l’Ancien Testament et contiennent ou reflètent des traditions antiques précieuses. Certains saints des derniers jours ont comparé utilement quelques-unes de ces idées avec certains concepts au sujet d’Adam mentionnés dans les sources des saints des derniers jours.
Dans le judaïsme, Genèse 1-2 est utilisé comme base pour comprendre la relation de l’humanité avec Dieu. La postérité d’Adam a hérité de sa nature déchue, et pourtant Adam est considéré comme le modèle archétypal de l’humanité, comme cela ressort de textes qui remontent au moins aux temps hellénistiques (IIe siècle av. J.-C.) et est amplifié dans la philosophie juive médiévale. Philon, suivant un modèle platonicien, voit, dans les deux récits de la création de la Genèse, une distinction entre un homme céleste ou spirituel, créé d’abord spirituellement à l’image de Dieu (Ge. 1:27; cf. Moï. 3:5), et un deuxième, un homme terrestre, formé avec la poussière (Ge. 2:7). La plupart des exégètes juifs acceptaient l’historicité du récit biblique; toutefois, Genèse 2:8-3:24 était souvent interprété allégoriquement. Le Talmud et la Haggada ont ajouté de riches détails à l’histoire adamique, notamment une description impressionnante dans laquelle toutes les générations futures – et leurs prophètes – passèrent devant Adam, qui les contempla (Sanh. 38b; Av. Zar. 5a; Ge. R. 24:2; cf. D&A 107:55-57). Adam reçut les lois noachides (Sanh. 56b) et la loi du sabbat (Mid. Ps. jusqu’à 92:6). Il fut le premier homme à offrir des sacrifices (Av. Zar. 8a; cf. Moï. 5:5). Les kabbalistes médiévaux ajoutèrent aussi des interprétations mystiques, bien qu’Adam ne soit jamais identifié ici comme étant Michel, comme dans les Écritures des saints des derniers jours (voir D&A 27:11; 107:54; 128:21).
La théologie chrétienne orthodoxe, articulée pendant le deuxième siècle par Irénée et d’autres en réponse aux contestations avancées par le gnosticisme, voyait fidèlement l’Ancien Testament à travers le rôle du Christ. Le christianisme primitif considérait l’incarnation et l’expiation de Jésus-Christ comme l’accomplissement de l’œuvre commencée par Adam. Alors qu’Adam était le prototype du vieil homme mortel, le Christ devint le prototype du nouvel homme, jouissant de la promesse de l’immortalité. Jésus devint «le deuxième Adam», dont l’Expiation permettait à l’humanité de surmonter les effets de la Chute (1 Co. 15:22, 45).
L’histoire de la création et le récit adamique de la Genèse étaient particulièrement importants dans le gnosticisme, qui interprétait la Chute comme l’effondrement du principe divin dans le monde matériel. Ceci contribua à l’attitude négative du gnosticisme envers la création physique. Plusieurs écrits gnostiques traitent d’Adam. L’un d’eux, l’Apocalypse d’Adam, trouvé à Nag Hammadi, dépend fortement des traditions apocalyptiques juives et ne contient aucun point de doctrine chrétien explicite. Il prétend être une révélation donnée à Adam après la Chute par trois messagers célestes, expliquant la nature et l’ampleur de la Chute et apportant la promesse d’un Rédempteur futur. Cette connaissance est alors passée d’Adam à Seth et à ses descendants (cf. D&A 107:41-57).
La Vie d’Adam et Ève est une œuvre apocryphe importante traitant de la vie et de la mort d’Adam. Elle fut probablement écrite en Palestine entre 100 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Elle a été conservée dans les révisions grecque, latine et slave, chacune considérablement différente des autres. Cette œuvre décrit en détail le repentir d’Adam et d’Ève après leur départ du jardin d’Éden (cf. Moï. 6:50-68). Aucun point de doctrine clair et central ne s’en dégage, mais le texte souligne les idées de jugement final et de résurrection. Les autres éléments eschatologiques sont absents. On n’y trouve aucune indication de la doctrine traditionnelle du péché originel. Adam est parfait; Ève, faible mais pas méchante, déplore ses propres imperfections tout en aimant Adam et en lui obéissant.
Un élément central de la Caverne des trésors, une œuvre syriaque, est son histoire d’une caverne où Adam a vécu et a été enterré. Son corps est récupéré par Noé, qui l’emporte dans l’arche et l’enterre de nouveau sur le Golgotha. Selon ce récit, le sang rédempteur de Jésus, également appelé «le dernier Adam», versé à la crucifixion, a d’abord coulé sur la tombe d’Adam, démontrant un lien inexorable entre la chute d’Adam et l’expiation du Christ. Ainsi, dans l’Évangile de Barthélemy 1:22, Jésus dit à Adam: «J’ai été mis en croix pour toi et pour tes enfants» et dans 2 Hénoc 42, Adam dans le paradis est amené dehors «avec les ancêtres… pour qu’ils puissent être remplis de joie» et de richesse éternelle.
Il existe de nombreux textes antiques au sujet d’Adam, notamment le livre éthiopien d’Adam et Ève et les livres arméniens de La mort d’Adam, l’Histoire de l’expulsion d’Adam du paradis, l’Histoire de Caïn et Abel, les Fils d’Adam, et Des bonnes nouvelles de Seth.

Bibliographie
Ginzberg, Louis. Legends of the Jews, Vol. 1, pp. 3-142. Philadelphie, 1937.
Johnson, M. D. "The Life of Adam and Eve". Dans The Old Testament Pseudepigrapha, dir. de publ. J. Charlesworth, Vol. 2, pp. 249-95. Garden City, N.Y., 1985.
Robinson, James M., dir. de publ. The Nag Hammadi Library, 2e éd. New York, 1989.
Robinson, Stephen E. "The Apocalypse of Adam". BYU Studies 17, hiver 1977, pp. 131-153.
Robinson, Stephen E. "The Book of Adam in Judaism and Early Christianity". Dans The Man Adam, dir. de publ. J. McConkie et R. Millet, pp. 131-150, donnant une liste de titres de nombreux ouvrages antiques. Salt Lake City, 1990.
MARTIN J. PALMER

Adamique, Langue
Auteur: ROBERTSON, JOHN S.

La notion de langue adamique s’est développée parmi des saints des derniers jours à partir de passages d’Écriture, de commentaires des premiers dirigeants de l’Église et de la tradition qui a suivi. Elle ne joue pas un rôle doctrinal essentiel et il n’y a pas de position officielle de l’Église qui définisse sa nature ou son statut.
Les Écritures disent que cette langue, écrite et parlée par Adam et ses enfants, était «pure et sans tache» (Moï. 6:5-6). Brigham Young a enseigné qu’elle a continué d’Adam à Babel, lorsque le Seigneur «a fait oublier au peuple sa propre langue maternelle… le dispersant au-dehors sur la face de la terre entière», excepté sans doute en ce qui concerne Jared et sa famille dans le Livre de Mormon (JD 3:100; cf. Ge. 11:1-9; Mos. 28:17). Cette déclaration reflète la croyance mormone très répandue que les membres fondateurs de la civilisation jarédite ont conservé la langue adamique lors de leur émigration vers le Nouveau Monde (Ét. 1:33-43; 3:24-28). Ainsi, la description que fait le frère de Jared de sa vision apocalyptique a été rendue linguistiquement inaccessible sans l’aide interprétative divine, puisque «la langue que tu écriras, [moi, Dieu] je l'ai confondue» (Ét. 3:21-28).
Dans les premières années de l’Église, quelques mots de la langue adamique ont pu avoir été révélés à Joseph Smith (JD 2:342) et à d’autres dirigeants de l’Église, dont Brigham Young (HC 1:297) et Elizabeth Ann Whitney (Woman’s Exponent 7, 1er nov. 1878, p. 83) dont on a dit qu’ils ont parlé en langues. Plus récemment, le président Benson a fait allusion à son rétablissement universel possible pour résoudre la diversité linguistique (Teachings of Ezra Taft Benson, Salt Lake City, 1988, p. 93; cf. Brigham Young, JD 3:100).
Puisqu’on considère généralement qu’une langue reflète sa culture, il est possible que l’érosion de la pureté de la culture adamique après Babel ait conduit à une perte concomitante de pureté d’expression dans la langue qui en est le reflet.
JOHN S. ROBERTSON

Adam-ondi-Ahman
Auteur: BERRETT, LAMAR C.

Adam-ondi-Ahman, une colonie dans le comté de Daviess (Missouri), reçut en 1838 son nom peu commun du prophète Joseph Smith au moment où les saints des derniers jours entraient dans la région. Les membres de l’Église avaient été expulsés du comté de Jackson (Missouri) en 1833 après trois ans d’asile provisoire et avaient été plus tard priés de quitter le comté de Clay. Quand ils avaient fait appel à la législature de l’état pour qu’elle crée un nouveau comté «pour des Mormons», les comtés de Caldwell et de Daviess avaient été organisés. Les saints s’installèrent immédiatement dans le comté de Caldwell avec Far West comme siège du comté et se mirent sans tarder à coloniser le comté avoisinant de Daviess. En mai 1838, Joseph Smith conduisit des arpenteurs à une courbe en fer à cheval de la Grand River, à cent-dix kilomètres au nord de l’actuelle Kansas City et proclama une nouvelle communauté qu’il appela Adam-ondi-Ahman parce que, dit-il, «c’est l’endroit où Adam viendra visiter son peuple, l’endroit où l’Ancien des jours siégera, comme le dit Daniel, le prophète» (HC 3:35; D&A 116). Orson Pratt a interprété le nom comme voulant dire «vallée de Dieu où Adam a demeuré» (JD 18:343).
Les révélations du prophète indiquaient plusieurs choses au sujet de la région: (1) le jardin d’Éden était situé au comté de Jackson (Missouri) et après avoir été expulsé du jardin, Adam se rendit à Adam-ondi-Ahman; (2) trois ans avant sa mort, Adam réunit les justes de sa postérité à Adam-ondi-Ahman et leur conféra sa dernière bénédiction; (3) cet emplacement serait l’endroit d’une future réunion du Seigneur avec Adam et les saints, comme annoncé par le prophète Daniel (Da. 7:9-14, 21-27; 12:1-3).
Quand il arriva dans la vallée avec l’équipe d’arpenteurs, Joseph Smith trouva trois ou quatre familles de saints des derniers jours qui y vivaient déjà et fit de la cabane de rondins de Lyman Wight son quartier général. De juin à octobre 1838, la population des trois kilomètres carrés d’Adam-ondi-Ahman grimpa jusqu’à environ 400 âmes. 600 autres, dispersées dans tout le comté de Daviess considéraient Adam-ondi-Ahman comme leur capitale.
Quelque 90% des saints du comté de Daviess s’installèrent sur des terres en vertu des «droits de préemption», ce qui voulait dire que le gouvernement n’avait pas encore rendu les terres disponibles pour l’achat. Croyant qu’ils finiraient par posséder la terre, les saints des derniers jours travaillèrent dur pour développer leurs fermes. En juin 1838, quand le troisième pieu de l’Église fut organisé à Adam-ondi-Ahman, avec John Smith comme président de pieu, une atmosphère de paix semblait régner. Cependant, en juillet, les colons reçurent une mise en demeure publique de partir du comté de Daviess sous peine d’avoir à subir des conséquences graves. Les saints mirent leur milice en état d’alerte pour se défendre. Quand les hostilités éclatèrent en août, la milice du siège de l’Église à Far West alla à Adam-ondi-Ahman, mais aucune bataille ne s’ensuivit. Une action semblable se produisit en septembre.
Le 11 octobre, les émeutiers forcèrent les saints des derniers jours à quitter DeWitt, au comté de Carroll, puis se tournèrent vers le comté de Daviess, bien décidés à les chasser tous de l’état. Ils brûlèrent les cabanes, volèrent les animaux et harcelèrent les familles. Quand la milice de Far West arriva pour la troisième fois, en octobre 1838, les membres de l’Église de tout le comté de Daviess se réunirent à Adam-ondi-Ahman pour y chercher la sécurité et la population de la communauté passa à plus de mille. L’obligation de vivre sous la tente et dans des chariots et une tempête de neige soudaine aggravèrent leurs misères.
Tandis que Joseph Smith et la milice de Far West étaient à Adam-ondi-Ahman en octobre, les membres de l’Église se réunirent pour assister à la dédicace de la place publique par Brigham Young. C’est à ce moment-là que Joseph Smith indiqua un endroit où Adam avait jadis construit un autel. En mai, le prophète avait identifié ce même emplacement comme un endroit qui avait également été utilisé par les anciens Indiens d’Amérique.
Après les pillages et les incendies d’octobre par les émeutiers et les actes de représailles des saints des derniers jours, bien décidés à se défendre, la milice d’état les força à rendre leurs armes le 7 novembre 1838, et leur donna dix jours pour aller s’installer à Far West. Adam-ondi-Ahman fut abandonné et tomba aux mains de colons non mormons. Les familles du comté de Daviess passèrent l’hiver à Far West avant d’être expulsés de l’état au printemps de 1839.
Les Missouriens qui étaient responsables de l’expulsion des membres de l’Église hors du comté de Daviess savaient que dans quatre jours leurs terres seraient mises en vente par le gouvernement des États-Unis. Les mormons partis, ces résidants achetèrent les terres exploitées et profitèrent du travail des saints.
John Cravens acheta la majeure partie de la zone centrale de la ville d’Adam-ondi-Ahman et la renomma Cravensville. La localité exista pendant trente-deux ans et eut assez de résidants pour concourir avec Gallatin pour être le chef-lieu du comté de Daviess, mais après 1871, les terres retournèrent à l’agriculture et à l’élevage.
En 1944, Wilford C. Wood 1944 acheta pour l’Église quinze hectares à Adam-ondi-Ahman et, depuis lors, on a acheté 1200 hectares supplémentaires. Les recherches dans les archives et les fouilles archéologiques ont aidé à déterminer l’emplacement, la taille, la nature, et l’histoire de la localité.

Bibliographie
McConkie, Bruce R. The Millennial Messiah, pp. 575-588. Salt Lake City, 1982.
LAMAR C. BERRETT

Alma l’Ancien
Auteur: LAMBERT, L. GARY

Alma l’Ancien (vers 174-92 av. J.-C.) est le premier des deux Alma du Livre de Mormon. Il est descendant de Néphi 1, fils de Léhi, et est le jeune prêtre de la cour du roi Noé qui va essayer de faire libérer pacifiquement le prophète Abinadi. Cela va lui valoir la vengeance royale, l'exil et des menaces de mort. Il est impressionné par les accusations portées par Abinadi concernant l'immoralité et les abus du gouvernement et de la société et par son témoignage de l'Évangile de Jésus-Christ (Mos. 17:2). Forcé plus tard de passer dans la clandestinité, Alma met par écrit les enseignements d'Abinadi, puis en fait part à d'autres, attirant suffisamment d’adhérents – 450 – pour organiser une société de croyants ou église. Les croyants s’assemblent dans une région isolée et non exploitée appelée Mormon. Ceux qui participent à la vie de l'Église s’engagent à «porter les fardeaux les uns des autres», à «pleurer avec ceux qui pleurent» et à «consoler ceux qui ont besoin de consolation» et à «être les témoins de Dieu en tout temps, et en toutes choses» (Mosiah 18:8-9). Cet engagement est alors scellé par le baptême, considéré comme «témoignage que tu as conclu l'alliance de le servir [le Dieu Tout-Puissant] jusqu'à ce que tu sois mort quant au corps mortel» (verset 13). Les croyants se donnent le nom de «l'Église de Dieu, ou l'Église du Christ» (verset 17).

Alma ordonne des prêtres laïcs – un par cinquante membres – et il leur dit de subvenir à leurs propres besoins et de limiter leurs sermons à ses enseignements et à la doctrine «qui avai[t] été dit[e] par la bouche des saints prophètes… le repentir et la foi au Seigneur» (Mos. 18:19-20). Il exige aussi l’observance fidèle du sabbat, des remerciements quotidiens à Dieu et aucune controverse, «leurs cœurs étant enlacés dans l'unité et l'amour les uns envers les autres» (18:21-23). Les prêtres se réunissent au moins une fois par semaine avec le peuple pour l’instruire lors d'une réunion de culte (18:25). Par des dons généreux, tous prennent soin les uns des autres, chacun selon ce qu'il a (18:27-28).

Les croyants finissent par être découverts et le roi Noé accuse Alma de sédition, commandant à son armée de l’écraser, lui et ses disciples. Forcé de partir en exil, Alma conduit le peuple plus loin dans le désert où il prospère pendant vingt ans dans une région qu'il appelle Hélam (Mos. 18:32-35; 23:1-5, 20). Alma décline fermement les efforts bien intentionnés de le faire roi et réussit à dissuader son peuple d'adopter un gouvernement monarchique, l’invitant à jouir de cette nouvelle «liberté qui [l’] a rend[u] libr[e] et de ne se fier «à aucun homme pour qu'il soit [son] roi» (Mos. 23:13). Il ne s'oppose pas à la monarchie en tant que telle. Ce sont plutôt ses limites fondamentales qui le préoccupent: «S'il était possible que vous eussiez toujours des hommes justes comme rois, il serait bien que vous ayez un roi» (23:8).

Alma et son peuple seront plus tard opprimés par Amulon, un autre ex-prêtre qui a déserté la cour du roi Noé, et qui, avec le reste d'une armée de Lamanites, découvre le peuple d'Alma dans son refuge du désert. Pendant leurs souffrances, la voix du Seigneur promet soulagement et délivrance à cause de leur alliance avec lui: «Moi, le Seigneur Dieu, j'interviens effectivement en faveur de mon peuple dans ses afflictions» (Mos. 24:14). Une fois de plus, à la manière de Moïse, Alma guide son peuple hors de la servitude et, par un voyage de douze jours, le conduit dans une nouvelle terre, le pays de Zarahemla, où il s’unit au peuple de Zarahemla et aux Néphites exilés pour former une nation néphite nouvelle et plus forte (Mos. 24:24-25).
Mosiah II, roi de Zarahemla, lui aussi descendant de Néphites croyants transplantés, approuve et autorise même l'expansion de l'église d'Alma dans son royaume; toutefois, l'Église fonctionne séparément et indépendamment de l'État. Le roi confie aussi les rênes de la direction à Alma (Mos. 25:19; 26:8), qui dirige l’Église avec succès pendant vingt années caractérisées en grande partie par des épreuves, beaucoup d’affrontements entre non-croyants et membres de l'Église avec, pour résultat, des moments pénibles aussi bien pour lui que pour l'Église (Mos. 26:1-39). Plus tard, l'antagonisme généralisé va obliger le roi à publier un décret pour diminuer la tension (27:1-6). Même un des fils d'Alma se retrouve dans les rangs des ennemis de l'Église, son agitation et ses critiques aggravant encore les persécutions contre les membres de l'Église (27:8-10).
De son vivant, Alma voit le roi Mosiah démanteler la monarchie et la transformer en un système de juges élus par le peuple (Mos. 29:2); il voit aussi son propre fils, Alma le Jeune, celui qui lui a précédemment causé du chagrin ainsi qu’à l’Église, devenir le premier grand juge (Mos. 29:1-44). Cette transformation politique va s’avérer cruciale dans l'histoire du pays de Zarahemla. Alma y est pour quelque chose, aussi bien directement qu’indirectement; l’histoire de ses souffrances et de celles de son peuple sous des gouverneurs oppresseurs est bien connue dans tout le royaume (25:5-6) et est restée distincte dans l'esprit du roi Mosiah (29:18). On voit donc que l'influence d'Alma dépasse les limites spirituelles immédiates de son intendance sur l'Église. C’est, en effet, à cause de cette influence que la nation néphite tout entière connaît des changements sans précédent dans presque toutes les dimensions de la vie quotidienne: politiques, sociaux et économiques aussi bien que religieux. Ces changements et toutes leurs ramifications pour l'ordre social et la population préparent le contexte dans lequel va se dérouler la visite du Christ ressuscité en Amérique. Aimé de ses disciples pour son dévouement et sa foi, estimé par ses pairs pour sa direction efficace, Alma sera probablement toujours connu surtout comme fondateur de l'Église à Zarahemla. Sa postérité va devenir la première famille néphite pendant plus de 400 ans, jusqu’à Ammaron en 321 apr. J.-C. (4 Né. 1:48). Alma meurt à quatre-vingt-deux ans, moins de cent ans avant la naissance de Jésus-Christ.

L. GARY LAMBERT

Alma le Jeune
Auteur : Millet, Robert L.

Peu de personnes ont eu une plus grande influence sur une civilisation qu'Alma le Jeune, fils d'Alma l’Ancien. Il est une personnalité-clef dans la naissance de l'Église et de la république néphites, et le premier grand juge à Zarahemla, commandant en chef de l'armée néphite et grand prêtre (vers 90-73 av. J.-C.). Ses efforts pour protéger son peuple contre la guerre, les dissensions et la méchanceté ne le cèdent qu’à son dévouement total au Sauveur, qu'il apprend à connaître par la révélation.
Ce champion de la justice apparaît d'abord dans le Livre de Mormon comme un jeune homme rebelle. Lui et quatre des fils du roi Mosiah II, décrits comme « les plus vils des pécheurs » (Mos. 28:4), se rebellent contre les enseignements de leurs parents et cherchent à renverser l'Église. Tandis qu’ils se livrent à ce travail (vers. 100-92 av. J.-C.), l'ange du Seigneur leur apparaît, leur parle avec une voix de tonnerre et les appelle au repentir et il leur dit qu’il le fait à cause des prières du peuple et du père d'Alma. Pendant trois jours et trois nuits, Alma reste couché dans un état physiquement comateux et, pendant ce temps, il se retrouve spirituellement face à tous ses péchés, à cause desquels, dira-t-il plus tard, il était « tourmenté par les souffrances de l'enfer » (Al. 36:12-14).
Au plus profond de l’angoisse de son âme, Alma se rappelle les paroles de son père au sujet de la venue de Jésus-Christ pour expier les péchés du monde. Il en appelle, dans son cœur, au Christ, demandant grâce et suppliant d’être délivré du « fiel de l’amertume» et des « chaînes éternelles de la mort » Et, dit-il, « je ne pus plus me souvenir de mes souffrances; oui, je n'étais plus déchiré par le souvenir de mes péchés» (Al. 36:17-19). Après leur conversion, Alma et les fils de Mosiah vont consacrer leur vie à la prédication du repentir et au joyeux Évangile (Al. 36:24).
Pendant quelque neuf années, Alma va être à la fois grand prêtre de l'Église et grand juge ou gouverneur d'un nouveau système politique de juges parmi les Néphites. Il est instruit, gardien des registres sacrés et civils, orateur inspirant et écrivain habile. Jeune dirigeant civil et religieux, il doit affronter un certain nombre de problèmes. Plusieurs factions politico-religieuses sont en train d’apparaître dans la société néphite, notamment les Zoramites, les Mulékites, des membres de l'Église et un groupe hostile à l’Église, les disciples de Néhor (voir Livre de Mormon – Peuples). Conserver la direction néphite de tous ces groupes va se révéler impossible. Lors d’un procès-phare dans sa première année comme grand juge, Alma juge le populaire Néhor coupable d’imposer par l’épée des supercheries de prêtres, ce qui aura comme conséquence son exécution (Al. 1:2-15). Ceci débouche bientôt sur une guerre civile au cours de laquelle Alma tue lui-même au combat le nouveau chef rebelle, l’un des protégés de Néhor (Al. 2-3). Il s’ensuit une grave épidémie d'orgueil et d'inégalité parmi beaucoup dans l'Église (Al. 4) et la sécession des arrogants Zoramites. «Ne voyant aucun autre moyen de le ramener qu'en lui opposant un témoignage pur» (Al. 4:19), Alma démissionne de son poste de grand juge et se consacre entièrement à l’œuvre du ministère (Al. 4:19 ; 31 :5). Son travail religieux, particulièrement dans les villes néphites de Zarahemla (Al. 5, 30) et de Gidéon (Al. 7), le bastion néhorite d'Ammonihah (Al. 8-16) et le centre zoramite d’Antionum (Al. 31-35) revitalise l'Église et fournit le modèle de l'administration pour le siècle à venir jusqu’à l'avènement du Christ.
C’est dans ses sermons et les bénédictions qu’il donne à ses enfants que l’on trouve les apports les plus durables d’Alma. Certainement en raison de sa propre conversion (Mos. 27), ses paroles portent fréquemment sur le sacrifice expiatoire du Rédempteur et sur la nécessité pour les hommes et les femmes de naître de Dieu, d’être changés et renouvelés par le Christ. Parlant au peuple de Gidéon, il prononce un oracle prophétique profond concernant la naissance de Jésus et l'Expiation qu'il va accomplir, «subissant des souffrances, et des afflictions, et des tentations de toute espèce… afin de détacher les liens de la mort qui lient son peuple; et il prendra sur lui ses infirmités, afin que ses entrailles soient remplies de miséricorde… afin qu'il sache, selon la chair, comment secourir son peuple selon ses infirmités» (Al. 7:11-12). À Zarahemla, Alma met l’accent sur la nécessité de la nouvelle naissance et d'acquérir l'image et les attributs du Maître ; ce faisant, il propose une série de plus de quarante questions qui évaluent la profondeur de la conversion et de la préparation à rencontrer le Créateur (voir Al. 5).
À Ammonihah, Alma et son converti Amulek sont accusés de crime, provoqués et emprisonnés pendant plusieurs semaines sans vêtements ni nourriture suffisante. Après avoir été forcés d’être témoins de la mort par le feu de plusieurs femmes et enfants fidèles, Alma et Amulek sont miraculeusement délivrés et leurs persécuteurs annihilés. Les discours d'Alma et d'Amulek sur la Création, la Chute et l'Expiation sont parmi les déclarations théologiques les plus claires et les plus fondamentales de l’Écriture sur ces sujets (voir Al. 11-12, 34, 42). En expliquant l'humilité, la foi et la prière aux pauvres d’Antionum (Al. 32-34), Alma et Amulek exposent le procédé par lequel ceux qui n’ont pas la foi au Christ (ou ceux dans la bergerie qui désirent fortifier leur croyance) plantent la semence de la parole du Christ dans leur cœur et finissent par recevoir le témoignage qui est donné par le pouvoir du Saint-Esprit.
Certains des renseignements doctrinaux les plus pénétrants du Livre de Mormon nous viennent des paroles d'Alma à ses fils. Parlant à Hélaman I, son fils aîné et successeur, Alma raconte avec éloquence l'histoire de sa propre conversion, lui fait des recommandations paternelles affectueuses et lui confie la garde des plaques d’airain, des plaques de Néphi, des plaques d'Éther et du liahona (Al. 36-37). À Shiblon, il donne des conseils pratiques sages (Al. 38). À Corianton, son fils cadet dévoyé, qui finira par œuvrer vaillamment dans l'Église, Alma explique la gravité du péché sexuel, que la méchanceté n’a jamais été le bonheur (Al. 39, 41:10), que tous les esprits seront jugés après la mort et se tiendront un jour devant Dieu après une résurrection parfaite (Al. 40) et que le mot « restauration » ne signifie pas que Dieu remettra le pécheur dans un certain ancien état de bonheur (Al. 41), parce que la miséricorde divine ne peut pas dérober la justice quand la loi de Dieu a été violée (Al. 42).
Relativement jeune au moment de sa conversion, Alma vivra moins de vingt ans après cela. Pourtant, en ces deux décennies, il va presque à lui tout seul revigorer et faire triompher la cause de la vérité et de la liberté dans l'église et la société néphites. N'oubliant jamais la voix de tonnerre de l'ange au moment de sa conversion, Alma est sans cesse animé de ce désir invariable : «Oh, que je voudrais être un ange et satisfaire le souhait de mon cœur, d'aller et de parler avec la trompette de Dieu, d'une voix qui fait trembler la terre, et d'appeler tous les peuples au repentir!… afin qu'il n'y ait plus de tristesse sur toute la surface de la terre» (Al. 29:1-2). Quand il s’en va un jour et qu’on ne le revoit plus jamais, ses fils et l'Église supposent que « [le Seigneur] a aussi reçu Alma en esprit à lui» tout comme Moïse (Al. 45:19), faisant une comparaison justifiée entre ces deux grands législateurs, juges, gouverneurs, chefs spirituels et prophètes.
Pour les saints des derniers jours, la vie et les leçons d'Alma sont riches et éternelles. Il donne de l’espoir aux parents qui ont des enfants rebelles et est comme une balise pour ceux qui s’égarent. C’est un homme public modèle, un exemple remarquable de la nouvelle vie en Christ, un prédicateur courageux, un missionnaire et un théologien doué. Alma est un prophète qui a reçu la récompense d'un prophète.

Bibliographie
Holland, Jeffrey R. "Alma, Son of Alma". Ensign 7, mars 1977, pp. 79-84.
Perry, L. Tom. "Alma the Younger." CR avril 1979, pp. 16-17.
ROBERT L. MILLET

Ancien Testament
Auteur: RASMUSSEN, ELLIS T.

L’Ancien Testament est l’un des ouvrages canoniques admis par l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, qui l’estime pour ses enseignements prophétiques, historiques, doctrinaux et moraux. Il raconte une série de dispensations antiques pendant lesquelles le peuple a reçu des conseils périodiques par des alliances et des commandements divins dont beaucoup restent fondamentaux et intemporels. À ce propos, il est significatif pour les saints des derniers jours qu’en septembre 1823 l’ange Moroni ait cité une série de prophéties de l’Ancien Testament quand il a révélé au prophète Joseph Smith l’endroit où se trouvait un document antique écrit sur des plaques d’or, dont la traduction a donné le Livre de Mormon (JS–H 1:36-41). De plus, les travaux considérables de Joseph Smith sur l’Ancien Testament et les révélations qui lui ont été données à ce propos (juin 1830 à juillet 1833), qui ont mené à la traduction de la Bible par Joseph Smith (TJS) et à certaines sections instructives des Doctrine et Alliances, soulignent l’importance de ces textes scripturaires. En outre, il ressort du Livre de Mormon qu’avant 600 av. J.-C. le prophète Léhi et sa colonie ont apporté de Jérusalem sur le continent américain un document sur des plaques d’airain qui contenait beaucoup de textes de l’Ancien Testament (1 Né. 5:10-15), amenant Léhi et ses descendants à attendre la venue d’un Rédempteur (1 Né. 19:22-23) et leur donnant un guide pour leur épanouissement moral et spirituel (Mos. 1:3, 5).
L’Ancien Testament, même s’il porte aussi le nom d’Ancienne Alliance, n’est donc pas démodé aux yeux des saints. Il contient des récits, de la sagesse et des textes écrits part des prophètes anciens, et même si des «parties claires et précieuses» ont été perdues, beaucoup ont été rendues dans les Écritures des saints (1 Né. 13:40). Il contient une série d’alliances anciennes avec Jéhovah (Jésus-Christ) qu’il faut distinguer des alliances supérieures du Nouveau Testament (par exemple, Mt. 26:28; Lu. 22:20; 1 Co. 11:25; 2 Co. 3:6; Hé. 7:22). Les saints des derniers jours les considèrent toutes comme éléments du même plan de salut divin.
ALLIANCES ET COMMANDEMENTS ÉTERNELS. Les saints des derniers jours éprouvent le besoin d’apprendre et de pratiquer les principes prescrits dans toutes les alliances et tous les commandements divins, qui sont éternellement valides. Pour connaître et comprendre les buts éternels de Dieu, il faut étudier les époques passées dont il est question dans l’Ancien Testament, ainsi que celles accessibles dans d’autres Écritures anciennes et modernes. Par exemple, les révélations modernes aident les saints des derniers jours à lire l’Ancien Testament en appréciant plus complètement la pérennité des notions éternellement importantes enseignés par les prophètes dans les Écritures.
Depuis le commencement, les alliances divines liées au salut sont enseignées par les prophètes et certaines sont symbolisées par des ordonnances sacrificatoires. Une révélation donnée à Moïse et rétablie par Joseph Smith dit que les sacrifices d’animaux ont été exigés depuis le temps d’Adam et Ève (Moï. 5:5) et que ces sacrifices étaient «une similitude du sacrifice du Fils unique du Père» (Moï. 5:7).
Une autre alliance de l’Ancien Testament confirmée dans la révélation moderne est l’alliance abrahamique. Elle ne concerne pas seulement les descendants littéraux d’Abraham mais également ceux qui sont adoptés dans sa famille à cause de leur foi dans le vrai Dieu et de leur baptême dans l’Évangile du Christ (Ge. 12:1; Ga. 3:26-29). Ces «descendants» d’Abraham sont chargés d’apporter les bénédictions de cette alliance à toutes les nations, en enseignant le Dieu vrai et vivant et en faisant connaître son plan de salut (Abr. 2:9-11). La responsabilité de connaître l’alliance d’Abraham et d’agir en conséquence a été transmise aux héritiers modernes par la révélation (D&A 110:12). De plus, il y a, dans le Livre de Mormon, une promesse de Jésus ressuscité selon laquelle les descendants de son peuple d’Israël, le peuple de son ancienne alliance, qui ont été dispersés au-dehors, «seront rassemblés de l’est, et de l’ouest, et du sud, et du nord; et ils seront amenés à connaître le Seigneur, leur Dieu, qui les a rachetés» (3 Né. 20:13). Ils doivent être installés dans les pays de leur héritage et s’acquitter de leur responsabilité antique et suprême d’édifier le royaume du Seigneur (3 Né. 20:21-46; cf. És. 52:1-15). Pour les saints des derniers jours, le rétablissement «de toutes choses» (Ac. 3:21) inclut beaucoup de principes, de points de doctrine et d’idéaux de l’Ancien Testament.
LOIS TEMPORAIRES ET ÉTERNELLES. Les saints des derniers jours ne croient pas que quand il a accompli la loi de Moïse Jésus a de ce fait abrogé la loi, les prophètes et les écrits de l’Ancien Testament (3 Né. 15:5-8). En fait, il a accompli la loi du sacrifice en permettant que son propre sang soit versé (Al. 34:13) et en remplaçant certaines pratiques religieuses d’autrefois (3 Né. 12:18-20; 15:2-10). Ainsi, la fête de la pâque est devenue la Sainte-Cène commémorant le dernier repas du Seigneur (Lu. 22:1-20): L’agneau pascal a trouvé son point culminant dans l’Agneau de Dieu (Ex. 12:5, 21; 1 Co. 5:7; 1 Pi. 1:19; Ap. 5:6). Le sacrifice d’animaux a trouvé son point culminant dans le sacrifice final de Jésus, dont ils étaient de simples symboles, mais le sacrifice «d’un cœur brisé et d’un esprit contrit» continue (3 Né. 9:19-20; cf. Ro. 12:1).
Jésus a réitéré beaucoup de lois morales et spirituelles enseignées par Moïse et les prophètes. Celles-ci comprennent les lois concernant la révérence pour Dieu, le respect des parents, la chasteté dans la conduite morale, le renoncement à la violence et au meurtre et la pratique de l’honnêteté avec ses semblables (par exemple, Mt. 5:17-48; cf. 3 Né. 12:17-48; Lu. 16:19-31; 24:13-47). Abinadi, prophète du Livre de Mormon, a réitéré les dix commandements et était formel quant à la nécessité d’en enseigner et d’en vivre les principes (Mos. 12:33-37; 13:12-26). Et la révélation moderne confirme la même nécessité pour quiconque veut être agréable au Seigneur (par exemple, D&A 20:17-19; 42:18-29; 52:39).
Pour les saints des derniers jours, tous les principes de moralité et de justice enseignés par les prophètes de l’Ancien Testament demeurent valides. Michée, par exemple, dit: «Ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu» (Mi. 6:8). Le Seigneur enseigne par Habacuc que les visions divinement inspirées s’accompliront sûrement, même si c’est à une époque lointaine; c’est pourquoi, «le juste vivra par sa foi» (Ha. 2:3-4). Moïse invite les Israélites à vivre selon les lois de Dieu en tant que bons exemples pour les autres: «Vous les observerez [les lois et les prescriptions] et vous les mettrez en pratique ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, qui entendront parler de toutes ces lois et qui diront : Cette grande nation est un peuple absolument sage et intelligent!» (De. 4:6). Jésus fait appel au Deutéronome et au Lévitique au sujet des premier et deuxième commandements, aimer Dieu et son prochain (De. 6:4-5; Lé. 19:18, 33-34; Mc. 12:28-34).
Cela ne veut cependant pas dire que toutes les pratiques en matière de culte recommandées dans «la loi et les prophètes» devaient être perpétuées éternellement. Vers 150 av. J.-C., le prophète Abinadi du Livre de Mormon a expliqué: «Et maintenant, vous avez dit que le salut vient par la loi de Moïse. Je vous dis qu’il est nécessaire que vous gardiez, pour le moment, la loi de Moïse; mais je vous dis que le temps viendra où il ne sera plus nécessaire de garder la loi de Moïse» (Mos. 13:27). Jésus ressuscité a répété aux disciples sur le chemin d’Emmaüs et aux onze apôtres réunis à Jérusalem les enseignements de la loi et des prophètes, des psaumes et de «toutes les Écritures» qu’il avait accomplis, (Lu. 24:13, 27, 33, 44). Certaines choses seulement ont pris fin en lui (3 Né. 15:8; Ga. 3:24).
Les saints des derniers jours chérissent donc les lois et les points de doctrine de l’Ancien Testament qui sont éternels, croyant qu’ils sont inspirés par l Dieu» et sont «utile[s] pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice» (2 Ti. 3:16).
ATTENTE DU MESSIEPAR LES PROPHÈTES. Plus de cinq siècles avant le temps du Christ, Jacob, un prophète du Livre de Mormon, disait que son peuple était informé sur le Christ par les enseignements de Moïse et des prophètes, et avait ainsi l’espoir de sa venue (Jcb. 4:4-5). Et Néphi 1 ajoute: «Car c’est à cette fin que la loi de Moïse a été donnée, et tout ce qui a été donné par Dieu à l’homme depuis le commencement du monde est une figure de lui [le Christ]» (2 Né. 11:4). À une autre occasion, Jacob dit que «tous les saints prophètes … ont cru au Christ», et que son peuple a fidèlement gardé la loi de Moïse, celle-ci «tournant notre âme vers [le Christ].» En effet, ils voyaient dans l’offrande d’Isaac par Abraham «une similitude de Dieu et de son Fils unique» (Jcb. 4:4-5). Amulek, un prédicateur ultérieur du Livre de Mormon (v. 75 av. J.-C.), en parlant du «grand et dernier sacrifice» du Fils de Dieu, déclare que «c’est là toute la signification de la loi, tout jusqu’au moindre détail annonçant ce grand et dernier sacrifice… [du] Fils de Dieu» (Al. 34:13-14).
La capacité des enseignements et des ordonnances des prophètes d’amener les hommes au Christ est démontrée par le fait même que Jésus fait allusion à ces rites et à ces enseignements. En descendant de la montagne de la Transfiguration, il rappelle à Pierre, à Jacques et à Jean qu’il est «écrit du Fils de l’homme qu’il doit souffrir beaucoup et être méprisé» (Mc. 9:12; cf. És. 53:3-7). Dans sa ville natale de Nazareth, il annonce que la prophétie d’Ésaïe que le Messie guérira et délivrera le peuple est accomplie en lui (Lu. 4:21; És. 61:1-2). Après avoir guéri un homme le jour du sabbat, Jésus dit à ceux qui veulent le condamner que le temps est proche où même les morts entendront sa voix, faisant certainement allusion aux prophéties concernant cet événement (Jn. 5:25; cf. És. 24:22). Ses paroles d’adieu à ce même auditoire sont: «Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu’il a écrit de moi» (Jn. 5:46; cf. De. 18:15-19 et Ac. 3:22-23; 1 Né. 22:21; 3 Né. 20:23). Même en sa dernière heure mortelle, en souffrant et en accomplissant les promesses de la rédemption, Jésus cite le premier vers du Psaume 22: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» comme pour faire ressortir l’accomplissement imminent des vers restants du psaume (Mt. 27:46; cf. Ps. 22:7-8, 12-19).
Les premiers missionnaires chrétiens ont converti beaucoup de gens au Christ parmi ceux qui «examinaient chaque jour les Écritures» (Ac. 17:10-12). Ces Écritures étaient ce qui est maintenant appelé l’Ancien Testament. Les prédicateurs chrétiens ont réussi à montrer «par les Écritures que Jésus était le Christ» (Ac. 18:24-28). Paul a déclaré que les Écritures, «tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l’espérance» du salut (Ro. 15:4).
Pour ce qui est de l’avènement futur du Christ, plus d’une vingtaine de psaumes «royaux» et «messianiques» annoncent le règne du Seigneur à l’époque finale. Les psaumes 72 et 100 sont typiques (voir Psaumes, prophéties messianiques dans les). De plus, dans les livres prophétiques de l’Ancien Testament, il y a plus de chapitres qui annoncent son règne final triomphant que de chapitres parlant de sa première venue et de son sacrifice (par exemple, És. 40, 43, 45, 52, 60, 63, 65; Éz. 37-48; Da. 12; Za. 12-14).
PROPHÉTIES POUR LE PRÉSENT ET LE FUTUR. Pour les saints des derniers jours, l’ère actuelle de l’Évangile de Jésus-Christ a commencé non seulement par la première vision de Joseph Smith mais également par les visites d’autres messagers divins, qui ont cité des prophéties de l’Ancien Testament avec la promesse qu’elles étaient sur le point de s’accomplir. L’ange Moroni a cité à Joseph Smith certaines des prophéties eschatologiques de Malachie, Ésaïe, Joël et, selon Wilford Woodruff, Daniel, et a promis leur accomplissement (JS–H 1:29, 33, 36-41; JD 24:241).
Les saints des derniers jours utilisent les prophéties antiques et modernes pour apporter la lumière de l’Évangile aux gentils pour que tous soient mutuellement bénis (És. 49:5-22; D&A 86:11; 110:12; 124:9). Dans les derniers jours, le Dieu du ciel établira son royaume pour qu’il englobe tous les hommes, allant de l’avant jusqu’à ce qu’il remplisse la terre (Da. 2:31-45; D&A 65). Le Seigneur «ramènera Sion» et, de cette manière, publiera la paix et le salut, en proclamant: «Ton Dieu règne!» Alors toutes les nations verront le salut de Dieu (És. 52:7-10). Tous peuvent faire partie de Sion, «ceux qui ont le cœur pur» (D&A 97:19-21). «Des libérateurs monteront sur la montagne de Sion», comme le dit Abdias, «et à l’Éternel appartiendra le règne» (Ab. 1:21; D&A 103:7-10).

Bibliographie
Ludlow, Daniel H. A Companion to Your Study of the Old Testament. Salt Lake City, 1981.
Ludlow, Victor L. Unlocking the Old Testament. Salt Lake City, 1981.
Matthews, Robert J. "A Plainer Translation": Joseph Smith’s Translation of the Bible. Provo, Utah, 1975.
McConkie, Bruce R. The Promised Messiah. Salt Lake City, 1978.
Nyman, Monte S., dir. de publ. Isaiah and the Prophets. Provo, Utah, 1984.
Reynolds, Noel B. "The Brass Plates Version of Genesis." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, vol. 2, pp. 136-173. Salt Lake City, 1990.
Sperry, Sidney B. The Voice of Israel’s Prophets. Salt Lake City, 1965.
Sperry, Sidney B. The Spirit of the Old Testament. Salt Lake City, 1970.

ELLIS T. RASMUSSEN

Anges

[Cette rubrique se compose de trois articles: Anges: Anges; Anges: Archanges; Anges: Anges gardiens. Le premier article traite de la nature des anges en ce qui concerne leur ministère auprès des habitants de la terre, montrant que différentes catégories accomplissent différents types de service. Le deuxième article examine une hiérarchie parmi des anges, et désigne Michel comme archange. Le dernier article explore la notion d’ange gardien et examine ce que les Écritures et les Frères ont dit. Il propose le Saint-Esprit comme type d'ange gardien.]

Anges: Anges
Auteur: MCCONKIE, OSCAR W.

Les saints des derniers jours acceptent la réalité de l’existence des anges comme messagers du Seigneur. Des anges sont mentionnés dans les Ancien et Nouveau Testaments, le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix et jouent un rôle important dans l'histoire des débuts de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Les anges sont de divers types et accomplissent diverses fonctions pour assurer l’œuvre du Seigneur sur la terre.
Le scepticisme de l'époque moderne a eu tendance à diminuer la croyance dans les anges. Cependant, Jésus-Christ a fréquemment parlé des anges, littéralement et au figuré. Quand les disciples de Jésus lui ont demandé: «Explique-nous la parabole de l’ivraie du champ», il a répondu: «Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme; le champ, c’est le monde… les moissonneurs, ce sont les anges» (Mt. 13:36-39). Les anges sont des êtres réels qui participent à beaucoup d’incidents racontés dans les Écritures (par exemple, Lu. 1:13, 19; 2:25; Jn. 20:12, etc.). Ils font partie de toute la famille des cieux» (voir Ép. 3:15). Tout le monde, y compris les anges, est la postérité de Dieu.
Les anges, en ce qui concerne la forme, sont semblables aux êtres humains. Ils n’ont bien entendu pas les ailes que beaucoup de peintres montrent symboliquement (EPJS, p. 129). À propos des deux anges qui rendent visite à Lot à Sodome, les habitants de l’endroit demandent: «Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ?» (Ge. 19:1, 5, italiques ajoutés). Daniel décrit l'ange Gabriel comme ayant «l'apparence d'un homme» (Da. 8:15). Au sépulcre du Sauveur ressuscité, «un ange du Seigneur descendit du ciel» (Mt. 28:2) sous la forme d’un «jeune homme… vêtu d’une robe blanche» (Marc 16:5). Joseph Smith fait la description tout à fait détaillée d'un ange quand il rapporte la visite de l'ange Moroni (JS–H 1:30-33, 43).
Les anges qui visitent cette terre sont des personnes qui ont été affectées comme messagers auprès de cette terre: «Aucun ange ne s'occupe de cette terre en dehors de ceux qui y appartiennent ou qui y ont appartenu» (D&A 130:5).
Il y a plusieurs types et sortes d'êtres, à divers niveaux de progression, que le Seigneur a utilisés comme anges dans des circonstances variables. Une sorte est un enfant d'esprit du Père éternel qui n'est pas encore venu au monde mais qui est destiné à vivre dans la condition mortelle terrestre. C’est probablement le type d'ange qui est apparu à Adam (Moï. 5:6-8).
Dans les premiers temps du monde mortel, beaucoup de justes ont été enlevés de la terre (voir Êtres enlevés). Hénoc et son peuple (Moï. 7:18-21, 31, 63, 69; Hé. 11:5), Moïse (Al. 45:19) et Élie (2 R. 2:11-12) ont tous été enlevés. Le prophète Joseph Smith a enseigné que des êtres enlevés «sont prévus pour des missions futures» (EPJS, p. 153) et par conséquent peuvent être des anges chargés d’un ministère.
Un autre genre d'ange peut être quelqu’un qui a terminé son existence mortelle mais dont les travaux continuent dans le monde d'esprit tandis qu'il attend la résurrection du corps. Ceux-là sont qualifiés d’ «esprits des justes parvenus à la perfection» (Hé. 12:22-23; D&A 76:69; EPJS, p. 263). «Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ?» (Hé. 1:13-14).
Depuis la résurrection de Jésus-Christ, certains anges ont été «des personnages ressuscités, ayant un corps de chair et d'os» (D&A 129:1). Le prophète Joseph Smith a dit que les anges ressuscités ont avancé plus loin dans la lumière et la gloire que les esprits (EPJS, p. 263). C’est le cas des êtres qui ont contribué au rétablissement de l'Évangile dans la dispensation de la plénitude des temps. C’est à propos de ce type d'ange que Jean écrit: «Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l’annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple» (Ap. 14:6). Élias, Moïse, Élie, Moroni, Jean-Baptiste, Pierre et Jacques sont des exemples d’anges ressuscités qui ont servi le prophète Joseph Smith.
Conformément à la prophétie de Jean dans Ap. 14:6, la plénitude de l'Évangile, dans la parole et la puissance, a été rétablie sur la terre par le ministère d’anges. L'ange Moroni, être ressuscité, a révélé les annales du Livre de Mormon qui contiennent la plénitude de l'Évangile de Jésus-Christ (D&A 20:8-11; voir Moroni, Visitations de). Plus tard celui qui était appelé Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament, étant maintenant aussi ressuscité, vint, le 15 mai 1829, comme ange rendre la Prêtrise d'Aaron à Joseph Smith et à Oliver Cowdery (D&A 13; JS–H 1:68-72; voir Prêtrise d'Aaron: Rétablissement). De même, Pierre, Jacques et Jean, messagers incarnés de Dieu, rétablirent la Prêtrise de Melchisédek (D&A 27:12-13; voir Prêtrise de Melchisédek: Rétablissement de la Prêtrise de Melchisédek). Moïse, Élias et Élie apparurent chacun comme anges et rendirent les «clefs du rassemblement d'Israël», la «dispensation de l'Évangile d'Abraham» (dont le mariage céleste ou patriarcal) et les clefs du pouvoir de scellement pour «tourner le cœur des pères vers les enfants, et les enfants vers les pères» (D&A 110:11-16).
D'autres «divers anges» sont venus remettre des clefs, du pouvoir, de la prêtrise et de la gloire (D&A 128:18-21), pour enseigner (2 Né. 10:3; Mosiah 3:2-3; Ap. 1:1), guider et inspirer (Ap. 5:11) et rendre l'Évangile actif dans la vie des hommes et des femmes. Cependant, l’œuvre des anges du Rétablissement n'est pas complète et les Écritures disent qu'il y aura encore d'autres ministères d’anges avant que «l'heure [du jugement de Dieu soit] venue» (D&A 88:103-104; 133:36).
Les anges messagers apportent la connaissance, la prêtrise, le réconfort et les assurances de Dieu aux mortels. Cependant, quand c’est la prêtrise ou les clefs qui doivent être transmises, l'ange exerçant ce ministère possède un corps de chair et d'os, soit ressuscité, soit enlevé. Les esprits peuvent donner des informations, mais ils ne peuvent pas conférer la prêtrise à des mortels, parce que les esprits ne font pas l’imposition des mains aux mortels (cf. D&A 129).
Parfois le Seigneur lui-même peut aussi être qualifié d’ange, puisque le terme signifie «messager». Il est le «messager du salut» (D&A 93:8) et le «messager de l'alliance» (Mal. 3:1), et est «l’ange qui m’a délivré» dont Jacob parle dans Genèse 48:15-16.
Certains des enfants d'esprit du Père «n’ont pas gardé leur dignité» (Jud. 1:6; D&A 29:36-38; Ap. 12:3-9) et, comme Peter l’explique: «Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans les abîmes de ténèbres» (2 Pi. 2:4). Ce sont des anges au diable. Ainsi, Satan et ceux qui ont choisi de le suivre sont parfois qualifiés d’anges (2 Co. 11:14-15; 2 Né. 2:17; voir aussi Premier état; Guerre dans le ciel).
Une utilisation différente du terme «ange» est appliquée à ceux qui, parce qu'ils n'ont pas obéi aux principes de la nouvelle alliance éternelle du mariage, ne se qualifient pas pour l'exaltation mais restent séparés et seuls en tant qu'anges chargés d’un ministère, privés d’exaltation dans leur état sauvé pour toute l'éternité (D&A 132:16-17).

Bibliographie
McConkie, Bruce R. Mormon Doctrine. Salt Lake City, 1966.
McConkie, Oscar W. Angels. Salt Lake City, Utah, 1975.
Pratt, Parley P. "Angels and Spirits." Dans Key to the Science of Theology, 10e éd., pp. 112-119. Salt Lake City, 1973.
OSCAR W. MCCONKIE

Anges: Archanges
Auteur: GILES, JERRY C.

Traditionnellement, les anges ont été considérés comme des gardiens de personnes ou de lieux et porteurs des nouvelles de Dieu. Le préfixe «arch-» intensifie cette signification pour dénoter quelqu’un qui règne ou est éminent, principal ou prépondérant. Plusieurs textes bibliques donnent la prééminence à quatre, six ou sept anges (Éz. 9:2; Ap. 8:2). Denis, un théologien chrétien du VIe siècle, prétend qu’il existe neuf ordres d’anges appelés chœurs, dont un est appelé «archanges». Le Paradis Perdu de Milton fait apparaître les archanges Raphaël et Michel à Adam au sujet de la chute des anges, de la Création et de l'histoire du monde. Dante parle aussi d’archanges dans la Divine Comédie.
Dans la littérature de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, un archange est un ange en chef, détenant une position d'autorité dans la prêtrise dans la hiérarchie céleste. Michel (Adam) est le seul à être ainsi formellement désigné dans l'Écriture (D&A 29:26; 88:112; 107:54; 128:21; 1 Th. 4:16; Jud. 1:9), bien que d'autres (Gabriel, qui est également Noé; Raphaël, Raguël, etc.) soient mentionnés dans les ouvrages scripturaires, apocryphes, et pseudépigraphiques. Les enseignements des prophètes modernes indiquent qu'il existe une organisation de prêtrise parmi les armées célestes (EPJS, pp 124, 167). Cependant, les commentaires sur des postes ou des fonctions spécifiques dans la hiérarchie céleste au-delà des Écritures citées ci-dessus sont de la conjecture.
JERRY C. GILES

Antimormons – Publications

Auteur: NELSON, WILLIAM O.
L’antimormonisme comprend toute opposition hostile ou polémique au mormonisme ou aux saints des derniers jours, comme la diffamation du prophète fondateur, ses successeurs ou les points de doctrine ou les pratiques de l’Église. Bien que parfois bien intentionnées, les publications antimormones prennent souvent la forme d’injures, de mensonges, de caricatures dégradantes, de préjugés et de harcèlement juridique, donnant lieu à des assauts verbaux et physiques. Dès ses débuts, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et ses membres ont été les cibles de publications antimormones. Mis à part le fait qu’elle les a rassemblées à des fins historiques et ce, en réponse aux directives divines, l’Église a essentiellement ignoré cette littérature, parce que la plupart des membres y voient de fausses déclarations irresponsables.
Peu d’autres groupes religieux aux États-Unis ont été l’objet de critiques et d’une hostilité aussi constantes et aussi rabiques. Depuis l’organisation de l’Église en 1830 jusqu’en 1989, au moins 1.931 livres, romans, brochures, tracts et feuillets volants antimormons ont été publiés en anglais. De nombreux autres bulletins, articles et lettres ont été distribués. Depuis 1960, ces publications ont augmenté considérablement.
Une raison importante d’hostilité à l’égard de l’Église a été sa croyance en la révélation extrabiblique. Les fondements théologiques de l’Église reposent sur l’affirmation du prophète Joseph Smith que Dieu le Père, Jésus-Christ et des anges lui sont apparus et lui ont commandé de rétablir une dispensation de l’Évangile.
Le scepticisme auquel le témoignage de Joseph Smith s’est heurté au début était compréhensible parce que d’autres avaient émis des prétentions semblables à la réception de révélations de Dieu. De plus, Joseph Smith avait fait paraître le Livre de Mormon, ce qui constituait une preuve tangible de ses prétentions à la révélation, et ceci demandait à être vérifié. Son témoignage que le livre provenait d’un document antique gravé sur des plaques en métal qu’il avait traduit par le don et le pouvoir de Dieu était considéré comme absurde par les incroyants. Les écrits antimormons hostiles et les autres abus ont découlé en grande partie de la nécessité de trouver une autre explication à l’origine du Livre de Mormon. Les premiers détracteurs se sont tout d’abord ingéniés à discréditer la famille Smith, en particulier Joseph Smith, fils, et ont essayé de prouver que le Livre de Mormon était entièrement du XIXe siècle. Les détracteurs postérieurs se sont davantage concentrés sur des points de doctrine, différents dirigeants et le fonctionnement de l’Église.
PREMIÈRES CRITIQUES (1829-1846). L’affirmation de Joseph Smith que des messagers célestes lui avaient rendu visite fut accueillie avec dérision, en particulier par certains ecclésiastiques locaux. Quand les efforts de le dissuader eurent échoué, il devint l’objet de railleries. À partir de l’époque de la Première Vision (1820) jusqu’à la première visite de l’ange Moroni (1823), Joseph «subit toutes sortes d’opposition et de persécutions de la part des différents ordres de religieux» (Lucy Mack Smith, History of Joseph Smith, p. 74).
La première tentative sérieuse de discréditer Joseph Smith et le Livre de Mormon fut celle d’Abner Cole, rédacteur du Reflector, un journal local de Palmyra. Écrivant sous le pseudonyme d’Obadiah Dogberry, Cole publia dans son journal des extraits de deux chapitres piratés de l’édition de 1830 du Livre de Mormon, mais fut obligé de renoncer parce qu’il violait la loi du copyright. Cole recourut à la satire. Il essaya de diffamer Joseph Smith en l’associant à la recherche de trésors et il prétendit que Joseph était influencé par un magicien appelé Walters.
Alexander Campbell, fondateur des Disciples du Christ, écrivit la première brochure antimormone publiée. Le texte parut d’abord sous forme d’articles dans son propre journal, le Millennial Harbinger (1831), et puis dans une brochure intitulée Delusions [tromperies] (1832). Campbell conclut: «Je ne doute pas un seul instant que [Joseph Smith] soit l’unique auteur et propriétaire [du Livre de Mormon].» Deux ans plus tard, il revint sur cette conclusion et accepta une nouvelle théorie de l’origine du Livre de Mormon, à savoir que Joseph Smith avait d’une certaine façon collaboré avec Sidney Rigdon pour produire le Livre de Mormon à partir du manuscrit de Spaulding (voir ci-dessous).
L’ouvrage antimormon le plus notable de cette période, Mormonism Unvailed (sic), fut publié par Eber D. Howe en 1834. Howe collabora avec l’apostat Philastus Hurlbut, excommunié de l’Église à deux reprises pour immoralité. Hurlbut fut engagé par un comité d’antimormons pour trouver des gens qui certifieraient la malhonnêteté de Smith. Il «rassembla» des déclarations sous serment de soixante-douze contemporains qui professaient connaître Joseph Smith et étaient disposés à parler contre lui. Mormonism Unvailed essaya de discréditer Joseph Smith et sa famille en assemblant ces déclarations sous serment et neuf lettres écrites par Ezra Booth, également apostat qui avait quitté l’Église. Ces documents prétendent que les Smith étaient des chercheurs de trésors et des irresponsables. Howe avança la théorie que Sidney Rigdon s’était procuré un manuscrit écrit par Solomon Spaulding, le réécrivit dans le Livre de Mormon et convainquit ensuite Joseph Smith de dire au public qu’il avait traduit le livre à partir de plaques reçues d’un ange. Cette théorie servit d’alternative au récit de Joseph Smith jusqu’à ce que le manuscrit de Spaulding soit découvert en 1884 et se révèle n’avoir rien à voir avec le Livre de Mormon.
Le recueil Hurlbut-Howe et Delusions de Campbell furent les sources principales de presque tous les autres écrits antimormons du XIXe siècle et quelques-uns du XXe siècle, notamment les ouvrages d’Henry Caswall, John C. Bennett, Pomeroy Tucker, Thomas Gregg, William Linn et George Arbaugh. La plupart de ces auteurs puisèrent de manière routinière dans le même groupe de légendes antimormones (voir H. Nibley, «How to Write an Anti-Mormon Book» Brigham Young University Extension Publications, 17 fév. 1962, p. 30).
La manifestation la plus infâme de l’antimormonisme se produisit lors du conflit du Missouri, pendant lequel Lilburn W. Boggs, gouverneur de l’état, lança un ordre d’extermination. «Les Mormons, écrivit-il, doivent être traités comme des ennemis et être exterminés ou chassés de l’état, si c’est nécessaire, pour le bien public» (HC 3:175). Cet ordre fut à l’origine de l’expulsion des mormons hors du Missouri et de leur réinstallation en Illinois.
Tandis qu’il était incarcéré à la prison de Liberty en 1839, Joseph Smith écrivit aux saints et leur dit de ne pas répondre par une polémique mais de «réunir les publications diffamatoires qui sont en circulation, et toutes celles qui se trouvent dans les magazines et dans les encyclopédies et toutes les histoires diffamatoires qui sont publiées, qui sont écrites, et par qui» de manière à mettre en lumière tous les rapports trompeurs et faux au sujet de l’Église (D&A 123:4-5, 12-13). Ce procédé a été appliqué par les saints des derniers jours au cours des années.
Après l’installation des saints à Nauvoo (Illinois), leur principal antagoniste fut Thomas C. Sharp, rédacteur du Warsaw Signal. Alarmé par le pouvoir civil de l’Église, il utilisa son journal pour s’y opposer. En 1841, il publia Mormonism Portrayed, de William Harris.
Six livres antimormons notables furent édités en 1842. Le premier fut History of the Saints; or, An Exposé of Joe Smith and Mormonism, par John C. Bennett, qui avait été conseiller de Joseph Smith dans la Première Présidence et avait aussi été le premier maire de Nauvoo. Après son excommunication de l’Église pour immoralité, il se tourna contre les Mormons et publia une série de lettres dans un journal de Springfield (Missouri). Il accusa Joseph Smith d’être «l’un des imposteurs les plus vils et les plus infâmes qui soient jamais apparus sur la face de la terre». L’histoire de Bennett empruntait fortement à Mormonism Portrayed.
Cette même année, Joshua V. Himes publia Mormon Delusions and Monstrosities, qui reprenait une grande partie de Delusions d’Alexander Campbell. Le Révérend John A. Clark publia Gleanings by the Way et Jonathan B. Turner, Mormonism in All Ages. Ces deux livres se basaient fortement sur Howe et Mormonism Unvailed de Hurlbut. Mormonism and the Mormons, de Daniel P. Kidder, amplifia la théorie Spaulding des origines du Livre de Mormon en y incluant Oliver Cowdery en plus de Joseph Smith et de Sidney Rigdon.
Appelé l’ «Antimormon Extraordinaire», le Révérend Henry Caswall publia The City of the Mormons, or Three Days at Nauvoo. Il prétendit avoir donné à Joseph Smith une copie d’un manuscrit grec des psaumes et que Smith l’identifia comme étant un dictionnaire d’hiéroglyphes égyptiens. Caswall inventa un dialogue entre lui et Smith pour dépeindre Joseph Smith comme ignorant, grossier et fourbe. En 1843, Caswall publia «The Prophet of the Nineteenth Century» à Londres, empruntant la majeure partie de sa matière à Clark et à Turner.
En 1844 Joseph Smith dut affronter de graves dissensions au sein de l’Église. Plusieurs de ses plus proches collaborateurs étaient en désaccord avec lui concernant la révélation du mariage plural et d’autres points de doctrine. Parmi les principaux dissidents il y avait William et Wilson Law, Austin Cowles, Charles Foster, Francis et Chauncey Higbee, Charles Ivins et Robert Foster. Ils s’allièrent avec les éléments antimormons locaux et éditèrent un numéro d’un journal, le Nauvoo Expositor. Ils y accusaient Joseph Smith d’être un prophète déchu, coupable de fornication et malhonnête en matière financière.
Le conseil municipal de Nauvoo et le maire Joseph Smith déclarèrent le journal «nuisance» illégale et commandèrent au marshal de la ville de détruire la presse. Cette destruction mit en rage les antimormons hostiles autour de Nauvoo. Le 12 juin 1844, le Warsaw Signal, le journal de Thomas Sharp, exigea l’extermination des saints des derniers jours: «La guerre et l’extermination sont inévitables! Citoyens, levez-vous tous!!! Pouvez-vous rester là et laisser ces démons infernaux! dépouiller des hommes de leurs biens et de leurs droits sans les venger… Que [votre commentaire] se fasse avec la poudre et les balles!!!» Quinze jours plus tard, Joseph Smith et son frère Hyrum étaient assassinés à la prison de Carthage tandis qu’ils attendaient d’être jugés sur accusation de trahison.
Sharp justifia la tuerie sous prétexte que «les citoyens les plus respectables» l’avaient réclamée. Lui et quatre autres furent par la suite jugés pour les meurtres, mais furent acquittés faute de preuves.
Beaucoup pensaient que l’Église périrait avec ses fondateurs. Quand les membres s’unirent sous la direction des douze apôtres, les attaques antimormones reprirent de plus belle. Sharp réclama de nouveau l’expulsion des mormons de l’Illinois. En septembre 1845, plus de 200 maisons de membres de l’Église avaient été brûlées dans les régions environnant Nauvoo. En février 1846, les saints traversèrent le Mississippi et commencèrent l’exode vers l’Ouest.
Il est possible que le mobile de certains antimormons, particulièrement des apostats, ait été la vengeance. Philastus Hurlbut, Simonds Ryder, Ezra Booth et John C. Bennett voulaient se venger parce que l’Église les avait disciplinés. Alexander Campbell était furieux parce qu’il avait perdu beaucoup de ses disciples campbellites quand ils s’étaient joints aux saints des derniers jours. Mark Aldrich avait investi dans un développement immobilier qui fit faillite parce que les immigrés mormons ne l’avaient pas soutenu et Thomas Sharp avait perdu beaucoup de ses perspectives dans les affaires.
CARICATURE DES MORMONS ET CROISADE CONTRE LA POLYGAMIE (1847-1896). L’installation dans l’Ouest permit un isolement bienvenu pour l’Église, mais la révélation publique de la pratique de la polygamie en 1852 suscita un nouveau barrage de moqueries et un affrontement avec le gouvernement fédéral.
Les années de 1850 à 1890 furent turbulentes pour l’Église parce que les réformateurs, les ecclésiastiques et la presse attaquèrent ouvertement la pratique de la polygamie. Les opposants fondèrent des sociétés antipolygames et le Congrès publia une législation antipolygame. Les mormons furent caricaturés comme étant des gens qui défiaient la loi et étaient immoraux. Le but clair de la croisade juridique et politique contre les mormons était de détruire l’Église. Seul le manifeste de 1890, une déclaration de Wilford Woodruff, président de l’Église, qui abolissait officiellement la polygamie, apaisa le gouvernement, permettant la restitution à l’Église de ses biens confisqués. Les écrits, conférences et dessins satiriques antimormons volumineux de l’époque caricaturèrent l’Église comme une théocratie qui défiait les lois de la société conventionnelle ; beaucoup décrivaient ses membres comme bercés d’illusions et fanatiques ; et ils prétendaient que la polygamie, les rituels secrets et l’expiation par le sang constituaient les fondements théologiques de l’Église. Les motifs principaux étaient de discréditer les croyances des saints, de réformer moralement ce qui était perçu comme un mal ou d’exploiter la polémique à des fins financières et politiques. La tactique diffamatoire utilisée consistait en attaques verbales contre les dirigeants de l’Église, en caricatures dans les périodiques, les magazines et les conférences, en inventions dans les romans et en mensonges purs et simples.
L’ouvrage antimormon le plus influent au cours de cette période fut probablement Origin, Rise, and Progress of Mormonism, de Pomeroy Tucker (1867). Imprimeur employé par E.B. Grandin, éditeur du Wayne Sentinel et imprimeur de la première édition du Livre de Mormon, Tucker affirma avoir été en relations étroites avec Joseph Smith. Il soutint l’accusation de Hurlbut-Howe que les Smith étaient malhonnêtes et prétendit qu’ils volaient leurs voisins. Il reconnaissait cependant que ses insinuations n’étaient pas «confirmées par une enquête judiciaire».
The Golden Bible or the Book of Mormon: Is It from God? (1887) du Révérend M. T. Lamb se moquait du Livre de Mormon qu’il qualifiait de «verbeux, maladroit, stupide… improbable… impossible… [et] une conjecture idiote.» Pour lui le livre était inutile et de loin inférieur à la Bible et il disait de ceux qui croyaient au Livre de Mormon qu’ils étaient mal informés.
Sur les cinquante-six romans antimormons publiés au cours du XIXe siècle, quatre devinrent le modèle de tous les autres. Ces quatre romans étaient des romans à sensation érotiques se focalisant sur le soi-disant triste sort des femmes dans l’Église. Boadicea, the Mormon Wife, d’Alfreda Eva Bell (1855), faisait des membres de l’Église «des meurtriers, des faussaires, des escrocs, des joueurs, des voleurs et des adultères!» Dans Mormonism Unveiled, d’Orvilla S. Belisle (1855), l’héroïne était prise au piège dans un harem mormon sans espoir d’en sortir. Mormon Wives, de Metta Victoria Fuller Victor (1856) fait des mormons des gens affreux et aveuglés. Maria Ward (un pseudonyme) dépeint les tortures infligées par les mormons aux femmes dans Female Life Among the Mormons (1855). Les auteurs écrivaient des passages choquants dans le but de vendre les publications. Des membres excommuniés essayèrent de profiter de leur ancienne appartenance à l’Église pour vendre leurs histoires. Tell It All, de Fanny Stenhouse (1874), Wife No. 19 d’Ann Eliza Young (1876) étaient des histoires à sensation sur le thème de la polygamie. William Hickman vendit son histoire à John H. Beadle, qui exagéra le mythe danite dans Brigham’s Destroying Angel (1872) pour présenter les mormons comme des gens violents.
Les dirigeants de l’Église ne répondirent à ces attaques et à cette publicité défavorable que par des sermons et des exhortations. Ils défendirent la doctrine fondamentale de l’Église qu’étaient la révélation et l’autorité venant de Dieu. Pendant la période des poursuites fédérales, la Première Présidence condamna les actes contre l’Église de la part du Congrès des États-Unis et de la Cour Suprême comme violations de la Constitution des États-Unis.
LA RECHERCHE D’UNE EXPLICATION PSYCHOLOGIQUE (1897-1945). Après que l’Église eut officiellement mis fin à la polygamie en 1890, l’image publique du mormonisme s’améliora et devint modérément favorable. Cependant, en 1898, l’Utah élut au Congrès des États-Unis B.H. Roberts, qui avait contracté des mariages pluraux avant le Manifeste. Son élection ranima les accusations de polygamie et de nouvelles dénonciations par les reporters à scandale des magazines et le Congrès refusa de le valider. Pendant le débat au Congrès, l’Order of Presbytery d’Utah publia une brochure, Ten Reasons Why Christians Cannot Fellowship the Mormon Church [Dix raisons pour lesquelles les chrétiens ne peuvent pas recevoir l’Église mormone dans leur communion], s’opposant principalement à la doctrine de la révélation moderne.
L’élection de Reed Smoot au Sénat des États-Unis (le 20 janvier 1903) causa une polémique de plus. Bien que n’ayant pas été polygame, Smoot était membre du Collège des douze apôtres. Dix mois après qu’il eut été assermenté en tant que sénateur, son cas fut passé en revue par le Senate Committee on Privileges and Elections. Les auditions pour l’affaire Smoot durèrent de janvier 1904 à février 1907. Finalement, en 1907, le sénat vota de lui permettre de prendre son siège. La Première Présidence publia alors An Address to the World (une déclaration au monde), expliquant la doctrine de l’Église et répondant aux accusations. La Salt Lake Ministerial Association (l’association des pasteurs de Salt Lake City) réfuta, le 4 juin 1907, cette déclaration dans le Salt Lake Tribune.
Pendant 1910 et 1911, les magazines Pearson's, Collier's, Cosmopolitan, McClure's et Everybody's publièrent des articles antimormons rabiques. McClure accusa les mormons de toujours pratiquer la polygamie. Cosmopolitan compara le mormonisme à une vipère essayant de saisir, avec des tentacules, la richesse et le pouvoir. Les rédacteurs qualifièrent l’Église d’ «institution méprisable» dont «l’emprise gluante» avait servi le pouvoir politique et économique dans une douzaine d’états de l’Ouest. Les historiens de l’Église appellent ces articles «la croisade des magazines».
L’arrivée du cinéma donna lieu à une répétition du stéréotype antimormon. De 1905 à 1936, on sortit au moins vingt et un films antimormons. Les plus sordides furent A Mormon Maid (1917) et Trapped by the Mormons (1922). Les films montraient des dirigeants polygames cherchant des converties pour satisfaire leurs convoitises et les mormons assassinant des voyageurs innocents dans des rites secrets. Certains des écrits antimormons les plus virulents de l’époque venaient de Grande-Bretagne. Winifred Graham (Mme Theodore Cory), romancière antimormone professionnelle, accusa les missionnaires mormons de profiter de la Première Guerre mondiale pour faire du prosélytisme auprès des femmes dont les maris étaient partis faire la guerre. Le film Trapped by the Mormons était basé sur l’un de ses romans.
Quand la théorie Spaulding sur l’origine du Livre de Mormon fut discréditée, les partisans antimormons se tournèrent vers la psychologie pour expliquer les visions et les révélations de Joseph Smith. Walter F. Prince et Theodore Schroeder proposèrent des explications aux noms du Livre de Mormon en ayant recours à des associations psychologiques ingénieuses mais ténues. I. Woodbridge Riley prétendit dans The Founder of Mormonism (New York, 1903) que «Joseph Smith, fils, était épileptique». Il fut le premier à suggérer que View of the Hebrews, d’Ethan Smith (1823) et The Wonders of Nature and Providence, Displayed, de Josiah Priest (1825) étaient les sources du Livre de Mormon.
Lorsque l’Église commémora son centenaire en 1930, l’historien américain Bernard De Voto affirma dans l’American Mercury: «Il est incontestable que Joseph Smith était paranoïaque.» Il reconnut plus tard que l’article du Mercury était «une attaque malhonnête» (IE 49, mars 1946, p. 154).
Harry M. Beardsley, dans Joseph Smith and His Mormon Empire (1931), avança la théorie que les visions de Joseph Smith, ses révélations et le Livre de Mormon étaient des sous-produits de son subconscient. Vardis Fisher, un romancier populaire ayant des racines mormones en Idaho, publia Children of God: An American Epic (1939). L’ouvrage a une certaine sympathie pour l’héritage mormon, tout en proposant une origine naturaliste à la pratique mormone de la polygamie et décrit Joseph Smith en termes d’ «impulsions névrotiques».
En 1945, Fawn Brodie publia No Man Knows My History, une histoire psychobiographique de Joseph Smith. Elle le décrivit comme un «faiseur de mythes prodigieux» qui avait puisé ses idées théologiques dans son environnement de New York. Le livre rejetait la théorie de Rigdon-Spaulding, en revenait à la thèse d’Alexander Campbell que seul Joseph Smith était l’auteur du livre et postulait que View of the Hebrews (suivant Riley, 1903) avait fourni la matière de base comme source du Livre de Mormon. Les interprétations de Brodie ont été suivies par plusieurs autres auteurs.
Les savants de l’Église ont critiqué pour plusieurs raisons les méthodes de Brodie. Tout d’abord, elle ignore des documents manuscrits précieux qui lui étaient accessibles dans les archives de l’Église. En second lieu, ses sources étaient principalement des documents antimormons tendancieux rassemblés surtout à la bibliothèque publique de New York, à la bibliothèque de Yale et à la bibliothèque historique de Chicago. Troisièmement, elle commençait par une conclusion prédéterminée qui façonna son ouvrage: «J’étais convaincue, écrit-elle, avant même de commencer à écrire que Joseph Smith n’était pas un vrai prophète» et se sentit obligée de fournir une autre explication à ses œuvres (cité dans Newell G. Bringhurst, «Applause, Attack, and Ambivalence-Varied Responses to Fawn M. Brodie's No Man Knows My History» Utah Historical Quarterly 57, hiver 1989, pp. 47-48). Quatrièmement, en utilisant une approche psychobiographique, elle imputait des pensées et des motifs à Joseph Smith. Même Vardis Fisher critiqua son livre en écrivant que c’était «presque plus un roman qu’une biographie parce qu’elle hésite rarement à dire ce qui se passe dans l’esprit d’une personne ou à expliquer des motifs que l’on ne peut tout au plus que conjecturer» (p. 57).
REGAIN DES VIEILLES THÉORIES ET ALLÉGATIONS (1946-1990). Les auteurs antimormons ont surtout été prolifiques pendant l’après-Brodie. En dépit d’une presse généralement favorable envers l’Église pendant beaucoup de ces années, de tous les livres, romans, brochures, tracts et feuillets publiés en anglais avant 1990, plus de la moitié l’ont été entre 1960 et 1990 et le tiers d’entre eux entre 1970 et 1990.
Des réseaux d’organisations antimormones fonctionnent aux États-Unis. L’annuaire 1987 des organismes de recherche sur les cultes contient plus de cent listes antimormones. Ces réseaux distribuent de la littérature antimormone, font des conférences qui attaquent publiquement l’Église et font du prosélytisme auprès des mormons. La Pacific Publishing House en Californie donne une liste de plus de cent publications antimormones.
Un large éventail d’auteurs antimormons a produit la littérature d’invectives de cette période. Les évangeliques et certains mormons apostats affirment que les saints des derniers jours ne sont pas chrétiens. La base principale de ce jugement est le fait que la croyance mormone en la Divinité chrétienne est différente de la doctrine chrétienne traditionnelle de la Trinité. Ils prétendent que les saints des derniers jours adorent «un autre Jésus» et que leurs Écritures sont contraires à la Bible. Une autre tactique courante est d’essayer de montrer qu’il y a des contradictions entre les déclarations des dirigeants de l’Église du passé et celles des dirigeants actuels sur des points tels qu’Adam-Dieu, l’expiation par le sang et le mariage plural.
Un exemple actuel de moquerie et de déformation des croyances des saints des derniers jours vient d’Edward Decker, mormon excommunié et cofondateur d’Ex-Mormons for Jesus, maintenant connus sous le nom de Saints Alive in Jesus (saints vivants en Jésus). Prétendant aimer les saints, Decker s’est attaqué à leurs croyances. Les saints des derniers jours considèrent son film et son livre, tous deux intitulés The Godmakers, comme une distorsion grossière de leurs croyances, particulièrement des ordonnances du temple. Un directeur régional de la ligue anti-diffamation de B’nai B’rith et le conseil régional de l’Arizona de la conférence nationale des chrétiens et des Juifs sont parmi ceux qui ont condamné le film.
Bien que les critiques, les distorsions et les mensonges antimormons soient blessants pour les membres de l’Église, la Première Présidence leur a conseillé de ne pas réagir et de ne pas engager de débats avec ceux qui les commanditent et les a invités à donner leurs réponses «sous forme d’explications positives des points de doctrine et des pratiques de l’Église» (Church News, 18 déc. 1983, p. 2).
Jerald et Sandra Tanner sont deux chercheurs antimormons prolifiques. Ils ont commencé à écrire début 1959 et proposent maintenant plus de 200 publications. Leur approche principale est de démontrer des contradictions, dont beaucoup sont considérées par les saints des derniers jours comme artificielles ou insignifiantes, entre les enseignements actuels et passés de l’Église. Ils agissent et éditent sous le nom de Utah Lighthouse Ministry, Inc. Leur ouvrage le plus notable, Mormonism – Shadow or Reality? (1964, révisé 1972, 1987), contient l’essentiel de leurs affirmations contre l’Église.
Pendant les années 1950, 1960 et le début des années 1970, l’Église a eu une image publique généralement favorable et cela s’est reflété dans les médias d’information. Cette image est devenue plus négative dans les années 1970 qui ont suivi et le début des années 1980. L’opposition de l’Église à l’amendement sur l’égalité des droits et l’excommunication de Sonia Johnson pour apostasie, la position de l’Église en ce qui concerne la prêtrise et les noirs (changée en 1978), une déclaration de la Première Présidence s’opposant au missile MX, l’épisode de John Singer avec l’attentat à la bombe contre un bâtiment de l’Église, les tensions entre certains historiens et les dirigeants de l’Église, la lettre à la «Salamandre» (un faux) et les autres faux et meurtres de Mark Hofmann ont apporté de l’eau au moulin de la presse et de la télévision pour leurs commentaires négatifs. L’influence politique de l’Église et ses avoirs financiers ont également fait l’objet d’articles ayant une forte orientation négative.
Un livre antimormon largement diffusé, The Mormon Murders, par Steven Naifeh et Gregory White Smith (1988), utilise plusieurs stratégies rappelant l’antisémitisme d’autrefois. Les auteurs utilisent les contrefaçons et les meurtres de Hofmann comme tremplin et suivent les thèmes et les méthodes antimormons traditionnels que l’on trouve dans les ouvrages plus anciens. Ils expliquent le mormonisme en termes de richesse, de pouvoir, de tromperie et de crainte du passé.
Les dirigeants de l’Église ont constamment fait appel à l’impartialité des lecteurs et les ont invités à examiner eux-mêmes le Livre de Mormon et les autres Écritures et documents modernes plutôt que de porter un jugement tout fait sur l’Église sur la base de publications antimormones. En 1972, l’Église a créé le Département de la Communication, avec siège à Salt Lake City, pour diffuser des informations publiques sur l’Église

Bibliographie
Il n’existe pas d’histoire définitive des activités antimormones. Voici un échantillon de sources de l’Église sur l’antimormonisme:
Allen, James B., et Leonard J. Arrington. "Mormon Origins in New York: An Introductory Analysis." BYU Studies 9 (1969):241-74. Analyse les approches promormones et antimormones.
Anderson, Richard Lloyd. "Joseph Smith's New York Reputation Reappraised." BYU Studies 10 (1970):283-314. Analyse les attestations Hurlbut-Howe publiées dans Mormonism Unvailed.
Bunker, Gary L., et Davis Bitton. The Mormon Graphic Image 1834-1914. Salt Lake City, 1983. Fait l’historique de la caricature antimormone caricature.
Bushman, Richard L. Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism. Urbana, Ill., 1984. Traite des écrits antimormons de Campbell, Howe et Hurlbut.
Kirkham, Francis W. A New Witness for Christ in America, 2 vols. Independence, Mo., 1942, et Salt Lake City, 1952. Examine les premiers articles de journaux et les explications antimormones de l’origine du Livre de Mormon.
Nibley, Hugh W. The Mythmakers. Salt Lake City, 1961. Passe en revue les auteurs antimormons du temps de Joseph Smith.
Nibley, Hugh W. "Censoring the Joseph Smith Story" IE 64 (juill., août, oct., nov. 1961). Série d’articles examinant comment cinquante ouvrages antimormons traitent l’histoire de Joseph Smith.
Nibley, Hugh W. Sounding Brass. Salt Lake City, 1963. Passe en revue les auteurs antimormons de l’époque de Brigham Young.
Nibley, Hugh W. The Prophetic Book of Mormon, CWHN 8 chaps. 4-8, 10-12, examine les arguments antimormons.
Scharff, Gilbert W. The Truth About the Godmakers. Salt Lake City, 1986. Traite du film The Godmakers.
WILLIAM O. NELSON

Anges: Anges gardiens
Auteur: MCCONKIE, OSCAR W.

Une des fonctions des anges est d'avertir et de protéger les mortels. Le Seigneur chuchote à David: «Aucun malheur ne t’arrivera, aucun fléau n’approchera de ta tente. Car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies; ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre» (Ps. 91:10-12). L'ange de la présence du Seigneur sauve Israël (És. 63:9). Daniel répond au roi: «Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions, qui ne m’ont fait aucun mal …» (Da. 6:22).
Cette fonction bien connue de gardien attribuée aux anges a provoqué la théorie chez certains que toutes les personnes, ou du moins les justes, se voient affecter un ange comme gardien durant toute leur vie. Il n'y a aucune justification scripturaire à cette tradition qui a parfois été entretenue parmi les saints des derniers jours et d'autres (EPJS, p. 298).
Les saints des derniers jours croient que quiconque vient au monde se voit accorder un soin et une direction protecteurs par Dieu, assurés en partie par la lumière du Christ (D&A 84:44-48; Mro. 7:12-19). Ceux qui ont le don du Saint-Esprit peuvent être avertis, gardés ou protégés par l'esprit de révélation (D&A 8:2-4). La meilleure façon de considérer le terme «ange gardien» est d’y voir une façon de parler désignant la sollicitude protectrice et la direction de Dieu ou, dans des cas spéciaux, un ange expédié sur la terre en accomplissement des desseins de Dieu.
OSCAR W. MCCONKIE

Apostasie
Auteur: COMPTON, TODD

Les saints des derniers jours croient que l’apostasie se produit toutes les fois qu’une personne ou une communauté rejette les révélations et les ordonnances de Dieu, change l’Évangile de Jésus-Christ ou se rebelle contre les commandements de Dieu, perdant de ce fait les bénédictions du Saint-Esprit et de l’autorité divine. L’apparition de communautés basées sur la révélation, d’apostasies et de rétablissements s’est produite de manière cyclique pendant toute l’histoire de l’humanité dans une série de dispensations depuis Adam et Hénoc (Moïse 7) jusqu’au temps présent. Les saints des derniers jours considèrent qu’une «grande apostasie» historique accompagnée de la perte de l’autorité a commencé à l’époque du Nouveau Testament et s’est répandue au cours des siècles qui ont suivi cette époque. Bien que les saints des derniers jours n’aient pas insisté autant sur la grande apostasie que sur la notion que l’Église est un rétablissement basé sur la révélation, la nécessité d’un rétablissement implique que quelque chose d’important a été perdu après le départ de l’Église chrétienne primitive.
Le mot «apostasie» dérive du grec apostasía ou apóstasis («défection, révolte»; utilisé dans un sens politique par Hérodote et Thucydide); il est mentionné dans un contexte religieux dans la Septante et le Nouveau Testament (par exemple, Jos. 22:22 et 2 Ch. 29:19; 2 Th. 2:3 dit qu’une apostasía doit venir avant la seconde venue du Christ). Il peut signifier l’intransitif «se tenir loin de» ou l’actif «faire se tenir loin de». Une apostasie peut donc être une rébellion active et collective.
Le Christ a dit à Joseph Smith dans sa première vision (1820) que toutes les Églises existantes s’étaient égarées dans leurs enseignements et dans leurs pratiques, bien qu’ayant «une forme de piété» (JS–H 1:18-19). Il était donc nécessaire qu’un «rétablissement» de l’Évangile ait lieu.
En outre, dans le Livre de Mormon (1 Né. 11-14; 2 Né. 28; cf. Mrm. 8), le prophète Néphi 1 a une vision de l’Église chrétienne primitive et de ses douze apôtres que les «multitudes de la terre» et la maison d’Israël combattent (1 Né. 11:34-35). Il prédit une «grande et abominable Église» qui va persécuter les vrais chrétiens et les pauvres et dont les membres seront motivés par des choses telles que l’orgueil, le port de vêtements précieux et la pratique de l’immoralité sexuelle (voir Grande et abominable Église). Elle va changer insidieusement la simplicité de l’Évangile, éliminer les alliances, exciser des Écritures importantes et nier l’existence des miracles. Cette apostasie peut être rattachée, dans l’allégorie de Zénos, à la dispersion d’Israël quand tous arbres de la vigne du Seigneur deviennent corrompus (Jcb. 5:39-48) et elle va de pair avec l’apostasie désastreuse des Néphites dans le Nouveau Monde (1 Né. 12:15-19; 4 Né. 1:24-46).
Cependant, d’après Néphi, cette «grande Église» n’est pas une église spécifique; dans sa vision apocalyptique, il n’y a que deux églises, et «quiconque n'appartient pas à l'Église de l'Agneau de Dieu appartient à cette grande Église» (1 Né. 14:10). L’expression est typologique, symbolique de beaucoup de mouvements historiques et sociaux (2 Né. 27:1); même ceux qui sont membres de nom de l’Église du Christ, s’ils sont poussés par l’orgueil, la richesse, le prestige et consorts, peuvent se retrouver membres de cette «grande Église» (cf. 1 Né. 8:27-28).
Pendant toute leur histoire, les saints des derniers jours ont écrit et émis des théories sur les événements historiques liés à la «grande apostasie,» un thème traité dans plusieurs écrits restaurationnistes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle (voir Restaurationnisme protestant). En 1833, parlant de Marc 16:17-18 et 1 Corinthiens 12, Joseph Smith a dit: «Les témoignages précités nous permettent de regarder le monde chrétien et de voir l’apostasie qui s’est produite par rapport à l’enseignement apostolique» (EPJS, p. 9). Oliver Cowdery a écrit sur l’apostasie dans le premier numéro du Messenger and Advocate (1834). En 1840, Orson Pratt a parlé d’une «apostasie générale et terrible par rapport à la religion du Nouveau Testament» (Listen to the Voice of Truth, 1.1). Il souligne en particulier le manque d’ordonnances à cause de l’absence d’autorité dans la prêtrise; le baptême en est un exemple flagrant. Selon le point de vue de Pratt, toutes les églises antérieures au Rétablissement étaient erronées par certains côtés, doctrinalement et rituellement, même si elles étaient justes dans d’autres. Benjamin Winchester, auteur mormon de brochures, a écrit un long traité à l’aide des sources du Nouveau Testament pour démontrer qu’une apostasie avait été prophétisée (A History of Priesthood, Philadelphie, 1843, pp. 72-96). Dans les années 1850 et 1860, les saints ont beaucoup parlé de «la grande apostasie» (O. Pratt, JD 12:247; W. Woodruff, JD 8:262) dans leurs sermons.
Cette idée – la rupture avec la religion établie parce qu’elle semble en désaccord avec le christianisme du Nouveau Testament – a des accents protestants évidents, mais la conception mormone diffère de l’attitude protestante typique dans son insistance sur la perte et le rétablissement d’une autorité exclusive et bien claire de la prêtrise, d’ordonnances correctes et de la révélation continue. Par contraste, les protestants s’appuient typiquement avant tout sur la réinterprétation biblique.
En 1909, James E. Talmage a écrit La grande Apostasie, dans laquelle il rassemble les passages du Nouveau Testament que les saints des derniers jours ont cités pour montrer qu’une grande apostasie a été annoncée par Jésus-Christ, Paul et d’autres apôtres et prophètes (en particulier Mt. 24:4-13, 23-26; Ac. 20:29-30; Ga. 1; 2 Th. 2:7-8; 1 Ti. 4:1-3; 2 Ti. 3:1-6; 4:1-4; Jud. 1:3-4; Ap. 13:4-9; 14:6-7 et, dans l’Ancien Testament, Am. 8:11-12). Talmage raconte aussi la persécution des premiers chrétiens qui a accéléré l’apostasie et montre que l’Église primitive a changé intérieurement à plusieurs égards. Il affirme que les principes simples de l’Évangile ont été mêlés aux systèmes philosophiques païens de l’époque (Trinitarianisme, ayant pour résultat le credo de Nicée; fausse opposition du corps et de l’esprit, donnant lieu à un ascétisme excessif), que les rituels ont été changés et amplifiés de manière non autorisée (remplacement des rites chrétiens primitifs simples par des cérémonies complexes influencées par le paganisme, perte du baptême par immersion, introduction du baptême des petits enfants [cf. Mro. 8], changement de la communion) et que l’organisation de l’Église a été changée (les apôtres et les prophètes, fondements nécessaires de l’Église du Christ, ayant été martyrisés, laissaient un vide qui ne pouvait pas être comblé par des évêques; l’Église médiévale montrait donc peu de ressemblances avec l’organisation ou les pratiques de l’Église du Nouveau Testament).
Les enseignements des saints sur l’apostasie du début de l’ère chrétienne ont reçu un appui supplémentaire au XXe siècle lorsque certains savants ont affirmé que l’Église primitive a commencé comme une organisation judaïque centralisée, a affronté le défi posé par un christianisme hellénisé oriental gnostique ascétique et est devenu comme son ennemi afin de le concurrencer. L’idée même d’un christianisme centralisé a cédé la place à une image d’un christianisme primitif diversifié et fragmenté où il est difficile de déterminer ce qui est orthodoxe et ce qui est hérétique, ce qui est gnostique et ce qui est «courant principal». Par exemple, Peter Brown et William Phipps affirment que la doctrine influente d’Augustin concernant le péché originel, avec le rituel qui l’accompagne, le baptême des bébés, était un résultat de son passé gnostique et était, en réalité, hérétique, alors que l’opposition de Pélage à ces idées était orthodoxe. Mais ce furent les doctrines d’Augustin qui l’emportèrent et qui continuent à influencer la théologie et la culture occidentales. Un autre point de doctrine chrétien primitif qui n’a pas survécu dans le christianisme occidental est la déification, bien qu’il soit demeuré au centre du christianisme orthodoxe.
Un milieu religieux et culturel complexe a alimenté et a transformé le christianisme primitif. Il faut tenir compte de beaucoup de facteurs lors de l’analyse de cette transformation du christianisme. Par exemple, certains ont imputé la responsabilité de l’apparition de la grande apostasie exclusivement à la philosophie grecque et à l’influence de la philosophie sur le gnosticisme. Mais l’ascétisme (c.-à-d., la haine du corps, de la sexualité, du monde physique) a joué un rôle important dans l’apostasie de l’Église primitive et l’ascétisme extrême est typiquement oriental. On a d’ailleurs constaté que beaucoup de choses dans la philosophie grecque sont conformes à l’Évangile; Orson F. Whitney qualifiait Platon et Socrate de «serviteurs du Seigneur», bien que dans un «sens moindre» que les prophètes (CR d’avril 1921, p. 33).
L’idée d’une apostasie historique par rapport au christianisme primitif peut dresser une barrière entre les saints des derniers jours et les autres personnes intéressées par les rapports interconfessionnels. Mais les saints des derniers jours ne considèrent pas ces événements comme une condamnation; beaucoup de choses ayant une valeur spirituelle se sont produites pendant le Moyen-Âge dans les autres Églises chrétiennes. Brigham Young a souligné que des hommes de bien avant le Rétablissement avaient «l’esprit de révélation» et a dit que John Wesley était l’un des meilleurs hommes «qui aient jamais vécu sur cette terre» (JD 7:5; 6:170; 11:126). Le président Young a affirmé que toutes les églises et religions avaient «plus ou moins de vérité» (JD 7:283) et il a exhorté les saints à rechercher et à accepter les vérités partout où ils pourraient les trouver. Dans les discours de conférence, les Autorités générales, notamment Spencer W. Kimball et Thomas S. Monson, ont cité ou fait l’éloge de sommités telles que Billy Graham et mère Teresa.

Bibliographie
Bauer, Walter. Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity. Philadelphie, 1971.
Benson, Ezra T. "Apostasy from the Truth." IE 52, nov. 1949, pp. 713, 756-760.
Brown, Peter. Augustine of Hippo, pp. 395-400. Berkeley, Calif., 1967.
Brown, S. Kent. "Whither the Early Church?" Ensign 18, oct. 1988, pp. 7-10.
Bushman, Richard L. Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism, p. 207. Urbana, Ill., 1984.
Dodds, Eric R. Pagan and Christian in an Age of Anxiety. Cambridge, 1965.
Nibley, Hugh. The World and the Prophets. Dans CWHN 3.
Nibley, Hugh. Mormonism and Early Christianity, dans CWHN 4, traite de la disparition des baptêmes chrétiens pour les morts (1948, pp. 100-167), la révision des textes chrétiens primitifs à la lumière de la disparition de l’Église naissante (1955, pp. 168-322), les enseignements oubliés de Jésus pendant les quarante jours de ministère qui ont suivi sa résurrection (1966, pp. 10-44) et la perte du cercle de prière du christianisme primitif (1978, pp. 45-99); bibliographie (p. xii, n. 8).
Peterson, Daniel C., et Stephen D. Ricks. "Comparing LDS Beliefs with First Century Christianity." Ensign 18, mars 1988, pp. 7-11.
Phipps, William. "The Heresiarch: Pelagius or Augustine?" Anglican Theological Review 62, 1980, pp. 130-131.
Roberts, B. H. The "Falling Away." Salt Lake City, 1931.
Roberts, B. H. Outlines of Ecclesiastical History. Salt Lake City, 1893.
Robinson, Stephen E. "Early Christianity and 1 Nephi 13-14." Dans First Nephi, The Doctrinal Foundation, dir. de publ. M. Nyman et C. Tate, pp. 177-191. Provo, Utah, 1988.
Rudolph, Kurt. Gnosis: The Nature and History of Gnosticism. San Francisco, 1983.
Sperry, Sidney B. "New Light on the Great Apostasy." IE 53, sept. 1950, pp. 710-711, 744-751.
Talmage, James. The Great Apostasy. Salt Lake City, 1909.
Vogel, Dan. Religious Seekers and the Advent of Mormonism, pp. 49-66. Salt Lake City, 1988, contient une excellente bibliographie; critique par Grant Underwood, BYU Studies 30 Hiver 1990, pp. 120-126.
TODD COMPTON

Apostat
Auteur: SCHARFFS, GILBERT W.

Les membres de l’Église diffèrent dans leur niveau de participation ou de croyance (voir Activité dans l’Église). Les saints des derniers jours qui ont gravement enfreint ou ignoré les enseignements cardinaux de l’Église (publiquement ou en privé) sont considérés comme apostats, qu’ils aient quitté officiellement l’Église ou non ou soient entrés dans une autre religion. Quelqu’un qui n’assiste pas aux réunions de l’Église n’est pas considéré comme apostat. Cependant, quand une personne demande à ce que son nom soit rayé des registres, la règle veut que cette demande soit honorée. Une commission disciplinaire de l’Église peut être convoquée pour tout membre qui viole des commandements importants et «ne se repent pas» (Mosiah 26:32; D&A 42:28). Le reniement ouvert de l’Église, de ses dirigeants et de ses enseignements est une raison d’excommunication.
Les étapes menant à l’apostasie sont habituellement progressives. Il est recommandé à tous les membres de se garder de toutes les manifestations d’apostasie personnelle (DS 3:293-312; Asay, pp. 67-68). Les causes les plus fréquentes d’apostasie sont le non respect de principes stricts de moralité, le fait de se sentir offensé (à tort ou à raison), le mariage avec une personne d’une autre religion ou irréligieuse, le fait de négliger la prière et d’entretenir sa spiritualité ou une mauvaise compréhension des enseignements de l’Église.
L’apostasie peut être accélérée par l’idée fausse que l’Écriture ou les dirigeants de l’Église sont infaillibles. Joseph Smith a enseigné qu’ «un prophète était un prophète uniquement quand il agissait comme tel» (HC 5:265). Il a également déclaré qu’il «n’étai[t] qu’un homme, et que [les gens] ne devaient pas attendre de [lui qu’il soit] parfait» (HC 5:181). Ni l’Église ni ses dirigeants ni ses membres ne prétendent à l’infaillibilité.
Par-dessus tout, l’Église affirme que ses membres doivent rechercher la révélation personnelle pour connaître la vérité et vivre en accord avec l’Esprit de Dieu. Ceux qui ne l’ont pas fait risquent de se perdre en chemin quand leur foi est mise à l’épreuve ou quand des difficultés surgissent.
Les apostats deviennent parfois ennemis de l’Église. Le fait de quitter l’Église, qui affirme être l’Église officielle de Dieu, contenant la plénitude de l’Évangile, a souvent comme conséquence des sentiments de culpabilité. Si beaucoup reviennent, d’autres sont pris du besoin de défendre leurs actions, «réfutent» l’Église ou deviennent des ennemis. Les fruits de l’apostasie sont généralement amers. Le Livre de Mormon met en garde contre les conditions défavorables qui résultent de transgressions «à l’encontre de la lumière et à de la connaissance» que l’on a (Al. 9:23).
Les Écritures modernes ont, envers les apostats, une attitude aimante et animée par l’espoir. Il est vivement conseillé aux saints des derniers jours d’aimer ceux qui ont abandonné la foi et d’encourager ceux qui se sont écartés, de plaider et de travailler avec eux, invitant «les brebis perdues» à revenir à la bergerie (Lu. 15:3-7). Le Sauveur ressuscité a enseigné à propos des égarés : «Vous ne le[s] chasserez pas de vos… lieux de culte, car vous continuerez à servir de telles personnes; car vous ne savez pas si elles ne reviendront pas et ne se repentiront pas, et ne viendront pas à moi d'un cœur pleinement résolu, et je les guérirai; et vous serez le moyen qui leur apportera le salut» (3 Né. 18:32). Le désir de revenir est motivé par la réalité du repentir rendu possible par l’expiation de Jésus-Christ. «Celui qui s'est repenti de ses péchés est pardonné, et moi, le Seigneur, je ne m'en souviens plus. C'est à ceci que vous saurez si un homme se repent de ses péchés: voici, il les confessera et les délaissera» (D&A 58:42-43). [Voir aussi Antimormons – publications; Groupes schismatiques.]

Bibliographie
Asay, Carlos E. "Opposition to the Work of God." Ensign 11, nov. 1981, pp. 67-68.
Foster, Lawrence. "Career Apostates: Reflections on the Works of Jerald and Sandra Tanner." Dialogue 17, été 1984, pp. 35-60.
Howard, F. Burton. "Come Back to the Lord." Ensign 16, nov. 1986, pp. 76-78.
GILBERT W. SCHARFFS

Apôtre
Auteur: BROWN, S. KENT

Un «apôtre» est un dirigeant ordonné à la Prêtrise de Melchisédek dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Les apôtres sont choisis par inspiration par le président de l’Église, soutenus par l’ensemble des membres de l’Église et ordonnés par l’imposition des mains par la Première Présidence et le Collège des douze apôtres. Ce sont des Autorités générales – contrairement aux autorités locales et régionales – détenant leur office d’apôtre pour la durée de leur vie. Le doyen des apôtres est le président de l’Église.
En plus d’être témoins de Jésus-Christ auprès du monde entier (D&A 107:23), comme les apôtres de Jésus, les membres du Collège actuel des douze apôtres détiennent les clefs de la prêtrise – c’est à dire le droit de présidence (D&A 107:35; cf. 124:128). Le président Brigham Young a déclaré à propos de leur autorité dans la prêtrise: «Les clefs de la prêtrise éternelle, qui est selon l’ordre du Fils de Dieu, sont détenues quand on est apôtre. Toute la prêtrise, toutes les clefs, tous les dons, toutes les dotations et tout ce qui est préparatoire à l’entrée dans la présence du Père et du Fils est dans, composé de, circonscrit par, ou je pourrais dire incorporé dans la circonférence de l’apostolat» (JD 1:134-35). Comme collège de la prêtrise, le Collège des douze apôtres suit en autorité le Collège de la Première Présidence (D&A 107:24). De plus, il dirige le ministère domestique et international des collèges des soixante-dix (D&A 107:34; cf. 124:139-40), et excepté en présence d’un membre de la Première Présidence ou d’un membre plus ancien des Douze, un apôtre préside partout où il peut être dans l’Église.
Dans le Nouveau Testament, un apôtre (du grec apostellein, envoyer [comme représentant ou agent]) était un envoyé choisi par Dieu (Mc. 3:14; Jn. 15:16; Ac. 1:21-26) qui était témoin de la résurrection du Christ et avait l’obligation missionnaire d’en témoigner.
Jésus lui-même était un apôtre par qui Dieu parlait (Hé. 1:2; 3:1). Le Père a envoyé Jésus, et celui qui le reçoit reçoit celui qui l’a envoyé (Mc. 9:37; Jn. 8:16-19). De même que le Père l’a envoyé, Jésus a envoyé ses apôtres (Jn. 20:21). Au commencement, ils ont été appelés d’entre ceux «qui nous [les apôtres] ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous» (Ac. 1:21). Le nombre douze, lié aux apôtres, fait écho au nombre de tribus d’Israël que les apôtres doivent juger (Mt. 19:28; Lu. 22:30). À cet égard, ils étaient la base de l’Église chrétienne primitive (Ép. 2:19-21; 4:11-14).
Parfois, le terme englobe plus que les Douze, comme l’impliquent l’expression «tous les apôtres» (1 Co. 15:7) – qui suit la mention expresse des «douze» par Paul (1 Co. 15:5) – et les mentions de personnes appelées comme apôtres que l’on savait ne pas faire partie des Douze (Ac. 14:14; Ro. 16:7). Il est probable qu’en 54 apr. J.-C., Jacques, le frère du Seigneur, était devenu l’un des Douze (1 Co. 15:7; Ga. 1:19). Néanmoins, la plupart des mentions des apôtres dans le Nouveau Testament désignent les membres des Douze apôtres originels de Jésus ou Paul. Ils étaient les garants ou les témoins principaux de la résurrection de Jésus, laquelle constituait elle-même l’assurance qu’il était le Messie et le Seigneur de gloire attendu (Ac. 1:8-11). Au premier siècle, les apôtres étaient les témoins itinérants de la résurrection de Jésus, envoyés par lui dans le monde à cette fin (Ac. 1:8; cf. Mt. 28:19-20). Au centre du groupe – et à la base de l’Église – se trouvaient Pierre, Jacques et Jean, qui avaient été avec ou près de Jésus lors d’expériences critiques, notamment sa Transfiguration (Mc. 9:2-9) et son agonie à Gethsémané (Mc. 14:32-34).
L’importance des douze apôtres de Jésus est soulignée dans le Livre de Mormon. D’abord, vers 600 av. J.-C., Léhi et son fils Néphi 1 ont eu la vision des Douze comme disciples de Jésus en Palestine et comme victimes de la persécution (1 Né. 1:10-11; 11:29, 34-36). En second lieu, ces Douze doivent juger les douze tribus d’Israël et les douze autres disciples que Jésus ressuscité a choisis pendant son ministère en Amérique vers 34 apr. J.-C. (1 Né. 12:9-10; Mrm. 3:18-19; cf. D&A 29:12). Troisièmement, ces douze disciples – qu’il faut distinguer des douze apôtres de Jésus en Palestine – doivent juger leur propre peuple qui descend de la maison d’Israël (3 Né. 27:27). Quatrièmement, pendant sa visite en Amérique, Jésus ressuscité a créé l’office des Douze dans son Église quand il les a choisis et les a instruits soigneusement de son Évangile (3 Né. 11:18-12:1; cf. 13:25-34; 15:11-16:20; 18:36-37; 27:13-21). Il leur a conféré l’autorité d’enseigner l’Évangile et d’administrer ses ordonnances – c’est à dire de baptiser d’eau et d’Esprit – faisant ainsi d’eux les transmetteurs de la doctrine et des pratiques de l’Église (3 Né. 11:22; 18:36-37; 19:6-14; 26:17). Cinquièmement, conformément au modèle du Nouveau Testament, le Livre de Mormon rapporte que Jésus a été envoyé par le Père (3 Né. 18:27; cf. 16:3) et qu’il a à son tour commandé à ces douze disciples: «Allez vers ce peuple et annoncez les paroles que j'ai dites» (3 Né. 11:41).
La révélation moderne ajoute d’autres d’informations. La fonction et l’autorité apostoliques ont été rendues au prophète Joseph Smith et à Oliver Cowdery par Pierre, Jacques et Jean, ce qui souligne l’importance continue de cet office dans l’Église (D&A 27:12; voir aussi Prêtrise de Melchisédek: Rétablissement de la Prêtrise de Melchisédek). Dès juin 1829, presque une année avant que l’Église soit organisée, Oliver Cowdery et David Whitmer, rejoints plus tard par Martin Harris, recevaient des instructions concernant le genre d’hommes qu’ils devaient choisir comme apôtres et ont été chargés de choisir les premiers Douze de l’ère moderne (D&A 18:26-38). Cette mission a été exécutée les 14-15 février 1835, quand Cowdery, Whitmer et Harris ont choisi douze hommes comme apôtres et ont ordonné les neuf qui étaient présents (HC 2:186-198).
L’Écriture moderne stipule que «toute décision… doit être à l’unanimité des voix» du Collège des douze apôtres (D&A 107:27). De plus, ses membres ont le pouvoir de baptiser, de déclarer l’Évangile, et d’en ordonner d’autres à la prêtrise (D&A 18:26-36). Le Seigneur a dit que le nombre d’apôtres dans le Collège des Douze doit être maintenu (D&A 118:1) et que leurs clefs «sont descendues des pères… envoyées du ciel» (D&A 112:32). Ceux qui remplissent cet office doivent «[se purifier] le cœur et les vêtements, de peur que le sang de cette génération ne soit requis de [leurs] mains» (D&A 112:33).

Bibliographie
Kittel, Gerhard, dir. de publ., et Geoffrey W. Bromiley, dir. de publ. et trad. Theological Dictionary of the New Testament, Vol. 1, pp. 407-447. Grand Rapids, Mich., 1964-1976.
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah, Vol. 2, pp. 99-114, 303-326. Salt Lake City, 1980.
S. KENT BROWN

Articles de foi
Auteur: WHITTAKER, DAVID J.

En 1842, en réponse à la demande expresse de John Wentworth (rédacteur du Chicago Democrat), Joseph Smith envoya un aperçu succinct de ses expériences religieuses personnelles et l’histoire de l’Église qu’il présidait (voir Wentworth, Lettre à). À la fin de l’esquisse historique, il annexa une liste résumant «la foi des saints des derniers jours». Intitulés plus tard «articles de foi», ces treize articles furent publiés pour la première fois en mars 1842 dans le Times and Seasons de Nauvoo et furent plus tard inclus dans la brochure de la mission Britannique de 1851, La Perle de Grand Prix, compilée par Franklin D. Richards. Cette brochure fut révisée en 1878 et de nouveau en 1880. En 1880, une conférence générale de l’Église vota d’ajouter la Perle de Grand Prix aux ouvrages canoniques de l’Église, incluant ainsi les treize articles. Les articles de foi ne constituent pas une synthèse de toutes les croyances des saints et ils ne sont pas un credo au sens chrétien traditionnel du terme, mais ils fournissent un sommaire autorisé des Écritures et des croyances fondamentales des saints.
Les articles commencent par l’affirmation que la Divinité se compose de trois personnalités: le Père, son Fils Jésus-Christ et le Saint-Esprit (cf. Ac. 7:55-56; 2 Co. 13:14; 2 Né. 31:21; JS–H 1:17).
Le deuxième article concentre l’attention sur le commencement de l’histoire mortelle et affirme que les êtres humains ont le libre arbitre moral et donc la responsabilité de leurs actes: «Les hommes seront punis pour leurs propres péchés, et non pour la transgression d’Adam» (cf. De. 24:16; 2 Né. 2:27).
Le troisième article concentre l’attention sur l’importance cruciale de l’expiation du Christ et sur l’avantage qu’en retire l’humanité: «Par l’expiation du Christ, tout le genre humain peut être sauvé en obéissant aux lois et aux ordonnances de l’Évangile» (Mos. 3:7-12; D&A 138:4).
Le quatrième article définit les principes et les ordonnances de base: la foi en Jésus-Christ, le repentir, le baptême par immersion pour la rémission des péchés et l’imposition des mains pour le don du Saint-Esprit (cf. Ac. 8:14-19; Hé. 6:1-2; 3 Né. 11:32-37).
Les deux articles suivants abordent les questions d’autorité et d’organisation: Un homme doit être appelé de Dieu, confirmé par l’inspiration divine et par l’imposition des mains par ceux qui ont l’autorité, pour prêcher l’Évangile et en administrer les ordonnances (cf. 1 Ti. 4:14; D&A 42:11); de plus, l’Église est essentiellement «la même organisation qui existait dans l’Église primitive, savoir: apôtres, prophètes, pasteurs, docteurs, évangélistes, etc.» (cf. Ép. 4:11).
Le septième article affirme la croyance des saints aux dons de l’Esprit et en cite expressément plusieurs: le don des langues, de prophétie, de révélation, de vision, de guérison et d’interprétation des langues (cf. 1 Co. 12:10; D&A 46:10-26).
La place des Écritures sacrées est traitée dans le huitième article: Les saints des derniers jours croient «que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement»; ils croient aussi «que le Livre de Mormon est la parole de Dieu» (cf. Éz. 37:16; Jn 10:16; 2 Ti. 3:16).
Le neuvième article dit que l’Évangile rétabli n’est pas limité à un ensemble fermé de livres, mais déclare plutôt le principe de la révélation continue et donc d’un canon ouvert. Les saints des derniers jours affirment croire à toute la révélation passée et présente, et ils s’attendent à recevoir beaucoup de futures révélations (cf. Am. 3:7; D&A 76:7).
L’article dix récapitule quatre grands événements des derniers jours: le rassemblement littéral d’Israël et le rétablissement des dix tribus; l’édification de Sion, la nouvelle Jérusalem en Amérique, le règne du Christ en personne sur terre et le renouvellement final de la terre elle-même, quand elle recevra sa gloire paradisiaque, l’état de pureté qu’elle avait avant la chute d’Adam (voir 3 Né. 21-22).
Le onzième article déclare la croyance des saints en la liberté de culte et de conscience tant pour les autres que pour eux-mêmes. Il dit: «Nous affirmons avoir le droit d’adorer le Dieu Tout-Puissant selon les inspirations de notre conscience et reconnaissons le même droit à tous les hommes, qu’ils adorent comme ils veulent, où ils veulent ou ce qu’ils veulent.» Et le douzième article énonce la position politique des saints des derniers jours en tant que citoyens respectueux des lois (D&A 134; voir Politique: Enseignements politiques; Tolérance).
La déclaration finale propose une perspective ouverte à la vie et une invitation à approcher la vie comme le font les saints: «Nous croyons que nous devons être honnêtes, fidèles, chastes, bienveillants et vertueux, et que nous devons faire du bien à tous les hommes; en fait, nous pouvons dire que nous suivons l’exhortation de Paul: nous croyons tout, nous espérons tout, nous avons supporté beaucoup et nous espérons pouvoir supporter tout. Nous recherchons tout ce qui est vertueux ou aimable, tout ce qui mérite l’approbation ou est digne de louange» (cf. 1 Co. 13:7; Ph. 4:8).
La lettre à Wentworth n’était pas la première tentative de résumer les croyances de base des saints. Des listes plus anciennes, dont certaines ont pu influencer la liste de la lettre à Wentworth, avaient paru avant 1842. Dès juin 1829, Joseph Smith et Oliver Cowdery mettaient sur papier les «Articles et Alliances» de l’Église qui allait bientôt être organisée. Appelé plus tard la section 20 des Doctrine et Alliances, ce texte énumère un certain nombre de croyances de base, notamment l’existence de Dieu, la création et la chute de l’homme, la place centrale de Jésus-Christ, les ordonnances fondamentales de l’Évangile, dont le baptême et les devoirs de base des membres (20:17-36). Ce document, le premier à être accepté par le vote d’une conférence de l’Église, n’était pas une liste exhaustive de toutes les croyances mais plutôt une charte de base pour l’organisation naissante, enracinée dans la Bible et le Livre de Mormon.
Dans le premier numéro du Messenger and Advocate (oct. 1834), édité à Kirtland (Ohio), Oliver Cowdery mentionnait huit «principes» qui avaient tous leur parallèle à la section 20.
Il y eut, dans les premiers temps, d’autres listes, antérieures à la lettre à Wentworth, qui résumaient les grands principes des croyances des saints: une liste préparée par Joseph Young pour publication par John Hayward dans The Religious Creeds and Statistics of Every Christian Denomination in the United States (Boston, 1836, pp. 139-140). En cinq paragraphes, il esquissait les points de doctrine (1) de la divinité et de l’expiation de Jésus-Christ; (2) les premiers principes et ordonnances de l’Évangile accomplis par l’autorité apostolique comme dans l’Église primitive du Christ, (3) le rassemblement d’Israël perdu et la restitution des dons spirituels, (4) l’avènement du Christ et (5) la résurrection et le jugement de toute l’humanité.
Une autre liste de dix-huit «principes et points de doctrine» fut incluse par Parley P. Pratt dans son introduction à son document «Late Persecution of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints» (New York, 1840, pp. iii-xiii). Par exemple, «le premier principe de théologie entretenu par cette Église est la foi en Dieu, le Père éternel, et en son Fils Jésus-Christ, qui a en vérité été crucifié pour les péchés du monde… et au Saint-Esprit, qui rend témoignage d’eux» (pp. iii-iv). Beaucoup de formules de la liste de Pratt sont semblables à celles de la lettre à Wentworth.
Orson Pratt propose une «esquisse [détaillée et éloquente] de la foi et de la doctrine» de l’Église dans son «Interesting Account of Several Remarkable Visions» (Édimbourg, 1840, pp. 24-31). L’ordre dans lequel il présente ses thèmes en dix-neuf paragraphes (dont beaucoup commencent par «nous croyons que…») est presque identique à celui des treize points de la lettre à Wentworth. Les explications d’Orson Pratt contiennent des références bibliques et son témoignage personnel de la véracité et des origines divines de ces enseignements.
Orson Hyde publia en allemand une histoire de l’Église qui comprenait un chapitre de seize articles (réellement des essais) sur des sujets tels que la Divinité, l’utilisation des Écritures, la foi, le repentir, le baptême, la confirmation, la Sainte-Cène, la confession des péchés et la discipline dans l’Église, les enfants, les révélations, la prêtrise laïque, le baptême pour les morts, la prière, les fêtes, le lavement des pieds et les bénédictions patriarcales (Ein Ruf aus der Wüste, Francfort, 1842).
Même après que la lettre à Wentworth eut été publiée en mars 1842, beaucoup d’autres listes de croyances des saints continuèrent à paraître pour la génération suivante. En avril 1849, James H. Flanigan inclut une liste de quatorze déclarations dans une brochure éditée en Angleterre, et cette liste fut citée et parfois modifiée dans diverses publications tout au long du XIXe siècle. Par exemple, elle est citée dans le livre populaire de Charles MacKay The Mormons; or the Latter-day Saints (Londres, 1851, pp. 46-47). Cette liste suit la lettre à Wentworth presque mot à mot, ajoutant des points tels que «la Cène du Seigneur» à l’article 4, ajoutant «la sagesse, la charité, [et] l’amour fraternel» parmi les dons de l’Esprit dans le septième article et insérant un quatorzième article concernant la résurrection littérale du corps. D’autres listes (habituellement composées par des missionnaires) furent publiées tout au long de cette période dans diverses régions du monde.
La canonisation, en 1880, de la lettre à Wentworth en tant qu’élément de la Perle de Grand Prix en refléta et en assura la priorité incontestée. Et quand la Première Présidence demanda, en 1891, à James E. Talmage de rédiger un ouvrage sur la théologie qui servirait de manuel dans les écoles de l’Église, c’est de ces articles de foi qu’il se servit pour le schéma de son volume. Publié en 1899 et toujours en usage aujourd’hui, le livre Les Articles de foi, de Talmage, détaille considérablement les thèmes de la liste de Joseph Smith pour Wentworth. En vingt-quatre chapitres, Talmage donne un commentaire en profondeur et les références scripturaires concernant chacun des concepts mentionnés dans les treize articles, plus des sections sur la dernière Cène et sur la résurrection du Seigneur (comme dans la liste de Flanigan) et finalement une section sur la religion pratique (la bienveillance, la dîme et les offrandes, la consécration, l’ordre social dans l’Église, le mariage éternel, la sainteté du corps et la sanctification du jour du sabbat).
Dès les années 1850, les missionnaires mormons imprimaient des affiches qui contenaient les articles de foi. Avec le temps, ces affiches missionnaires furent réduites au format de poche et sont toujours utilisées par les missionnaires dans le monde entier. Dans les classes de la Primaire de l’Église, les enfants apprennent par cœur les articles de foi en vue de leur sortie de la Primaire à l’âge de douze ans et les adultes ont aussi été encouragés à les apprendre et à les utiliser pour l’étude personnelle et dans l’œuvre missionnaire.
Bien que n’étant pas un credo officiel, les articles de foi sont une synthèse merveilleuse (moins de 400 mots) des croyances de base de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. De nombreuses variantes ont été publiées depuis le temps de Joseph Smith, mais le noyau de croyances énoncées dans ces articles vient des toutes premières années du Rétablissement, un fait qui témoigne à la fois de sa cohérence interne et de sa constance.

Bibliographie
Lyon, T. Edgar. "Origin and Purpose of the Articles of Faith." Instructor 87, août-octobre 1952, pp. 230-231, 264-265, 275, 298-299, 319.
McConkie, Bruce R. A New Witness for the Articles of Faith. Salt Lake City, 1985.
Sondrup, Steven P. "On Confessing Faith: Thoughts on the Language of the Articles of Faith". Dans Literature of Belief, dir. de publ. N. Lambert, pp. 197-215. Provo, Utah, 1981.
Talmage, James E. AF. Salt Lake City, 1899.
Welch, John W. "[Joseph Smith and Paul] Co-Authors of the Articles of Faith?" Instructor 114, nov. 1969, pp. 422-426.
Whittaker, David J. "The ‘Articles of Faith' in Early Mormon Literature and Thought". Dans New Views of Mormon History, A Collection of Essays in Honor of Leonard J. Arrington, dir. de publ. D. Bitton et M. Beecher, pp. 63-92. Salt Lake City, 1987.
DAVID J. WHITTAKER

Autel
Auteur : PORTER, BRUCE H.

Un point focal du culte religieux tout au long des siècles, et dans la plupart des cultures, a été l’autel, une construction naturelle ou faite par l’homme utilisée pour la prière, le sacrifice et des buts de ce genre. Le sacrifice sur l’autel était un rite de base. La pratique caractéristique en matière de culte du temps de l’Ancien Testament était sacrificatoire de nature, et par conséquent l’autel est devenu l’un des objets rituels les plus importants décrits dans ce livre d’Écriture.
Une signification sacrée et symbolique est attribuée à l’autel. Les stipulations de la «loi de l’autel» (Ex. 20:24-26) suggèrent que sa construction est associée à la création du monde et aux alliances de Dieu avec l’humanité. Quand les eaux de la création se sont retirées, la terre sèche est apparue et on l’appelle le monticule primordial (première colline). Ici, selon la légende, les dieux se sont tenus afin de terminer la création. À cause de la présence divine, cet endroit est devenu un sol sacré ou saint, un point de contact entre ce monde et le monde céleste. L’autel a été construit pour que le peuple puisse s’y mettre à genoux pour communiquer et faire des alliances avec son Dieu. L’autel dans Ézéchiel 43:15 est appelé «la montagne de Dieu» (terme hébreu hahar’el) et devient l’incarnation symbolique de la Création, du monticule primordial et de la présence de Dieu.
C’est devant un autel qu’Adam a appris la signification du sacrifice (Moïse 5:5-8). Après le Déluge, le patriarche Noé a immédiatement construit un autel et a offert ses sacrifices au Très-Haut. Quand il a reçu la promesse et l’alliance d’un héritage pour sa postérité, Abraham a marqué cet événement sacré par la construction d’un autel (Ge. 12:6-7). C’est sur le mont Morija que le jeune Isaac a été lié sur la table ou autel du sacrifice en vue de l’offrande suprême et de la démonstration d’obéissance de son père (Ge. 22:9-14). La tradition veut que l’endroit de cet autel consacré soit devenu le site du temple de Jérusalem.
Le complexe du temple de Jérusalem avait quatre autels. Par ordre croissant de supériorité sacrale, c’étaient les suivants : D’abord, l’autel du sacrifice, souvent appelé autel des holocaustes ou table du Seigneur (Mal. 1:7, 12 ; 1 Co. 10:21), était placé en dehors du temple lui-même dans la cour d’Israël et était plus public que les autres. Des sacrifices pour les péchés d’Israël y étaient offerts, annonçant l’accomplissement par le sacrifice de Jésus-Christ (Hé. 9:25-26 ; Al. 34:9-10, 14-16). En second lieu, l’autel des encens se trouvait dans «le saint» devant le voile à l’intérieur du temple proprement dit. Jean décrit la fumée de cet autel comme étant «les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône» (Ap. 8:3-4). Troisièmement, dans la même enceinte du temple se trouvait l’autel des pains de proposition, sur lequel on mettait douze pains, de l’encens et une offrande de boisson. Et quatrièmement, l’arche de l’alliance se trouvait dans le saint des saints, la chambre la plus intérieure et la plus sacrée du temple. L’arche était pour Israël le trône ou propitiatoire et symbolisait la présence du Seigneur. C’était ici que le grand prêtre, une fois par an le jour des expiations (Hé. 9:7 ; Lé. 16:1-17), faisait des alliances avec le Seigneur pour tout Israël, comme s’il représentait tout le monde à l’autel.
Dans les temples des saints, des autels d’une sorte différente jouent un rôle majeur. Les saints s’y agenouillent pour se livrer à des cérémonies dans lesquelles se contractent des alliances. Ils font ces alliances, comme cela se faisait anciennement, dans la présence symbolique de Dieu à l’autel (Ps. 43:4 ; cf. Ps. 118:27). Ainsi, en se mettant à genoux à un autel dans un temple, un homme et une femme font des alliances avec Dieu dans une cérémonie de mariage qui va être en vigueur dans la condition mortelle et dans le monde éternel. C’est là que, si des parents n’étaient pas mariés précédemment dans un temple, eux et leurs enfants peuvent être scellés ensemble pour le temps et l’éternité par le pouvoir et l’autorité de la prêtrise. De même, ces ordonnances peuvent être accomplies par des représentants à un autel dans le temple au nom de personnes identifiées dans des documents généalogiques comme étant décédées sans ces bénédictions.
Les gens d’autrefois allaient à l’autel pour communiquer et communier avec Dieu ; de même les membres de l’Église, dans le temple, font un cercle de prière autour de l’autel. Unis de cœur et d’esprit, les saints demandent à Dieu ses bénédictions sur l’humanité, son Église et ceux qui ont des besoins spéciaux.
Dans une réunion de Sainte-Cène plus publique, l’autel du sacrifice est symbolisé par la «table de Sainte-Cène». Sur cette table se trouvent les emblèmes du sacrifice de Jésus-Christ, le pain et l’eau représentant respectivement le corps et le sang du Sauveur (Luc 22:19-20). Chaque semaine on peut participer à la Sainte-Cène et renouveler ses alliances.
Aujourd’hui les membres de l’Église font des alliances sacrées avec Dieu et consacrent leur vie et tout ce qu’ils ont eu en bénédiction en «allant au Christ» et déposent symboliquement tout sur l’autel comme sacrifice. Pour eux un autel sacré est un symbole réel de la présence de Dieu devant lequel ils se mettent à genoux «le cœur brisé et l’esprit contrit» (2 Né. 2:7 ; 3 Né. 11:20).

Bibliographie
Eliade, Mircea. Patterns in Comparative Religion. New York, 1974.
Talmage, James E. The House of the Lord. Salt Lake City, 1971.
Packer, Boyd K. The Holy Temple. Salt Lake City, 1980.
BRUCE H. PORTER

Autorité
Auteur: CAMERON, KIM S.

La prétention de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours à être la seule église vraie et vivante sur la terre est basée sur la notion d’autorité. La croyance des saints a été bien énoncée par le président Joseph F. Smith: «Quant à la question de l’autorité, presque tout en dépend. Aucune ordonnance ne peut être accomplie de manière à être acceptée de Dieu sans l’autorité divine. Quelle que soit la ferveur avec laquelle les hommes croient ou prient, s’ils ne sont pas dotés de l’autorité divine, ils ne peuvent qu’agir en leur propre nom, pas légalement ni de manière acceptable au nom de Jésus-Christ, au nom de qui tout doit se faire» (Smith, p. 102).
Étant donné que plusieurs définitions sont associées à l’autorité dans les Écritures, ce point de doctrine a souvent été mal compris:
1. L’autorité désigne le pouvoir officiel lié au poste, à la fonction ou à la désignation légale comme dans l’exemple de l’autorité donnée à Joseph en Égypte par le Pharaon (Ge. 41:40-41), par l’homme qui donne à ses serviteurs autorité sur sa maison pendant son absence (Mc. 13:34) et par les officiers de l’Église désignés pour détenir l’autorité sur les membres (Mt. 8:9; D&A 107:8). L’autorité dans ces cas présume un commandement en vertu du poste conféré.
2. L’autorité est force, pouvoir ou maîtrise de ressources. Un exemple en est le pouvoir sur Juda installé par les Philistins (Jg. 15) et par la domination de la Judée par Rome du temps du Christ (Mt. 27:2). Dans ce sens, l’autorité désigne la supériorité ou la suprématie par rapport aux autres découlant d’acquisitions, de possessions ou de la force.
3. L’autorité est affaire de compétence, comme dans le cas d’un expert dans un domaine. Les exemples sont l’autorité attribuée à Jésus, douze ans, suite à ses enseignements dans le temple (Lu. 2:42, 46-47) et l’autorité liée à la prédication de prophètes tels que Néphi 1, Léhi, Abinadi et les fils de Mosiah 2 (Mos. 13:6; Al. 17:3; Hél. 5:18).
4. L’autorité est un mandat divin ou appel de Dieu. Par exemple, Jésus a donné à ses apôtres l’autorité spécifique de prêcher et d’administrer son Évangile (Mt. 10:1; Jn. 15:16; 3 Né. 12:1), et certaines personnes ont reçu le pouvoir de baptiser et d’accomplir des miracles par cette autorité (Ac. 5:12-16; 8:5-17; Al. 5:3; Mos. 18:13, 18; Mro. 2:1-3). Transmise par Jésus-Christ, cette autorité signifiait que les ordonnances accomplies sur terre seraient honorées au ciel et, réciproquement, que délier (dissoudre une ordonnance) sur terre signifierait délier dans le ciel (Mt. 16:19). Le nom donné à ce genre d’autorité dans les Écritures est la prêtrise (Hé. 7:11-12, 14, 24; 1 Pi. 2:5, 9; D&A 84:107).
Ces sens ont souvent été confondus comme le montre la question posée par les scribes à Jésus concernant la base de sa propre autorité: «Par quelle autorité fais-tu ces choses ?» (Mt. 21:23-27). Ton autorité est-elle politique (définition 1) ou un pouvoir d’en haut (définition 4) ? ont-ils demandé.
De même que l’autorité du Christ était basée sur le pouvoir d’en haut, de même l’Église appuie sa prétention à être la seule Église vraie et vivante sur la possession de l’autorité divine d’agir pour Dieu. Cette autorité différencie l’Église de toutes les autres. Les autres systèmes et organisations peuvent posséder d’autres types d’autorité, mais l’autorité divine liée à l’Église du Christ, la prêtrise, réside seulement dans celle-ci.
Une explication des caractéristiques de l’autorité divine permet d’éclaircir les prétentions de l’Église. D’abord, «Nul ne s’attribue cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron» (Hé. 5:4). L’autorité divine ne s’obtient pas par l’étude, un diplôme décerné par une école ou le simple désir (Ac. 19:13-16). On doit l’obtenir de la manière désignée par Dieu, comme ce fut le cas d’Aaron (Ex. 28:41).
En second lieu, on obtient l’autorité d’agir au nom de Dieu par l’imposition des mains par quelqu’un qui détient déjà cette autorité ou prêtrise (1 Ti. 4:14; 2 Ti. 1:6; Mro. 2:1-3; De. 34:9). Simon, par exemple, désirait acheter l’autorité des apôtres, comme il avait pu le faire avec d’autres types d’autorité. Pierre le condamna pour avoir désiré obtenir le «don de Dieu» à prix d’argent (Ac. 8:14-20), et l’achat de l’autorité porte son nom, c’est la simonie.
Troisièmement, les ordonnances accomplies dans l’Église ne font spirituellement force de loi que quand elles le sont en vertu de cette autorité divinement conférée et reçue de la manière appropriée (Mos. 23:17; D&A 20:73; 132:13; 2 S. 6:6-7). Par exemple, Paul a rebaptisé des Éphésiens qui avaient été précédemment baptisés par une personne non autorisée (Ac. 19:1-6). Le roi Limhi et beaucoup de ses disciples ont été convertis au Christ et étaient désireux d’être baptisés, mais ils ont attendu pour recevoir cette ordonnance parce que celui qui avait l’autorité ne se sentait pas digne (Mos. 21:33-35).
Un quatrième fait concernant l’autorité divine est qu’elle a disparu de la terre peu après la résurrection et l’ascension du Christ au ciel (voir Apostasie), de sorte qu’un rétablissement de l’autorité divine était nécessaire (2 Th. 2:1-4; 1 Ti. 4:1-3; 2 Ti. 3:1-7). En 1829, des messagers célestes, précédemment dotés d’autorité divine par le Christ lui-même, conférèrent l’autorité à Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans le cadre du rétablissement de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (voir Prêtrise d’Aaron: Rétablissement; Prêtrise de Melchisédek: Rétablissement de la Prêtrise de Melchisédek). Les membres de l’Église ordonnés à cette autorité notent maintenant leur «ligne d’autorité personnelle». Ce document indique le cheminement des ordinations reliant leur autorité dans la prêtrise à Jésus-Christ lui-même.
Cinquièmement, l’autorité de présider n’est efficace pour une personne que quand elle est accompagnée du consentement commun des membres de l’Église que cette personne présidera (D&A 20:65; 26:2; 42:11).
Les abus d’autorité et l’autoritarisme sont inhérents à tout système organisé, et ces abus sont particulièrement associés à une autorité basée uniquement sur les postes, la force ou la connaissance. Les personnes de l’extérieur perçoivent parfois des organisations telles que l’Église comme autoritaires, principalement à cause de la confusion concernant le sens du mot autorité. Si l’autorité dans l’Église était basée sur la politique, des caractéristiques ou des compétences personnelles, l’accusation d’autoritarisme pourrait se justifier. Or, l’autorité divine (définition 4) est inséparablement liée aux principes de la justice et «lorsque nous entreprenons de couvrir nos péchés ou d'assouvir notre orgueil, notre vaine ambition, ou d'exercer, avec quelque degré d'injustice que ce soit, une emprise, une domination ou une contrainte sur l'âme des enfants des hommes, voici, les cieux se retirent; l'Esprit du Seigneur est attristé, et lorsqu'il est retiré, c'est la fin de la prêtrise ou de l'autorité de cet homme» (D&A 121:37).
Les membres de l’Église comprennent que l’exercice de l’autorité divine comporte la responsabilité de faire du bien au peuple et de vaquer à son bien-être. L’utilisation convenable de cette autorité est contraire à l’autoritarisme et aux abus d’autorité, de sorte que les connotations négatives parfois associées à l’autorité ne sont généralement pas présentes dans l’Église.

Bibliographie
Ehat, Andrew F., et Lyndon W. Cook, dir. de publ. The Words of Joseph Smith. Provo, Utah, 1980.
Richards, LeGrand. Une œuvre merveilleuse et un prodige. Salt Lake City, 1968.
Smith, Joseph F. Gospel Doctrine. Salt Lake City, 1977.
Talmage, James E. AF. Salt Lake City, 1977.
KIM S. CAMERON

Baptême
Auteur: HAWKINS, CARL S.

Le quatrième article de foi de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours déclare que «le baptême par immersion pour la rémission des péchés» est l’un des «premiers principes et ordonnances de l’Évangile». Les saints des derniers jours croient, comme beaucoup de chrétiens, que le baptême est une ordonnance initiatrice essentielle pour toutes les personnes qui deviennent membres de l’Église, car elle les admet dans l’Église du Christ sur terre (Jn. 3:3-5; D&A 20:37, 68-74). C’est une étape primaire dans le processus, qui comprend la foi, le repentir, le baptême de feu et du Saint-Esprit et la persévérance jusqu’à la fin, étape par laquelle les membres peuvent recevoir la rémission de leurs péchés et accéder au royaume céleste et à la vie éternelle (par exemple, Mc. 16:15-16; 2 Né. 31:13-21; D&A 22:1-4;84:64, 74; MD, pp. 69-72).
Les baptêmes modernes sont accomplis pour les convertis qui ont été dûment instruits et ont au moins huit ans (l’âge de responsabilité). Le baptême doit être fait par quelqu’un qui a l’autorité appropriée dans la prêtrise. Celui qui baptise lève la main droite, récite la prière de baptême prescrite et immerge complètement le candidat (3 Né. 11:23-26; D&A 20:71-74; 68:27). Le baptême symbolise l’alliance par laquelle les gens promettent d’entrer dans la bergerie de Dieu, de prendre sur eux le nom du Christ, d’être témoins de Dieu, de garder ses commandements et de porter les fardeaux les uns des autres, se montrant décidés à le servir jusqu’à la fin et de se préparer à recevoir l’esprit du Christ pour la rémission des péchés. Le Seigneur, c’est sa contrepartie de l’alliance, doit déverser son Esprit sur eux, les racheter de leurs péchés, les faire participer à la première résurrection et leur donner la vie éternelle (Mos. 18:7-10; D&A 20:37).
Le symbolisme riche de l’ordonnance invite des candidats et des observateurs à réfléchir à ses significations. L’ensevelissement dans l’eau et la sortie de l’eau symbolisent la foi du candidat en la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus-Christ aussi bien qu’en la résurrection future de tous les hommes. Il représente également la nouvelle naissance du candidat à une vie en Christ, étant né de Dieu, donc né de nouveau d’eau et de l’Esprit (Ro. 6:3-6; Mos. 18:13-14; Moï. 6:59-60; D&A 128:12-13).
Les Écritures modernes disent que l’histoire de cette ordonnance antidate le ministère de Jean-Baptiste. En commençant par Adam (Moï. 6:64-66), le baptême par immersion dans l’eau a été introduit comme pratique officielle et a été observé dans toutes les dispensations suivantes de l’Évangile quand l’autorité de la prêtrise était sur la terre (D&A 20:25-27; 84:27-28). Comme variantes de tels précédents, les saints des derniers jours retrouvent des initiations par le baptême dans beaucoup de religions préchrétiennes (voir Meslin, 1987). Comme le rapporte le Livre de Mormon, Léhi et Néphi 1 ont eu la vision du baptême de Jésus-Christ et ont enseigné à leur peuple à suivre son exemple de justice (1 Né. 10:7-10; 11:27; 2 Né. 31:4-9). De plus, avant le temps de Jésus-Christ, Alma 1 introduisait les convertis dans l’Église de Dieu par le baptême comme signe de leur alliance (Mos. 18:8-17; Al. 4:4-5).
Selon le récit de son apparition aux Néphites, Jésus a enseigné la nécessité de la foi, du repentir, du baptême et du don du Saint-Esprit, et il a donné autorité à douze disciples de baptiser (3 Né. 11:18-41; 19:11-13; 26:17-21). Le Livre de Mormon donne les instructions utiles pour le baptême et les paroles de la prière de baptême (3 Né. 11:23-28; Mro. 6:1-4; cf. D&A 20:73).
En plus des informations du Livre de Mormon, les saints des derniers jours suivent les enseignements de Nouveau Testament sur le baptême. Jésus a enseigné que le baptême est nécessaire au salut. Il a dit à Nicodème : «Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu» (Jean 3:1-5). Il exigeait le baptême de la part de ceux qui professaient devenir ses disciples (Jn. 4:1-2). La mission finale qu’il a donnée à ses apôtres était qu’ils devaient aller à toutes les nations, enseignant et baptisant (Mt. 28:19), et il a déclaré: «Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné» (Mc. 16:16). Paul, après sa vision miraculeuse sur le chemin de Damas, s’entendit enseigner l’Évangile par Ananias, qui lui dit: «Lève-toi, sois baptisé, et lavé de tes péchés» (Ac. 22:16). À la multitude pénitente le jour de la Pentecôte, Pierre a proclamé: «Repentez–vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus–Christ, pour le pardon de vos péchés» (Ac. 2:38).
Les saints des derniers jours n’acceptent pas les pratiques et les enseignements relatifs au baptême qui sont apparus chez certains groupes chrétiens au cours des siècles qui ont suivi la mort des apôtres, notamment le baptême des petits enfants, le baptême par d’autres moyens que l’immersion et l’idée que le baptême n’est pas nécessaire au salut. Le prophète néphite Mormon a dénoncé la pratique du baptême des petits enfants, qui s’était apparemment introduite parmi son peuple, et a déclaré que quiconque pensait que les petits enfants avaient besoin du baptême niait la miséricorde du Christ, ignorant la valeur de son expiation et le pouvoir de sa rédemption (Mro. 8:4-20).
Jean-Baptiste a rendu l’autorité de baptiser à Joseph Smith et à Oliver Cowdery le 15 mai 1829 (JS–H 1:68-72). Dès le début de l’Église rétablie, des missionnaires ont été envoyés pour «annoncer le repentir, la foi au Sauveur et la rémission des péchés par le baptême» (D&A 19:31; 55:2; 84:27, 74). «Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, et celui qui ne croira pas et ne sera pas baptisé sera damné» (D&A 112:29). C’est l’enseignement central de l’Évangile de Jésus-Christ (3 Né. 11:31-40).
En conséquence, les personnes qui entrent dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours à l’âge de huit ans ou plus doivent de soumettre au baptême, même si elles ont été précédemment baptisées dans d’autres églises (D&A 22). De même, les excommuniés passent de nouveau par le baptême une fois qu’ils se sont qualifiés pour la réadmission dans l’Église.
La forme de l’ordonnance est prescrite dans la révélation moderne, qui dit de manière explicite que le baptême doit être accompli par une personne qui a l’autorité de la prêtrise et qu’il faut pour cela immerger complètement le candidat pénitent et le sortir ensuite de l’eau (3 Né. 11:25-26; D&A 20:72-74). Le baptême est suivi de l’imposition des mains pour le don du Saint-Esprit.
La pratique courante dans l’Église veut que le candidat soit interrogé et approuvé par un officier autorisé de la prêtrise (habituellement l’évêque ou un autre dirigeant présidant l’assemblée ou un dirigeant de mission), qui détermine si le candidat remplit les conditions d’un repentir véritable, de la foi au Seigneur Jésus-Christ, d’une compréhension des lois et des ordonnances de l’Évangile et de la volonté d’y obéir. Il est également nécessaire qu’un document officiel de chaque baptême soit tenu par l’Église.
Le baptême peut se faire dans les fonts baptismaux existant dans beaucoup d’églises ou dans tout plan d’eau convenant à cette occasion sacrée et suffisamment profond pour permettre l’immersion complète. Le candidat et la personne accomplissant l’ordonnance doivent être vêtus de vêtements blancs simples et pudiques. La cérémonie est sans prétention et a habituellement lieu en la présence de la famille du candidat, les amis intimes et les membres de l’assemblée que cela intéresse. Un orateur ou deux peuvent donner quelques enseignements et souhaiter une joyeuse bienvenue au candidat.
La pratique antérieure du rebaptême pour manifester le repentir et le renouvellement de l’engagement ou pour le retour à la santé en temps de maladie n’a plus cours dans l’Église.
La croyance que le baptême est nécessaire au salut de toutes les personnes qui atteignent l’âge de responsabilité (D&A 84:64, 74) ne condamne pas les personnes qui sont mortes sans avoir eu l’occasion d’entendre le véritable Évangile de Jésus-Christ ou de recevoir le baptême par l’autorité appropriée de la prêtrise. Les saints des derniers jours croient qu’un baptême doit être accompli par procuration pour les morts (1 Co. 15:29; D&A 124:28-35, 127-128) et qu’il devient effectif si le bénéficiaire décédé accepte l’Évangile tandis qu’il est dans le monde d’esprit à attendre la résurrection (voir 1 Pi. 3:18-20; 4:6; cf. D&A 45:54). Cette œuvre par procuration au profit des générations précédentes, liant le cœur des enfants à leurs pères (Mal. 4:5-6), est une des ordonnances sacrées accomplies dans les temples modernes (D&A 128:12-13).

Bibliographie
Meslin, Michel. « Baptism. » Dans Encyclopedia of Religion, Mircea Eliade, dir. de publ. vol. 2, pp. 59-63. New York, 1987.
Smith, Joseph Fielding, Doctrines du Salut, vol. 2, pp. 323-337. Salt Lake City, 1955.
Talmage, James E. AF pp. 109-142. Salt Lake City, 1984.
CARL S. HAWKINS

Baptême - Prière

Auteur : WILSON, JERRY A.
Les paroles de la prière du baptême utilisées dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours sont prescrites dans la compilation la plus ancienne d’instructions pour le fonctionnement de l'Église (D&A 20). Quand quelqu’un est baptisé, la personne qui a l'autorité appropriée dans la prêtrise descend dans l'eau avec le candidat, lève le bras droit à angle droit, appelle l'intéressé par son nom légal complet et dit: «Ayant reçu l’autorité de Jésus-Christ, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen» et immerge ensuite le candidat (D&A 20:73). La même version de la prière est donnée par Jésus-Christ aux Néphites et se trouve dans le Livre de Mormon (3 Né. 11:25).
Plus tôt dans le Livre de Mormon il y a une mention quelque peu différente de la prière de baptême. Quand Alma l’Ancien, au deuxième siècle av. J.-C., fonde l'Église parmi les Néphites, il prie: «Ô Seigneur, déverse ton Esprit sur ton serviteur, afin qu'il fasse cette œuvre avec sainteté de cœur» (Mosiah 18:12). La prière de baptême qui suit souligne l'alliance représentée par le baptême et la nécessité de procéder ensuite à un baptême de l'Esprit : «Je te baptise, ayant autorité du Dieu Tout-Puissant, en témoignage que tu as conclu l'alliance de le servir jusqu'à ce que tu sois mort quant au corps mortel; et que l'Esprit du Seigneur soit déversé sur toi; et qu'il t'accorde la vie éternelle, par l'intermédiaire de la rédemption du Christ, qu'il a préparé dès la fondation du monde» (Mosiah 18:13; voir Baptême de feu et du Saint-Esprit).

Bibliographie
Il est instructif de comparer la pratique et les récits scripturaires des saints des derniers jours à la tradition chrétienne rapportée dans E. C. Whitaker, Documents of the Baptismal Liturgy, Londres, 1970.
JERRY A. WILSON

Baptême de feu et du Saint-Esprit
Auteur: BRADSHAW, WILLIAM S.

Le baptême de feu et du Saint-Esprit désigne l'expérience de la personne qui reçoit l'ordonnance de l'imposition des mains pour le don du Saint-Esprit. C'est la seconde partie d’une séquence et il suit le baptême par immersion dans l'eau par lequel la personne repentante qui s'est engagée vis-à-vis du Christ et de son Évangile est née de Dieu ou née de nouveau. Comme Jésus l’a expliqué à Nicodème, «si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu» (Jn. 3:5). En commentant ce passage, Joseph Smith a dit: «Le baptême d'eau n’est qu’un demi-baptême et n’est bon à rien sans… le baptême du Saint-Esprit» (EPJS, p. 254). Le baptême de feu, assuré par le Saint-Esprit, se manifeste à travers un ensemble de sensations, d'impressions et de découvertes personnelles qui constituent le témoignage spirituel de la Divinité que l'on a reçu la rémission de ses péchés (2 Né. 31:17). Le baptême de feu inaugure la transmission de dons spirituels aux fidèles pour les aider durant toute leur vie à rester fidèles à leur alliance du baptême (1 Co. 12; Mro. 10:8-23; D&A 46:10-33).
La doctrine des deux baptêmes a été enseignée par Jean-Baptiste: « Moi, je vous baptise d'eau… mais celui qui vient après moi… vous baptisera du Saint–Esprit et de feu» (Mt. 3:11). Au baptême du Christ, le Saint-Esprit s’est manifesté par le signe d'une colombe (Lu. 3:22) et il est apparu aux disciples le jour de la Pentecôte sous forme de langues de feu (Ac. 2:3; voir Jéhovah, Jésus-Christ). L'ordonnance du don du Saint-Esprit a commencé avec les premiers convertis chrétiens (Ac. 8:12-17; 3 Né. 18; Mro. 2-3; 6) et est une pratique (souvent désignée sous le nom de confirmation) rendue à l'Église d’aujourd’hui et administrée par la Prêtrise de Melchisédek (D&A 20:38-41).
Symboles du baptême, l'eau (utilisée pour laver) et le feu (utilisé pour la fonte des métaux) représentent les agents qui nettoient et purifient, la première extérieurement, l’autre intérieurement, menant à la sanctification (Al. 13:12; Mro. 6:4). En outre, le feu suggère la chaleur et la lumière, réalisées sous forme de sensations tangibles telles qu'une brûlure dans la poitrine et le sentiment d’illumination accompagnant la réception de l'esprit divin (D&A 9:8; 88:49).
Pour les saints des derniers jours, le baptême par le feu et le Saint-Esprit est un phénomène réel en accomplissement littéral de l'alliance de Dieu avec ceux qui se repentent et sont baptisés (2 Né. 31:10-21). Par cette expérience, la personne peut réaliser les promesses faites par Jésus en ce qui concerne le rôle de Consolateur joué par le Saint-Esprit, témoin de l'Expiation, instructeur et guide vers la vérité (Jn. 14:16, 26; 15:26).

Bibliographie
Cannon, Elaine, et Ed J. Pinegar. The Mighty Change. Salt Lake City, 1978.
WILLIAM S. BRADSHAW

Baptême Alliance du
Auteur: WILSON, JERRY A.

Quand une personne contracte le baptême chez les saints des derniers jours, elle fait une alliance avec Dieu. Le baptême est un «signe… que nous faisons la volonté de Dieu, et il n’y a sous le ciel aucun autre moyen ordonné par Dieu pour permettre à l’homme de venir à lui» (EPJS, p. 160).
Les candidats promettent d’ «entrer dans la bergerie de Dieu et être appelés son peuple… [de] porter les fardeaux les uns des autres… [de] pleurer avec ceux qui pleurent… [et d’] être les témoins de Dieu… jusqu’à la mort» (Mos. 18:8-9). La personne qui contracte cette alliance doit le faire avec l’attitude appropriée d’humilité, de repentir et de détermination de garder les commandements du Seigneur et de servir Dieu jusqu’à la fin (2 Né. 31:6-17; Mro. 6:2-4; D&A 20:37). De son côté, Dieu promet la rémission des péchés, la rédemption et la purification par le Saint-Esprit (Ac. 22:16; 3 Né. 30:2). Cette alliance se fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Le baptisé peut renouveler cette alliance à chaque réunion de Sainte-Cène en prenant la Sainte-Cène. Cette volonté permanente de se rappeler le Christ et de garder ses commandements apporte la réalisation de la promesse du Seigneur qu’il donnera son Esprit et produit les «fruits» (Ga. 5:22) et les «dons» (D&A 46) qui mènent à la vie éternelle.

Bibliographie
Tripp, Robert M. Oaths, Covenants and Promises, pp. 11-19. Salt Lake City, 1973.
JERRY A. WILSON

Baptême pour les morts

Cette rubrique se compose de deux articles:
Baptême pour les morts: Pratique chez les saints des derniers jours
Baptême pour les morts: Sources antiques
Le premier article suit le développement de la doctrine mormone du baptême pour les morts. Dans le deuxième article, le doyen de la faculté de théologie de Harvard traite de la pratique dans les temps anciens.

Baptême pour les morts: Pratique chez les saints des derniers jours
Auteur: BURTON, H. DAVID

Le baptême pour les morts est l’accomplissement par procuration de l’ordonnance du baptême pour un défunt. Joseph Smith a enseigné: «Si nous pouvons baptiser un homme au nom du Père [et] du Fils et du Saint-Esprit pour la rémission des péchés, c’est tout autant notre devoir d’agir comme agents et d’être baptisés pour la rémission des péchés pour et en faveur de nos aïeux décédés qui n’ont pas entendu l’Évangile ou sa plénitude» (Kenney, p. 165).
La première déclaration publique concernant l’ordonnance du baptême pour les morts dans l’Église a été le sermon funèbre prononcé en août 1840 à Nauvoo par Joseph Smith à l’occasion du décès de Seymour Brunson. S’adressant à une veuve qui avait perdu un fils qui n’avait pas été baptisé, il a appelé le principe «de bonnes nouvelles d’une grande joie» contrairement à la tradition du temps qui voulait que toute personne non baptisée soit damnée. Les premiers baptêmes pour les morts des temps modernes ont eu lieu dans le Mississippi, près de Nauvoo.
Des révélations éclaircissant la doctrine et la pratique ont été données de temps en temps:
1. C’était une pratique du Nouveau Testament (1 Co. 15:29; cf. D&A 128; voir Baptême pour les morts: Sources antiques).
2. Le ministère du Christ dans le monde d’esprit était au profit de ceux qui étaient morts sans entendre l’Évangile ou sa plénitude (1 Pi. 4:6; voir Salut des morts).
3. De tels baptêmes doivent avoir lieu dans un temple, dans des fonts baptismaux consacrés à cette fin (EPJS, p. 248; cf. D&A 124:29-35). En novembre 1841, les fonts baptismaux du temple inachevé de Nauvoo étaient consacrés.
4. Le langage de la prière de baptême est le même que pour les vivants, avec l’ajout de «en lieu et faveur de» [les défunts].
5. Des témoins doivent être présents aux baptêmes par procuration et ceux-ci doivent être enregistrés dans les archives de l’Église (D&A 128:3, 8).
6. Des femmes doivent être baptisées pour les femmes et des hommes pour les hommes.
7. Ce n’est pas seulement le baptême, mais aussi la confirmation et les ordonnances supérieures du temple qui peuvent être accomplis par procuration (EPJS, pp. 294).
8. La loi du libre arbitre est inviolée dans ce monde et dans le monde à venir. Ainsi, ceux qui sont servis par procuration ont le droit d’accepter ou rejeter les ordonnances.
Dans les premières années de l’Église, les baptêmes par procuration ne se faisaient que pour les ancêtres directs par le sang, en ne remontant habituellement pas plus de quatre générations. Aujourd’hui, les saints des derniers jours sont baptisés non seulement pour leurs propres ancêtres mais également pour d’autres personnes non apparentées, identifiées par le programme d’extraction des noms. Cette pratique est l’expression du désir des enfants de retrouver leurs parents et des parents de retrouver leurs enfants, ainsi que des sentiments charitables pour les autres, pour qu’ils reçoivent la plénitude des bénédictions de l’Évangile de Jésus-Christ. Dans la perspective mormone, quoi que l’on fasse d’autre pour faire son deuil, enterrer honorablement, chérir ou se souvenir des morts, cette ordonnance divinement autorisée du baptême est une démonstration d’amour et a des implications éternelles.

Baptême pour les morts: Sources antiques
Auteur: STENDAHL, KRISTER

Dans sa première épître aux Corinthiens Paul a écrit: «Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font–ils baptiser pour eux?» (Conzelmann, 1 Corinthiens 15:29).
Ce verset fait partie de l’argumentation de Paul contre ceux qui niaient une résurrection future (cf. 2 Ti. 2:18, Justin, Dial. 80). Il fait allusion à une pratique de baptême par procuration, une pratique pour laquelle nous n’avons aucune autre preuve dans les écrits de Paul ou les autres écrits du Nouveau Testament ou écrits du début du christianisme. Les interprètes ont été intrigués par le fait que Paul semble accepter cette pratique. Il n’estime en tous cas pas utile de la condamner comme hérétique, mais Paul fait clairement allusion à un groupe distinct dans l’Église, un groupe qu’il accuse de contradiction entre rituel et doctrine.
Les anciens commentateurs considéraient comme hérétique la pratique du baptême par procuration pour les morts (par exemple parmi les Marcionites, 150 apr. J.-C.). Ils interprétaient donc les paroles de Paul dans 1 Corinthiens 15:29 de manière à ce qu’elles ne puissent être invoquées à l’appui de telles pratiques ou de toute théologie qui y était implicite. Au fil des siècles, leurs interprétations ont persisté et se sont multipliées (B.M. Foschini rapporte et évalue quarante explications distinctes de ce verset). La plupart des pères grecs interprétaient «les morts» comme désignant le propre corps d’une personne; d’autres ont interprété le verset comme désignant les païens désirant le baptême «pour se joindre à» des parents chrétiens perdus. D’autres encore ont suggéré différentes structures de la phrase: «Autrement que réaliseront ceux que l’on baptise? Quelque chose simplement pour leur corps mort?»
Une fois que l’on se sent moins menacé par les pressions théologiques exercées par des développements postérieurs éventuels de la pratique et de la doctrine, le texte semble parler clairement d’une pratique de baptême par procuration pour les morts dans l’Église. C’est le point de vue de la plupart des exégètes critiques contemporains. Pareille pratique peut se comprendre par une analogie partielle avec l’allusion de Paul au fait que les conjoints païens et les enfants communs dans les mariages mixtes sont sanctifiés et purifiés par les partenaires chrétiens (1 Co. 7:14). On a souvent fait le rapport avec 2 Maccabées 12:39-46, où Judas Maccabée, «tenant compte de la résurrection», fait l’expiation pour ses camarades morts. (C’était le passage même que le Dr. Eck a utilisé en faveur du purgatoire dans son débat de 1519 à Leipzig avec Martin Luther. C’est ainsi devenu une partie de la raison pour laquelle les bibles protestantes ont exclu les Apocryphes ou les ont relégués dans une annexe.)
On pourrait ajouter à ceci que le lien suivant dans l’argumentation de Paul en faveur d’une future résurrection est sa propre exposition au martyre (1 Co. 15:30-32), un martyre que Paul pense certainement avoir un effet par procuration (Ph. 2:17, Ro. 15:16, cf. Col. 1:24).
Pareil lien peut être conscient ou inconscient. Dans l’un ou l’autre cas, cela rend tout à fait raisonnable l’idée que la remarque de Paul a trait à la pratique d’un baptême par procuration pour les morts.

Bibliographie
Conzelmann, H. 1 Corinthians. Hermeneia Series. Philadelphia, 1975.
Foschini, B. "Those Who Are Baptized for the Dead; 1 Cor. 15:29." Catholic Biblical Quarterly 12 (1950):260-276, 378-388; 13 (1951):46-78, 172-198, 276-285.
KRISTER STENDAHL

Bénédictions patriarcales
Auteur: MORTIMER, WILLIAM JAMES

La pratique pour un père de bénir ses fils et ses filles remonte aux temps les plus anciens. Adam, premier patriarche et père du genre humain, a béni son fils Seth, promettant «que sa postérité serait l’élue du Seigneur et qu’elle serait préservée jusqu’à la fin de la terre» (D&A 107:42). Abraham, Isaac, et Jacob ont béni leurs enfants, ouvrant une vision de leur héritage et de leur destinée (par exemple, Ge. 28:4; 49:3-27).
Chaque famille dans l’Église et la grande famille qu’est l’Église perpétuent cet héritage. Les membres ont le droit d’aller trouver le patriarche de pieu pour avoir une bénédiction de l’Église. Des patriarches de pieu sont ordonnés partout où l’Église est organisée afin que tous puissent avoir cette possibilité.
La bénédiction patriarcale est donnée par l’autorité de la Prêtrise de Melchisédek qui «est de détenir les clefs de toutes les bénédictions spirituelles de l’Église» (D&A 107:18). Quand il a fait alliance avec Abraham qu’à travers sa postérité toutes les familles de la terre seraient bénies, Dieu a promis les «bénédictions de l’Évangile, lesquelles sont les bénédictions du salut, de la vie éternelle» (Abr. 2:11). La portée de ces promesses, tant ici que dans l’au-delà, est décrite dans les Écritures modernes:

«Abraham reçut des promesses concernant sa postérité, le fruit de ses reins… promesses qui devaient continuer tant qu’elle était dans le monde; et en ce qui concerne Abraham et sa postérité, ils devaient continuer hors du monde… Cette promesse est également pour toi, parce que tu es d’Abraham, et que la promesse fut faite à Abraham» [D&A 132:30-31].
Une partie essentielle de la bénédiction patriarcale est la déclaration du lignage. Le patriarche demande l’inspiration pour indiquer le lignage dominant qui remonte à Abraham. La majorité des bénédictions modernes désignent Éphraïm ou Manassé comme chaînon principal, mais d’autres de toutes les tribus d’Israël ont également été mentionnés. Qu’il s’agisse d’une déclaration de descendance par le sang ou par adoption est sans importance (voir Abr. 2:10). C’est considéré comme le lignage et l’héritage par lesquels les bénédictions de la personne lui sont transmises. C’est ainsi que les bénédictions «d’Abraham, d’Isaac et de Jacob» sont conférées.
En outre, selon l’inspiration de l’Esprit, le patriarche peut être poussé à donner des exhortations, des promesses et des assurances. Il peut mentionner différents traits de personnalité et des points forts et des faiblesses. Dans le contexte des prophéties sur les événements mondiaux, il peut mentionner le rôle et l’appel de chacun. Il peut préciser les dons, les talents, les qualifications et le potentiel spirituel de la personne avec la gratitude et la consécration qui doivent les accompagner. Karl G. Maeser a décrit ces bénédictions comme étant des «paragraphes du livre de nos possibilités» (Alma P. Burton, Karl G. Maeser: Mormon Educator, p. 82 [Salt Lake City, 1953]).
On enseigne continuellement dans l’Église que l’accomplissement des bénédictions patriarcales, comme celui de toutes les promesses divines, est conditionné par la foi et les œuvres de la personne. Les bénédictions se terminent habituellement par une déclaration telle que: «Je prononce ces bénédictions sur votre tête selon votre foi et votre diligence à garder les commandements du Seigneur.»
La pratique de donner des bénédictions patriarcales est un rappel constant de l’honneur et de la gloire de la famille: que l’on n’est pas seul et que chaque personne se tient sur les épaules de ceux qui l’ont précédée. Elle incite ceux qui reçoivent les bénédictions à « porte[r] les regards sur Abraham, [leur] père» (2 Né. 8:2), à faire «les œuvres d’Abraham» (D&A 132:32; cf. Jn. 8:39), à être disposé à être «châti[é] et mis à l’épreuve comme Abraham» (D&A 101:4) et à reconnaître que la disposition d’Abraham à offrir son fils était «une similitude de Dieu et de son Fils unique» (Jcb. 4:5). En bref, le commandement d’honorer son père et sa mère ne finit pas à la mort, ni avec la croissance du genre humain.
Toutes les bénédictions patriarcales sont enregistrées et transcrites; les copies sont conservées dans les archives officielles de l’Église et par le bénéficiaire. Elles sont considérées comme sacrées par ceux qui les reçoivent.
Dans l’histoire d’Israël, comme des saints des derniers jours, l’effet moteur de ces bénédictions est incalculable. Elles ouvrent beaucoup de portes à la prise de conscience de soi. Elles ont inspiré des hommes et des femmes célèbres, aussi bien que ceux qui se trouvent dans les endroits les plus obscurs et les plus isolés, à se plonger dans l’accomplissement d’une mission, à œuvrer et à donner dans l’esprit de consécration. Elles ont été une force au milieu des épreuves et des tentations de la vie, un réconfort dans les ténèbres du deuil et une ancre dans les tourmentes, «une aide quotidienne dans toutes les affaires de la vie» (Widtsoe, p. 74).

Bibliographie
Widtsoe, John A. Evidences and Reconciliations. Salt Lake City, pp. 72-77.
WILLIAM JAMES MORTIMER

Benjamin
Auteur: RICKS, STEPHEN D.

Benjamin, fils de Mosiah 1, est un roi important dans l'histoire néphite († v. 121 av. J.-C.). Son règne se produit à un moment crucial de l'histoire des Néphites et est culturellement et politiquement important. Son père, Mosiah 1, «averti par le Seigneur» a emmené les Néphites hors du pays de Néphi au pays de Zarahemla (Om. 1:12, 19). Par la suite, pendant son règne, Benjamin a combattu, comme le faisaient habituellement les rois dans le monde antique (cf. Mos. 10:10), «avec la force de son bras» contre les envahisseurs lamanites (Pa. 1:13), empêchant son peuple «de tomber entre les mains de [ses] ennemis» (Mos. 2:31). Il réussit à consolider le règne néphite sur le pays de Zarahemla (Om. 1:19) et y règne «en justice» sur son peuple (Pa. 1:17).
Benjamin, décrit comme étant «un saint homme» (Pa. 1:17) et «un homme juste devant le Seigneur», dirige également son peuple en tant que prophète (Om. 1:25) et est, avec l'aide d'autres prophètes et de saints hommes, capable surmonter les querelles parmi son peuple et fait «encore une fois régner la paix dans le pays» (Pa. 1:18). En conséquence, Amaléki, qui n’a «pas de postérité», lui confie les annales des «petites plaques» (Om. 1:25). Vivement intéressé par la conservation des annales sacrées, Benjamin instruit ses fils «dans toute la langue de ses pères» et «concernant les annales qui étaient gravées sur les plaques d’airain» (Mos. 1:2-3).

Mosiah 2-6 rapporte le discours d'adieu de Benjamin visant principalement à provoquer un «changement de cœur» chez son peuple et à l’amener à Jésus-Christ. Il traite des obligations de l'homme vis-à-vis de ses semblables et vis-à-vis de Dieu, du châtiment en cas de rébellion contre Dieu, de la reconnaissance, de la foi et du service. Ce discours conserve aujourd’hui toute sa pertinence. En outre, rapportant les paroles qu’un ange lui a dites, Benjamin prophétise que «le Seigneur Omnipotent… descendra du ciel avec puissance parmi les enfants des hommes » en tant que Messie, «accomplissant de grands miracles» (Mosiah 3:5). De plus, Benjamin déclare que le Messie «sera appelé Jésus-Christ, le Fils de Dieu… et sa mère sera appelée Marie» (3:8). La toute première mention du nom de celle-ci dans le Livre de Mormon. En outre, Jésus «souffrira les tentations, et la souffrance du corps, la faim, la soif et la fatigue, plus encore que l'homme ne peut en souffrir» (3:7). Après avoir été crucifié, Jésus «se lèvera d'entre les morts; et voici, il se tient pour juger le monde» (3:10). Chose importante, Benjamin enseigne que le pouvoir de l'expiation de Jésus-Christ vaut pour lui et son peuple, «comme s'il était déjà venu» sur terre (3:13).

On peut mesurer l'impact du discours de Benjamin sur les générations néphites suivantes par le nombre de fois qu’on le mentionne plus loin dans le Livre de Mormon. Après la mort de Benjamin, son fils et successeur, Mosiah 2, envoie Ammon et quinze autres représentants de Zarahemla au pays de Néphi (Mos. 7:1-6) où ils trouvent le roi Limhi et son peuple néphite asservis aux Lamanites. Après que les représentants se sont identifiés, Limhi réunit son peuple au temple local où il s'adresse à lui. Ensuite, Ammon «leur répéta aussi les dernières paroles que le roi Benjamin leur avait enseignées, et les expliqua au peuple du roi Limhi, pour qu'il pût comprendre toutes les paroles qu'il disait» (Mos. 8:3). De même, Hélaman 2 (v. 30 av. J.-C.) avertit ses fils Léhi 4 et Néphi 2 en ces termes : «Souvenez-vous… des paroles que le roi Benjamin a dites à son peuple; oui, souvenez-vous qu'il n'y a aucune autre manière ni aucun autre moyen par lesquels l'homme puisse être sauvé, si ce n'est par le sang expiatoire de Jésus-Christ» (Hél. 5:9). Ces paroles rappellent l’un des thèmes centraux du discours de Benjamin: «Le salut a été, et est, et sera, dans et par le sang expiatoire du Christ» (Mos. 3:18-19; cf. Hél. 14:12).

Après un règne long et prospère, Benjamin décède vers 121 av. J.-C. Le plus grand de tous les hommages à sa grandeur, c’est son fils Mosiah 2 qui le lui rendra. Dans un discours prononcé à la fin de son propre règne, dans lequel il soupèse les avantages et les pièges de diverses formes de gouvernement, Mosiah dit : «S'il était possible que vous ayez pour rois des hommes justes, qui établiraient les lois de Dieu et jugeraient ce peuple selon ses commandements, oui, si vous pouviez avoir pour rois des hommes qui feraient ce que mon père Benjamin a fait pour ce peuple… alors il serait opportun que vous ayez toujours des rois pour vous gouverner» (Mos. 29:13).

Bibliographie
Nibley, Hugh W. An Approach to the Book of Mormon. Dans CWHN 4:295-310.

Bible
.
[La rubrique consacrée à la Bible donne une idée de l’estime que les saints ont pour ce recueil d’écrits et de l’usage considérable qu’ils en font. Les articles sont:
Bible
Croyance des saints en la Bible
La King James Version
Édition de la Bible créée par l’Église
Le premier article explique l’importance de la Bible au sein des ouvrages canoniques de l’Église. Le deuxième explore la profondeur de la croyance en la Bible. Le troisième examine l’utilisation de la King James Version de la Bible par l’Église. Le dernier donne des informations sur ce que contient la Bible éditée par l’Église en 1979 et des détails sur la publication. Les articles qui traitent de thèmes apparentés sont Ancien Testament et Nouveau Testament. On trouvera un traitement sur l’éventail des sujets liés aux conceptions qu’ont les saints des Écritures en général dans Ouvrages canoniques et en particulier l’ensemble des articles repris sous le titre général Écritures.]

Bible: Bible
Auteur: LUDLOW, VICTOR L.

La Bible est à la base de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, constitue l’un de ses ouvrages canoniques et est acceptée comme étant la parole de Dieu. C’est un passage du Nouveau Testament dans l’épître de Jacques qui incita, en 1820, le jeune Joseph Smith à interroger Dieu au sujet des religions de son temps, sur quoi il reçut sa Première Vision dans laquelle il vit Dieu le Père et Jésus-Christ (Ja. 1:5; JS–H 1:11-12, 17-18). Trois ans plus tard, ce furent des passages de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament qui furent la base scripturaire de la deuxième grande expérience spirituelle de Joseph quand l’ange Moroni lui apparut et l’instruisit en s’appuyant sur Malachie, Ésaïe, Joël, Daniel et d’autres Écritures (JS–H 1:36-41; JD 24:241;

Messenger and Advocate 1, avr. 1835, p. 109). Après avoir terminé la traduction du Livre de Mormon et organisé l’Église rétablie de Jésus-Christ en 1830, le prophète Joseph Smith étudia à fond la Bible comme le Seigneur le lui avait commandé et fit la Traduction de Joseph Smith de la Bible (TJS).

Dès l’enfance, les saints des derniers jours sont exposés aux enseignements de la Bible. Certains passages sont soulignés dans l’enseignement des enfants. La plupart des enfants de la Primaire – et en particulier ceux qui font partie de familles qui tiennent la soirée familiale et appliquent un programme de lecture des Écritures – se familiarisent avec les événements racontés dans la Genèse, notamment les histoires d’Adam et Ève, Noé, Abraham, Jacob et Joseph. Les épisodes postérieurs des prophètes, des juges, et des rois (tels que Moïse, Samson, Samuel, David, Salomon, Jonas et Daniel), aussi bien que ceux des personnalités du Nouveau Testament (par exemple, Pierre, Paul et Étienne), sont également des favoris. Les histoires de Débora, de Ruth, d’Esther et de Marie comptent parmi les préférées des filles. Ce sont cependant la vie et les enseignements de Jésus-Christ qui sont les plus étudiés et les plus appréciés (voir Jésus-Christ: Ministère de Jésus-Christ).
Lorsque les saints des derniers jours se livrent à une étude répétée de la Bible, il s’en dégage des enseignements évangéliques plus riches. Outre qu’ils reçoivent l’enseignement dispensé par l’École du Dimanche, les adolescents qui suivent les cours du séminaire passent deux ans de leurs quatre années à étudier la Bible. Il en va de même des cours de religion de niveau supérieur dans les universités du Département d’Éducation de l’Église et dans les cours des instituts de religion dans d’autres universités. Les missionnaires mormons se réfèrent souvent à des passages de la Bible dans l’enseignement qu’ils donnent aux amis de l’Église. Une des preuves les plus convaincantes de l’importance de l’étude de la Bible pour les saints des derniers jours ressort du programme de l’École du Dimanche pour les adultes. Dans les cours de Doctrine de l’Évangile, deux années sur chaque cycle de quatre ans sont consacrées à la lecture, à l’étude et aux discussions sur la Bible. Une autre grande preuve de l’importance que les saints accordent à la Bible réside dans les efforts et les dépenses quoi ont été consentis pour assurer la publication de l’édition anglaise de l’Église de la Bible en 1979. Les Autorités générales de l’Église citent fréquemment la Bible dans leurs écrits et leurs discours de conférence générale et lors des conférences de pieu. La Bible constitue donc un fondement d’Évangile important pour tous les membres de l’Église, depuis les nouveaux baptisés jusqu’aux officiers présidents.
ENSEIGNEMENTS ET PRATIQUES BIBLIQUES PRINCIPAUX. Parmi les enseignements de la Bible, il y en a sur lesquels on insiste particulièrement. Par exemple, les saints des derniers jours n’ont aucun mal à se reconnaître dans la pratique du Dieu de l’Ancien Testament de parler par l’intermédiaire des prophètes de l’époque (Am. 3:7), une façon de faire que l’on peut constater dans l’Église d’aujourd’hui. Ils se sentent aussi proches de la maison d’Israël grâce à leur bénédiction patriarcale individuelle, qui précise habituellement une ascendance généalogique remontant à l’une des tribus d’Israël. La notion de peuple de l’alliance, telle qu’enseignée dans la Genèse, l’Exode et le Deutéronome, cadre bien avec la croyance des saints qu’ils sont un peuple de l’alliance aujourd’hui. Beaucoup de lois et de commandements, en particulier un code de santé, caractérisent l’Israël antique et son équivalent spirituel moderne dans l’Église (Lé. 11; D&A 89; voir Parole de Sagesse). Les errances de l’Israël antique et les difficultés à coloniser la Terre Promise ont aussi leur pendant dans le début de l’histoire des saints à tel point que Brigham Young a été qualifié de Moïse moderne (par exemple, Arrington, 1985; voir aussi Persécution; Pionniers).
Les enseignements du Nouveau Testament sur lesquels les saints des derniers jours mettent l’accent sont les enseignements du Sauveur et des apôtres sur les principes de base de l’Évangile, particulièrement la foi et le repentir, et les ordonnances de l’alliance, en particulier le baptême et le don du Saint-Esprit (voir Premiers principes de l’Évangile). L’organisation, les offices dans la prêtrise et l’œuvre missionnaire de l’Église du Nouveau Testament ont leurs contre-parties dans les croyances, les pratiques et l’organisation de l’Église actuelle (voir Organisation de l’Église à l’époque du Nouveau Testament).
IMPORTANCE DES TEXTES BIBLIQUES DANS LE LIVRE DE MORMON. Parmi des écrits de l’Ancien Testament, ceux de Moïse, d’Ésaïe et de Malachie retiennent particulièrement l’attention des saints des derniers jours à cause de leur place importante dans le Livre de Mormon. Les enseignements de Moïse tels qu’ils se trouvent dans le Pentateuque (avec l’expansion de Genèse 1-6 qui se trouve dans la Perle de Grand Prix) constituent la matière qui permet de comprendre la dispensation mosaïque de la maison d’Israël. Les annales du Livre de Mormon, qui commencent avec Léhi et avec le peuple de Zarahemla (voir Mulek), proviennent essentiellement de ce cadre israélite. Il y est question d’Adam et Ève et des événements du jardin d’Éden (par exemple, 2 Né. 2:15-25) et du déluge du temps de Noé (par exemple, Al. 10:22), de gens amenés par Dieu en Amérique à l’époque de la tour de Babel (Ét. 1:3-5, 33), d’événements de la vie des patriarches (par exemple, 2 Né. 3:4-16), et de l’appel, des œuvres et des paroles de Moïse (par exemple, 1 Né. 17:23-31; 2 Né. 3:16-17; voir aussi Loi de Moïse). Le cinquième chapitre de 1 Néphi mentionne les documents bibliques que la famille de Léhi a emportés de Jérusalem (voir Plaques et annales du Livre de Mormon) et, avec 1 Néphi 17, met l’accent sur les événements bibliques principaux, en particulier l’exode israélite d’Égypte, bien que sans les détails fournis par le Pentateuque. L’exemple et les enseignements des prophètes, des juges et des rois de l’Ancien Testament se trouvaient aussi dans les documents bibliques de la communauté de Léhi. Puisque ce groupe se conforme à la loi de Moïse (2 Né. 25:24), les pratiques religieuses de l’Ancien Testament se poursuivent dans le Livre de Mormon.
On trouve un bon tiers des écrits d’Ésaïe dans le Livre de Mormon, ce qui fait qu’Ésaïe est le livre biblique qui y est le plus souvent cité. Vingt-deux des soixante-six chapitres d’Ésaïe sont cités en tout ou en partie dans le Livre de Mormon (en tout 433 sur les 1.292 versets d’Ésaïe). Les prophètes et les auteurs du Livre de Mormon choisissaient les chapitres qui mettaient l’accent sur les relations de Dieu dans le cadre de l’alliance et de ses promesses à Israël, sur le rôle et l’appel du Messie et sur les prophéties au sujet des derniers jours. Ces thèmes sont également répandus dans la théologie contemporaine des saints (A de F 3, 4, 9, 10).
Les enseignements de Malachie dans le Livre de Mormon sont importants parce que Jésus ressuscité les cite et par conséquent les souligne (cf. 3 Né. 24-25; Mal. 3-4; D&A 2:1-3). Les paroles de Malachie concernant un messager envoyé pour préparer la voie à l’avènement du Christ, le paiement de la dîme et des offrandes et la mission d’Élie dans les derniers jours constituent ainsi un autre noyau important des enseignements de l’Ancien Testament au sein de la société des saints des derniers jours.
Comme la colonie principale du Livre de Mormon a quitté Jérusalem approximativement six cents ans avant le début de la période du Nouveau Testament, les auteurs du Livre de Mormon n’avaient pas accès aux écrits du Nouveau Testament. Ils avaient toutefois accès à deux sources importantes de doctrine qui étaient en parallèle avec une partie du Nouveau Testament: le Christ ressuscité et la révélation divine. Le Christ ressuscité a prononcé devant ses auditeurs en Amérique un sermon essentiellement le même que celui qu’il avait prononcé près du lac de Galilée. Il a également apporté des ajouts et des éclaircissements importants qui traitent de lui-même en tant que Rédempteur et Seigneur, de l’accomplissement de la loi de Moïse et des derniers jours (3 Né. 11-18; voir aussi Béatitudes; Sermon sur la montagne). En outre, il a amplifié les enseignements donnés dans Jean 10, particulièrement le verset 16, au sujet de son rôle de Bon Berger des tribus dispersées d’Israël (3 Né. 15:12-24). Les enseignements importants de Mormon au sujet du baptême et au sujet de la foi, de l’espérance et de la charité constituent des parallèles avec les enseignements du Nouveau Testament, particulièrement avec ceux de Paul dans 1 Corinthiens 13.
LA BIBLE EST-ELLE COMPLÈTE ? Les saints des derniers jours vénèrent la Bible comme étant la parole de Dieu révélée à l’humanité. Cependant, Joseph Smith a reconnu que les traductions ne rendent pas complètement et exactement les mots de l’original ni les intentions des prophètes antiques et des autres auteurs bibliques. Ainsi, dans la lettre à Wentworth, il écrit: «Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement» (8e A de F). Joseph Smith a observé que «nous pouvons déterminer notre latitude et notre longitude dans l’hébreu originel avec une bien plus grande précision que dans la version anglaise. Il y a une importante distinction à faire entre ce que les prophètes voulaient réellement dire et la traduction actuelle» (EPJS, p. 334). Bien qu’acceptant explicitement ce que la Bible dit maintenant, les saints des derniers jours se rendent compte qu’il y a bien plus à dire que ce qui se trouve dans le document biblique existant.
En plus des difficultés qu’engendre la traduction de langues anciennes vers des langues modernes, d’autres Écritures déclarent également que certaines parties du texte biblique original ont été perdues ou corrompues (par exemple 1 Né. 13:28-29; D&A 6:26-27; 93:6-18). Joseph Smith a fait ce commentaire sur le caractère incomplet de la Bible: «Il était clair que beaucoup de points importants concernant le salut des hommes avaient été enlevés de la Bible ou perdus avant qu’elle ne fût compilée» (EPJS, p. 6). Il dit plus tard: «L’homme a reçu depuis le commencement beaucoup d’instructions que nous ne possédons pas maintenant… Nous avons ce que nous avons, et la Bible contient ce qu’elle contient» (EPJS, p. 46). Il a dit en outre: «Je crois la Bible telle qu’elle est sortie de la plume des auteurs originels. Des traducteurs ignorants, des copistes négligents ou des prêtres conspirateurs et corrompus ont commis beaucoup d’erreurs» (EPJS, pp. 264-265). Ainsi, des contre-sens, des lacunes et d’autres erreurs affaiblissent la Bible; mais l’esprit de ses messages en révèle malgré tout assez de la parole de Dieu pour réaliser les desseins qu’il s’est fixés. Joseph Smith résume les choses comme suit: «Grâce à la bonté de notre Père, une partie de sa parole qu’il a communiquée à ses saints d’autrefois est tombée entre nos mains [et] nous est présentée avec la promesse d’une récompense si nous y obéissons et d’un châtiment si nous y désobéissons» (EPJS, p. 46). Les saints des derniers jours ont continué à faire confiance à l’exactitude générale des textes bibliques tout en sachant que le texte peut ne pas toujours être correct. Ainsi, ils étudient et vénèrent la Bible, particulièrement dans le contexte d’autres Écritures et de la révélation moderne, qui ont beaucoup à dire à son sujet et sur la façon dont elle doit être interprétée, et pendant qu’ils étudient, ils méditent et prient pour recevoir l’inspiration de Dieu et comprendre les messages de la Bible tels qu’ils doivent être appliqués à leur vie (cf. Mro. 10:3-5).
LA PREMIÈRE PRÉSIDENCE APPROUVE LA LECTURE DE LA BIBLE. Chacun des présidents de l’Église a encouragé les saints des derniers jours à lire les Écritures et à appliquer leurs enseignements à leur vie, comme les Écritures nous le recommandent aussi (cf. 2 Ti. 3:16; 1 Né. 19:23). Exemple de cette importance accordée à la Bible, en 1983, année déclarée «année de la Bible» aux États-Unis, les membres de la Première Présidence de l’Église ont publié une déclaration énergique à l’appui de la lecture et de l’application de la Bible: «Nous recommandons à tous les hommes de partout la lecture, la méditation et l’application quotidiennes des vérités divines de la sainte Bible.» Elle a aussi proclamé l’attitude de l’Église vis-à-vis de la Bible en disant que «l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours accepte la sainte Bible comme essentielle à la foi et à la doctrine» et que l’Église tient à ce qu’on lise la Bible et qu’on en devienne spécialiste comme le prouve la publication d’une édition augmentée de la King James Version. «De plus, ajoutait-elle, la sainte Bible est chaque année le manuel des classes des adultes, des jeunes et des enfants dans toute l’Église.»
Dans la même déclaration, la Première Présidence met en évidence le rôle et la valeur de la Bible dans la vie des gens. Elle fait la réflexion que quand «on la lit avec respect et dans l’esprit de la prière, la sainte Bible devient un volume inestimable, convertissant l’âme à la justice. Sa vertu principale est sa déclaration que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, par qui le salut éternel peut être donné à tous.» Elle ajoute la promesse que «quand nous lisons l’Écriture, nous profitons de ce qu’il y a de mieux dans la littérature de ce monde» et elle encourage tout le monde à «aller à la source de la vérité en sondant les Écritures, en les lisant chez nous et en enseignant à nos enfants ce que le Seigneur a dit par l’intermédiaire des passages inspirés et inspirants de la sainte Bible» («Déclaration de la Première Présidence», p. 3).
L’usage que font les saints des derniers jours de la Bible diffère de la norme judéo-chrétienne parce qu’elle n’est pas la source unique d’autorité pour eux (voir Écritures: Autorité des Écritures). Les saints interprètent et comprennent la Bible par quatre moyens importants: (1) les autres Écritures de l’Église qui enrichissent la compréhension des enseignements bibliques et lui apportent un contexte; (2) les déclarations des prophètes et des apôtres modernes sur la signification de certains passages bibliques; (3) la traduction de la Bible par Joseph Smith et (4) la révélation personnelle par le don du Saint-Esprit, qui améliore la compréhension des Écritures. Les saints des derniers jours ne sont donc pas laissés sans information sur la signification de beaucoup de passages difficiles qui divisent le monde chrétien tout entier depuis deux millénaires.
La vision que les saints ont de la Bible est bien résumée dans la déclaration de Heber J. Grant, septième président de l’Église, qui a dit: «Ma vie durant, je n’ai cessé de trouver de nouvelles preuves de ce que la Bible est le Livre des livres et que le Livre de Mormon est le plus grand témoin de la véracité de la Bible qui ait jamais été publié» (IE 39, nov. 1936, p. 660).

Bibliographie
Anderson, Richard L. Understanding Paul. Salt Lake City, 1983.
Arrington, Leonard. Brigham Young: American Moses. New York, 1985.
Barlow, Philip L. Mormons and the Bible. New York, 1990.
Harrison, Roland Kenneth. Introduction to the Old Testament. Grand Rapids, Mich., 1969.
Ludlow, Daniel H. A Companion to Your Study of the Old Testament. Salt Lake City, 1981.
Ludlow, Victor L. Unlocking the Old Testament. Salt Lake City, 1981.
Ludlow, Victor L. Isaiah: Prophet, Seer, and Poet. Salt Lake City, 1982.
Matthews, Robert J. A Bible! A Bible!. Salt Lake City, Utah, 1990.
McConkie, Bruce R. The Mortal Messiah. Salt Lake City, 1979.
Nyman, Monte S., ed. Isaiah and the Prophets. Provo, Utah, 1984.
Reynolds, Noel B. "The Brass Plates Version of Genesis." Dans By Study and Also by Faith, dir. de publ. J. Lundquist et S. Ricks, Vol. 2, pp. 136-173. Salt Lake City, 1990.
Sperry, Sidney B. Paul’s Life and Letters. Salt Lake City, 1955.
Sperry, Sidney B. The Voice of Israel’s Prophets. Salt Lake City, 1965.
Sperry, Sidney B. The Spirit of the Old Testament. Salt Lake City, 1970.
"Statement of the First Presidency." Church News, Mar. 20, 1983, p. 3.
Talmage, James E. Jésus le Christ. Salt Lake City, 1915.
Welch, John W. The Sermon at the Temple and the Sermon on the Mount. Salt Lake City, 1990.
VICTOR L. LUDLOW

Bible: Croyance des saints en la Bible
Auteur: HEDENGREN, PAUL

L’Église croit à la parole de Dieu contenue dans la Bible. Elle accepte la Bible «comme le premier de ses livres canoniques, le premier des livres qui ont été proclamés être ses guides écrits en foi et en doctrine. Dans le respect sacré que les saints des derniers jours ont pour la Bible, ils ont la même position que les confessions chrétiennes en général» (AF, éd. française, p. 291).
Les saints des derniers jours chérissent la Bible pour plusieurs raisons. La Bible présente les révélations de Dieu dans plusieurs dispensations ou ères, chacune dirigée par des prophètes. Ils lisent et suivent aussi la Bible pour la valeur instructive et spirituelle des événements qu’elle décrit. Bien qu’une partie de l’Ancien Testament décrive la loi de Moïse dont les saints des derniers jours croient qu’elle a été accomplie avec l’expiation du Christ (3 Né. 9:17), néanmoins les histoires, les commandements, les ordonnances, les proverbes et les écrits prophétiques de l’Ancien Testament expriment malgré tout les notions de base de la volonté de Dieu à l’égard de ses enfants et de la façon dont ils doivent agir envers lui.
Les saints des derniers jours vénèrent le Nouveau Testament pour son récit de la naissance, du ministère, de l’expiation et de la résurrection du Sauveur, Jésus-Christ. Les enseignements de Jésus dans le Nouveau Testament constituent le cœur de la doctrine des saints et leur prééminence apparaît clairement du fait qu’elles apparaissent fréquemment dans d’autres ouvrages canoniques de l’Église et dans les écrits et les discours des saints.
Les écrits des apôtres du Nouveau Testament sont acceptés et appréciés pour leur doctrine et leurs conseils sages et inspirés et pour leur mise en œuvre de la mission apostolique de proclamer l’Évangile, d’adhérer aux enseignements originaux du Christ, d’assurer l’unité de la foi et de favoriser la justice des croyants dans une Église en croissance rapide. Les saints des derniers jours trouvent aussi dans plusieurs épîtres des premiers apôtres des mentions de l’apostasie (voir Apostasie) qui a rendu nécessaire le Rétablissement, avertissant les fidèles qu’ils doivent rester ardents et actifs dans la foi et fidèles à l’amour de Jésus-Christ.
Malgré leur dévotion pour la Bible, les saints des derniers jours ne la considèrent pas comme la source unique d’instruction religieuse et de conseils personnels. Ils étudient également les récits des relations de Dieu avec d’autres peuples antiques comme ceux qui se trouvent dans le Livre de Mormon ainsi que les enseignements du prophète Joseph Smith et des prophètes et apôtres actuels (voir Doctrine et Alliances; Autorités générales; Traduction de la Bible par Joseph Smith [TJS]; Perle de Grand Prix). Les saints des derniers jours considèrent la révélation personnelle comme la source suprême de l’homme pour comprendre l’Écriture et connaître la volonté de Dieu.
Quand on les voit comme harmonieuses entre elles, toutes ces sources se renforcent et s’éclairent mutuellement et aident le lecteur moderne à comprendre et à traduire correctement ces textes.
Les saints des derniers jours croient tout ce que Dieu a révélé. Ils cherchent à connaître et à appliquer la parole de Dieu partout où elle a été révélée en vérité et avec autorité. Ils croient que le salut est en Jésus-Christ et pas dans une combinaison quelconque de mots ou de livres. Ils croient en Dieu et en son Fils Jésus-Christ, dont on peut connaître les paroles et les voies par une vie d’étude des Écritures, de service et de prière, et par révélation personnelle par le pouvoir du Saint-Esprit.

Bibliographie
Matthews, Robert J. A Bible ! A Bible ! Salt Lake City, 1990.
PAUL HEDENGREN

Bible: La King James Version
Auteur: OGDEN, D. KELLY

Dans les divers pays où elle est installée, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours utilise une traduction de la Bible dans la langue locale. Dans les régions d’expression anglaise, elle utilise la King James Version (ou Authorized Version) (KJV), principalement parce que c’était le texte anglais de base utilisé par le prophète Joseph Smith et parce que les dirigeants suivants de l’Église ont approuvé son utilisation. L’Église ne prétend pas que la KJV est parfaite, mais elle est actuellement la version anglaise préférée et elle a été utilisée dans l’édition de 1979 et dans les impressions postérieures de l’édition de l’Église de la Bible.
Les livres de la Bible ont été écrits à l’origine en hébreu, en araméen ou en grec. Il n’existe aujourd’hui aucun manuscrit biblique original, mais ils ont été copiés et traduits en beaucoup de langues dans l’Antiquité. Beaucoup de papyrus et de parchemins anciens sont parvenus jusqu’à nous. De nombreuses traductions modernes ont été faites à partir de ces documents.
De 1604 à 1611, cinquante-quatre savants ont travaillé pour créer la KJV. Ce n’était pas la première traduction en anglais. En 1382, John Wycliffe avait traduit la Bible à partir de la Vulgate latine; une édition révisée avait été publiée en 1388. De 1523 à 1530, William Tyndale traduisit le Pentateuque de l’hébreu et le Nouveau Testament du grec. Plus tard encore dans les années 1500, d’autres traductions apparurent, notamment la Bible protestante de Genève en 1560 et la Bishop’s Bible en 1568. La première eut du succès auprès des laïcs et la dernière auprès des évêques protestants. La Bible catholique de Reims-Douai fut achevée en 1609 (l’Ancien Testament en 1582, le Nouveau Testament en 1609) sur la base de la Vulgate latine.
Dans le but d’aplanir les différends entre Anglicans et Puritains, le roi James chargea un groupe de savants de créer une version de la Bible dont l’utilisation serait autorisée dans les églises anglaises. Ils utilisèrent les meilleurs textes dont ils disposaient, principalement «le texte reçu du Nouveau Testament dans les éditions multilingues («polyglottes»), présentant les Ancien et Nouveau Testaments en hébreu et en grec respectivement, et d’autres langues. La lignée longue et respectée des Bibles anglaises fut aussi diligemment comparée et utilisée.
Le résultat, c’est-à-dire la King James Version, fut publié en 1611. Diverses éditions de la KJV parurent tout au long des années 1600, ce qui donna lieu à de nombreuses erreurs d’impression. Les éditions de Cambridge (1762) et d’Oxford (1769) présentaient un texte révisé, une orthographe mise à jour, une ponctuation corrigée, des italiques accrus et des notes marginales changées.
Beaucoup d’autres versions anglaises ont paru, particulièrement à la lumière de la découverte d’autres manuscrits anciens en commençant par la première découverte, en 1844, par Constantin von Tischendorf au monastère de sainte Catherine dans la péninsule du Sinaï. Ces traductions ont généralement essayé de rendre les textes antiques dans le langage contemporain tout en reflétant, autant que possible, la forme des manuscrits les plus anciens disponibles.
Les saints des derniers jours n’ont pas fait un usage intensif de ces autres traductions. Beaucoup estiment que la vulgarisation tend à diluer la nature sacrée de la Bible. Ils trouvent également que les variantes textuelles antiques sont relativement insignifiantes, ne changeant habituellement pas les messages importants de la Bible, dont la plupart sont, de toutes façons, corroborés ailleurs dans les Écritures modernes.
Bien que la KJV ait été sa Bible anglaise, Joseph Smith ne la considérait pas comme une traduction parfaite ou officielle; c’est pourquoi il étudia l’hébreu et entreprit la tâche de faire une révision inspirée des Écritures. Il a fait la réflexion qu’il préférait certains aspects de la traduction de Martin Luther (HC 6:307, 364) et plusieurs autres dirigeants de l’Église au XIXe siècle ont souligné le besoin d’une plus grande exactitude et de plus de vérité dans les traductions de la Bible.
Les dirigeants de l’Église au XXe siècle ont donné diverses raisons au maintien de l’utilisation de la KJV: c’était la traduction courante utilisée dans le monde d’expression anglaise à l’époque du Rétablissement; c’est sa terminologie que l’on retrouve dans tous les ouvrages canoniques; un grand nombre de passages du Livre de Mormon, qui sont parallèles à ceux de la Bible, ont été traduits dans le style anglais de la KJV; la traduction de la Bible par Joseph Smith (TJS) était basée sur la KJV, 90 % des versets n’ayant subi aucun changement. Tous les prophètes modernes ont utilisé la KJV, et son emploi dans toutes les publications de l’Église a permis de standardiser les annotations et les index.
Beaucoup considèrent la KJV comme un chef d’œuvre de la littérature anglaise. Elle a été appelée «le monument le plus noble de la prose anglaise» et elle est certainement la plus influente; ses traducteurs «ont montré une grande sensibilité» et le résultat était «destiné à une influence et à un accueil extraordinaires» (Speiser, pp. lxxiii-iv). H. L. Mencken l’a louée comme étant «probablement le plus bel écrit de toute la littérature du monde» (Paine, p. viii).
La KJV est une traduction relativement conservatrice. C’est généralement un point fort, bien qu’elle rende parfois les choses de manière obscure. De plus, sa langue est maintenant en partie archaïque et grammaticalement incorrecte par rapport à l’usage actuel et elle n’est pas logique dans l’orthographe des noms dans l’Ancien et le Nouveau Testament (par exemple, Isaiah/Esaias et Elijah/Elias). Des mots identiques dans les Évangiles synoptiques sont parfois traduits différemment et certaines fautes d’impression n’ont jamais été corrigées (par exemple, dans Mt. 23:24, «strain at a gnat» aurait dû être rendu par «strain out a gnat»).
Néanmoins, après avoir étudié plusieurs traductions anglaises modernes, le Président J. Reuben Clark, fils, conseiller dans la Première Présidence, a dit en 1956 que La KJV était «la meilleure version à ce jour» (Clark, p. 33). Par exemple, il estimait que les traducteurs de la KJV avaient clairement dépeint Jésus comme étant le Messie promis et comme Fils de Dieu et acceptait le don de prophétie, la réalité des miracles et le caractère unique de l’amour du Christ, alors que les traductions modernes tendaient à favoriser les explications naturalistes à l’action divine, préféraient le mot «signe» à «miracle» et utilisaient «amour» au lieu de «charité» et «nommer» au lieu de «ordonner». Ses idées ont influencé la plupart des saints des derniers jours. Bien entendu, toutes les traductions alternatives ne souffrent pas des problèmes relevés par le président Clark.

Bibliographie
Barlow, Philip L. Mormons and the Bible, pp. 132-62. New York, 1990.
Bruce, F. F. History of the Bible in English, 3e éd. New York, 1978.
Clark, J. Reuben, Jr. Why the King James Version. Salt Lake City, 1956.
Daiches, David. The King James Version of the English Bible. Chicago, 1941.
Metzger, Bruce M. The Text of the New Testament. New York, 1968.
Paine, G. The Learned Men, p. viii. New York, 1959.
Speiser, E. Genesis, pp. lxiii-iv. Garden City, N.Y., 1964.
D. KELLY OGDEN

Bible: Édition de la Bible créée par l’Église
Auteur: MORTIMER, WILLIAM JAMES

Une édition de la King James Version de la Bible avec de nouvelles aides à l’étude a été publiée en 1979 par l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours après sept années de travail de la part des dirigeants et des érudits de l’Église. Le but était de rendre l’étude de la Bible plus intéressante pour les membres de l’Église en ajoutant des cartes, des diagrammes, des définitions, des chapeaux de chapitre, des notes de bas de page et des références croisées entre les quatre ouvrages canoniques et aussi de fournir une édition unique de la Bible pour utilisation dans le programme d’études de l’Église.
Ce projet commença en 1972, vers le moment où l’étude des Écritures devint le sujet principal du programme d’études des adultes de l’Église. Précédemment, les instructeurs de l’Église s’étaient principalement appuyés sur des manuels de leçons composés par des personnes ou des comités. Le travail fut commandité par la Première Présidence, qui créa un Comité des Aides à l’étude de la Bible pour superviser le projet. Ce comité (appelé plus tard Comité de publication des Écritures) se composait au départ de Thomas S. Monson, Boyd K. Packer et Marvin J. Ashton, du Collège des douze apôtres. Ashton reçut plus tard une autre tâche et Bruce R. McConkie fut nommé à sa place.
Le comité appela des savants, des rédacteurs et des spécialistes en publication de l’université Brigham Young, du Département d’Éducation de l’Église et de la Deseret Book Company pour élaborer des aides orientées sur les saints des derniers jours pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre le texte de la King James. Dès les premiers temps du projet, la Première Présidence décida que le texte de la King James serait utilisé tel quel. Il fut saisi dans une base de données avec le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix. Chaque verset fut examiné et les sujets et les termes clefs furent relevés. Des listages d’ordinateur furent créés, qui comportaient de longues listes de correspondances possibles parmi lesquelles on choisit les citations utiles. L’accent fut mis sur les références du Livre de Mormon, des Doctrine et Alliances et de la Perle de Grand Prix qui permettaient d’éclaircir les passages de Bible ainsi que d’abondantes références croisées à l’intérieur de la Bible. Elles se retrouvent maintenant dans les notes de bas de page et dans le Guide par sujet (un index détaillé des sujets et une concordance modifiée). Un dictionnaire de la Bible, 24 pages de cartes en couleur et un répertoire complet ont été ajoutés. Le Dictionnaire de la Bible donne des explications concises sur des sujets bibliques et ajoute souvent des détails intéressants pour les saints des derniers jours. De brèves explications de certains mots ou expressions hébraïques et grecs furent également incluses comme notes de bas de page, avec environ 600 passages de la Traduction de la Bible par Joseph Smith (JST). Les sommaires au début de chaque chapitre de cette édition de la King James donnent une idée du contenu doctrinal et historique du chapitre d’un point de vue mormon.
Le système de notes de bas de page organise toutes les aides disponibles dans cette édition de la Bible. Certaines éditions plus anciennes de la Bible mettent les renvois dans une colonne centrale de la page, mais ce format limite la quantité de données qu’on peut y afficher. Un système souple de trois colonnes de notes de bas de page a été conçu pour chaque page, avec des appels de note (a, b, c, etc.) prévus verset par verset selon les besoins. Les notes de bas de page contiennent des références croisées à d’autres Écritures, au Guide par sujet et au Dictionnaire de la Bible, ainsi que des explications sur les idiomes grecs et hébreux et d’autres éclaircissements.
Une fois que le travail d’érudition et d’édition fut terminé au début de 1978, la composition commença. La Cambridge University Press à Cambridge (Angleterre) fut choisie pour la composition, parce que cette presse, l’un des premiers imprimeurs de la King James Version après sa publication en 1611, a été sans interruption occupée à des publications de la Bible depuis les années 1500. Son personnel expert joua un rôle d’une valeur inestimable auprès des membres de l’Église qui travaillaient avec eux à l’édition de l’exemplaire destiné à la composition et à la préparation des pages finales. La composition fut entièrement réalisée en Monotype hot metal. Chaque page fut préparée de telle manière que chaque note de bas de page se trouve sur la même page que le verset auquel elle se rapporte. Pour répondre aux besoins des programmes du Département d’Éducation de l’Église, l’équipe s’imposa septembre 1979 comme date limite pour la livraison des premiers exemplaires de la Bible. La tâche redoutable de composer et de paginer 2.423 pages de texte complexe fut menée à bien en mai 1979 après quinze mois d’efforts intenses.
L’impression et la reliure furent confiées à la University Press et à la Publishers Book Bindery de Winchester (Massachusetts), qui sous-traitèrent une partie du travail à la National Bible Press à Philadelphie (Pennsylvanie). Ce qui au début semblait être un délai de production irréalisable fut accompli et les premiers exemplaires sortirent le 8 août 1979. Beaucoup de saints des derniers jours reconnurent la main de Dieu dans la réalisation de cette publication monumentale.
Cette édition de la King James Version de la Bible a renforcé l’intérêt pour l’étude de la Bible dans toute l’Église. Elle a permis aux membres d’avoir une compréhension et une appréciation accrues et approfondies de la Bible en tant que parole de Dieu. Elle a également démontré que tous les ouvrages sacrés des saints des derniers jours se recoupent de nombreuses manières de telle sorte qu’ils se soutiennent et s’enrichissent mutuellement.

Bibliographie
Anderson, Lavina Fielding. "Church Publishes First LDS Édition of the Bible." Ensign 9 (Oct. 1979):8-18.
Matthews, Robert J. "The New Publications of the Standard Works-1979, 1981." BYU Studies 22 (Fall 1982):387-424.
Mortimer, William James. "The Coming Forth of the LDS Éditions of Scripture." Ensign 13 (Aug. 1983):35-41.
Packer, Boyd K. "Scriptures." Ensign 12 (Nov. 1982):51-53.
WILLIAM JAMES MORTIMER

Bible – Érudition biblique
Auteur : ROBINSON, STEPHEN E.

Les saints des derniers jours acceptent l’érudition biblique et l’étude intellectuelle de la Bible. Joseph Smith et ses associés ont étudié le grec et l’hébreu et ont enseigné que la connaissance religieuse s’obtient par l’étude et aussi par la foi (D&A 88:118). Cependant, les saints des derniers jours préfèrent utiliser l’érudition biblique plutôt que d’être menés ou dominés par elle.
Le prophète Joseph Smith a proposé quelques paramètres généraux pour l’étude critique de la Bible par les saints : «Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement ; nous croyons aussi que le Livre de Mormon est la parole de Dieu» (8e A de F). Parce que les saints des derniers jours préfèrent les prophètes aux savants comme guides spirituels, et l’inspiration de l’Écriture et le Saint-Esprit au raisonnement de textes secondaires, l’érudition biblique joue un rôle plus restreint dans leur spiritualité que dans certaines confessions.
Un principe de fonctionnement fondamental des religions «révélées» est que toute la vérité ne peut pas être complètement découverte par la seule raison humaine. Sans l’aide de Dieu, personne ne peut obtenir les données essentielles, les perspectives convenables et les clefs d’interprétation pour le connaître (voir Raison et révélation). Parce qu’ils croient que leur religion est révélée par les prophètes vivants de Dieu, les saints des derniers jours subordonnent la raison humaine à la vérité révélée.
Dans cet ordre d’idées, les saints des derniers jours ont certaines affinités avec l’érudition biblique conservatrice catholique et évangélique contemporaine. Ils acceptent et utilisent la plupart des résultats objectifs de l’érudition biblique tels que la linguistique, l’histoire et l’archéologie, tout en rejetant les thèses naturalistes de la discipline et ses méthodes et ses théories plus subjectives. Dans les cas où l’érudition biblique et la religion révélée sont en conflit, les saints des derniers jours s’en tiennent aux interprétations de la Bible qui apparaissent dans les autres Écritures modernes et dans les enseignements des prophètes actuels.
De ces observations découlent trois principes de base pour le fonctionnement de l’érudition biblique chez les saints des derniers jours :
1. Les manières d’aborder la Bible doivent accepter l’inspiration et la révélation divines dans le texte biblique original : il présente la parole de Dieu et n’est pas simplement une production humaine. Par conséquent, toute méthodologie critique qui ignore ou nie implicitement ou explicitement la participation importante de Dieu au texte biblique est rejetée. À de rares exceptions près, comme le Cantique des Cantiques, que Joseph Smith considérait comme non inspiré (cf. IE 18 mars 1915, p. 389), le texte ne doit pas être traité d’une manière fondamentalement naturaliste. La participation de Dieu est considérée comme importante tant dans les événements eux-mêmes que dans le processus de leur mise par écrit. Son activité est donc l’un des effets avec lesquels il faut compter lors de l’interprétation des événements et dans la compréhension des textes qui les rapportent.
2. En dépit de l’inspiration divine, le texte biblique n’est pas exempt de l’influence du langage humain et n’est pas à l’abri des influences négatives de son environnement humain, et il n’y a aucune garantie que les révélations données aux prophètes antiques aient été parfaitement préservées (cf. 1 Né. 13:20-27). Ainsi, l’étude critique de la Bible est justifiée pour expliquer les erreurs humaines dans la formulation, la transmission, la traduction et l’interprétation des documents antiques et proposer les corrections qui s’indiquent.
3. Ce genre d’érudition critique, en plus de reconnaître les origines divines de la Bible, doit, dans ses conclusions, tenir compte des enseignements du Livre de Mormon et des autres révélations données aux prophètes modernes dans les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix, puisque pour les saints des derniers jours ces sources ont non seulement la priorité sur les révélations rapportées dans l’Antiquité (cf. D&A 5:10) mais aident aussi à interpréter le texte biblique.
Les saints des derniers jours insistent sur une herméneutique objective, c’est-à-dire qu’ils affirment que le texte biblique a une signification précise et objective et que l’intention de l’auteur originel est à la fois importante et en grande partie récupérable. Pour cette raison, les savants de l’Église, comme d’autres conservateurs, se sont orientés vers les outils plus objectifs de l’érudition biblique, tels que la linguistique, l’histoire et l’archéologie – tout en reconnaissant que ces outils eux-mêmes doivent être évalués de manière critique – et ont généralement évité les méthodes plus subjectives de la critique littéraire.
Les commentateurs mormons de la Bible les plus influents sont James E. Talmage, Bruce R. McConkie, Sidney B. Sperry et Hugh W. Nibley, bien que l’œuvre de Talmage ait été accomplie avant beaucoup de découvertes importantes et que celle de McConkie se soucie moins de faire de l’exégèse critique que de comprendre le Nouveau Testament au sein de l’ensemble de la doctrine de l’Église.

Bibliographie
Anderson, Richard L. Understanding Paul. Salt Lake City, 1983.
McConkie, Bruce R. Doctrinal New Testament Commentary, 3 vols. Salt Lake City, 1965-1973.
Nibley, Hugh W. Collected Works of Hugh Nibley. Salt Lake City, 1986-.
Sperry, Sidney B. Paul’s Life and Letters. Salt Lake City, 1955.
Sperry, Sidney B. The Voice of Israel’s Prophets. Salt Lake City, 1961.
Sperry, Sidney B. The Spirit of the Old Testament. Salt Lake City, 1970.
Talmage, James E. Jésus le Christ. Salt Lake City, 1915.
STEPHEN E. ROBINSON

But de la vie sur terre

Cette rubrique se compose de deux articles: But de la vie sur terre: Perspective des Saints – traite de la compréhension que les saints ont du but de la vie. But de la vie sur terre: Perspective comparative – contraste la compréhension des saints avec celle des grandes religions du monde.

But de la vie sur terre: Perspective des Saints
Auteur: BELL, JAMES P.

Les prophètes modernes ont affirmé le but de la vie dans le cadre de trois questions: (1) D’où venons-nous? (2) Pourquoi sommes-nous ici ? (3) Qu’est-ce qui nous attend dans l’au-delà ? Le contexte scripturaire de ces questions est l’assurance que l’âme est éternelle et que la terre a été créée pour que la famille de Dieu y habite.
Tous les hommes et femmes ont vécu comme êtres d’esprit dans un état prémortel et tous sont la postérité spirituelle de Dieu (Abr. 3:21-22). Dans le monde en question, Dieu a enseigné à toute sa famille ses plans et ses buts. «Lors de la première organisation dans le ciel, nous étions tous présents et nous avons vu choisir et nommer le Sauveur et établir le plan de salut et nous l’avons sanctionné» (EPJS, p. 145). Tous les enfants d’esprit de Dieu ont acquis divers degrés d’intelligence et de maturité. Ceux qui ont volontairement souscrit aux conditions de la vie ici-bas ont été incarnés et soumis à la lumière du Christ «qui éclaire tout homme qui vient au monde» (D&A 93:2). Pour que la vie terrestre puisse être une épreuve, un voile d’oubli a été tiré sur notre ancienne vie.
Dans la condition mortelle, six buts au moins sont ouverts à l’humanité:
1. Recevoir un corps, dont les expériences et la maturation, et la résurrection permanente finale, sont essentielles au perfectionnement de l’âme. «Nous sommes venus sur cette terre afin d’avoir un corps et de le présenter pur devant Dieu dans le royaume céleste» (EPJS, p. 145; voir Corps physique; Résurrection).
2. Progresser dans la connaissance et développer des talents et des dons (voir Intelligence). «Si vous voulez aller là où est Dieu, vous devez être comme Dieu ou posséder les principes que Dieu possède, car si nous ne nous approchons pas de Dieu par le principe, nous nous éloignons de lui et nous dirigeons vers le diable» (EPJS, p. 174).
3. Être mis à l’épreuve. «Nous les mettrons ainsi à l’épreuve, dit le livre d’Abraham, pour voir s’ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera» (Abr. 3:25). Dans la condition mortelle, on connaît des contrastes et des opposés – la santé et la maladie, la joie et le chagrin, les bénédictions et les problèmes – et on apprend ainsi à apprécier le bien. «Adam tomba pour que les hommes fussent, et les hommes sont pour avoir la joie» (2 Né. 2:25). Cette joie, comme B. H. Roberts, des soixante-dix, l’a écrit, n’est possible que «si on a sondé les profondeurs de l’âme, éprouvé toutes les émotions dont l’esprit est capable, testé toutes les qualités et toute la force de l’intellect» (Roberts, p. 439; voir Joie; Condition mortelle; Souffrance dans le monde).
4. Remplir et accomplir les missions et les appels qui ont été donnés ou préordonnés (voir Préordination; Vie prémortelle). Les saints des derniers jours disent souvent de la vie terrestre qu’elle est un second état et font allusion à la promesse donnée à et par l’intermédiaire d’Abraham que «ceux qui gardent leur second état [c.-à-d., réalisent les buts de la condition mortelle] recevront plus de gloire sur leur tête pour toujours et à jamais» (Abr. 3:26).
5. Exercer le libre arbitre sans souvenir de l’existence prémortelle et donc «marcher par la foi» et voir «renouvelées et confirmées les réalités prévues dans le monde d’esprit» (voir Libre arbitre; Foi en Jésus-Christ).
6. Poser les fondements de relations familiales éternelles, d’abord comme fils et filles, puis comme pères et mères. La famille unie est l’épitomé de la vie accomplie et sainte (voir Mariage: Mariage éternel).
La vie à venir est le prolongement et l’accomplissement du séjour sur terre: entrer et vivre pour toujours en la présence de Dieu. Mais la mise à l’épreuve ne finit pas avec la mort. Pas plus que les occasions d’entendre, accepter et appliquer les vérités et les pouvoirs du Christ. En effet, Joseph Smith a enseigné que même pour les fidèles, «il n’est pas question de saisir tout cela dans ce monde; ce sera une grande œuvre que d’apprendre notre salut et notre exaltation même au-delà de la tombe» (EPJS, p. 282). Il a ajouté que quand l’esprit est séparé du corps, le processus est quelque peu freiné, d’où l’importance d’utiliser, pour la rédemption, le temps tandis que l’on est dans la condition mortelle et la folie de remettre à plus tard son repentir et son renouvellement.
Dans tout cela, la continuité de la vie précédente avec celle-ci et ensuite de cette vie avec la prochaine est clairement enseignée. La tendance de beaucoup de religions, orientales et occidentales, à diviser la vie en deux mondes et à affirmer qu’ils sont absolument distincts et différents est inversée. La vie est changement, transformation et exaltation. La condition mortelle est une répétition générale en vue du prochain monde. Là, la lumière, la gloire et la domination seront conférées dans leur plénitude à ceux qui ont accompli les paroles de la vie éternelle dans ce monde et sont donc préparés pour la vie éternelle dans le monde à venir.

Bibliographie
Roberts, B. H. "Modern Revelation Challenges Wisdom of Ages to Produce More Comprehensive Conception of the Philosophy of Life." Liahona the Elders’ Journal 20, 8 mai 1923, pp. 433-439.
JAMES P. BELL

But de la vie sur terre: Perspective comparative
Auteurs: SMITH, HUSTON et PETERSON, DANIEL C.

Les religions ont tendance à présenter la vie comme ayant un sens quand elle se conforme à un plan cosmique, un plan qui est soit intentionnellement institué par Dieu soit est le fait d’un cosmos qui est divin d’origine. Pour les saints des derniers jours, l’Écriture tout entière parle d’un cosmos dont l’ordre est voulu par Dieu. Dans ce contexte, les Écritures modernes soulignent les thèmes entremêlés de l’importance cruciale du corps physique, des épreuves, de l’expérience de l’opposition, du caractère éternel de la famille et de la vision de la joie et de la gloire à l’image de Dieu (voir But de la vie sur terre: Perspective des Saints).
Les autres conceptions vont dans deux directions. Pour certains, s’il n’y a pas de Dieu et si le sort ultime de toute vie humaine est l’annihilation personnelle, la vie n’a pas de sens. C’est la position, par exemple, d’Arthur Schopenhauer. Les existentialistes, qui affirment, de manière générale, que les humains créent leur propre sens dans un univers athée et objectivement absurde, prennent une position semblable. D’autres, notamment certains naturalistes et humanistes, soutiennent que la vie est valable même si les prétentions des religions au surnaturel sont fausses. Les marxistes, par exemple, affirment qu’une société calculée, sinon un cosmos ayant un sens, émerge comme une entité objective sous l’action des processus inexorables de l’histoire.
Certains penseurs affirment que la vie a un sens même si ce sens est enveloppé de mystère. L’hédonisme affirme que l’on ne peut pas répondre aux questions sur le sens ultime des choses et que par conséquent il faut les ignorer et plutôt calculer un maximum de plaisir et un minimum de souffrance. Le confucianisme a tendance à ne pas aborder cette question. Il affirme l’existence d’un ordre spirituel qui est antérieur et supérieur à l’ordre social, mais se concentre sur les questions relatives aux choses de ce bas monde. Beaucoup de versions du judaïsme adoptent la même approche, croyant que la vie à venir est secondaire par rapport à la tâche de créer et de maintenir une communauté sanctifiée dans ce monde et d’envisager un jour où, pour employer les termes d’une prière hébraïque vénérable, «le monde sera rendu parfait sous le règne du Tout-Puissant».
Les saints des derniers jours voient la vie comme un processus en trois étapes: une existence prémortelle, mortelle et postmortelle. Toutes les étapes sont essentielles à l’épanouissement et au perfectionnement de soi, ce qui est l’œuvre et la gloire de Dieu. On peut caractériser le processus comme étant à la fois de ce monde et hors du monde (voir Dieu le Père: Œuvre et gloire de Dieu; Condition mortelle; Préexistence (Existence préterrestre); Résurrection).
Le «mythe de la caverne» de Platon dépeint la condition humaine comme un asservissement à de fausses croyances et à des illusions que le vrai philosophe vise à dépasser. Dans le Phédon, Socrate dit que le philosophe «est sans cesse occupé à poursuivre la mort et à mourir». Le sage aspire à la séparation de son âme et de son corps, à l’absence de maladie, de fatigue et des tromperies des sens et à sa libération dans un monde de contemplation intuitive. Le gnosticisme, un mouvement apparenté au platonisme, avait la notion de la chute et de l’ascension espérée d’une âme divine, mais niait fréquemment le caractère bon de l’univers physique et de la Divinité qui l’avait fait. Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin a proposé l’énoncé classique de la position catholique que le but le plus élevé de l’homme, même dans ce monde matériel, est «la vie contemplative», qui sera rendue parfaite après la mort. Le bonheur des saints consistera en une «vision» intellectuelle de l’essence divine, pas une vision des yeux, mais une vision de l’esprit. Les Écritures modernes affirment à la fois la vie de l’intelligence, définie comme la lumière et la vérité, et la rédemption de l’âme, définie comme étant l’esprit et le corps. Le but de la vie n’est pas l’évasion mais la transformation – de l’homme, de la communauté et du cosmos.
Dans les grandes traditions religieuses de l’Asie orientale et méridionale, Dieu (ou les dieux) a parfois un rôle marginal. L’hindouisme enseigne que le désir humain le plus profond est l’infinité, l’existence, la connaissance et la joie sans fin. On doit donc rechercher le «mukti», la libération d’avec la finitude et les limitations qui semblent être l’état normal de l’humanité. Le mot «semblent» est crucial parce que l’hindouisme insiste sur le fait que derrière les personnalités individuelles et finies se trouve l’Atman-Brahman, la Divinité elle-même. Les hommes et les femmes sont déjà infinis; la libération consiste simplement – bien que ce ne soit pas aussi simple! –¬ à reconnaître ce fait. Le bouddhisme, sorti du terreau hindou et souvent considéré comme une sorte de réforme de la religion plus ancienne, confirme essentiellement ce diagnostic de la condition humaine, bien que ses formes non théistes diffèrent dans la manière dont il explique la nature humaine. Le Bouddha (le titre vient d’un mot signifiant en gros «être illuminé») disait que le problème humain fondamental est le désir d’être séparé et que le but de la vie est l’extinction de ce désir, permettant ainsi aux hommes et aux femmes de surmonter, dans cette vie ou une série de vies, les désirs égoïstes qui sont la source principale de leurs souffrances et de leur misère. La pensée mormone rejette et la réincarnation et la théorie de la souffrance humaine comme illusoires (voir Réincarnation; Souffrance dans le monde).
La notion que le but de la vie est la libération de l’âme n’est pas étrangère aux religions de la tradition abrahamique, notamment celle des saints des derniers jours, bien qu’elle ne soit pour ainsi dire jamais devenue le paradigme dominant. L’affirmation des Écritures hébraïques que Dieu a déclaré le cosmos matériel «bon» est restée la norme. Pour cette raison, entre autres, les pensées chrétienne, musulmane et juive traditionnelles s’accordent pour considérer que le Dieu infiniment bon est directement responsable de la situation générale dans laquelle les êtres humains se trouvent. Mais aucune tradition ne souligne plus que celle des saints que chaque être humain s’est «soumis volontairement» aux conditions de la vie ici-bas (EPJS, p. 262; cf. D&A 93:30-31; voir aussi Théodicée). Les saints des derniers jours s’accordent de même pour dire que l’union finale avec Dieu n’implique aucune perte de l’identité individuelle finie, mais plutôt une relation avec lui.
L’opinion chrétienne généralement acceptée est exprimée par le Westminster Shorter Catechism de 1647, qui déclare que «le but principal de l’homme est de glorifier Dieu et de jouir de lui pour toujours». Dieu nous a créés pour acquérir de la gloire, ce qui n’était pas de la vanité de sa part puisqu’il mérite entièrement cette gloire au contraire des êtres humains – et récompensera ceux qu’il sauve en les faisant jouir de sa présence. On peut comparer ceci à la position de la tradition islamique qui attribue à Dieu les mots: «J’étais un trésor caché mais je souhaitais être connu, c’est pourquoi j’ai créé le monde.» Le but des êtres humains dans l’Islam est donc de se soumettre (aslama) à la volonté de Dieu et de le glorifier par leurs actes. Le judaïsme et l’Islam sont étroitement apparentés dans l’accent qu’ils mettent sur la loi et la bonne conduite et dans leur déclaration que l’obéissance aux commandements de Dieu est le but de la vie. Toutefois le judaïsme diffère de l’Islam dans sa croyance que la gamme complète des commandements divins (mitzvoth) n’incombe qu’aux Juifs, les non-Juifs n’étant soumis qu’aux quelques «préceptes noachiques» de base. Par contre, l’Islam insiste sur le fait que les exigences de Dieu sont identiques pour tous les êtres humains. «Je n’ai créé les djinns et les hommes, dit Allah dans le Coran, que pour m’adorer.»
Certains penseurs protestants ont affirmé que les êtres humains existent pour manifester les attributs divins, pour incarner dans leur propre vie imparfaite quelque chose de la gloire de Dieu. On trouve une idée semblable dans la déclaration du catéchisme catholique de Baltimore que «Dieu nous a faits pour montrer sa bonté et pour partager avec nous son bonheur éternel au ciel». Les Écritures modernes affirment que Dieu partagera non seulement ses dons et son état béni mais aussi sa nature divine (voir Déification, Premiers chrétiens). Mais les formes catholiques et protestantes de christianisme s’éloignent l’une de l’autre; pour la première, les objectifs de Dieu pour l’humanité se réalisent idéalement dans une vie de culte sacramentel et liturgique, tandis que la dernière met l’accent sur l’acceptation de la grâce gratuite du Christ. Les saints des derniers jours affirment qu’une vie de sainteté est impossible sans accès à la grâce du Christ, l’obéissance librement consentie aux alliances, lois et ordonnances divinement données dans lesquelles l’expiation et la grâce du Christ se manifestent et ensuite le don de soi par une consécration totale comme disciple.

Bibliographie
Palmer, Spencer J. et Roger R. Keller. Religions of the World: A Latter-day Saint View. Provo, Utah, 1989.
Romney, Thomas C. World Religions in the Light of Mormonism. Independence, Mo., 1946.
PETERSON de DANIEL C.
HUSTON SMITH

Catholicisme et Mormonisme
Auteurs : BENNEY, ALFRED et KELLER, ROGER R.

Les catholicismes romain et orthodoxe sont basés sur la même tradition théologique. Ils se ressemblent du point de vue doctrinal et ont des enseignements qui diffèrent du mormonisme.
DIEU. Les Églises catholique et orthodoxe croient que Dieu est le Créateur de l'univers et que Dieu est trinitaire, que les personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit existent simultanément en une seule nature divine. Pour sa part, la doctrine des saints des derniers jours est trithéiste ; elle est subordinationiste. Le Fils est subordonné au Père et le Saint-Esprit «est envoyé par la volonté du Père par l’intermédiaire de Jésus-Christ, son Fils». Les deux traditions catholiques enseignent que Dieu est un mystère qui se révèle lui-même et dont la manifestation parfaite est en Jésus-Christ, qui est présent dans le monde dans l'Église. Les saints des derniers jours affirment que Jésus-Christ a une nature distincte et est une entité séparée du Père, et que de même que Jésus-Christ était et est visible, incarné et glorifié, de même en est-il du Père (voir Doctrine : Enseignements distinctifs).
LE CHRIST. Selon la croyance catholique, Jésus est né d'une vierge et est «le Fils incarné de Dieu». À la fois Dieu et homme, il est le «Sauveur du monde». Pour des saints des derniers jours, le Christ n'était pas, n'est pas maintenant et ne sera jamais uni ni en nature ni en substance au Père. Son unité avec le Père est spirituelle en objectif et en volonté. Jésus, dans la croyance des saints, est le Fils unique du Père dans la chair. Il est entré dans la condition mortelle, sujet à progression, et a accompli la volonté du Père comme modèle, sauveur et médiateur. Il n'a obtenu tout pouvoir sur terre et dans les cieux que quand il a reçu la plénitude de la gloire du Père (voir Divinité).
L’EXPIATION. Dans les deux traditions catholiques, l’expiation du Christ permet d'accéder à la grâce salvatrice. La mort-résurrection du Christ est l'événement sauveur et la croix, le symbole du salut. Pour les saints des derniers jours, l'expiation de Jésus-Christ a été une descente au-dessous de toutes choses afin de l’élever au-dessus de tout. Il a souffert «selon la chair» parce qu’il n’aurait pu d’aucune autre façon connaître l'angoisse du péché et de l’état du pécheur, donner l’exemple de l'amour rédempteur et réconcilier la justice et la miséricorde. L'Expiation réunit l'homme à Dieu par la sanctification et la résurrection. Tout ce que le Christ a reçu du Père, l’homme peut le recevoir du Père par le Christ. Cette transformation est apparentée à la conception que l’Église orthodoxe a de la théose. Le but de l’appartenance à l’Église est de devenir, par le Christ, l'image et la ressemblance de Dieu (voir Expiation de Jésus-Christ ; Déification chez les premiers chrétiens).
AUTORITÉ. Les catholiques croient que Jésus a accordé son autorité pastorale à Pierre, qui est ainsi devenu le premier «Vicaire du Christ» et chef de l'Église et que cette autorité d’enseigner et de sanctifier a été transmise dans une succession ininterrompue dans l'institution de la Papauté. L'Église orthodoxe considère que Pierre était le premier d’entre des égaux, par conséquent les patriarches ont une autorité égale. Ils attribuent également une autorité spéciale aux sept premiers conseils œcuméniques. Les saints des derniers jours croient que Pierre détenait les clefs de l'autorité apostolique, qui avaient également été conférées aux douze apôtres. Les pouvoirs de la prêtrise ne sont pas indélébiles mais inséparablement liés à la justice. La perte des clefs complètes de la prêtrise fut due à l’absence de transmission. Leur réapparition aujourd’hui s’est faite sous les mains de Pierre, Jacques et Jean (voir Prêtrise d'Aaron : Rétablissement). Tout homme digne dans l'Église doit recevoir l'ordination à la prêtrise avec l'autorité d’accomplir des ordonnances salvatrices et tout père doit fonctionner comme patriarche de sa famille.
ÉCRITURE. Pour les catholiques et les orthodoxes, l'Ancien et le Nouveau Testament sont «la source inépuisable de la foi chrétienne». Le canon est fermé. Pour les saints des derniers jours, le canon reste ouvert. L'Écriture est le réceptacle des paroles des prophètes prononcées sous l'inspiration. Il n'y a pas de révélation finale. La révélation est permanente. Ni les Écritures ni la théologie naturelle ne remplacent «les oracles vivants» (voir Expérience religieuse ; Révélation ; Écriture).
ÉGLISE. Le catholicisme romain et le catholicisme orthodoxe voient dans l'Église une «communion des saints». Le Saint-Esprit anime l'Église par la grâce, en lui donnant le pouvoir de continuer l’œuvre du Christ dans l'histoire. C'est une communauté de salut où l’on prêche l'Évangile et où l’on reçoit les sacrements. Les saints des derniers jours croient que le rétablissement de la prêtrise supérieure s’est accompagné de trois éléments perdus par l'Église du Nouveau Testament : (1) la structure organisationnelle et les offices qui s’y rapportent, dont un collège de douze apôtres ; (2) l'esprit de prophétie et tous les dons spirituels et (3) le temple avec ses ordonnances et ses pratiques essentielles (voir Dons de l'Esprit ; Organisation ; Temples). Les catholiques affirment que la grâce est centrée sur le don gratuit de Dieu offert par l’intermédiaire du Christ dans les sacrements et est infusée à l'âme. Le baptême est essentiel au salut. Tous les sacrements sont les moyens nécessaires pour obtenir la grâce requise pour le salut. Les rites ou les ordonnances mormons sont des processus de nouvelle naissance spirituelle dans lesquels les pouvoirs du divin se manifestent. Tout le monde les reçoit et toutes les ordonnances sont essentielles au salut, depuis le baptême jusqu’aux ordonnances supérieures du temple. Leur efficacité exige les formes appropriées, l'autorité de personnes ordonnées dans la prêtrise et la foi et le repentir de la personne. Il y a des degrés de salut et la plénitude du salut ou exaltation exige la totalité des ordonnances (voir Baptême ; Confirmation ; Dotation ; Ordonnances du temple).
EUCHARISTIE. Pour les deux traditions catholiques, l'eucharistie est un sacrement dans lequel le corps et le sang réels de Jésus sont physiquement présents, c'est-à-dire, la réalité salvatrice du Seigneur. L'acte liturgique de consécration est un vrai sacrifice dans lequel, par transsubstantiation, les éléments du pain et du vin deviennent le corps et le sang du Christ. Les orthodoxes associent le geste du prêtre dans cette liturgie à la vénération pour les icônes, qui représentent leur prototype, qui est le Christ. Les saints des derniers jours voient dans la Sainte-Cène le souvenir du corps et du sang du Christ. La sanctification vient de l'Esprit et se produit chez les bénéficiaires qui se présentent le cœur brisé et l’esprit contrit (voir Sainte-Cène).
MARIAGE ET FAMILLE. Bien que le catholicisme romain et le catholicisme orthodoxe considèrent le célibat comme un idéal spirituel, le mariage est un sacrement accompagné de grâce qui symbolise le lien entre le Christ et l'Église. Pour les catholiques c'est un contrat pour toute la vie et ils ne permettent pas le divorce. Les saints des derniers jours enseignent que la glorification éternelle de la famille et de la communauté des familles dans l'Église est la possibilité spirituelle la plus élevée qui soit. De même que le grand prêtre qui officiait dans le temple autrefois était marié et que les apôtres étaient mariés, de même aujourd'hui le mariage est une ordonnance supérieure que les autres préparent. Le renforcement et l'amour de la famille de l'homme, qui est en fin de compte la famille de Dieu, est l’œuvre et la gloire propres à une vie de sainteté. Une fois scellées et sanctifiées par l'autorité de la prêtrise, les alliances, les relations et les devoirs de la condition de parents continuent dans l’autre monde (voir Célibat ; Mariage : Mariage éternel).
Tout en honorant Marie, les saints des derniers jours n'ont aucun équivalent de la doctrine de l’immaculée conception, de la virginité perpétuelle ni de l'assomption de Marie, ni de la vénération orthodoxe des icônes. Il y a d'autres enseignements des saints qui diffèrent profondément de l'enseignement catholique traditionnel: une modification de la compréhension classique de l'omnipotence et de l'omniprésence de Dieu, l'existence prémortelle des esprits de toute l'humanité, l'affirmation que l'esprit est une matière raffinée, la Chute comme quelque chose de planifié, de volontaire et d’essentiel à la progression de l'âme au milieu des contrastes et de l'opposition, la dénégation du péché originel et le refus du baptême des petits enfants, la nature universelle de l'alliance abrahamique et le remplacement de la distinction ciel-enfer par l'enseignement des degrés de gloire dans la résurrection.

Bibliographie
Florovsky, Georges. Bible, Church, Tradition: An Eastern Orthodox View. Belmont, Mass., 1972.
McBrien, Richard P. Catholicism, Study Edition. San Francisco, 1981.
McManners, John, dir. de publ. The Oxford Illustrated History of Christianity. New York, 1990.
Patrinacos, Rev. Nicon D. A Dictionary of Greek Orthodoxy. Pleasantville, N.Y., 1984.
Rahner, Karl, et Herbert Vorgrimler. Dictionary of Theology. New York, 1981.
ALFRED BENNEY
ROGER R. KELLER

Chasteté, loi de
Auteur: CHRISTENSEN, BRYCE J.

Dans la loi de chasteté, le Seigneur commande la retenue dans l’exercice des pouvoirs sexuels et procréateurs du corps. Comme révélé dans l’Écriture, cette loi interdit tous rapports sexuels en dehors du mariage. Les autorités de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours condamnent également les actes sexuels pervers ou coercitifs dans le mariage.
«Tu ne commettras point d’adultère» déclare le Seigneur dans le Décalogue (Ex. 20:14). Ailleurs dans l’Écriture, il interdit la fornication, l’homosexualité, l’inceste et la bestialité (Ex. 22:16; Lé. 18:6-23). Enseignant dans l’Ancien et le Nouveau Monde, Jésus a dénoncé l’impudicité en pensée comme dans les actes (Mt. 5:27-28; 3 Né. 12:27-28). Le Seigneur affirme dans le Livre de Mormon qu’il se «réjoui[t] de la chasteté des femmes», condamnant l’infidélité des maris comme étant une offense à l’égard des femmes et des enfants (Jcb. 2:28; 31-35). Le prophète Abinadi condamne les prêtres du roi Noé pour relations avec des prostituées et pour refus de vivre et d’enseigner la loi de Moïse qui interdit l’adultère (Mos. 12:29; 13:22). Alma l’Ancien enseigne à son fils, Corianton, que le péché sexuel est «extrêmement abominabl[e] par-dessus tous les péchés, si ce n’est l’effusion du sang innocent ou le reniement du Saint-Esprit» (Alma 39:5). Mormon déplore la dégénérescence totale des soldats qui violent les prisonnières, leur ravissant «ce qu’elles avaient de plus cher et de plus précieux, la chasteté et la vertu» (Mro. 9:9).
Dans la révélation moderne, les dirigeants de l’Église sont tenus d’excommunier les adultères s’ils refusent de se repentir. Les Doctrine et Alliances condamnent les désirs adultères comme étant un reniement de la foi, disqualifiant les coupables de la compagnie de l’Esprit (D&A 42:23-26; 63:16). Le prophète Joseph Smith a vu en vision que les adultères et les fornicateurs non repentants seront avec les menteurs et les sorciers dans le royaume téleste (D&A 76:103).
Les dirigeants de l’Église ont à maintes reprises insisté sur l’obéissance à la loi de chasteté. Dans une déclaration officielle en 1942, la Première Présidence a promis «les exaltations des éternités» à ceux qui restent chastes, déplorant l’immoralité sexuelle, destructrice des personnes et des nations. «La doctrine de l’Église, a-t-elle dit, est que le péché sexuel – les relations sexuelles illicites entre hommes et femmes – ne le cède, dans son énormité, qu’au meurtre. Le Seigneur n’a fait aucune distinction essentielle entre la fornication, l’adultère et la fréquentation des prostituées ou la prostitution. Chacun est tombé sous sa condamnation solennelle et terrible» (CR 112, oct. 1942, pp. 10-12). Les violations sexuelles profanent ce qui est saint, notamment les pouvoirs de procréation qui nous sont donnés par Dieu, la sainteté de la vie, du mariage et de la famille. David O. McKay a dit que la chasteté est «la partie la plus essentielle des fondements d’un mariage heureux et… la source de la force et de la perpétuation du genre humain» (CR 137, avr. 1967, pp. 8). Les dirigeants de l’Église ne reconnaissent qu’une seule règle de chasteté pour les hommes et les femmes. Parlant en 1980, Spencer W. Kimball a affirmé: «La chasteté totale avant le mariage et la fidélité totale après sont toujours la norme dont on ne peut s’écarter sans qu’il y ait péché, malheur et chagrin» (CR 150, oct. 1980, p. 4).
La loi de chasteté s’applique non seulement au comportement mais également à l’habillement, à la parole et à la pensée. Il est recommandé aux saints des derniers jours de s’habiller de manière pudique, d’utiliser un langage digne en parlant des fonctions corporelles et de cultiver des pensées vertueuses. En conséquence, ils doivent éviter tout ce qui est pornographique dans la littérature, le cinéma, la télévision et la conversation. Bien que beaucoup en dehors de l’Église considèrent la masturbation comme normale, les dirigeants de l’Église enseignent que la pratique est mauvaise, qu’elle alimente des appétits vils et peut mener à d’autres comportements pécheurs. De même, les couples non mariés qui se livrent à des caresses intimes violent la loi de chasteté et stimulent des pulsions qui peuvent mener à d’autres péchés.
La chasteté favorise la paix et la confiance personnelles (voir D&A 121:45). Parlant expressément de l’impudicité, Alma écrit que «la méchanceté n’a jamais été le bonheur» (Alma 41:10). L’Église enseigne que ceux qui se rendent coupables d’infidélité perdent l’Esprit du Seigneur et attirent sur eux-mêmes et leur famille la jalousie, le chagrin, la colère et la méfiance.
Les personnes coupables d’impudicité peuvent recevoir le pardon par un repentir complet. Parce que l’impudicité viole les vœux du baptême et les vœux explicites du temple, les coupables pénitents doivent confesser ce genre de péché à leur évêque, leur président de branche ou tout autre dirigeant compétent de l’Église. Après avoir examiné la transgression dans l’esprit de la prière, le dirigeant de l’Église peut – particulièrement dans les cas d’adultère, de fornication ou d’homosexualité – réunir une commission disciplinaire pour aider le transgresseur par le repentir et pour protéger l’intégrité de l’Église. Selon l’offense et la maturité spirituelle du contrevenant, la commission disciplinaire peut excommunier, disqualifier, mettre à l’épreuve ou acquitter la personne.
Les commissions disciplinaires exigent habituellement des transgresseurs qu’ils demandent pardon aux personnes qu’ils ont entraînées dans le péché sexuel et aux conjoints trahis par l’infidélité. Les transgresseurs doivent aussi demander pardon à Dieu en réformant leur vie, en abandonnant les actes et les pensées impudiques. Dieu promet qu’il ne se rappellera pas les péchés de ceux qui se repentent entièrement (És. 1:18; D&A 58:42-43). Cependant, la récidive peut faire revenir le poids de l’ancien péché (D&A 82:7) et avoir des conséquences plus graves (D&A 42:26).
Vivre la loi de chasteté n’est pas synonyme d’ascétisme. Il s’agit plutôt de «tenir toutes [s]es passions en bride, afin d'être rempli d'amour» (Alma 38:12). Dans le mariage, l’intimité physique renforce le lien voulu par Dieu entre le mari et la femme. En protégeant l’âme contre l’esprit charnel, la chasteté sauvegarde les joies du mariage dans cette vie et l’exaltation dans la vie à venir. Seuls ceux qui sont moralement purs peuvent entrer dans le temple, où les saints des derniers jours font solennellement alliance de rester chastes de manière à pouvoir recevoir la plus grande bénédiction de Dieu, la vie éternelle (D&A 14:7). En recevant les ordonnances du temple et en restant dignes, le mari et la femme peuvent accéder à une union parfaite scellée par le Saint-Esprit de promesse, réalisant ainsi un mariage qui dure au-delà de la tombe, ayant en bénédiction une progéniture d’esprit dans les éternités (D&A 132:19; cf. 131:1-4).

Bibliographie
Benson, Ezra Taft. The Teachings of Ezra Taft Benson, pp. 277-86. Salt Lake City, 1988.
Kimball, Spencer W. The Miracle of Forgiveness, pp. 61-89. Salt Lake City, 1969.
McKay, David O. Gospel Ideals, pp. 458-76. Salt Lake City, 1953.
BRYCE J. CHRISTENSEN

Chrétiens et christianisme
Auteur: KELLER, ROGER R.

L’origine du mot «chrétien» dans le Vieux Monde est obscure. Il a probablement été utilisé pour la première fois par les païens d’Antioche pour désigner ceux qui suivaient le Christ. Cependant, vers la fin du premier siècle apr. J.-C., c’était un mot que les membres de l’Église acceptaient pour parler d’eux-mêmes comme le montrent les écrits d’Ignace (v. 35-v. 107 apr. J.-C.). Le mot est utilisé trois fois dans le Nouveau Testament (Ac. 11:26; 26:28; 1 Pi. 4:16).
Dans le Nouveau Monde (le monde du Livre de Mormon), il y avait un terme semblable pour désigner les membres de l’Église (Mos. 18:12-17; Al. 46:13-16; 48:10). «Chrétien» désignait ceux qui étaient «de vrais croyants au Christ» et qui étaient «heureux de prendre sur eux le nom du Christ, ou de chrétiens comme on les appelait, à cause de leur croyance au Christ qui allait venir» (Al. 46:15). Ici le terme «chrétien» désignait ceux qui croyaient que le Christ viendrait, et pas seulement, comme dans le Nouveau Testament, ceux qui croyaient qu’il était venu.
Le terme d’abord utilisé par les chrétiens du Vieux Monde pour se désigner fut sans doute le mot grec haguioï, signifiant les «saints». Les saints des derniers jours ont adopté cette désignation du Nouveau Testament (Ac. 9:13; 32, 41; Ro. 1:7; 1 Co. 1:2; Ph. 1:1). On retrouve cette terminologie dans le Livre de Mormon (1 Né. 13:5, 9; 14:12, 14; 2 Né. 9:18-19; Mrm. 8:23; Mro. 8:26), les Doctrine et Alliances (1:36; 84:2; 88:114; 104:15) et la Perle de Grand Prix (Moï. 7:56).
L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ne se considère pas comme une confession chrétienne de plus, mais plutôt comme le rétablissement par Dieu, dans les derniers jours, de la plénitude de la foi et de la pratique chrétiennes. C’est ainsi que, dès les tout premiers temps, les chrétiens saints des derniers jours ont cherché à se distinguer des chrétiens d’autres traditions. Ils considèrent que les autres formes de christianisme, quoique contenant beaucoup de vérité et faisant beaucoup de bien sous la direction du Saint-Esprit, sont incomplètes, dépourvues de l’autorité de la prêtrise de Dieu, des ordonnances du temple, de la compréhension complète du plan du salut et de la compréhension non paradoxale de la Divinité. Par conséquent, la désignation «saint» reflète l’attachement à l’Église du Nouveau Testament et indique également une différence par rapport au christianisme catholique, orthodoxe et protestant dans la dispensation actuelle.
En réponse à cela, et pour diverses autres raisons, certains chrétiens catholiques, orthodoxes et protestants ont été réticents à appliquer le terme «chrétien» aux saints des derniers jours. L’une de ces raisons est que ceux-ci affirment que c’est dans l’Église que se trouve la seule ligne d’autorité établie par Dieu. Si cette autorité divine n’a pas été transmise après la mort des premiers apôtres, la Sainte-Cène, les ordinations, les formulations de croyance et les structures ecclésiastiques des autres groupes chrétiens sont dépourvues de la sanction divine. Pour beaucoup de chrétiens traditionnels, cette prise de position place les saints des derniers jours en dehors de la famille chrétienne telle que définie par certaines confessions de foi et ordonnances admises.
De plus, les saints des derniers jours affirment que Dieu a parlé et s’est manifesté non seulement aux personnes des temps bibliques, mais également au peuple du Livre de Mormon, et qu’il continue à parler aujourd’hui à son peuple par la révélation. C’est ainsi qu’ils ne sont pas toujours considérés comme des «chrétiens bibliques» quand ce terme exige la croyance que le canon de l’Écriture est complet dans la Bible. Pour les mormons, Dieu est toujours le Dieu de la révélation continue, ce qui signifie que les credo ne sont pas définitifs. Il n’est pas de confession, ni même l’ensemble des confessions, qui puisse englober complètement le dynamisme de Dieu. Il faut l’écouter et ses paroles doivent être mises par écrit pendant qu’il continue à nous guider divinement par la révélation. Par conséquent, le canon des saints des derniers jours est ouvert; les Doctrine et Alliances deviennent un réceptacle officiel et ouvert pour les révélations qui affectent toute l’Église; et des révélations continuent à être données aux prophètes, aux voyants et aux révélateurs vivants de l’Église, pour être communiquées aux membres.
Les saints des derniers jours considèrent que les chrétiens, au sens le plus large du terme, sont ceux qui basent leurs croyances sur les enseignements de Jésus et qui ont une relation personnelle avec lui. Selon cette définition, ils reconnaissent les catholiques romains, les catholiques orthodoxes, les protestants et les saints des derniers jours comme chrétiens, étant bien entendu que le christianisme des saints des derniers jours est la plénitude rétablie de l’Évangile du Christ. La vie des saints des derniers jours est leur affirmation de leur foi chrétienne. Comme l’a dit Brigham Young: «Si nous ne sommes pas à l’image du Christ nous ne sommes pas chrétiens» (Watson).
Le christianisme traditionnel subordonne souvent la qualité de chrétien à l’acceptation de certaines croyances et de certains dogmes. Comme les saints des derniers jours n’acceptent pas certains dogmes extra-scripturaires, en particulier ceux qui portent la marque philosophique d’un enseignement chrétien postérieur au Nouveau Testament, certains, dans d’autres églises, estiment que les saints des derniers jours ne peuvent pas être chrétiens. Ils ne sont pas «orthodoxes» dans ce sens. Mais pour les mormons, les croyances correctes (orthodoxie) et les comportements corrects (orthopraxie) sont ceux qui sont conformes à la volonté révélée du Seigneur. Certains des malentendus entre les communautés traditionnelles et les saints des derniers jours relèvent du point de savoir si, pour être chrétien, l’on doit d’abord croire aux dogmes traditionnels pour mener «une vie chrétienne correcte».
Il y a, dans le Livre de Mormon, une définition qui décrit bien le christianisme des saints des derniers jours: «Et nous parlons du Christ, nous nous réjouissons dans le Christ, nous prêchons le Christ, nous prophétisons concernant le Christ, et nous écrivons selon nos prophéties, afin que nos enfants sachent vers quelle source ils peuvent se tourner pour obtenir la rémission de leurs péchés» (2 Né. 25:26). Le Christ et son sacrifice expiatoire sont, depuis le commencement, le message de base de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Le Christ a été le message central de tous les prophètes et apôtres modernes. Ils savent que les prophètes de l’Ancien Testament ont prévu sa venue, que les apôtres du Nouveau Testament l’ont prêché et ont témoigné de lui, que les prophètes du Livre de Mormon l’ont annoncé, et les Doctrine et Alliances présentent sa parole à notre génération. Jésus-Christ est le Seigneur vivant de l’Église. Hors de lui il n’y a pas de salut.
Le président Kimball a déclaré: «Il ne peut y avoir de christianisme réel et vrai, même avec de bonnes œuvres, que si nous sommes profondément, intimement convaincus que Jésus-Christ est véritablement le Fils unique du Père qui nous a achetés dans le grand acte de l’Expiation» (Kimball, p. 68). Il a également exprimé l’espoir que tout le monde finira par se rendre compte que chaque prière, chaque cantique, chaque sermon chez les saints a le Seigneur Jésus-Christ pour élément central. «Nous sommes de vrais disciples de Jésus-Christ et nous espérons que le monde arrivera finalement à la conclusion que, s’il y a des chrétiens dans le monde, c’est bien nous» (Kimball, p. 434).

Bibliographie
Gealy, F. D. "Christian." In The Interpreter's Dictionary of the Bible, Vol. 1, pp. 571-572. Nashville, Tenn., 1962.
Grundmann, Walter. "Chiro." Theological Dictionary of the New Testament, Vol. 9, pp. 27-580. Grand Rapids, Mich., 1964-1974.
Kimball, Edward L., dir. de publ. The Teachings of Spencer W. Kimball. Salt Lake City, 1982.
Watson, Eldon J., comp. Brigham Young Addresses, Vol. 4, p. 5 pour le 14 juillet 1861. Non publié, mars 1980.
ROGER R. KELLER

Collège des douze apôtres
Auteur: NELSON, WILLIAM O.

Douze hommes ordonnés à l’office d’apôtre dans la Prêtrise de Melchisédek constituent le Collège des douze apôtres, le deuxième collège président dans le gouvernement de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Le premier collège président est la Première Présidence, trois grands prêtres qui ont généralement été apôtres, qui détiennent toutes les clefs (autorité) concernant les affaires spirituelles et temporelles de l'Église. Les Douze exercent leurs fonctions sous la direction de la Première Présidence. Les saints des derniers jours soutiennent ces quinze hommes comme prophètes, voyants et révélateurs pour l'Église, qui reçoivent «une dotation spirituelle spéciale en rapport avec l’enseignement qu’ils donnent au peuple…. Les autres Autorités générales ne reçoivent pas cette Dotation et cette autorité spirituelles spéciales couvrant leur enseignement» (J. Reuben Clark, Jr., Church News, 31 juillet 1954, p. 9).
Plusieurs titres désignent le groupe des douze apôtres: Collège des Douze, Conseil des Douze ou simplement les Douze. La désignation Collège des Douze est le titre scripturaire et le nom officiel utilisé par la Première Présidence quand elle présente les Douze aux membres de l'Église pour leur vote de soutien. La désignation Conseil des Douze est couramment utilisée dans les publications de l’Église et lorsque l’on communique avec des personnes d'autres cultes religieux.
HISTOIRE. Les premiers membres du Collège des Douze dans les temps modernes ont été ordonnés le 14 février 1835. Ce type de collège a ses racines dans le précédent du Nouveau Testament (Mt. 10:1) et dans la révélation moderne (D&A 18:26-39). Après l'expédition du Camp de Sion de 1834, le prophète Joseph Smith convoqua en 1835 ceux qui avaient participé et révéla que «c'était la volonté de Dieu que ceux qui étaient allés en Sion, bien décidés à donner leur vie… fussent ordonnés au ministère» (HC 2:182). Il dit alors aux Trois Témoins du Livre de Mormon (Oliver Cowdery, David Whitmer et Martin Harris) de choisir dans l'esprit de la prière les Douze conformément à une révélation précédente (D&A 18:37). La Présidence imposa ensuite les mains aux Trois Témoins, leur donnant le pouvoir de faire le choix (HC 2:186-87). Furent choisis: Thomas B. Marsh, David W. Patten, Brigham Young, Heber C. Kimball, Orson Hyde, William E. McLellin, Parley P. Pratt, Luke S. Johnson, William B. Smith, Orson Pratt, John F. Boynton et Lyman E. Johnson. Ces douze hommes furent ensuite ordonnés apôtres par les Trois Témoins et reçurent les clefs relatives à leur saint appel. La Première Présidence leur fit aussi l’imposition des mains et confirma ces bénédictions et ces ordinations (T&S 2, 15 avr. 1845, p. 868). Oliver Cowdery donna ensuite aux Douze la mission de «prêcher l'Évangile à toutes les nations» (HC 2:195).
Un mois plus tard, les Douze, qui se préparaient à prêcher, demandèrent encore d'autres instructions divines. La réponse fut une révélation qui définissait leurs fonctions et celles du collège récemment formé des soixante-dix (voir D&A 107:21-39). Les fonctions premières du Collège des Douze sont d'être «les témoins spéciaux du nom du Christ dans le monde entier» «officie[r] au nom du Seigneur, sous la direction de la présidence de l'Église» «pour édifier l'Église et en régler toutes les affaires» et «ouvrir la porte [de toutes les nations] par la proclamation de l'Évangile de Jésus-Christ» (D&A 107:23, 33, 35; cf. 112:16-21; 124:128).
Joseph Smith chargea les membres du Collège des Douze de gérer les branches dispersées de l'Église. Plus tard, il les envoya en mission de prosélytisme dans des pays étrangers. En 1840-1841, neuf des Douze firent une mission spéciale dans les îles Britanniques. Quand ils quittèrent la Grande-Bretagne après douze mois, plus de quatre mille personnes étaient devenues membres de l’Église. Ces neuf frères jetèrent aussi les bases d’un programme continu d’émigration des saints britanniques convertis vers l’Amérique (voir Îles Britanniques, l'Église dans les; Mission des Douze dans les îles Britanniques.)
Le succès missionnaire en Grande-Bretagne unit les membres des Douze en un collège soudé sous la direction du président du collège, Brigham Young, nommé le 19 janvier 1841. Quand ils retournèrent au siège de l’Église à Nauvoo (Illinois), Joseph Smith étendit leurs devoirs à la gestion des affaires du pieu là-bas.
Vers la fin mars 1844, Joseph Smith conféra au Collège des Douze toutes les ordonnances, clefs et autorité qu'il possédait. Décrivant cet événement, Wilford Woodruff dit que Joseph Smith «a vécu jusqu'à ce que chaque clef, pouvoir et principe de la sainte prêtrise aient été scellés sur les Douze et sur le président Young en tant que leur président.» Il cite ensuite l'explication et l'injonction du prophète aux Douze: «J'ai vécu jusqu'à ce que j'aie vu ce fardeau, qui reposait sur mes épaules, passer sur celles d'autres hommes… les clefs du royaume sont plantées sur la terre pour ne plus jamais être enlevées… À vous d’arrondir les épaules pour emporter le royaume. Peu importe ce qu’il advient de moi» (JD 13:164).
Après que des émeutiers eurent assassiné Joseph Smith, le 27 juin 1844, et que la Première Présidence eut été dissoute, l'Église affronta pour la première fois la question de la succession à la présidence. La confusion qui en résulta fut résolue quand le Collège des Douze, second collège président, s’avança et fut soutenu pour succéder à la Première Présidence. De juin 1844 à décembre 1847, les Douze gouvernèrent l'Église sous la direction de leur président, Brigham Young. En leur qualité de collège président, ils publièrent, en 1845, une proclamation aux rois du monde et au président des États-Unis d'Amérique (voir Proclamations de la Première Présidence et du Collège des douze apôtres). Le président Young fut soutenu, le 5 décembre 1847, comme président de l'Église par les Douze et par les saints réunis en conférence le 27 décembre 1847.
Cette transition dans la direction de l’Église a créé le précédent et l’ordre qui ont été suivis lors de toutes les réorganisations ultérieures de la Première Présidence. À la mort d'un président de l’Église, la Première Présidence est dissoute et le Collège des Douze devient le conseil président de l'Église. Le président des Douze, qui est le doyen des apôtres sur la terre, devient l’officier président de l'Église et le reste jusqu'à ce qu'une nouvelle Première Présidence soit organisée.
Un événement d’une grande importance pour les Douze se produisit à la fin du mandat du président Lorenzo Snow en 1901. Pendant plus de cinq décennies jusque là, les Douze avaient passé moins de temps à porter l'Évangile aux autres nations à cause de la nécessité de présider les saints au pays. En outre, les poursuites engagées par le gouvernement des États-Unis contre les polygames avaient contraint certains d'entre eux à l'exil. Peu avant la conférence générale d'octobre 1901, le président Snow rappela aux Douze que les Écritures leur imposaient le devoir de prêcher l'Évangile au monde entier; il ne suffisait pas de présider les pieux (Juvenile Instructor 36, nov. 1901, pp. 689-690.)
À la session finale de cette conférence, le président Snow définit les devoirs des apôtres, des soixante-dix, des grands prêtres et des anciens. Les Douze devaient «s'occuper des intérêts du monde» (CR oct. 1901, p. 61). Le président Snow décéda quatre jours après la conférence, mais les Douze avaient reconnu l'importance de ses instructions. Joseph F. Smith, président du Collège, écrivit: «Nous acceptons ce que [le président Snow a dit] sur les devoirs des Douze… comme étant la parole que le Seigneur nous adresse à tous» (Juvenile Instructor 36, nov. 1901, p. 690). En conséquence, les Douze renouvelèrent leur effort missionnaire international. Depuis cette époque, sur directive de la Première Présidence, les Douze ont consacré beaucoup de pays à la prédication de l'Évangile et continuent à superviser l'œuvre missionnaire dans toute l'Église.
NOMINATION. Un membre de Collège des Douze est choisi par la Première Présidence, qui peut envisager plusieurs candidats. La présidence choisit alors une personne par révélation et l'appelle au poste. Ceci implique essentiellement les mêmes principes que le choix de Matthias pour remplir la vacance laissée par la mort de Judas Iscariot (Ac. 1:15-26).
Quand une nouvelle nomination au Collège doit être annoncée (habituellement à une conférence générale), un membre de la Première Présidence présente les noms des Autorités générales, dont le nouvel apôtre, et des autres dirigeants généraux de l'Église qui doivent être soutenus par les membres de l’Église. Le soutien respecte le principe du consentement commun (D&A 26:2).
Après que les membres de l'Église ont soutenu la personne nouvellement appelée, la Première Présidence et le Collège des Douze l'ordonnent à l’office d'apôtre et lui donnent toutes les clefs du saint apostolat. Ce sont les mêmes clefs que Jésus-Christ a conférées aux Douze qu’il a appelés à l’époque du Nouveau Testament et également les mêmes clefs remises par Pierre, Jacques et Jean à Joseph Smith et à Oliver Cowdery dans notre dispensation. Les clefs données au nouvel apôtre comprennent l'autorité de prêcher l'Évangile dans le monde entier et de sceller sur terre des ordonnances qui seront scellées éternellement (Mt. 16:19; 28:19-20; Jn. 20:22-23).
Les appels au Collège des Douze sont à vie. La date à laquelle une personne devient membre du collège (habituellement celle de son soutien en tant qu'apôtre) situe son ancienneté dans le Collège. Celle-ci détermine qui sera le prochain président de l'Église, car cet office passe au doyen des apôtres. Cet ordre divinement révélé désigne l'apôtre le plus expérimenté comme futur président et empêche toute lutte pour le pouvoir ou le poste (voir Succession à la présidence).
DEVOIRS. Conformément aux révélations antérieures, les Douze d’aujourd'hui sont chargés d’ouvrir les nations du monde à la prédication de l'Évangile (D&A 107:35). Par désignation de la Première Présidence, les membres des Douze rencontrent les chefs d'État pour obtenir la permission officielle pour que l'Église enseigne l'Évangile conformément aux lois de ces pays.
Quand ils agissent sous la direction de la Première Présidence, les Douze ont l'autorité pour recevoir la révélation pour leurs tâches, qui comprennent la supervision des soixante-dix, celle des pieux et la formation des dirigeants (D&A 107:33). Toutefois, seul le président de l'Église a le droit et l'autorité de recevoir la révélation pour toute l'Église (D&A 28:2-3).
Les membres des Douze font partie de comités créés par la Première Présidence et d’autres au sein du Collège. Les tâches au sein des comités font l’objet d’une rotation périodique.
Le Collège des Douze dirige le travail des soixante-dix. Les Douze doivent «faire appel, avant tous autres, aux Soixante-dix, lorsqu'il[s ont] besoin d'aide» (D&A 107:38). Les présidents des collèges des soixante-dix font rapport aux Douze.
Les Douze se réunissent dans le temple de Salt Lake City, habituellement chaque semaine, pour traiter toutes les affaires qui réclament une décision du Collège. Une fois ces décisions prises, celui-ci les défère normalement à ses réunions avec la Première Présidence. Ces deux corps constituent ensemble le Conseil de la Première Présidence et des douze apôtres. Ce conseil prend les décisions finales sur tous les sujets qui affectent l'Église, notamment les nouveaux appels de dirigeants de l’Église, la fixation des règles, des marches à suivre et des programmes, la création, la division et la réorganisation des missions et des pieux. Les collèges de la prêtrise de l’Église s’efforcent de parvenir à l'unanimité dans leurs décisions, comme le demande la révélation (D&A 107:27). Le Collège des Douze ne prend aucune mesure tant qu’un consensus n’est pas atteint. Le président des Douze reporte habituellement le sujet pour un nouvel examen. L'unanimité dans les collèges présidents de l'Église donne aux membres l’assurance que «la voix unie de la Première Présidence et des Douze» «n’égarera jamais les saints ni n’enverra au monde des instructions contraires à la volonté du Seigneur» (Joseph Fielding Smith, Ensign 2, juillet 1972, p. 88).
La Première Présidence charge les membres des Douze et les autres Autorités générales de parler aux conférences générales semestrielles de l'Église, mais ne leur impose normalement pas de sujet. Les membres de la Première Présidence et les Douze parlent à chaque conférence générale; les autres Autorités générales parlent périodiquement quand elles sont désignées. Les membres de l'Église considèrent les messages de la Première Présidence et des Douze comme inspirés (D&A 68:4).
Chaque pieu a des conférences semestrielles de pieu. Une Autorité générale préside habituellement l’une de ces conférences par an sur désignation par le président du Collège des Douze. À cause du nombre considérable et croissant des pieux, les membres des Douze ne sont généralement désignés pour assister aux conférences de pieu que pour organiser de nouveaux pieux, pour diviser les pieux existants ou pour réorganiser des présidences de pieu.
Le président du Collège charge aussi les membres du Collège d’assister aux conférences là où plusieurs pieux se réunissent ensemble. Ces conférences multirégionales donnent aux membres de l’Église l’occasion de voir et entendre plus souvent les membres de la Première Présidence et des Douze.
Les membres des Douze sont les «témoins spéciaux» du nom de Jésus-Christ dans le monde entier; ils possèdent la connaissance, par révélation, de la résurrection littérale du Christ et celle qu'il dirige les affaires de son Église aujourd'hui. Cette conviction commune unit les Douze dans un lien d'unité et d'amour.

Bibliographie
Allen, James B., et Malcolm R. Thorp. «The Mission of the Twelve to England, 1840-41: Mormon Apostles and the Working Classes.» BYU Studies 15, été 1975, pp. 499-526.
Esplin, Ronald K., «The Emergence of Brigham Young and the Twelve to Mormon Leadership, 1830-1841», pp. 427-512. Thèse de Doctorat, université Brigham Young, 1981.
Larsen, Dean L. «Apostle and Prophet: Divine Priesthood Callings.» Priesthood, pp. 38-47. Salt Lake City, 1981.
McConkie, Bruce R. “Succession in Presidency.” Church News, 23 mars 1974, pp. 7-9.
Smith, Joseph Fielding. “The Holy Apostleship.” DS, vol. 3, pp. 144-159.
Id. “The Twelve Apostles.” IE 59, nov. 1956, pp. 786-788.
Id. “The First Presidency and the Council of the Twelve.” IE 69, nov. 1966, pp. 977-979.
Talbot, Wilburn D. “The Duties and Responsibilities of the Apostles of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 1835-1945.” Thèse de doctorat, université Brigham Young, 1978.
WILLIAM O. NELSON

Commandements
Auteur: COONS, DIX S.

Les saints des derniers jours croient que les commandements sont des directives divines pour une vie juste, qu’ils apportent le bonheur et des bénédictions spirituelles et temporelles et qu’ils font partie de la manière de Dieu de racheter ses enfants et de les doter de la vie éternelle. Par conséquent, les commandements constituent non seulement une épreuve de la foi, de l’obéissance et de l’amour pour Dieu et pour Jésus-Christ mais également une occasion d’éprouver l’amour de Dieu et de la joie dans cette vie et dans la vie à venir. Les commandements sont donnés par révélation directement de la part de la Divinité ou par ses prophètes. Les comptes rendus de ces révélations se trouvent dans les Écritures, qui comprennent la Bible, le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances, et la Perle de Grand Prix.
Le 6 avril 1830, lors de l’organisation de l’Église, Joseph Smith fut désigné comme voyant, traducteur, prophète, apôtre et ancien. À cette occasion, le Seigneur dit à l’Église: «Vous prêterez l’oreille à toutes ses paroles [de Joseph Smith] et à tous les commandements qu’il vous donnera à mesure qu’il les reçoit, marchant en toute sainteté devant moi. Car vous recevrez sa parole, en toute patience et avec une foi absolue, comme si elle sortait de ma propre bouche» (D&A 21:4-5; cf. D&A 1:37-38; 5:10; 68:34). Sur la base de ces instructions, les membres de l’Église acceptent les instructions justes de ceux qui sont autorisés par Dieu comme des commandements faisant force de loi sur l’Église et sur les personnes.
En 1831, le Seigneur redit à l’Église le «premier et grand» commandement (cf. Mt. 22:37-38): «C’est pourquoi, je leur donne un commandement qui dit ceci: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton pouvoir, de tout ton esprit et de toute ta force; et tu le serviras au nom de Jésus-Christ» (D&A 59:5). Cette répétition fut suivie des injonctions divines précédemment données de ne pas voler, ne pas commettre d’adultère ni de tuer (D&A 59:6).
Dans les Doctrine et Alliances, la section 42, que le Seigneur appelle la «loi de l’Église» (D&A 42:2, 59), les versets 19-27 réaffirment beaucoup d’instructions qui se trouvent dans les dix commandements. Ces commandements de base ont été réitérés lors de dispensations ou ères successives, essentiellement sous la même forme (Ex. 20:3-17; De. 5:6-21; Mos. 12:34-36; D&A 42:19-27; cf. Mt. 5:17-48).
À l’époque de l’Ancien Testament, comme l’accent était mis sur l’interdiction de certains actes extérieurs, on insistait apparemment davantage sur les conséquences de la désobéissance que sur la rédemption spirituelle et physique par l’obéissance (voir Loi de Moïse). Le Nouveau Testament et le Livre de Mormon mettent au contraire l’accent sur le processus purificateur de l’obéissance. Le Christ a bien dit que les commandements devaient concerner non seulement les actes des hommes et des femmes mais également leurs pensées et leurs mobiles. Dans le sermon sur la montagne, il oppose l’ancienne loi et la nouvelle. Par exemple, il définit le fait de regarder une femme avec convoitise dans le cœur comme un type d’adultère (Mt. 5:28). Se mettre en colère contre son prochain, c’est se mettre en danger du jugement (Mt. 5:21-22). Plutôt que de chercher vengeance et l’ «oeil pour oeil», les disciples de Jésus doivent tendre l’autre joue et faire le deuxième mille (Mt. 5:38-42). Pour résumer la nouvelle loi, le Christ dit: «Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent… Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait» (Mt. 5:43-44, 48; cf. 3 Né. 12:43-48).
Aux auditeurs du continent américain qui avaient survécu à la destruction de 34 apr. J.-C., le Christ ressuscité a expliqué le rapport entre la loi et l’Évangile: «Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre n’est passé de la loi, mais en moi elle a été toute accomplie. Et voici, je vous ai donné la loi et les commandements de mon Père, afin que vous croyiez en moi, et que vous vous repentiez de vos péchés et veniez à moi, le cœur brisé et l’esprit contrit. Voici, vous avez les commandements devant vous, et la loi est accomplie» (3 Né. 12:17-19). La nouvelle loi du Christ exige clairement que ce ne soient pas seulement les actes extérieurs mais également les pensées et les sentiments intérieurs qui se conforment à l’esprit de la loi (cf. Al. 12:12-14; D&A 88:109).
Dans l’Église d’aujourd’hui, le Seigneur a souligné que parmi ses commandements il y a la responsabilité de l’individu de se gérer personnellement: «Car voici, il n’est pas convenable que je commande en tout, car celui qu’il faut contraindre en tout est un serviteur paresseux et sans sagesse; c’est pourquoi il ne reçoit pas de récompense. En vérité, je le dis, les hommes doivent œuvrer avec zèle à une bonne cause, faire beaucoup de choses de leur plein gré et produire beaucoup de justice. Car ils ont en eux le pouvoir d’agir par eux-mêmes» (D&A 58:26-28). Quand la «loi de l’Église» fut donnée en 1831 (D&A 42), cette responsabilité individuelle fut également soulignée: «Tu aimeras ta femme de tout ton cœur, et tu t’attacheras à elle et à personne d’autre» (42:22), et «Tu ne médiras pas de ton prochain et tu ne lui feras aucun tort» (42:27). Plus tard, le Seigneur dit: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tu ne déroberas pas et tu ne commettras pas d’adultère, ni ne tueras, ni ne feras rien de semblable» (D&A 59:6). Il est évident que Dieu exige que l’on soit conscient de son libre arbitre et accorde effectivement à chacun le pouvoir de se diriger. Quand on vit en accord avec les commandements et que l’on devient de ce fait plus sensible aux chuchotements du Saint-Esprit, les observances extérieures deviennent moins importantes et l’on accorde plutôt son attention à la perfection des pensées et des mobiles.
C’est ainsi que les saints des derniers jours trouvent l’épanouissement et le bonheur dans l’obéissance non seulement à des commandements spécifiques tels que la Parole de Sagesse (D&A 89) et la loi de la dîme (D&A 119) mais également aux recommandations que les dirigeants inspirés font lors des conférences de l’Église et dans les sources écrites approuvées telles que les publications officielles de l’Église.

Bibliographie
Richards, Stephen L. "Keep the Commandments." IE 52, mai 1949, pp. 273, 345-348.
Sill, Sterling W. "Keep the Commandments." Ensign 3, janv. 1973, pp. 82-83.
DIX S. COONS

Consécration
[Les deux articles suivants traitent de la notion mormone de consécration. Consécration: Loi de Consécration, donne un aperçu de l’origine et de la pratique des principes de la consécration chez les saints des derniers jours. L’article Consécration: Consécration en Ohio et au Missouri, traite spécialement des efforts des saints pour vivre ces principes et de l’impact économique qui en est résulté pour les communautés de saints qui ont été florissantes dans ces états entre 1832 et 1846.]

Consécration: Loi de consécration
Auteur: HIRSCHI, FRANK W.

La loi de consécration a été introduite par des révélations données au prophète Joseph Smith. Dès 1829, il recevait du Seigneur le commandement: «Cherchez à promouvoir et à établir la cause de Sion» (D&A 6:6; 11:6; 12:6; 14:6). Dans l’Antiquité, la Sion d’Hénoc était constituée d’un peuple qui «était d’un seul cœur et d’un seul esprit, et [qui] demeurait dans la justice; et il n’y avait pas de pauvres en son sein» (Moï. 7:18). Ces qualités ont caractérisé le peuple du Seigneur qui a accepté et appliqué la plénitude de l’Évangile dans sa vie, comme le peuple de la ville d’Hénoc (Moï. 7:17-18) et l’âge d’or des Néphites (4 Né. 1:2-3, 15-17) et certains des premiers chrétiens (Ac. 4:32-37). Les saints des derniers jours ont également reçu la loi de consécration comme idéal et promesse d’avenir (D&A 42:32-39).
Le niveau de la consécration requis pour vivre la loi de consécration a de nombreux échos dans le monde antique. La Bible rapporte des actes de consécration expressément liés à l’institution d’alliances avec Dieu (par exemple, Ge. 9:8-17; No. 6). Le fait qu’Abraham était disposé à sacrifier Isaac signifie qu’il était totalement dévoué aux ordres de Dieu (Ge. 22:1-18). L’Exode et le Lévitique mentionnent également divers actes sacrificatoires impliquant la consécration à Dieu, principalement de la part d’Aaron et de ses fils (cf. Ex. 40:12-16; Lé. 1-7). Le Nouveau Testament rapporte que les premiers chrétiens étaient invités à donner la priorité au royaume de Dieu et à avoir «tout en commun» (Ac. 2, 4, 5).
Après que Jésus ressuscité eut fondé son Église en Amérique vers 34 apr. J.-C., le peuple du Livre de Mormon observa la pratique de la consécration pendant presque 200 ans. «Le peuple fut entièrement converti au Seigneur, sur toute la surface du pays, tant les Néphites que les Lamanites, et il n’y avait pas de querelles ni de controverses parmi eux, et tous les hommes pratiquaient la justice les uns envers les autres. Et ils avaient tout en commun; c’est pourquoi il n’y avait ni riches ni pauvres, ni esclaves ni hommes libres, mais ils étaient tous affranchis et participants du don céleste» (4 Né. 1:2-3).
Le 2 janvier 1831, le Seigneur révéla au prophète Joseph Smith à Fayette, New York, qu’autrefois il avait pris à lui la Sion d’Hénoc et lui commanda ensuite d’aller en Ohio recevoir la loi (D&A 38:4, 32; cf. Moï. 7:21). Quand Joseph Smith arriva à Kirtland en février, il trouva les saints organisés en une société communale appelée «la Famille». Il les persuada d’abandonner cette pratique pour «la loi plus parfaite du Seigneur». Le 9 février, tandis qu’il se trouvait en la présence de douze anciens, il reçut la révélation qui contenait «la loi de l’Église» (HC 1:146-148; D&A 42). Cette révélation introduisait les lois du gouvernement de l’Église et de la conduite morale pour les membres et énonçait les principes de base de la consécration (D&A 42:32-39).
Les principes clefs donnés dans les révélations sont conformes à ceux qui sont requis pour la vie céleste: tout appartient à Dieu et son peuple en est l’intendant (D&A 38:17; 104:11-14); les hommes doivent estimer les autres comme eux-mêmes (D&A 38:24-27; 51:3, 9; 70:14; 78:6; 82:17); l’humanité doit conserver le libre arbitre (D&A 104:17); les hommes et les femmes sont rendus égaux selon leurs besoins et la situation de leur famille (D&A 51:3) et il doit y avoir responsabilité (D&A 72:3; 104:13-18). Bien que la mise en application de la loi de consécration des biens révélée au début des années 1830 ait été temporairement suspendue (cf. HC 4:93), les principes eux-mêmes n’ont pas été abandonnés.
LES ALLIANCES DE LA CONSÉCRATION AUJOURD’HUI. Le Seigneur a révélé plusieurs buts de la loi de consécration: amener l’Église à être indépendante de toutes les autres institutions (D&A 78:14); fortifier Sion, l’ornant de beaux vêtements, comme une jeune mariée préparée et digne de l’époux (D&A 33:17; 58:11; 65:3; 82:14, 18; etc.); et préparer les saints pour qu’ils aient une place dans le royaume céleste (D&A 78:7).
Commentant sur ce sujet, John Taylor a dit que la consécration est une loi céleste et que lorsqu’ils la respectent, ceux qui y adhèrent deviennent le peuple céleste (JD 17:177-181). Ainsi, les hommes et les femmes d’aujourd’hui peuvent devenir comme ceux du temps d’Hénoc, «d’un seul cœur et d’un seul esprit» sans pauvres parmi eux» (Moï. 7:18). Orson Pratt, l’un des premiers apôtres, a observé que si le peuple du Seigneur aspire au royaume céleste, il doit commencer à apprendre l’ordre de vie qui y existe (JD 2:102-103).
APPLICATION DE LA LOI DE CONSÉCRATION. La loi de consécration exige que l’on consacre tout son temps, tous ses talents et tous ses biens à l’Église et à ses objectifs (D&A 82:19; 64:34; 88:67-68; 98:12-14). John A. Widtsoe, un apôtre, a fait remarquer que son fonctionnement était tout simple. Ceux qui entraient dans un tel ordre devaient mettre tous leurs biens dans un trésor commun, les riches leur richesse, les pauvres leurs maigres revenus. Ensuite, chaque membre devait recevoir une part suffisante, appelée «héritage», du trésor commun pour permettre à cette personne de continuer dans l’artisanat, les affaires ou la profession libérale comme elle le désirait. Le fermier recevait la terre et l’équipement; l’artisan, les outils et les matériaux; le négociant, le capital nécessaire; la personne exerçant une profession libérale, les instruments, les livres et autres. Les membres travaillant pour d’autres devaient recevoir des intérêts proportionnels dans les entreprises qu’ils servaient. Personne ne serait sans propriété. Tous auraient un héritage (Widtsoe, pp. 302-303).
L’héritage d’une personne devait se composer de biens personnels qu’elle devait gérer de manière permanente et à son gré à son profit et à celui de la famille. Si la personne se retirait de l’ordre, elle pourrait emporter son héritage, mais elle n’aurait aucun droit sur les donations ou les biens excédentaires déposés au commencement dans le trésor commun (D&A 51:3-6). Au bout d’un an ou d’une période déterminée, le membre qui avait gagné plus que nécessaire pour sa famille devait confier volontairement l’excédent au trésor commun. Les bénéfices substantiels devaient être administrés par le groupe plutôt que par une seule personne. Les hommes et les femmes qui, en dépit de leur diligence, avaient des pertes de fonctionnement se verraient compenser leurs pertes par le trésor général pour pouvoir recommencer ou pourraient – avec leur accord – être placés dans une activité convenant mieux à leurs dons. En bref, le trésor général devait installer chaque personne dans son domaine préféré et s’occuper de ceux qui n’arrivaient pas à tirer profit de leur héritage. Le trésor général, détenant les excédents des membres, devait également financer les travaux publics et permettre toutes les entreprises de la communauté décidées par le groupe (D&A 104:60-77).
J. Reuben Clark, Jr., conseiller dans la Première Présidence, a expliqué que la loi de consécration, telle qu’elle fut pratiquée, n’était pas une vie entièrement communale. Il n’y avait pas de table commune. Chaque famille vivait de son côté. Les biens qui n’étaient pas rendus au donateur par le consentement mutuel du donateur et de l’évêque devenaient propriété de l’Église et étaient mis dans le magasin de l’évêque. Chaque membre de l’Église avait un accès égal au contenu du magasin selon les besoins et la situation personnels et les besoins de la famille (Clark, p. 3).
EFFORTS POUR VIVRE LA LOI DE CONSÉCRATION. Un premier effort pour vivre la loi de consécration fut tenté en mai 1831 à Thompson (Ohio) par les membres de la branche de Colesville venue de New York et installée là. Il y eut des complications quand un des participants reprit son terrain et que certains des membres partirent pour le Missouri pour aider à la création du lieu central de Sion avant que la pratique ne puisse s’enraciner (Stewart, p. 125). Les efforts persistants pour apporter les améliorations nécessaires à l’application de la loi en Ohio finirent par échouer. On fit en même temps une tentative semblable pour instaurer la loi de consécration et d’intendance au Missouri, mais l’intolérance et les querelles entre certains des saints ainsi que l’absence de surplus à consacrer la firent échouer (voir Consécration en Ohio et au Missouri ci-dessous).
Après ces échecs du début, le Seigneur adapta les exigences de la loi de consécration aux capacités des saints et révéla la loi de la dîme comme pratique à suivre (HC 3:44; D&A 119). Bien qu’elle n’exige pas de tout donner au Seigneur, la dîme enseigne les éléments fondamentaux sur lesquels repose le caractère d’un peuple de Sion: maîtrise de soi, générosité, amour de ses semblables, amour pour Dieu et désir d’établir le royaume de Dieu. En donnant la dîme pendant plus d’un siècle, les saints prouvèrent leur capacité de vivre ce commandement et cela les prépara à accepter aussi le programme d’entraide présenté en 1936 par Heber J. Grant, président de l’Église (CR, oct. 1936, p. 3). Cinq ans après, J. Reuben Clark, Jr., observa que les pratiques de la dîme, des dons de jeûne et de l’entraide de l’Église avaient rapproché davantage les membres des principes originaux de l’ordre uni et de la loi de consécration (CR, oct. 1942, p. 57).
Pour ce qui concerne le futur, Sion ne peut être rachetée que par l’obéissance à la loi de consécration. Le moment venu, les dirigeants du Seigneur mettront en application le programme. On ignore quel procédé sera révélé, mais les saints des derniers jours prévoient que tous les participants finiront par adopter les principes de l’intendance, de l’égalité, du libre arbitre et de la responsabilité et que les buts recherchés dès le départ seront atteints (D&A 78:7, 14; 82:14).

Bibliographie
Clark, J. Reuben, Jr. "Testimony of Divine Origin of Welfare Plan." Deseret News, Church Section, 8 août 1951, p. 3.
Cook, Lyndon W. Joseph Smith and the Law of Consecration. Provo, Utah, 1985.
Nelson, William O. "To Prepare a People." Ensign 9, janv. 1979, pp. 18-23.
Stewart, George, et al. Priesthood and Church Welfare. Salt Lake City, 1939.
Widtsoe, John A. Evidences and Reconciliations. Salt Lake City, 1943.
FRANK W. HIRSCHI

Consécration: Consécration en Ohio et au Missouri
Auteur: ANDERSON, KARL RICKS

Les principes de la consécration furent mis en application sous diverses formes dans les années 1830 en Ohio et au Missouri pour pourvoir aux besoins des pauvres et d’une Église financièrement en difficulté (voir Kirtland, Ohio; Kirtland, économie). Beaucoup parmi les saints des derniers jours émigrant en Ohio et au Missouri n’avaient pas les moyens de s’entretenir et l’Église avait peu de ressources pour construire des bâtiments tels que le temple ou pour financer des publications. Les diverses mises en application de la loi de consécration permirent de répondre à ces besoins pratiques ainsi que d’enseigner aux participants à vivre une loi céleste.
La loi de consécration ne fut jamais pratiquée complètement en Ohio, mais fut mise en application sous plusieurs formes entre 1831 et 1839 au Missouri. Sous sa forme de 1831, la loi de consécration exigeait de tous les participants ou «intendants» qu’ils consacrent ou transfèrent leurs possessions au magasin de l’Église. L’évêque rendait alors à chaque personne ou famille une «intendance» en terres, en argent et en autres biens selon ses justes besoins. Les bénéfices excédentaires produits par ces intendances étaient versés au magasin pour aider les pauvres et pour servir à d’autres fins générales. Pour administrer le système, des évêques et des magasins distincts furent installés dans les deux centres de l’Église : Kirtland et Missouri.
En 1833, la pratique de la consécration fut modifiée pour intégrer la possession privée des intendances et en 1838, le principe de la dîme introduisit un autre changement. La loi de la dîme exigeait des saints qu’ils donnent «tout le surplus de leurs biens» à l’évêque et, par la suite, «annuellement un dixième de tous leurs revenus» (D&A 119:1, 4).
La mise en application de la consécration fut difficile pour les premiers saints des derniers jours et ne se produisit que par intermittence. Les saints appauvris du Missouri furent chassés et persécutés par les émeutiers et perdirent à plusieurs reprises leurs biens, leurs terres et leur récoltes. Les biens de l’Église furent souvent pris ou détruits (voir Conflit au Missouri). Dans de telles circonstances, la plupart des membres avaient besoin de plus pour leur intendance que ce qu’ils pouvaient contribuer au fonds commun des ressources. D’autres étaient réticents à donner leur excédent et certains qui avaient quitté l’Église eurent recours à des moyens juridiques pour récupérer les biens consacrés. Face à de tels obstacles, les efforts sincères de certains saints fidèles pour mettre la loi en application sont d’autant plus remarquables.
La Firme Unie, plus généralement connue sous le nom d’Ordre Uni, une entreprise basée sur les principes de la consécration, fut une deuxième application, plus limitée, de la consécration, qui fonctionna à Kirtland, avec une branche au Missouri, de mars 1832 à avril 1834. Une douzaine d’hommes consacrèrent leurs possessions et reçurent des intendances dans cette entreprise. Les excédents devaient aller au magasin pour imprimer les révélations et pour répondre aux autres besoins de l’Église. La firme fut dissoute quand les remboursements de prêts ne purent être effectués.
La Firme Littéraire, une troisième application des principes de la consécration, dura plus longtemps que les deux autres. Créée en novembre 1831 pour imprimer les révélations et d’autres publications pour l’Église, elle fonctionna sous plusieurs formes jusqu’en août 1837. Après les émeutes de 1833 au Missouri, les travaux d’impression furent transférés d’Independence à Kirtland. Il y eut jusqu’à huit hommes qui furent désignés comme intendants des révélations et qui consacrèrent leurs efforts à réaliser la publication. Bien que constamment assaillie par des problèmes, la société publia les Doctrine et Alliances (1ère éd.), le Livre de Mormon (2ème éd.) et d’autres livres et périodiques de l’Église.

Bibliographie
Arrington, Leonard J., Feramorz Y. Fox, et Dean L. May. Building the City of God: Community and Cooperation Among the Mormons. Salt Lake City, 1976.
Cook, Lyndon W. Joseph Smith and the Law of Consecration. Salt Lake City, 1985.
KARL RICKS ANDERSON

Conseil dans les cieux
Auteur: LUND, JOHN L.

L’expression Conseil dans les cieux ou Grand Conseil dans les cieux désigne une réunion de Dieu le Père avec ses fils et ses filles d’esprit pour discuter des modalités et des conditions selon lesquelles ces esprits pourraient venir sur la terre en tant qu’êtres physiques. Elle n’apparaît pas dans les Écritures, mais est utilisée par le prophète Joseph Smith à propos de ces activités prémortelles auxquelles il est fait allusion dans plusieurs Écritures (Job 38:4-7; Jé. 1:5; Ap. 12:3-7; Al. 13:3-9; D&A 29:36-38; 76:25-29; Moï. 4:1-4; Abr. 3:23-28; cf. EPJS, pp. 281, 289, 296; T&S 4, 1er févr. 1843, p. 82).
L’un des buts du conseil dans les cieux était de donner aux esprits l’occasion d’accepter ou de rejeter le plan de salut du Père, qui proposait la création d’une terre où ses enfants d’esprit pourraient demeurer, chacun dans un corps physique. Cette vie servirait de mise à l’épreuve «pour voir s’ils [feraient] tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commander[ait]» (Abr. 3:25). Les esprits de toute l’humanité étaient libres d’accepter ou de rejeter le plan du Père mais ils étaient également responsables de leur choix. La Création, la Chute, la condition mortelle, l’Expiation, la Résurrection et le jugement final furent envisagés et expliqués au Conseil (EPJS, p. 177, 281-282; MD, pp. 163-164; voir aussi Premier état). Le plan prévoyait les erreurs dues au manque d’expérience et au péché et prévoyait des remèdes. Beaucoup d’esprits furent préordonnés à des rôles et à des missions spécifiques pendant leur expérience terrestre, en fonction de leur bonne volonté et de leur fidélité dans la sphère prémortelle et leur promesse de rester fidèles sur la terre. Le prophète Joseph Smith explique: «Quiconque est appelé à exercer un ministère auprès des habitants du monde a été ordonné à ce but même dans le grand conseil des cieux avant que le monde fût. Je suppose que c’est dans ce Grand Conseil que j’ai été ordonné à cet office même» (EPJS, p. 296; cf. 1 Pi. 1:20; Jé. 1:5; Abr. 3:22-23).
Bien qu’on le présente comme un conseil unique, il a pu y avoir des réunions multiples où l’on a enseigné l’Évangile et où des désignations ont été faites. Jésus et les prophètes ont été préordonnés lors de ce conseil. Un rédempteur devait accomplir la double mission de racheter l’humanité de la mort physique et de la mort spirituelle causées par la chute d’Adam et d’assurer la rédemption, après repentir, pour les péchés commis par les personnes. À un certain moment du conseil, le Père demanda: «Qui enverrai-je [comme Rédempteur]?» Jésus-Christ, alors connu comme étant le grand JE SUIS et comme Jéhovah, répondit: «Me voici, envoie-moi» et accepta de suivre le plan du Père (Moï. 4:1-4; Abr. 3:27). S’inscrivant en faux contre ce plan, Lucifer se proposa moyennant un amendement au plan de salut conçu par le Père, amendement qui ne respecterait pas le libre arbitre de l’humanité. La proposition visait également à élever Lucifer au-dessus du trône de Dieu. La réponse du Père fut: «J’enverrai le premier» (voulant dire Jéhovah). Lucifer se rebella et devint Satan ou «le diable». Une division se produisit parmi les esprits et aucun d’eux ne resta neutre (DS 1:69). Il y eut guerre dans les cieux (Ap. 12:7-8) et le tiers des armées qui suivirent Lucifer fut chassé (Ap. 12:4; D&A 29:36). Ces esprits rebelles furent précipités avec Lucifer sur la terre sans corps physique (Ap. 12:9; cf. És. 14:12-17). Le prophète Joseph Smith explique: «Le conflit dans les cieux provient de ce que Jésus dit qu’il y aurait certaines âmes qui ne seraient pas sauvées et le diable dit qu’il pouvait les sauver toutes et exposa ses plans au grand conseil, lequel donna son vote en faveur de Jésus-Christ. Le diable se souleva donc contre Dieu, se révoltant contre lui, et il fut précipité avec tous ceux qui prirent son parti» (EPJS, p. 290). Notre Père céleste et les esprits fidèles dans les cieux pleurèrent sur eux (D&A 76:25-29). Satan et ses disciples sont toujours en guerre contre ces esprits qui sont venus au monde dans la condition mortelle (Ap. 12:9; cf. «Guerre dans les cieux» p. 788).

Bibliographie
Bible Dictionary. "War in Heaven." Dans LDS Edition of the King James Version of the Bible, p. 788. Salt Lake City, 1977.
McConkie, Joseph F. "Premortal Existence, Foreordinations and Heavenly Councils". Dans Apocryphal Writings and the Latter-day Saints, dir. de publ. W. Griggs, pp. 173-198. Provo, Utah, 1986.
JOHN L. LUND

Consentement commun
Auteur: QUINN, ROBERT E.

Le consentement commun est un principe fondamental de la prise de décision à tous les niveaux de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Quand ils choisissent de nouveaux dirigeants et prennent des décisions administratives, les dirigeants de l’Église sont tenus de chercher la volonté de Dieu. Une fois que le Seigneur a fait connaître sa volonté et qu’une décision est prise, l’affaire est portée devant le collège ou le groupe concerné de membres de l’Église, lequel est invité à soutenir la mesure ou à s’y opposer. Grâce à ce processus, l’Église peut être dirigée par révélation, tout en protégeant le libre arbitre des membres de s’assurer personnellement si les décisions ont été correctes et prises selon la volonté de Dieu.
Le principe du consentement commun fonctionne dans l’Église depuis son commencement, bien que les pratiques proprement dites dans lesquelles ce principe fonctionne aient évolué sensiblement. La révélation sur le gouvernement de l’Église, reçue quand elle a été organisée en avril 1830, dit: «Nul ne doit être ordonné à un office dans l’Église, lorsqu’il y a une branche dûment organisée de celle-ci, sans le vote de cette église» (D&A 20:65). Cette règle fut soulignée à nouveau trois mois plus tard: «tout se fera par le consentement commun dans l’Église» (D&A 26:2). Les pratiques des saints peuvent avoir été influencées au cours de ces toutes premières années par le modèle de gouvernement théocratique du Livre de Mormon qui gérait ses «affaires par la voix du peuple» (Mosiah 29:25-26), et par l’exemple biblique (par exemple, Ex. 24:3; No. 27:19).
Il ressort des comptes rendus de certaines réunions et conférences des débuts de l’Église que beaucoup de dirigeants de l’Église provenant de la Nouvelle-Angleterre considéraient que les membres devaient être directement impliqués lors des réunions de prise de décision, notamment en faisant des propositions sur les questions de politique à suivre, conformément au procédé parlementaire courant dans les réunions publiques, et en votant quand il s’agissait de prendre les décisions finales. Il arrivait que des membres exercent à titre personnel la prérogative de convoquer une réunion et, une fois qu’elle était en cours, n’importe qui avait le droit de s’adresser au groupe. La direction de leurs réunions suivait le modèle congrégationaliste qu’ils connaissaient bien. Cependant, les premiers saints des derniers jours ne tardèrent pas à se rendre compte que le fait d’avoir un prophète à leur tête était une réalité dont il fallait tenir compte dans la prise de décision, et qu’ils ne pourraient pas suivre le modèle congrégationaliste traditionnel sans nier l’autorité et les révélations que Dieu avait accordées à Joseph Smith, celles-ci étant les éléments essentiels du rétablissement qui les avaient réunis dans l’Église.
Un incident qui se produisit en septembre 1830, lors duquel Hiram Page prétendit avoir reçu des révélations pour la direction de l’Église, mit la question à l’ordre du jour. La prétention de Page à être un deuxième révélateur, qui sema le trouble chez Oliver Cowdery et d’autres membres de l’Église, fut l’occasion d’une révélation donnée à Joseph Smith clarifiant le rôle distinctif de Joseph en tant que prophète. Cette révélation disait aussi que «tout doit se faire avec ordre et par consentement commun dans l'Église» (D&A 28:13). L’autorité de Joseph Smith et de ses successeurs dans la fonction de président de l’Église continua à être éclaircie les années suivantes par d’autres révélations (D&A 107:65-67, 91-92) et le principe qu’il fallait obtenir le vote de soutien des membres de l’Église fut également réaffirmé à plusieurs reprises (D&A 38:34; 42:11; 102:9; 124:144). Lorsque les conseils de prêtrise et les collèges de prêtrise furent introduits dans l’organisation de l’Église, ce furent surtout eux qui se virent confier la responsabilité de l’examen général des questions de politique intérieure et de la prise de décision lors des sessions de conseil et ce fut moins un point de l’ordre du jour des conférences, qui, de leur côté, se concentrèrent plus sur la prédication de l’Évangile.
Aujourd’hui l’Église continue à fonctionner par révélation divine et consentement commun. Les appels à des postes dans l’Église à tous les niveaux de l’organisation et l’ordination à la prêtrise se font par l’inspiration des dirigeants autorisés et sont ensuite portés devant l’assemblée concernée pour avoir son soutien ou son opposition. Les membres ne proposent pas des personnes à un office, mais sont invités à émettre leur vote de soutien aux décisions des conseils de présidence en levant la main droite et n’importe qui peut émettre un vote d’opposition de la même manière. Ce procédé est également suivi quand il s’agit d’accepter des révélations importantes et des ajouts aux Écritures.
Selon une pratique beaucoup moins visible mais tout aussi importante, les décideurs à tous les niveaux présentent les décisions de politique et les appels aux conseils de la prêtrise pour que ceux-ci donnent leurs commentaires et leur approbation. Au niveau local, l’évêque discute d’habitude des décisions avec ses conseillers dans l’épiscopat avant de présenter un sujet au vote de soutien des membres de la paroisse. Sur beaucoup de décisions de politique et de programmes, l’épiscopat consulte le conseil de paroisse et s’efforce d’obtenir le consensus dans ce groupe avant d’agir. De la même manière, le président de pieu consulte ses conseillers dans la présidence de pieu et puis le grand conseil. La Première Présidence procède de la même façon lors des réunions régulières avec le Collège des douze apôtres pour ce qui est de la politique générale de l’Église et des mesures à prendre.
L’unanimité est l’idéal pour tous ces processus de décision à cause de l’importance de l’unité dans l’Église: «Si vous n'êtes pas un, vous n'êtes pas de moi» (D&A 38:27). Les trois collèges qui président l’ensemble de l’Église ont une autorité égale dans leur sphère propre (D&A 107:22-26), mais leurs décisions n’ont «le même pouvoir ou la même validité» qu’une fois prises «à l’unanimité des voix» du collège (D&A 107:27). Il faut ce qui semble être de longues périodes pour que des décisions importantes prennent forme parce que les collèges tiennent beaucoup à réaliser l’unanimité.
À cause de l’accent mis sur la direction divine et prophétique et à cause de normes et de valeurs bien établies dans les processus de prise de décision, les contestations publiques concernant une proposition d’appel ou de politique sont rares. Il y a, cependant, des mécanismes qui permettent de tenir compte des divergences d’opinion. Normalement, si un ou plusieurs membres trouvent à redire à la mesure proposée, ils sont invités à rencontrer l’officier président en privé pour lui faire part de la raison de la question ou de l’objection. Après avoir examiné les objections, les officiers présidents sont libres de prendre la décision qu’ils pensent être juste.
Bibliographie
Cannon, Donald Q., et Lyndon W. Cook, dir. de publ. Far West Record : Minutes of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 1830-1844. Salt Lake City, 1983.
Quinn, D. Michael. « The Evolution of the Presiding Quorums of the LDS Church ». Journal of Mormon History 1, 1974, pp. 21-38.
Widtsoe, John A. Evidences and Reconciliations, pp. 269-275. Salt Lake City, 1960.
Zuckerman, Michael. Peaceable Kingdoms. New York, 1970.

ROBERT E. QUINN

Contributions financières
Auteur: NADAULD, STEPHEN D.

Les membres de l’Église peuvent apporter leurs contributions financières de plusieurs manières, notamment par le paiement de la dîme, l’offrande de dons de jeûne et des contributions à l’œuvre missionnaire. Chaque type de contribution vise un but spécifique et est basé sur les exhortations des Écritures anciennes et modernes (Mal. 3:8; D&A 119:4; cf. 2 Ch. 3:5-12; Ro. 15:26).
Le paiement de la dîme est attendu de chaque membre quels que soient son âge, le niveau de ses revenus ou sa situation. Les saints des derniers jours fidèles donnent annuellement un dixième de leurs revenus à l’Église. Les membres considèrent ces fonds de dîme comme de l’argent sacré et les dirigeants gèrent soigneusement leur utilisation à chaque niveau d’organisation de l’Église. La dîme est utilisée pour payer la plupart des dépenses de fonctionnement de l’Église et finance maintenant aussi la construction de bâtiments, notamment d’églises et de temples.
Le don de jeûne est un deuxième type de contribution financière attendu de tous les membres de l’Église. Une fois par mois, ceux-ci doivent se priver de nourriture pour au moins deux repas et contribuer l’équivalent de l’argent ainsi épargné comme « don de jeûne » pour aider les pauvres et les nécessiteux. Ces contributions sont réparties aux niveaux local et général de l’Église; elles sont partagées selon les nécessités dans toute l’Église et sont à la disposition des évêques locaux pour aider les personnes nécessiteuses de leurs paroisses. Dans des circonstances extraordinaires, comme dans le cas de la famine de 1985 en Éthiopie, l’Église a demandé un jeûne spécial pour lever des fonds de secours pour un désastre précis (voir Aide économique; Service humanitaire). Pendant de nombreuses années, la valeur des deux repas non consommés pendant le jeûne a déterminé le montant de la contribution mensuelle du don de jeûne. Aujourd’hui, les dirigeants de l’Église demandent que le montant de l’offrande volontaire soit associé moins à la valeur des deux repas et plus à la capacité de répondre généreusement aux besoins.
Un troisième type de contribution fait par les membres de l’Église soutient l’œuvre missionnaire, une activité importante de l’Église qui est financée en grande partie par les familles. Les jeunes gens et les jeunes filles peuvent être «appelés» en mission, habituellement à dix-neuf et vingt et un ans respectivement et sont responsables de la majeure partie de leur propre soutien financier, notamment la nourriture, le loyer, les vêtements et le transport local. Les frais importants de déplacement et de soins médicaux sont payés par les fonds de l’Église. Les parents et les dirigeants de l’Église invitent les jeunes à commencer à gagner et à épargner dès leur enfance de l’argent pour leur mission. Les apports des parents, des membres de la famille et des amis complètent les fonds des missionnaires pour constituer le soutien financier total nécessaire. Depuis 1991, le soutien des missionnaires est donné directement à l’Église à un taux uniforme, mais est redistribué par l’Église aux missionnaires selon les coûts variables de la vie dans les différentes régions du service missionnaire. Les couples mariés peuvent aussi être appelés en mission, et eux aussi sont responsables de leur soutien financier.
Les membres remettent confidentiellement la dîme et les autres dons à leur évêque local. Chaque évêque de paroisse reçoit la dîme et la remet aux bureaux centraux de l’Église. Avec l’aide du greffier financier, l’évêque remet une fiche de dons aux donateurs et enregistre tout. Une fois par an, il passe confidentiellement en revue le relevé des dons avec chaque membre. Les enregistrements des dons sont expédiés au siège de l’Église selon des pratiques uniformes. Les dirigeants de pieu font des audits réguliers de ces enregistrements et de ces pratiques.
L’évêque, aidé par d’autres dirigeants de paroisse, établit et envoie un budget annuel de paroisse qui doit être approuvé par le président de pieu (voir Budget de paroisse). L’importance du financement est déterminée par le nombre des membres et l’activité de la paroisse. L’un des résultats de ce procédé est que les dépenses locales sont déterminées par les besoins locaux et pas par les ressources des membres d’une paroisse donnée.
Jusqu’en 1990, les budgets de fonctionnement de paroisse dépendaient essentiellement des dons des membres locaux faits en plus de la dîme, du don du jeûne et des contributions au fonds missionnaire. Les activités des jeunes et des adultes, les manuels et le matériel pédagogique, ainsi que l’entretien du bâtiment étaient financés localement. Depuis 1990, la dîme payée par les membres de l’Église sert à financer tous les programmes et activités locaux ainsi que l’entretien des bâtiments. Les membres prennent en charge une partie de l’entretien à titre de service bénévole.
La manière de financer la construction des bâtiments de l’Église a également varié considérablement avec le temps. Pendant de nombreuses années, la construction des églises a été financée en grande partie par les contributions des membres locaux qui allaient utiliser le bâtiment. Ces dons au fonds de construction venaient en plus de la dîme, du don de jeûne et du fonds missionnaire payés par les membres de l’Église. L’argent pour le fonds de construction pouvait être obtenu en demandant une quote-part aux membres, par toutes sortes de projets de levée de fonds (banquets, fêtes, etc.) et parfois par des dons de main-d’œuvre et de matériaux (voir Programme de construction). Les temples, qui sont des bâtiments réservés à des cérémonies religieuses spéciales, ont été financés pendant de nombreuses années plus ou moins de la même façon que les églises locales. Aujourd’hui les églises et les temples sont construits en grande partie avec les fonds de dîme.
L’Église n’ayant pas de clergé professionnel, elle est administrée à tous les niveaux par la participation et la direction de laïcs et les dirigeants autres que les Autorités générales donnent de leur temps et de leurs talents sans rémunération. Ainsi, des événements tels que les mariages, les enterrements et les baptêmes sont organisés par des laïcs dans les bâtiments appartenant à l’Église sans que les membres n’aient à payer pour les services ou les locaux. Étant donné qu’elles sont obligées de quitter leur métier pour œuvrer à temps plein pour l’Église, les Autorités générales reçoivent une allocation modeste provenant des revenus procurés par les investissements de l’Église.
STEPHEN D. NADAULD

Conversion
Auteur : SMITH, KAY H.

Depuis le commencement jusqu’à nos jours, l’Église a eu une forte orientation missionnaire. Elle enseigne que la conversion est essentiellement un processus de repentir et une expérience spirituelle personnelle (voir Témoignage ; Expérience religieuse ; Devenir membre de l’Église).
NATURE DE LA CONVERSION. Les sociologues ont avancé un certain nombre de théories pour expliquer pourquoi les gens sont susceptibles de se convertir à une autre confession religieuse. Pour Glenn M. Vernon, la conversion implique plusieurs sous-processus qui doivent être expliqués, notamment (1) la façon dont le converti prend conscience du groupe possédant l’idéologie, (2) l’acceptation de nouvelles définitions religieuses et (3) l’intégration du nouveau converti dans le groupe. John Lofland et Rodney Stark voient dans la conversion un processus de résolution de problèmes dans lequel l’individu utilise les équipements, les programmes et l’idéologie de l’organisation pour résoudre divers problèmes de la vie. Plus récemment, David A. Snow, Louis A. Zurcher et Sheldon Ekland-Olson ont mis l’accent sur le fait que la proximité structurelle, la disponibilité et l’interaction affective avec les membres de la nouvelle confession sont les influences qui ont le plus de chances de déterminer ceux qui vont s’y rallier. Pour Roger A. Straus, la conversion religieuse est une initiative de la personne qui se convertit. Il pense que les théories précédentes se concentrent trop fortement sur l’idée que la conversion est quelque chose qui arrive à une personne en raison de circonstances externes à elle-même. De même, C. David Gartrell et Zane K. Shannon avancent que la conversion doit être caractérisée comme un choix rationnel basé sur l’évaluation que la recrue fait des résultats sociaux et cognitifs de la conversion ou du refus de conversion.
Il est certain qu’une sortie de crise, la proximité sociale avec des membres de l’Église et la résolution de problèmes personnels interviennent dans une certaine mesure au moins dans certaines conversions. Cependant, les recherches sur les personnes qui se sont converties à diverses églises, (Snow et Phillips ; Heirich) dont l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Seggar et Kunz), n’ont pas apporté un grand appui à la théorie de la résolution de problèmes de Lofland et Stark. Les recherches faites par David A. Snow et Cynthia L. Phillips et par Max Heirich vont plutôt dans le sens de l’influence des réseaux sociaux dans la conversion.
Les théories scientifiques ne parlent cependant pas de l’influence, dans la conversion, du Saint-Esprit qui est l’élément dominant dans ce que les saints des derniers jours entendent par conversion. L’apparition de Jésus-Christ à Paul sur le chemin de Damas (Ac. 9:1-9) n’entre dans aucune catégorie théorique profane. Paul ne cherchait pas une nouvelle foi pour résoudre des problèmes dans sa vie. Il n’a pas commencé à servir le Christ pour être accepté par ses amis. Il a persécuté les chrétiens parce qu’il pensait qu’ils avaient apostasié de la vraie foi. Homme religieux, il a reconnu la voix de Dieu quand elle lui a parlé.
On trouve des récits de conversion semblables dans le Livre de Mormon. Par exemple, tandis qu’ils s’en allaient enseigner que la religion de leurs pères n’était pas vraie, Alma le Jeune et les fils du roi Mosiah 2 furent arrêtés par l’ange du Seigneur qui leur demanda pourquoi ils persécutaient les croyants. Alma le Jeune fut frappé de mutisme et tomba par terre, incapable de bouger. Tandis que son père et d’autres jeûnaient et priaient pour lui pendant deux jours et deux nuits, il connut une souffrance atroce et finit par implorer la miséricorde de Jésus-Christ pour qu’il lui ôte ses péchés. Immédiatement, la souffrance disparut et son âme fut remplie d’une joie exquise (Al. 36:6-22). Il se leva et proclama qu’il était né de nouveau par l’Esprit du Seigneur. Alma et les fils de Mosiah consacrèrent le reste de leur vie à prêcher le Christ et à faire beaucoup de bonnes œuvres (Mos. 27:8-31; cf. la nouvelle naissance spirituelle du peuple de Zarahemla du temps du roi Benjamin dans Mosiah 4-5).
La plupart des conversions ne sont pas aussi spectaculaires que celles de Paul et d’Alma le Jeune et des fils de Mosiah. La conversion d’Alma l’Ancien est plus proche de ce que ressentent la plupart des gens qui deviennent membres de l’Église (Mos. 17:2-4; 18:1). Quand Abinadi les appela, lui et les autres prêtres du méchant roi Noé, au repentir, Alma sut dans son cœur qu’Abinadi avait dit la vérité. Il se repentit de ses péchés et commença à garder les commandements, qu’il connaissait déjà. Cela produisit un changement crucial dans sa vie.
De ces exemples et d’autres récits du processus de conversion, il ressort que la conversion «n’implique pas une simple acceptation mentale de Jésus et de son enseignement mais également une foi motivante en lui et en son Évangile, une foi qui accomplit une transformation, un changement réel dans la compréhension que l’on a du sens de la vie et dans sa fidélité à Dieu – en intérêt, en pensée et en conduite» (Romney, p. 1065). La conversion implique une nouveauté de vie, qui est réalisée quand on reçoit le pardon divin qui remet les péchés (voir Né de Dieu). Elle se caractérise par la volonté de faire continuellement le bien, l’abandon de tous les péchés et la guérison de l’âme par le pouvoir du Saint-Esprit, étant rempli de paix et de joie (cf. Romney, p. 1066).
PROCESSUS DE LA CONVERSION A L’ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST DES SAINTS DES DERNIERS JOURS. Les trois sous-processus proposés par Vernon correspondent tout à fait aux trois aspects les plus évidents de la conversion à l’Église. Le premier est «la façon dont le converti prend conscience du groupe possédant l’idéologie». Ceci correspond à ce qu’on appelle dans les milieux missionnaires mormons «trouver». Les gens entrent de différentes façons en contact avec les missionnaires. La source la plus efficace est la référence donnée par les membres de l’Église qui invitent des amis ou des membres de la famille à rencontrer les missionnaires pour qu’ils leur parlent de l’Évangile. Une deuxième manière, c’est le porte à porte par les missionnaires pour inviter les gens à se renseigner sur l’Église. Ils peuvent également parler avec les gens qu’ils rencontrent dans la rue ou dans n’importe quelle autre forme de contact social normal. Les missionnaires installent de temps en temps des stands aux foires ou aux expositions. L’Église met aussi des annonces dans les médias pour proposer de la documentation sur l’Église. Elle gère également plusieurs centres de visiteurs, habituellement dans le voisinage d’un temple de l’Église ou d’un site historique. Les deux les plus connus sont ceux de Temple Square à Salt Lake City et de la cité historique de Nauvoo, en Illinois. Tous ces centres pour visiteurs donnent aux personnes intéressées l’occasion d’accepter des visites des missionnaires pour les instruire.
Le deuxième des sous-processus de Vernon, l’acceptation de nouvelles définitions religieuses, correspond à la deuxième grande activité missionnaire, l’enseignement. Les missionnaires enseignent les principes de base du plan du salut de Dieu. Ils invitent ceux qu’ils instruisent à en apprendre plus en étudiant la Bible et le Livre de Mormon par eux-mêmes. Ils encouragent, informent, enseignent et témoignent. L’étude est une partie importante du processus de conversion, parce que l’intellect joue un rôle quand l’ami de l’Église apprend à comprendre et à méditer la sagesse, la logique et l’éthique des principes de l’Évangile. Comme B.H. Roberts l’a dit un jour: «Il arrive fréquemment que la présentation d’un sujet, faite convenablement, rende sa véracité évidente… Pour être connue, la vérité doit être énoncée et plus l’énoncé est clair et complet, meilleure sera l’occasion pour le Saint-Esprit de témoigner à l’âme de l’homme que l’œuvre est vraie» (Vol. 2, pp. vi-vii).
Les convertis éventuels sont invités à demander par la prière le témoignage spirituel du Saint-Esprit pour leur faire connaître la vérité. Comme Roberts l’a dit concernant le Livre de Mormon: «[Le Saint-Esprit] doit toujours être la source principale de preuve de la véracité du Livre de Mormon. Toute autre preuve est secondaire à celle-ci, la principale et l’infaillible. Aucune logique, aussi habilement qu’elle soit construite, aucun argument, aussi adroitement qu’il soit conçu, ne pourront jamais prendre sa place» (pp. vi-vii). Une citation du Livre de Mormon est généralement utilisée pour inviter le converti éventuel à rechercher cette manifestation spirituelle de l’exactitude du Livre de Mormon et du message de l’Évangile : «Et lorsque vous recevrez ces choses, je vous exhorte à demander à Dieu, le Père éternel, au nom du Christ, si ces choses ne sont pas vraies; et si vous demandez d'un cœur sincère, avec une intention réelle, ayant foi au Christ, il vous en manifestera la vérité par le pouvoir du Saint-Esprit.» (Mro. 10:4).
La plupart des convertis à l’Église ne semblent pas avoir des caractéristiques personnelles qui les prédisposent à la conversion. Bien que ceux qui commencent à examiner l’Église aient tendance à être plus jeunes que la moyenne de la population et à être un peu plus souvent des femmes, ces facteurs ne prédisent pas qui acceptera finalement le baptême. Ceux qui recherchent le baptême n’ont pas tendance à avoir plus de problèmes personnels que ceux qui n’en veulent pas, et ils ne diffèrent pas non plus de manière importante des autres personnes dans les traits de caractère ou les dispositions personnelles.
La conversion à l’Église n’est habituellement pas précipitée. Le processus commence par les premiers signes d’intérêt et peut continuer pendant de nombreuses années, même après le baptême. Ce n’est pas simplement une question d’acceptation et de foi aux enseignements de l’Église. Beaucoup qui acceptent le baptême disent qu’ils ne comprennent pas entièrement les enseignements, mais qu’ils en sont venus à sentir qu’accepter le baptême est la bonne chose à faire. La plupart d’entre eux parviennent à une compréhension et à une acceptation plus complètes de la doctrine de l’Église quand ils s’intègrent en devenant membres. Ce genre d’intégration est le troisième processus mentionné par Vernon (voir Intégration des membres).
Devenir membre de l’Église a de plus grandes implications que le simple fait d’adopter un nouvel ensemble de croyances religieuses. Pour beaucoup de nouveaux membres, cela signifie adopter un nouveau mode de vie tout à fait différent de celui auquel ils étaient accoutumés. Pour presque tous les nouveaux membres, cela signifie également qu’ils s’intègrent à un nouveau réseau social d’amis et de connaissances. Dans certains cas, le nouveau membre de l’Église est rejeté et banni par la famille et les anciens amis. Cette transition sociale est facilitée si le nouveau converti s’est précédemment fait des amis et des connaissances parmi des membres de l’Église.
ŒUVRE MISSIONNAIRE DANS L’ÉGLISE. Ceux qui ont été convertis veulent habituellement parler de leur nouvelle foi à d’autres (cf. Perry, pp. 16-18). Paul, Alma l’Ancien et Alma le Jeune ont enseigné passionnément la véracité de la mission salvatrice du Christ tout le reste de leur vie après leur conversion. Pour le converti qui aime les gens, il y a un équilibre à trouver entre avoir une tolérance véritable pour les croyances des autres et remplir le désir et l’obligation de leur faire part de la joie de la conversion. Les grandes religions juives et chrétiennes sont passées par des phases où l’esprit de prosélytisme était dominant et d’autres périodes où le désir de convertir était restreint (Marty et Greenspahn).
L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a fait un prosélytisme actif dès ses débuts. Ses dirigeants et ses membres ont accepté la tâche de proclamer l’Évangile rétabli «à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple» (Ap. 14:6; D&A 133:37), à tous ceux qui écoutent. Peu après l’organisation officielle de l’Église, Samuel Smith, un frère de Joseph Smith, est allé d’un endroit à l’autre, offrant le Livre de Mormon à ceux qui voulaient bien le recevoir. Les missionnaires n’ont pas tardé à amener des convertis des États-Unis, du Canada, d’Angleterre, de Scandinavie et d’Europe de l’Ouest.
Quand le gros des membres se fut installé dans l’Intermountain West, l’œuvre missionnaire continua. La responsabilité missionnaire fut de plus en plus donnée aux jeunes hommes qui ne s’étaient pas encore mariés. Leurs convertis continuèrent à émigrer vers l’Ouest américain jusque bien après le début du vingtième siècle, malgré le fait qu’à partir du changement de siècle, les dirigeants de l’Église eussent commencé à encourager les convertis à rester là où ils étaient et à édifier l’Église dans leur patrie.
Le taux de croissance de l’Église depuis 1860 n’a jamais été inférieur à trente pour cent par décennie. Depuis 1950, la croissance de l’Église a accéléré (voir Statistiques démographiques), progressant à plus de cinquante pour cent par décennie de 1950 à 1980 (Cowan).
Ces dernières années, l’Église est devenue de moins en moins une église confinée à l’Ouest des États-Unis. En 1960 encore, plus de la moitié des membres de l’Église se trouvaient dans l’Intermountain West, avec seulement dix pour cent en dehors des États-Unis. En 1980, presque un tiers des membres de l’Église vivaient en dehors des États-Unis, avec seulement quelque quarante pour cent dans l’Intermountain West. En 1989, moins d’un converti sur quatre était un citoyen américain.
La croissance de loin la plus forte du nombre de convertis en dehors des États-Unis s’est produite en Amérique latine, en particulier au Mexique, au Brésil, au Chili, au Pérou et en Argentine (voir Amérique du Sud, l’Église en). Il y a également eu une augmentation considérable du nombre de baptêmes en Asie et dans les Philippines. En 1979, il y avait trois missions aux Philippines; elles sont passées à douze en 1990 et le nombre annuel des baptêmes de convertis a triplé au cours de cette même période (voir Asie, l’Église en : Est de l’Asie). De nouvelles missions ont été ouvertes en Europe de l’Est en 1989 et en 1990. En 1990, l’Église avait plus de 40.000 missionnaires à plein temps dans 257 missions dans le monde.
Les saints des derniers jours croient, comme l’a dit le président Marion G. Romney : il se peut que «relativement peu parmi les milliards d’habitants de la terre soient convertis. Néanmoins… il n’y a aucun autre moyen par lequel les âmes des hommes malades du péché puissent être guéries ou pour qu’un monde perturbé trouve la paix» (p. 1067).

Bibliographie
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Heirich, Max. "Change of Heart: A Test of Some Widely Held Theories About Religious Conversion". American Journal of Sociology 83, nov. 1977, pp. 653-680.
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Marty, Martin E., et Frederick E. Greenspahn, dir. de publ. Pushing the Faith: Proselytism and Civility in a Pluralistic World. New York, 1988.
Perry, L. Tom. "When Thou Art Converted, Strengthen Thy Brethren", Ensign 4, nov. 1974, pp. 16-18.
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Snow, David A., et Cynthia L. Phillips. "The Lofland-Stark Conversion Model: A Critical Reassessment". Social Problems 27, avr. 1980, pp. 430-447.
Snow, David A., Louis A. Zurcher, Jr. et Sheldon Ekland-Olson. "Social Networks and Social Movements: A Microstructural Approach to Differential Recruitment". American Sociological Review 45, oct. 1980, pp. 787-801.
Straus, Roger A. "Religious Conversion as a Personal and Collective Accomplishment". Sociological Analysis 40, été 1979, pp. 158-165.
Vernon, Glenn M. Sociology of Religion, pp. 101-112. New York, 1962.
KAY H. SMITH

Cowdery, Oliver
Auteur: ANDERSON, RICHARD LLOYD

Oliver Cowdery (1806-1850) était, en 1830, le second en autorité par rapport à Joseph Smith (D&A 21:10-12) et fut le deuxième témoin de beaucoup d’événements clefs du rétablissement de l’Évangile. En tant que l’un des trois témoins du Livre de Mormon, il témoigna qu’un ange avait montré les plaques d’or et que la voix de Dieu avait proclamé qu’elles étaient traduites correctement. Il était avec Joseph Smith quand Jean-Baptiste leur rendit la Prêtrise d’Aaron et quand Pierre, Jacques et Jean les ordonnèrent à la Prêtrise de Melchisédek et à l’apostolat et de nouveau lors des visions importantes dans le temple de Kirtland (D&A 110).
Il provenait d’une famille de la Nouvelle-Angleterre avec de fortes traditions de patriotisme, d’individualité, d’instruction et de religion. Il naquit le 3 octobre 1806 à Wells, dans le Vermont. C’est sa sœur cadette qui nous donne les seuls renseignements fiables sur sa jeunesse: «Oliver a grandi à Poultney, comté de Rutland, Vermont, et quand il est arrivé à l’âge de vingt ans, il est parti pour l’état de New York où ses frères aînés étaient mariés et installés… Il a été employé de magasin jusqu’en 1829, quand il a enseigné à l’école de district de la localité de Manchester» (Lucy Cowdery Young à Andrew Jenson, 7 mars 1887, Archives de l’Église).
Pendant qu’il était en pension chez les parents de Joseph Smith, il apprit leurs convictions au sujet des annales antiques que leur fils traduisait de nouveau après que Martin Harris eut perdu le manuscrit en 1828. Le jeune instituteur pria et reçut les réponses que Joseph Smith mentionne dans une révélation (D&A 6:14-24). La première histoire du prophète dit que «le Seigneur apparut… à Oliver Cowdery et lui montra les plaques en vision et… ce que le Seigneur était sur le point de faire par moi, son indigne serviteur. Par conséquent il était désireux de venir écrire pour que je traduise» (PJS 1:10).
À partir du 7 avril jusqu’à la fin de juin 1829, quand ils finirent la traduction, Joseph dicta tandis qu’Oliver écrivait, avec «la plus grande gratitude» pour ce privilège (Messenger and Advocate 1:14). Oliver écrivit alors une lettre, exprimant un amour profond pour le Christ, un thème qui le suivit toute sa vie. Il raconta plus tard comment Joseph et lui interrompirent leur travail tandis qu’ils traduisaient le compte rendu du ministère du Sauveur en Amérique après sa résurrection, et comment, pendant qu’ils priaient à propos du baptême, ils entendirent «la voix du Rédempteur» et furent visités par Jean-Baptiste, qui leur donna l’autorité de baptiser (JS–H 1:71, note).
En 1835, Oliver aida Joseph Smith à corriger et à éditer les révélations pour les Doctrine et Alliances. La section 27 énumère les principaux messagers de prêtrise du Rétablissement: Jean-Baptiste, que «je vous ai envoyé, mes serviteurs Joseph Smith, fils, et Oliver Cowdery, pour vous ordonner à la première prêtrise que vous avez reçue» (D&A 27:8) et «Pierre, Jacques et Jean, que je vous ai envoyés, par lesquels je vous ai ordonnés et confirmés pour que vous soyez apôtres et témoins spéciaux de mon nom, et pour que vous portiez les clefs de votre ministère» (D&A 27:12).
La moindre prêtrise fut rétablie le 15 mai 1829, deux semaines avant que le prophète et Cowdery n’aillent s’installer chez les Whitmer à New York pour terminer la traduction du Livre de Mormon (HC 1:39-41, 48-49). La prêtrise supérieure fut également donnée avant ce déménagement; David Whitmer se rappelait avoir été ordonné ancien quelques semaines seulement après leur arrivée dans sa ferme dans le nord de l’état (Whitmer, p. 32). Les apôtres antiques apparurent avec des clefs de la prêtrise pendant que Joseph et Oliver étaient en route entre leur maison de Pennsylvanie et Colesville, New York (D&A 128:20), où Joseph Knight, père, vivait. Knight se rappelait qu’ils avaient besoin qu’on les aide à vivre pendant qu’ils traduisaient en avril ou en mai (Jessee, p. 36).
Après l’installation à la ferme de Whitmer, l’ange montra les plaques à Joseph Smith et aux trois témoins en juin 1829. Oliver supervisa l’impression du Livre de Mormon cet automne et cet hiver-là. Après la publication du livre, le 26 mars, l’Église fut organisée le 6 avril 1830. Oliver parla à la réunion le dimanche suivant, et ce fut «le premier discours public prononcé par l’un de nous» (HC 1:81).
Peu ont fait mieux que Cowdery dans la logique de l’argumentation et le style soutenu. De plus, ses discours et ses écrits portent la marque de la connaissance personnelle. Remplissant d’une manière générale les fonctions de rédacteur ou de rédacteur adjoint lors des premières publications de l’Église, Oliver écrivit avec une régularité peu commune pendant deux décennies au cours desquelles ses écrits et ses lettres personnelles furent édités. Il insistait sur le fait qu’une relation avec Dieu exigeait le contact constant: «Toutes les fois que [Dieu] a eu un peuple sur terre, il s’est toujours révélé à lui par le Saint-Esprit, le ministère d’anges ou sa propre voix» (Messenger and Advocate 1:2). Oliver Cowdery dirigea la mission auprès des Lamanites, première grande mission de l’Église (D&A 28:8; 30:5), qui doubla le nombre des membres de l’Église et porta le Livre de Mormon aux natifs américains. Après que l’emplacement de temple eut été indiqué en 1831 dans le comté de Jackson, il s’y rendit avec des copies des révélations pour leur première impression. Comme la publication était essentielle pour répandre l’Évangile et donner des instructions aux membres, Oliver fut appelé à travailler avec William W. Phelps, un rédacteur expérimenté (D&A 55:4; 57:11-13). Après que les voyous du Missouri eurent détruit la presse, Cowdery retourna en Ohio pour y tenir conseil avec les dirigeants de l’Église, qui le chargèrent de relocaliser les publications de l’Église là-bas. À cause de l’importance de disposer d’informations précises, Sidney Rigdon et lui restèrent en 1834 en Ohio où beaucoup d’hommes fidèles marchèrent vers le Missouri avec le camp de Sion pour aider les saints à retourner dans leurs maisons et leurs terres dans le comté de Jackson.
En 1830-1831, Oliver Cowdery fut le premier greffier de l’Église, appel qu’il remplit de nouveau entre 1835 et 1837 (voir Historiens de l’Église). Même au cours des autres années, il tint souvent les procès verbaux officiels des réunions et fut souvent rédacteur et correspondant pour les premiers journaux de l’Église. Il écrivit, pour le Messenger and Advocate, des articles qui nous donnent des renseignements sur les débuts de l’histoire de l’Église. De juin à octobre 1830, il remplit les fonctions de secrétaire tandis que le prophète achevait des parties importantes de sa Traduction de la Bible.
Une révélation de 1830 situe Oliver Cowdery à la deuxième place après Joseph Smith dans la direction de la prêtrise (D&A 20:2-3), une situation rendue officielle en décembre 1834, quand il fut classé au-dessus de Sidney Rigdon, qui avait longtemps rempli les fonctions de premier conseiller de Joseph. Chacun devait «officier en l’absence du président, selon son rang et sa désignation, à savoir: le président Cowdery premier, le président Rigdon ensuite et le président Williams troisième» (PJS 1:21). Cowdery écrivit que cet appel avait été prédit lors de la première ordination céleste, bien que les devoirs d’impression au Missouri fussent intervenus: «Cette promesse fut faite par l’ange tandis qu’il était en compagnie du président Smith, au moment où ils reçurent l’office de la moindre prêtrise» (PJS 1:21; cf. HC 1:40-41). Son poste de second du Prophète – parfois appelé «président associé» – fut donné en 1841 à Hyrum Smith (D&A 124:94-96), après l’excommunication de Cowdery (voir Première Présidence).
La carrière d’Oliver dans l’Église atteignit son apogée de 1834 à 1836. Les procès verbaux et les lettres le décrivent comme un prédicateur, auteur et administrateur extrêmement efficace. Son journal de 1836 existe encore, montrant son dévouement à la religion et à la famille, ses activités politiques, son étude de l’hébreu et le pouvoir spirituel qu’il partagea lors de l’achèvement du temple de Kirtland. La dernière inscription de Cowdery dans ce journal, portée le jour de la consécration du temple, dit à propos de la réunion du soir: «J’ai vu la gloire de Dieu, comme une grande nuée, descendre et reposer sur la maison… J’ai également vu des langues séparées les unes des autres comme de feu reposer sur beaucoup … tandis qu’ils parlaient en d’autres langues et prophétisaient» (Arrington, p. 426).
Oliver fit également allusion à d’autres choses. Un an plus tard, il écrivit un «éditorial d’adieu». Après avoir mentionné sa «mission de la part du saint messager» avant l’organisation de l’Église, il écrivit qu’il fallait s’attendre à de telles manifestations puisque l’Ancien Testament promettait que Dieu «révélerait son bras glorieux» dans les derniers jours «et parlerait face à face avec son peuple» (Messenger and Advocate 3:548). Les mots «face à face» qu’il souligna correspondaient à sa vision récente du Christ le 3 avril 1836 dans le temple, vision qu’il eut en compagnie du prophète (D&A 110:1-10). Ce fut aussi le moment où ces premiers dirigeants de la prêtrise reçurent des clefs spéciales de la prêtrise de Moïse, d’Élias et d’Élie, terminant le rétablissement des «clefs du royaume» (D&A 27:6-13) et menant à bien la mission de Cowdery comme «second témoin» de ce rétablissement. Oliver avait une confiance profonde dans les apparitions divines. En 1835, il dit aux Douze nouvellement nommés: «Ne cessez jamais de faire des efforts jusqu’à ce que vous ayez vu Dieu face à face» (HC 2:195).
En dépit de ces expériences spirituelles profondes, les lettres d’Oliver révèlent un éloignement personnel et familial par rapport à Joseph Smith à partir du début de 1838. Les trois témoins avaient vu un ange avec Joseph Smith, mais plus tard ils eurent tendance à concurrencer plutôt qu’à coopérer avec sa gestion. Cowdery n’était pas d’accord avec le programme économique et politique du prophète et recherchait une indépendance financière personnelle qui allait à l’encontre de l’économie coopérative essentielle à la société de Sion que Joseph Smith envisageait. Néanmoins, quand il passa en jugement pour son excommunication, il envoya une lettre de démission dans laquelle il insistait sur le fait que la véracité de la révélation moderne n’était pas en question: «Ne tirez aucune conclusion des considérations ci-dessus autre que ma croyance en ce qui concerne le gouvernement extérieur de cette Église» (Far West Record, pp. 165-166).
Ce procès était en rapport avec l’excommunication de John Whitmer et de David Whitmer, beaux-frères d’Oliver, également à ce moment-là; ceci était en parallèle avec le soutien apporté précédemment par Oliver à la famille Whitmer dans la question des révélations concurrentes de Hiram Page (D&A 28:11-13). Le tribunal ecclésiastique examina cinq accusations contre Cowdery: inactivité, accusation d’adultère à l’encontre du prophète et trois accusations pour avoir commencé à exercer le droit et avoir cherché à faire payer des dettes après la faillite de la banque de Kirtland (voir Économie de Kirtland).
L’accusation d’adultère portée par Oliver contre le prophète était simpliste, parce qu’il était déjà au courant du principe du mariage plural. Plutôt que de nier l’accusation, le prophète témoigna que parce qu’Oliver avait été son «ami intime», il lui avait «confié beaucoup de choses» (Far West Record, p. 168). Brigham Young dit plus tard que ce point de doctrine avait été révélé à Joseph et à Oliver pendant la traduction du Livre de Mormon (cf. Jcb. 2:30); il est clair qu’une compréhension plus complète du principe du mariage plural fut donnée en 1832, lorsque Joseph Smith traduisit la Genèse (cf. D&A 130:1-2). Brigham Young ajouta qu’Oliver alla impétueusement de l’avant sans la permission de Joseph, ne connaissant pas «l’ordre, la façon de faire ni les résultats» (Charles Walker Journal, 26 juillet 1872, Archives de l’Église). Oliver épousa Elizabeth Ann Whitmer en 1832, et les problèmes avec la polygamie le poussèrent apparemment, ainsi que la famille Whitmer, à s’opposer plus tard au principe.
En 1838, après son excommunication, Oliver retourna en Ohio, mais, contrairement à ce que dit un acte fictif, il ne paya pas alors à l’évêque Edward Partridge $1.000 pour la parcelle du temple à Independence au nom de ses enfants, John, Jane et Joseph Cowdery. Ces enfants n’ont jamais existé; Oliver n’avait pas cet argent et ne montra aucun intérêt pour le comté de Jackson que ce soit alors ou plus tard. En fait, il continua l’étude du droit et exerça à Kirtland, mais en 1840 il déménagea pour Tiffin (Ohio), où il devint une personnalité en vue en tant que fervent démocrate. Ses annonces juridiques et son service public parurent régulièrement dans les journaux locaux et il fut personnellement mentionné dans les mémoires cordiaux de William Lang, avocat éminent d’Ohio, qui fit son apprentissage sous Cowdery et le décrivit comme étant un homme menu, mesurant environ un mètre soixante-cinq, propre et courtois. Du point de vue professionnel, Cowdery était décrit comme un «avocat capable», bien informé, avec une capacité de parole «brillante»; pourtant «il était modeste et réservé, ne disait jamais du mal de personne, ne se plaignait jamais» (Anderson, 1981, p. 41).
En 1847, il s’installa au Wisconsin où il poursuivit son métier d’homme de loi et faillit être élu à la première législature d’état malgré les articles de journaux ridiculisant sa déclaration publiée d’avoir vu l’ange et les plaques. Au cours des dix années qu’il passa en dehors de l’Église, Cowdery ne succomba jamais aux pressions considérables l’incitant à renier son témoignage du Livre de Mormon. En effet, les lettres qu’il écrivit à ses parents membres de l’Église montrent qu’il était blessé de voir l’Église rejetée mais qu’il continuait à croire profondément. Estimant que sa réputation avait été diffamée, il demanda une disculpation publique, expliquant que n’importe qui serait sensible au sujet de sa réputation «si vous vous étiez tenus en la présence de Jean avec notre frère décédé Joseph, pour recevoir la moindre prêtrise, et en la présence de Pierre pour recevoir la plus grande» (Gunn, pp. 250-251).
Ces déclarations contredisent une brochure qu’Oliver aurait prétendument publiée en 1839 comme «Défense» pour avoir quitté l’Église (voir Contrefaçons de documents historiques). Apparaissant en 1906, elle dépeint Oliver comme incertain d’avoir vu Jean-Baptiste. Mais aucun original n’existe, ni aucune allusion à cette brochure pendant le siècle de Cowdery. Son style emprunte des expressions de Cowdery qui ont été publiées mais réarrange ses conclusions. Il y a une contrefaçon plus maladroite, appelée «Confession d’Oliver Overstreet», qui prétend que l’auteur a été suborné pour personnifier Cowdery et retourner dans l’Église. Des documents abondants prouvent qu’Oliver est revenu à Council Bluffs (Iowa) en 1848 avec sa femme et sa jeune fille.
Des journaux intimes et des procès verbaux officiels rapportent les paroles prononcées par Oliver Cowdery à son retour dans l’Église. Il voulait uniquement être rebaptisé et retourner dans la communion des saints, pas avoir un poste. Il déclara publiquement qu’il avait vu et manipulé les plaques du Livre de Mormon et qu’il était présent avec Joseph Smith lorsque «de saints anges» avaient rendu les deux prêtrises (Anderson, BYU Studies, 1968, p. 278). Le grand conseil l’interrogea soigneusement sur sa lettre (à David Whitmer) publiée dans laquelle Oliver prétendait qu’il conservait les clefs de la direction de la prêtrise après la mort de Joseph Smith. C’était son avis, dit Oliver, avant de voir la révélation de Nauvoo donner tous les pouvoirs à Hyrum Smith «qui furent autrefois placés sur celui qui était mon serviteur Oliver Cowdery» (D&A 124:95). «C’est cette révélation qui a changé mon point de vue à ce sujet» (Anderson, IE, nov. 1968, p. 19).
Comme elle s’était mise en route pour Council Bluffs tard dans la saison, la famille Cowdery fut forcée de passer l’hiver à Richmond (Missouri), où vivait la majeure partie de la famille Whitmer. Les lettres écrites pendant toute l’année 1849 répètent l’espoir d’Oliver de partir pour l’Ouest et révèlent également son manque de moyens. Elles disent qu’il crachait du sang, un problème respiratoire de longue durée qui allait finir par lui coûter la vie le 3 mars 1850. Le tribunal de circuit enregistra une résolution de ses collègues avocats selon laquelle dans la mort d’ «Oliver Cowdery, sa profession [avait] perdu un membre doué et la collectivité, un citoyen précieux et digne» (Anderson, 1981, p. 46).
David Whitmer et d’autres parents vivant près d’Oliver Cowdery dans sa dernière année affirmèrent plus tard qu’il était en désaccord avec beaucoup de points de doctrine de Kirtland et de Nauvoo, mais les critiques d’Oliver connues avec certitude à l’époque ne concernent que l’intolérance et une inquiétude permanente concernant la polygamie. David Whitmer considérait Joseph comme un prophète déchu, mais en 1848, Cowdery dit publiquement et en privé «que Joseph Smith avait accompli fidèlement sa mission devant Dieu jusqu’à la mort» (Geo. A. Smith à Orson Pratt, MS 11, 20 oct. 1848, p. 14) et «que la prêtrise était avec ce peuple et que «les Douze étaient les seuls hommes qui pouvaient diriger l’Église après la mort de Joseph» (Anderson, IE, nov. 1968, p. 18). Dans sa dernière lettre connue, Oliver accepta, de la part des Douze, la mission de faire du lobbying à Washington et reconnut la direction des «bons frères de la vallée de [Salt Lake City]» (Gunn, p. 261).
Elizabeth Ann Whitmer Cowdery (1815-1892), la femme d’Oliver, l’avait connu quand il écrivait sous la dictée pendant la traduction du Livre de Mormon. Elle dit à propos de son engagement indéfectible: «Il a toujours affirmé sans l’ombre d’un doute… la divinité et la véracité du Livre de Mormon» (Anderson, 1981, p. 63). Cette assurance a résisté à l’épreuve de la persécution, de la pauvreté, de la perte de standing, d’une santé défaillante et de la mort tragique de cinq de ses six enfants. Mourant à quarante-trois ans, Oliver était entouré par les membres de sa famille qui ont dit qu’il avait réaffirmé la divinité du Livre de Mormon et de la prêtrise rétablie – et avait exprimé une confiance totale au Christ. Juste avant rejoindre l’Église, il exprima ses espoirs intérieurs dans une lettre à David Whitmer, qui avait été témoin avec lui: «Que le Seigneur défende notre réputation et fasse briller notre témoignage, et alors les hommes seront sauvés dans son royaume» (Oliver Cowdery à David Whitmer, 28 juillet 1847, Ensign of Liberty, 1:92).

Bibliographie
Anderson, Richard L. "Reuben Miller, Recorder of Oliver Cowdery's Reaffirmations." BYU Studies 8, printemps 1968, pp. 277-293.
Id. "The Second Witness of Priesthood Restoration". JE 71, sept. 1968, pp. 15-24 et 71, nov. 1968, pp. 14-20.
Id. Investigating the Book ofMonnon Witnesses. Salt Lake City, 1981.
Arrington, Leonard J. "Oliver Cowdery's Kirtland, Ohio, 'Sketch Book."' BYU Studies 12, été 1972, pp. 410-426.
Cannon, Donald Q. , et Lyndon W. Cook. Far West Record. Salt Lake City, 1983.
Gunn, Stanley R. Oliver Cowdery, Second Eider and Scribe. Salt Lake City, 1962.
Jessee, Dean C. "Joseph Knight's Recollection of Early Mormon History". BYU Studies 17, 1976, p.36.
Porter, Larry C. "Dating the Restoration of the Melchizedek Priesthood". Ensign 9, juin 1979, pp. 5-10.
Whitmer, David. Address to All Believers in Christ. Richmond, Mo., 1887.
RICHARD LLOYD ANDERSON

Création, récits de la Création
Auteurs: Nielsen, F. Kent et Ricks, Stephen D.

Les saints des derniers jours ont, en plus de la Genèse biblique, deux restaurations modernes de récits scripturaires antiques de la Création dans le livre de Moïse et le livre d’Abraham. Des informations faisant autorité sur le sujet apparaissent également dans le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances et la cérémonie du temple. Puisant dans cette abondance de textes sur la création, les saints des derniers jours comprennent que Jésus-Christ, agissant sous la direction de Dieu le Père, a créé ce monde-ci et d’autres pour rendre possible l’immortalité et la vie éternelle d’êtres humains qui existaient déjà comme enfants d’esprit du Père. Cette compréhension diffère des récits scientifiques et des récits traditionnels chrétiens parce qu’elle affirme le but et le rôle de Dieu, tout en reconnaissant la création comme l’organisation de matériaux préexistants et pas comme un événement ex nihilo (création à partir du néant). En outre, ces récits décrivent un rôle actif pour les enfants d’esprit de Dieu dans la création et contiennent une version plus détaillée des origines du mal.
L’occurrence fréquente de récits de la création dans les Écritures et les cérémonies sacrées mormones correspond à ce que l’on trouve d’une manière générale dans le monde antique, et dans l’Israël antique en particulier, où la Création était régulièrement récitée ou rejouée. Les Israélites et les autres peuples du Proche-Orient antique considéraient la Création – et notamment sa récitation et sa reconstitution rituelles – comme possédant une nature dynamique, pas statique. Selon Raffaele Pettazzoni, un historien bien connu des religions, «ce qui s’est produit au commencement a une valeur exemplaire et déterminante pour ce que se passe aujourd’hui et ce qui arrivera à l’avenir» (p. 26).
La Création joue un rôle théologique central dans le Livre de Mormon. Les événements entourant la Création sont liés à la chute de l’ange qui est devenu le diable (2 Né. 2:17; 9:8). Sa chute a, à son tour, mené à celle d’Adam, à l’opposition comme partie intégrante de la condition mortelle et, finalement, au besoin de rédemption divine de l’humanité (2 Né. 2:18-27). Les prophètes du Livre de Mormon voyaient la Création comme un symbole de la bonté de Dieu et comme une pierre de touche de l’intendance humaine: «Voici, le Seigneur a créé la terre afin qu’elle soit habitée; et il a créé ses enfants afin qu’ils la possèdent» (1 Né. 17:36). Ceux qui rejettent la bonté de Dieu symbolisée par la Création (et l’Expiation) seront inévitablement jugés et punis (cf. 2 Né. 1:10).
Le récit de la Création dans le livre de Moïse (révélé en 1830 comme commencement de la traduction de la Bible par Joseph Smith) apporte plusieurs informations en plus de celles qui sont dans la Genèse.
D’abord, le livre de Moïse montre que Moïse est bien l’auteur de son récit de la Création et précise que celui-ci est le résultat d’une révélation qui lui a été donnée à un certain moment entre l’épisode du buisson ardent et l’exode (Moï. 1:17, 25).
Deuxièmement, il éclaircit le rôle de Jésus-Christ dans la Création: «Et je les ai créées [ces terres et leurs habitants], par la parole de mon pouvoir, qui est mon Fils unique, lequel est plein de grâce et de vérité» (Moï. 1:32-33); «Puis moi, Dieu, je dis à mon Fils unique, qui était avec moi depuis le commencement: Faisons l’homme à notre image» (Moï. 2:26-27); «Et moi, le Seigneur Dieu, je dis à mon Fils unique: Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal» (Moï. 4:28). Ceci est conforme aux enseignements de Jean et de Paul dans le Nouveau Testament (Jn. 1:3, 10; Ép. 3:9; Col. 1:13-16; Hé. 1:2, 10).
Troisièmement, la Création est placée dans un contexte beaucoup plus vaste de créations continuelles de terres habitées innombrables avec leurs cieux respectifs (dans lesquels le Christ a joué un rôle central): «Et j’ai créé des mondes sans nombre; et je les ai également créés dans un dessein qui m’est propre, et je les ai créés par le Fils, qui est mon Fils unique… pour le mien possèdent le but; et par le fils je les ai créés, qui est le mien seulement engendré…. Et lorsqu’une terre et ses cieux passeront, une autre viendra. Et il n’y a pas de fin à mes œuvres ni à mes paroles.» (Moï. 1:33, 38; voir aussi Mondes). Moïse reçoit des détails de la création de «ce ciel, et cette terre» seulement (Moï. 2:1; cf. 1:35).
Quatrièmement, l’origine du mal est retracée jusqu’à la rébellion de Satan, qui cherchait (1) à remplacer le Fils bien-aimé de Dieu, qui «était [l’]élu depuis le commencement» et (2) à recevoir et à utiliser le pouvoir de Dieu de racheter tous les humains en détruisant leur libre arbitre (Moï. 4:1-4). L’importance du libre arbitre humain est réaffirmée dans le commandement donné à Adam et à Ève au sujet de l’arbre de la connaissance du bien et du mal: «Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal; néanmoins, tu peux choisir par toi-même, car cela t’est donné; mais souviens-toi que je le défends, car le jour où tu en mangeras, tu mourras» (Moï. 3:17).
Cinquièmement, le récit dans Moïse précise que tous les êtres vivants ont été créés spirituellement dans les cieux avant leur création physique sur la terre: «Moi, le Seigneur Dieu, je créai spirituellement toutes les choses dont j’ai parlé, avant qu’elles fussent naturellement sur la surface de la terre… Et moi, le Seigneur Dieu, j’avais créé tous les enfants des hommes, mais pas encore d’homme pour cultiver le sol; car c’est dans le ciel que je les avais créés; et il n’y avait pas encore de chair sur la terre, ni dans l’eau, ni dans l’air» (Moï. 3:5).
Certains commentateurs mormons ont exploré la possibilité que le récit de Moïse puisse résoudre le conflit existant dans l’ordre des actes créateurs de Dieu entre Genèse 1 et Genèse 2 en traitant la première comme une création d’esprit (O. Pratt, pp. 21-22; Roberts, pp. 264-268; cf. DS1:74-76 qui expose un point de vue différent). Les révélations postérieures expliquent que la création d’esprit de l’humanité avait eu lieu longtemps avant que les événements décrits dans aucun des récits de la création de la terre. Dieu, notre Père céleste, est littéralement le «Père des esprits» (Hé. 12:9). «L’homme comme esprit a été engendré et est né de parents célestes et a été élevé jusqu’à sa maturité dans les demeures éternelles du Père avant de venir sur la terre dans un corps temporel» (voir Première Présidence, «L’origine de l’homme», nov. 1909 [Annexe]; voir aussi Corps d’esprit).
Le récit abrahamique est distinctif parmi les récits de la Création. Il décrit un cosmos structuré, avec beaucoup d’étoiles, les unes au-dessus des autres, avec leurs différentes périodes et ordres de gouvernement (Abr. 3:1-10). Dans ce contexte, Abraham se renseigne également sur les esprits éternellement existants, l’un au-dessus de l’autre en intelligence, jusqu’au «Seigneur, ton Dieu», qui est «plus intelligent qu’eux tous» (Abr. 3:19; voir les discours cités dans la bibliographie). On lui montre un groupe d’intelligences organisées (ou esprits ou âmes, les mots sont ici utilisés l’un pour l’autre), au-dessus desquelles règne Dieu et parmi lesquelles il demeure, et il apprend que Dieu «au commencement» est descendu parmi elles et a dit de certaines qui étaient «nobles et grandes»: «De ceux-ci je ferai mes gouverneurs… et il me dit: Abraham, tu es l’un d’eux; tu fus choisi avant ta naissance» (Abr. 3:18-23). L’un des buts de cette assemblée prémortelle dans les cieux est formulé par quelqu’un «parmi eux qui était semblable à Dieu» qui dit à ceux qui sont avec lui: «Nous descendrons là-bas… et nous ferons une terre sur laquelle ceux-là pourront habiter; nous les mettrons ainsi à l’épreuve, pour voir s’ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera» (Abr. 3:24-25). Ceci est suivi d’une mention de la gloire qui sera accordée à ceux qui se montrent dignes, du choix de quelqu’un «qui était semblable au Fils de l’Homme» (qui doit être envoyé pour réaliser ceci) et du rejet de Satan, le tout fait par «le Seigneur», qui est identifié ailleurs comme étant Jéhovah (Abr. 3:25-28; cf. Abr. 1:15-16; 2:7-8). Ensuite, «le Seigneur dit: Descendons», sur quoi les Dieux «organisèrent et formèrent les cieux et la terre» (Abr. 4:1). Un élément important de ce récit révélé est que l’espace et les matériaux pour créer la terre existaient explicitement avant sa création.
C’est dans ce contexte de l’assemblée divine, ou Conseil dans les cieux, que le récit d’Abraham concernant la Création va de l’avant en suivant, de manière générale, la structure de la Genèse. Au moment où il publia cette «traduction» en 1842, Joseph Smith avait acquis une compréhension beaucoup plus profonde grâce à des révélations supplémentaires et certaines par l’étude de l’hébreu. À la lumière de la doctrine du Conseil dans les cieux, Joseph Smith avait fait remarquer que le terme hébreu Élohim, qui est un pluriel, devrait être rendu par «Dieux» dans le récit de la Création et non par le «Dieu» traditionnel (WJS, p. 379). C’est ainsi qu’il est rendu dans tout le récit d’Abraham. À la lumière de la doctrine de la nature éternelle de la matière, le mot traditionnellement traduit par «créa» devient «organisa». L’expression «informe et vide» (hébreu tohu va-bohu) est rendue, tout à fait correctement, par «vide et désolée» et décrit l’état de la terre après qu’elle a été organisée, pas avant (Abr. 4:2).
Le terme «jour» (yom en hébreu) pour les sept «jours» de la création est rendu par «temps», une option permise en hébreu et il est explicitement précisé que le «temps» dans lequel Adam devrait mourir s’il prenait du fruit défendu «était selon le temps du Seigneur, qui était selon le temps de Kolob [une grande étoile dont Abraham avait vu qu’elle était le plus près du trône de Dieu, dont la révolution, d’une durée de mille ans selon notre manière de calculer, est un jour pour le Seigneur]; car les Dieux n’avaient pas encore désigné à Adam le calcul de son temps» (Abr. 5:13; 3:2-4).
Sur la base du passage ci-dessus, qui exclut clairement la possibilité que des jours terrestres de vingt-quatre heures soient les «jours» ou «périodes» de la création, certains saints des derniers jours ont avancé que les « temps » de la création aussi bien que le «temps» de la vie terrestre d’Adam après la Chute étaient des périodes de mille ans; d’autres sont partisans de périodes indéterminées, le temps nécessaire pour accomplir l’œuvre concernée. Le récit d’Abraham contient effectivement le passage intéressant, en rapport avec «l’organisation» des luminaires dans «l’étendue» du ciel: «Et les Dieux observèrent les choses auxquelles ils avaient donné des ordres jusqu’à ce qu’elles eussent obéi» (Abr. 4:14-18). Le récit d’Abraham comprend en fait douze «travaux» des Dieux, répartis parmi les «jours» à la manière de la Genèse. Le récit postérieur de la création au temple donne une version abrégée de ces travaux, divisés différemment parmi les sept jours tout en maintenant le même ordre, ce qui veut peut-être dire que le jour où un travail donné est accompli importe peu.
Abraham relie les récits apparemment différents de Genèse 1 et 2 dans le contexte du Conseil dans les cieux. Le récit en sept jours d’Abraham suit l’œuvre des cinq premiers temps créateurs et d’une partie du sixième comme création physique de la terre et sa préparation pour recevoir la vie avant que celle-ci n’y soit effectivement placée. Ainsi, pendant le troisième temps, «les Dieux organisèrent la terre afin qu’elle produisît de la verdure… et la terre afin qu’elle produisît les arbres à partir de leur semence» (Abr. 4:12; italiques ajoutés). Et pendant le cinquième temps, «les Dieux préparèrent les eaux afin qu’elles produisissent de grands poissons et tous les animaux vivants… tous les oiseaux ailés selon leur espèce.» (Abr. 4:21). De même, au sixième temps, «les Dieux préparèrent la terre afin qu’elle produisît des animaux vivants selon leur espèce… et les Dieux virent qu’ils obéiraient» (Abr. 4:24-25). Ensuite lors du sixième temps, les Dieux se consultèrent à nouveau et décidèrent de former l’homme et de lui donner la domination sur les plantes et les animaux qui devaient venir sur la terre (Abr. 4:26-29). «Et les Dieux se dirent entre eux: Au septième temps, nous achèverons l’œuvre que nous sommes convenus de faire, et nous nous reposerons… Et telles furent leurs décisions à l’époque où ils convinrent entre eux» (Abr. 5:2-3). Le récit parallèle à Genèse 2 vient ensuite tout naturellement comme récit du placement proprement dit de la vie sur la terre: «Et les Dieux descendirent et formèrent les origines des cieux et de la terre, quand ils furent formés le jour où les Dieux formèrent la terre et les cieux. Selon tout ce qu’ils avaient dit concernant chaque plante des champs avant qu’elle fût sur la terre» (Abr. 5:4-5).
Plusieurs thèmes que l’on trouve dans d’autres récits antiques de la création – le conflit prémortel dans les cieux, la victoire divine sur les pouvoirs d’opposition du chaos et la promulgation de la loi au moment de la création – sont également connus dans les récits de la création des Écritures et de la théologie des saints des derniers jours (2 Né. 2:17; 9:8; Moï. 4:3-4; Abr. 3:27-28; voir aussi Guerre dans le ciel; Préexistence (Existence Préterrestre)). Il y a des allusions à ces idées dans plusieurs passages de la Bible (cf. Ex. 15; Job 38-41; És. 40-42; Ps. 18; 19; 24; 33; 68; 93; 104; Prov. 8:22-33; Ha. 3:8; Ap. 12:7-12). Du début de l’ère chrétienne jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’interprétation chrétienne traditionnelle a généralement traité ces textes bibliques de manière allégorique ou n’en a pas du tout tenu compte dans l’étude de la Création. Une transformation profonde de l’interprétation chrétienne de ces passages a eu lieu pendant la dernière partie du XIXe siècle avec la découverte et la traduction de récits de la Création venant de la Mésopotamie et de l’Égypte anciennes. Bien qu’ils varient considérablement dans les détails, ces récits mentionnent habituellement des combats prémortels, l’établissement de l’ordre divin avant la création et la création à partir du chaos. Les passages bibliques mentionnés ci-dessus sont maintenant souvent compris à la lumière de ces descriptions des récits extrabibliques.
La doctrine de la création ex nihilo a été l’explication chrétienne traditionnelle. Dans les commentaires récents sur le sujet, beaucoup d’érudits juifs se sont accordés pour dire qu’on ne trouve pas de croyance en une création ex nihilo avant la période hellénistique, tandis que les savants chrétiens ne trouvent aucun signe de pareille doctrine dans l’Église chrétienne avant la fin du IIe siècle apr. J.-C. Le rejet de la création ex nihilo dans l’enseignement des saints des derniers jours s’accorde ainsi avec ce que l’on sait de la conception la plus ancienne de la Création dans l’Israël antique et dans le christianisme primitif. De même, les saints des derniers jours ont vu dans des passages bibliques tels que Jean 9:2 et Jérémie 1:4-5 une allusion à une existence individuelle prémortelle, avec des implications pour l’existence terrestre postérieure. À l’appui de ceci, on peut préciser que divers chrétiens et groupes chrétiens des premiers siècles du christianisme ont enseigné la même doctrine (cf. Origène, De Principiis 1:7; 2:8; 4:1) et qu’on la trouve également dans les croyances juives de la même période, notamment Philon (De mutatione nominum 39; De opificio mundi 51; De cherubim 32), dans certains écrits apocryphes (Sagesse de Salomon 8:19-20; 15:3) et chez les Esséniens (Josèphe, Guerre des Juifs 2.8.11, aussi bien que dans le Talmud et le Midrash juifs).

Bibliographie
Anderson, Bernhard W. "Creation". Dans Interpreter’s Dictionary of the Bible, Vol. 1, pp. 725-32. New York, 1962.
Eliade, Mircea. "The Prestige of the Cosmogonic Myth." Diogenes 23, automne 1958, pp. 1-13.
Goldstein, Jonathan A. "The Origins of the Doctrine of Creation Ex Nihilo." Journal of Jewish Studies 35, automne 1984, pp. 127-135.
McConkie, Bruce R. "Christ and the Creation". Ensign 12, juin 1982, pp. 9-15.
Pettazzoni, Raffaele. "Myths of Beginnings and Creation-Myths". Dans Pettazzoni, Essays on the History of Religions, H. J. Rose, trans., Vol. 1, pp. 24-36. Leiden, 1954.
Pratt, Orson. "The Pre-existence of Man." Série d’articles dans The Seer (1853-1854). Photo repr., Salt Lake City, 1990.
Pratt, Parley P. "Origin of the Universe". Dans Pratt, The Key to the Science of Theology, pp. 26-32. Salt Lake City, 1978.
Roberts, B. H. The Gospel and Man’s Relationship to Deity, pp. 256-273. Salt Lake City, 1966.
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Smith, Joseph. Voir discours rapportés dans WJS, pp. 9, 33, 60, 341, 346, 351-352 et 359 et leurs contextes.
Smith, Joseph Fielding. Man, His Origin and Destiny. Salt Lake City, 1954.
Winston, David. "Creation Ex Nihilo Revisited: A Reply to Jonathan Goldstein". Journal of Jewish Studies 37, printemps 1986, pp. 88-91.
Young, Brigham. Discourses of Brigham Young, chaps. 2, 4, 9. Salt Lake City, 1954.
F. KENT NIELSEN
STEPHEN D. RICKS

Damnation
Auteur: HOLZAPFEL, RICHARD NEITZEL

«Damnation» est un terme qui dérive du latin damnum, signifiant «dommages» et «perte» et suggère souvent l’idée de privation de ce que l’on aurait dû posséder. Tout comme il y a des degrés et des types divers de salut, liés à une progression éternelle dans certains domaines (D&A 76:96-98; 131:1-4), de même il y a des degrés et des types divers de damnation. Dans la doctrine des saints, être damné signifie être arrêté, bloqué ou limité dans sa progression. Les individus sont damnés toutes les fois qu’ils sont empêchés d’atteindre leur plein potentiel d’enfants de Dieu. La damnation, c’est ne pas atteindre ce dont on aurait pu jouir si l’on avait accepté la loi tout entière de l’Évangile et si on y avait été fidèle. Dans ce sens, tous ceux qui ne parviennent pas au degré le plus élevé du royaume céleste sont damnés même s’ils sont sauvés dans un degré de gloire. Ils sont damnés dans le sens qu’ils ne jouiront pas d’un accroissement éternel ou de la continuation de la cellule familiale dans l’éternité (D&A 132:4, 19). Dans ce contexte, la damnation ne désigne pas nécessairement la souffrance éternelle en enfer avec le diable, parce que la perte de bénédictions est en soi un type d’enfer et de damnation. Les conceptions des saints sur ce sujet sont liées à des écrits bibliques enrichis et clarifiés par des révélations supplémentaires; par conséquent, le terme damnation a une application plus large que ne pourrait le laisser croire l’usage moderne (voir Degrés de gloire; Exaltation; Héritiers).
Dans les Écritures, damnation désigne habituellement le jugement ou la condamnation qui seront prononcés par Jésus-Christ sur les méchants à la fin du monde (Mt. 25:41-46). «Damnation» est l’équivalent de l’hébreu «rasha», qui signifie être méchant, impie ou coupable, et du grec krino, qui implique une mise sous condamnation. Si le mot «damnation» apparaît régulièrement dans la King James Version de la Bible, (c.-à-d., dans le Nouveau Testament) on ne le trouve pas dans la version Segond, qui utilise plutôt «condamnation».
Beaucoup de Juifs et de chrétiens rejettent l’idée de la damnation comme étant une notion théologique désuète, mais certains Juifs orthodoxes et chrétiens conservateurs entretiennent une croyance en une damnation finale et éternelle. Les chrétiens conservateurs croient généralement que Dieu lui-même condamnera les pécheurs impénitents sur la base de la justice méritée par les intéressés (Mt. 12:41-42; Jn. 12:48; Ro. 3:8). Ils croient, en outre, que le Christ, le Rédempteur, est venu pour sauver plutôt que pour condamner (Jn. 3:17) et que lui seul libère l’individu de la damnation finale (Ro. 8:1-2).
La damnation résulte du refus de croire en l’Évangile (Mc. 16:16), d’accepter une lumière et une connaissance supplémentaires (Al. 12:9-11), du fait de croire à de fausses doctrines (2 Pi. 2:1), d’être paresseux et de devoir être commandé en tout (D&A 58:26-29) et de refuser de s’humilier, de se repentir et de vivre selon les principes de l’Évangile. Le prophète Joseph Smith a expliqué: «Dieu a décrété que tous ceux qui ne veulent pas obéir à sa voix n’échapperont pas au châtiment de la géhenne. Qu’est-ce que le châtiment de la géhenne ? Se retrouver dans la société de ceux qui n’ont pas obéi à ses commandes» (EPJS, p. 160; cf. pp. 262-263).
Il y a aussi damnation quand on prend la Sainte-Cène indignement (1 Co. 11:29), quand on se complaît dans l’injustice (2 Th. 2:12), que l’on se livre à des relations adultères (1 Ti. 5:11-12), que l’on rejette la loi de l’Église (D&A 42:60), que l’on néglige l’alliance du mariage éternel (D&A 132:4), que l’on change la sainte parole de Dieu (Mrm. 8:33) et que l’on rejette Jésus-Christ (D&A 49:5). Si des personnes font ces choses et ne se repentent pas, elles ne jouissent pas de la protection de la loi de Dieu et n’ont pas la nourriture spirituelle qu’elles auraient pu avoir et, en conséquence, elles connaissent la damnation.
Il ne faut pas confondre la damnation avec le tourment ou le châtiment sans fin. Une révélation à Joseph Smith explique: «Il n'est pas écrit qu'il n'y aura pas de fin à ce tourment, mais il est écrit tourment infini. Il est aussi écrit damnation éternelle; ceci est plus explicite que d'autres Écritures afin d'agir sur le cœur des enfants des hommes» (D&A 19:6-7; voir aussi Infini et éternel). Le président Brigham Young explique: «Nous croyons que seront damnés tous ceux qui n’acceptent pas l’Évangile de Jésus-Christ; mais nous ne croyons pas qu’ils iront dans un étang de feu et de soufre et qu’ils subiront des tourments sans nom, infligés à toute éternité par des démons cruels et malveillants. La doctrine sectaire des récompenses et des châtiments finaux me paraît aussi étrange que leur Dieu sans corps, sans parties et sans passions. Chaque homme recevra selon les actes accomplis dans le corps, qu’ils soient bons ou mauvais. Tous les hommes, sauf ceux qui pèchent contre le Saint-Esprit, qui versent le sang innocent ou qui y consentent, seront sauvés dans un royaume; car dans la maison de mon Père, dit Jésus, il y a plusieurs demeures» (JD 11:125-126).
La damnation finale et totale ne revient qu’au diable et à ses anges, qui se sont rebellés dans le premier état, et aux fils de perdition, qui sont damnés éternellement et se voient refuser l’entrée dans un quelconque royaume de gloire dans l’au-delà (D&A 76:32-34). Les fils de perdition sont ceux qui sont coupables du péché impardonnable contre le Saint-Esprit (D&A 132:27; cf. Mc. 3:29), qui inclut le reniement obstiné du «Fils unique du Père, [l’ayant] crucifié, pour leur part, et [l’ayant] exposé à l'ignominie» (D&A 76:35).

Bibliographie
Kimball, Spencer W. "Marriage and Divorce". Dans 1976 Speeches of the Year, p. 154. Provo, Utah, 1977.
Lee, Harold B. "Spiritual Rebirth and Death". IE 50, nov. 1947, pp. 716, 752, 754.
Stuy, Brian, dir. de publ. Discours de George Q. Cannon. Dans Collected Discourses, 3 vols.; Vol. 2, pp. 64-76. Sandy, Utah, 1987-1989.
RICHARD NEITZEL HOLZAPFEL

Degrés de gloire
Auteur: DAHL, LARRY E.

L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a une vision optimiste des récompenses éternelles qui attendent l'humanité dans l'au-delà. Les membres de l'Église croient qu'il y a «plusieurs demeures» (Jn. 14:2) et que l'expiation et la résurrection du Christ sauveront toute l'humanité de la mort et finalement récupéreront tout le monde de l'enfer excepté les fils de perdition (D&A 76:43-44). Ceux qui sont sauvés ne sont cependant pas placés dans un état monolithique appelé le ciel. Dans la résurrection du corps, ils sont affectés à différents degrés de gloire en fonction de la loi à laquelle ils ont obéi. Il y a trois royaumes de gloire: le céleste, le terrestre et le téleste. L’apôtre Paul parle de trois gloires qui diffèrent entre elles comme le soleil, la lune et les étoiles diffèrent en éclat. Il appelle céleste et terrestre les deux premières gloires, mais la troisième ne reçoit pas de nom dans la Bible (1 Co. 15:40-41; cf. D&A 76:70-81, 96-98.) Le mot «téleste» est un terme mormon, utilisé pour la première fois par le prophète Joseph Smith et Sidney Rigdon quand ils rapportent une vision qu'ils reçoivent le 16 février 1832 (D&A 76; voir aussi Royaume céleste; Royaume terrestre; Royaume téleste).
Lors du jugement final, tous, excepté le diable, ses anges et ceux qui deviennent fils de perdition pendant la condition mortelle seront affectés à l’un des trois royaumes de gloire. Le diable et ses disciples seront affectés à un royaume sans gloire (D&A 76:25-39; 88:24, 32-35).
SOURCES SCRIPTURAIRES MORMONES. Bien que la Bible contienne des mentions de divers niveaux de résurrection et de ciel (1 Co. 15:39-58; 2 Co. 12:2), la connaissance que les saints ont de la question vient principalement des révélations données au prophète Joseph Smith. La première révélation traitant directement ce sujet fut donnée le 16 février 1832 et est appelée «la Vision» (D&A 76). Pour ce qui est des circonstances dans lesquelles cette révélation fut donnée, Joseph Smith explique: À mon retour de la conférence d'Amherst, je repris la traduction des Écritures. D'après diverses révélations qui avaient été reçues, il était clair que beaucoup de points importants concernant le salut des hommes avaient été enlevés de la Bible ou perdus avant qu'elle ne fût compilée. D'après les vérités qui restaient, il semblait qu'il allât de soi que si Dieu récompensait chaque homme selon les actions accomplies dans le corps, le terme ‹ciel›, signifiant la demeure éternelle des saints, devait comprendre plus d'un royaume. En conséquence, tandis que nous traduisions l'Évangile de Jean, nous eûmes, frère Rigdon et moi-même, la vision suivante» [HC 1:245 et chapeau de la section; voir aussi la traduction de la Bible par Joseph Smith (TJS)]).
Des révélations postérieures, particulièrement D&A 88, 131, 132, 137 et 138, ajoutent des informations à ce sujet.
LA GLOIRE CÉLESTE. Le Royaume céleste est réservé à ceux qui reçoivent le témoignage de Jésus et embrassent pleinement l'Évangile, c'est-à-dire, ont la foi en Jésus-Christ, se repentent de leurs péchés, sont baptisés par immersion par quelqu’un ayant l'autorité, reçoivent le Saint-Esprit par l'imposition des mains et persévèrent dans la justice. Tous ceux qui atteignent ce royaume «demeureront pour toujours et à jamais dans la présence de Dieu et de son Christ» (D&A 76:62). Il y a, cependant, différentes bénédictions et différents pouvoirs dans ce royaume. «Il y a, dans la gloire céleste, trois cieux ou degrés. Pour obtenir le plus haut, l'homme doit entrer dans cet ordre de la prêtrise [à savoir: la nouvelle alliance éternelle du mariage], sinon, il ne peut l'obtenir. Il peut entrer dans l'autre, mais c'est là la fin de son royaume; il ne peut avoir d'accroissement» (D&A 131:1-4). L’ «accroissement», dans ce cas, signifie le fait d’avoir des enfants d'esprit après la condition mortelle (voir Vies éternelles, Accroissement éternel). Joseph Smith explique: «Si un homme et sa femme ne contractent pas une alliance éternelle et ne sont pas mariés pour l'éternité par le pouvoir et l'autorité de la Sainte Prêtrise, ils cesseront de s’accroître quand ils mourront; c'est-à-dire qu’ils n'auront pas d’enfants après la résurrection» (EPJS, p. 242). Les saints des derniers jours croient que ceux qui atteignent le plus haut niveau du Royaume céleste deviennent des dieux, reçoivent l'exaltation et sont cohéritiers avec le Christ de tout ce que le Père a (cf. Ro. 8:14-17; D&A 76:50-70; 84:33-39; 132:19-25).

Il n'y a aucune explication scripturaire concernant ceux qui vont dans les deux catégories inférieures du Royaume céleste si ce n’est qu'ils «ne sont pas dieux, mais anges de Dieu, pour toujours et à jamais» des serviteurs chargés d’un ministère, qui «restent à toute éternité séparés et seuls, sans exaltation, dans leur état sauvé» (D&A 132:16-17).
LA GLOIRE TERRESTRE. Les habitants du Royaume terrestre sont décrits comme étant les gens honorables de la terre qui ont reçu le témoignage de Jésus mais n'ont pas été suffisamment vaillants dans ce témoignage pour obéir à tous les principes et ordonnances de l'Évangile (D&A 76:71-80). En outre, ceux «des nations païennes» qui «sont morts sans loi», qui sont honorables mais qui n'acceptent pas la plénitude de l'Évangile dans le monde d'esprit post-terrestre, sont candidats à la gloire terrestre (D&A 45:54; 76:72). Dans l'au-delà, ils reçoivent la présence du Fils, mais pas la plénitude du Père. La gloire du Royaume terrestre diffère de celle du céleste comme la lumière que nous voyons de la lune diffère en gloire de celle du soleil. Il n'y a aucune mention de différents degrés ou niveaux dans le Royaume terrestre, mais il est raisonnable de croire que là, comme dans les royaumes céleste et téleste, les personnes différeront en gloire les unes des autres (voir D&A 76:97-98).
LA GLOIRE TÉLESTE. Ceux qui, sur terre, sont des menteurs, des sorciers, des fornicateurs et des adultères, qui ne reçoivent pas l'Évangile, ni le témoignage de Jésus, ni celui des prophètes, vont dans le Royaume téleste. Ils sont jugés indignes de ressusciter à l'avènement du Christ et reçoivent un temps supplémentaire en «enfer» pour se repentir et se préparer pour une résurrection et un placement ultérieurs dans un royaume de gloire moindre. Pendant cette période, ils apprennent à respecter des lois qu'ils ont rejetées par le passé. Ils fléchissent le genou et admettent leur dépendance vis-à-vis de Jésus-Christ, mais ils n’acceptent toujours pas la plénitude de l'Évangile. À la fin du millénium, ils sont extraits de l'enfer et sont ressuscités dans une gloire téleste. Là, «ils seront les serviteurs du Très-Haut; mais là où Dieu et le Christ demeurent, ils ne peuvent aller, aux siècles des siècles» (D&A 76:112). Cependant, ils reçoivent «de l'Esprit-Saint par le ministère des terrestres» (verset 86). Bien que différant de la gloire des royaumes terrestre et céleste comme la lumière que nous percevons des étoiles diffère de celle de la lune et de celle du soleil, la gloire du Royaume téleste «défie [malgré tout] toute compréhension» (verset 89; voir D&A 76:81-90, 98-112; 88:100-101).
OCCASION DONNÉE À TOUS. L'Église enseigne que tous les hommes, à l’exception des fils de perdition, trouveront, dans l’au-delà, une place dans l’un des royaumes de gloire et qu'ils choisissent eux-mêmes l'endroit par la vie qu’ils mènent ici sur terre et dans le monde d'esprit post-terrestre. Même la gloire la plus basse défie toute compréhension pour les mortels. Tout le monde reçoit son libre arbitre (D&A 93:30-32). Tous ont accès au pouvoir révélateur de la Lumière du Christ, qui, à condition qu’ils la suivent, les conduira à la vérité de l'Évangile (Jn. 1:1-13; Al. 12:9-11; Mro. 7:14-19; D&A 84:45-48). Tout le monde entendra l'Évangile de Jésus-Christ sur terre ou dans le monde d'esprit post-terrestre et aura suffisamment l'occasion de démontrer à quel point il l’accepte (D&A 138; cf. 1 Pi. 4:6). Ceux qui n'ont pas l’occasion de recevoir l'Évangile sur cette terre, mais qui l’auraient entièrement accepté s’ils avaient pu l'entendre, et qui le reçoivent donc dans le monde d'esprit, sont héritiers du royaume céleste de Dieu (D&A 137:7-8). Ils accepteront les ordonnances salvatrices accomplies pour eux par procuration dans un temple sur la terre (voir Salut des morts). Le Christ, victorieux et plein de grâce, accorde à tous le désir de leur cœur, leur permettant de choisir leur récompense éternelle selon la loi qu’ils sont disposés à respecter.

Bibliographie
Dahl, Larry E. “The Vision of the Glories”. Dans Studies in Scripture, dir. de publ. R. L. Millet et K. P. Jackson, vol. 1, pp. 279-308. Sandy, Utah, 1984.
Smith, Joseph Fielding, DS, vol. 2, pp. 20-24. Salt Lake City? 1955.
Talmage, James E. AF, pp. 375-394. Salt Lake City, 1968.
LARRY E. DAHL

Déification chez les premiers chrétiens
Auteur: NORMAN, KEITH E.

Du deuxième au huitième siècle, le terme chrétien standard pour désigner le salut était théopoièse ou théose, littéralement, «faire Dieu» ou déification. Ce langage a survécu sporadiquement dans la tradition mystique de l'Occident et est toujours utilisé dans l'Église catholique orthodoxe. La doctrine des saints relative à la progression éternelle et à l'exaltation à l'état divin exprime une conception similaire du salut.
Sous sa forme classique, en particulier dans les ouvrages d'Athanase (évêque d'Alexandrie au IVe siècle), la déification était basée sur la notion de l'incarnation du Christ. Le Conseil de Nicée (325 apr. J.-C.) a défini le Fils comme homoousios (de la même substance) avec le Père et donc pleinement Dieu. En prenant sur lui notre chair par la naissance, Jésus, en tant que Dieu, a uni l'essence de l'humanité à la nature divine. Finalement, la divinité du Christ a surmonté les limites de la chair par la résurrection et la glorification, transformant et élevant son corps au niveau complet de l'état divin. Comme Athanase l’a résumé: « Dieu a été fait homme pour que nous puissions être faits Dieu » (De l'incarnation du Logos, 54).
Bien que ce point de doctrine ait été écarté par les savants postérieurs comme une simple « théorie physique de la rédemption » concentrée sur la Résurrection, la déification est plus qu'un synonyme de l'immortalité. Les Pères de l'Église affirmaient que la déification non seulement rétablit l'image de Dieu qui a été perdue au moment de la Chute, mais permet également à l'humanité de dépasser la nature humaine de manière à posséder les attributs de Dieu. « Je peux devenir Dieu dans la mesure où il est devenu homme », disait Grégoire de Nazianze vers la fin du IVe siècle (Homélies 29.19). Les descriptions de la déification mentionnaient l'incorruptibilité physique, l'immunité par rapport à la souffrance, la vertu parfaite, la pureté, la plénitude de la connaissance et de la joie, la progression éternelle, la communion avec Dieu, l’héritage de la gloire divine et la possibilité de régner conjointement à jamais avec le Christ dans le royaume de Dieu dans les cieux.
Les racines de la doctrine chrétienne de la déification sont essentiellement bibliques. En commençant par la création de l'humanité à l'image de Dieu (Ge. 1:26-27), les Pères de l’Église ont élaboré des aspects de la déification à partir de notions telles que le commandement de parvenir à la perfection et à la sainteté morales (par exemple, Lé. 19:1-2; Mt. 5:48; 1 Jn. 3:2; 1 Co. 11:1; 2 Pi. 1:3-7), l’adoption comme héritiers de Dieu (Ro. 8:15-17; Ga. 4:4-7), l’unification avec Dieu en Christ (Jn. 17:11-23) et la participation aux souffrances du Christ afin de d'être élevés avec lui dans la gloire (par exemple, Ro. 8:16-18; 2 Co. 3:18; 4:16-18; Ph. 3:20-21; 2 Ti. 2:10-12). Ils ont également mentionné des exemples d’humains décrits comme étant des « dieux » dans l'Écriture (Ex. 4:16; 7:1; Ps. 82:6; Jn. 10:34-36).
La pensée juive, en particulier en réponse à l’expansion de la christologie et ce qu’elle considérait comme une menace pour le monothéisme, avait plus de réticence à parler d’humains atteignant l’état divin. Néanmoins, les Juifs avaient aussi certains des textes bibliques cruciaux sous-tendant la déification. Le judaïsme talmudique avait tendance à souligner l'obligation de l'humanité d'imiter la sainteté de Dieu puisqu’elle avait été créée à l'image divine. On disait de Moïse et d'autres prophètes qu’ils partageaient la gloire de Dieu et devenaient des «dieux secondaires» par rapport aux autres mortels (Meeks, pp. 234-235). Philon dit de la glorification de Moïse qu’elle était le «prototype… de l’accession au ciel que chaque disciple espérait se voir accorder » (Meeks, p. 244).
Du fait de son incompatibilité avec la doctrine de Dieu dans le christianisme occidental, la déification a cessé d’être la manière préférée de décrire le salut. La théologie catholique a de plus en plus mis l’accent sur la transcendance de Dieu, seul être nécessaire et éternel. Tous les autres êtres étaient créés ex nihilo, «à partir du néant», et n’avaient qu’une existence contingente. Cette évolution théologique trouve son aboutissement chez Augustin. Pour lui, l'unité absolue et l'altérité de Dieu étaient si différentes du statut d’être créé et dépendant vis-à-vis de la grâce divine qu’était celui de l'humanité que le salut ne pouvait pas franchir le fossé entre le Créateur éternel et les créatures dépendantes de lui. Depuis lors, toute mention de déification a été suspecte ou hérétique dans le christianisme occidental et a constitué un point de friction majeur entre les chrétiens traditionnels et les enseignements des saints des derniers jours sur le sujet.

Bibliographie
Barlow, Philip L. "Unorthodox Orthodoxy: The Idea of Deification in Christian History". Sunstone 8, sept.-oct. 1983, pp. 13-18.
Benz, Ernst W. "Imago Dei: Man in the Image of God." Dans Reflections on Mormonism, ed. T. Madsen, pp. 201-219. Provo, Utah, 1978.
Gross, Jules. La divinisation du chrétien d'après les pères grecs. Paris, 1938.
Meeks, Wayne A. The Prophet-King: Moses Tradition and the Johannine Christology. Leiden, 1967.
Norman, Keith E. "Deification: The Content of Athanasian Soteriology". Thèse de doctorat, Duke University, 1980.
Norman, Keith E. "Divinization: The Forgotten Teaching of Early Christianity". Sunstone 1, 1975, pp. 15-19.
Pelikan, Jaroslav. The Christian Tradition, Vols. 1 and 2. Chicago, 1971-1974.
KEITH E. NORMAN

Diable, Démons
Auteur: RIDDLE, CHAUNCEY C.

Dans la terminologie des saints, les mots «diable, démon» désignent quiconque favorise la cause du mal, mais ils s’appliquent particulièrement aux esprits non incarnés qui se sont rebellés contre Dieu dans la vie prémortelle et ont été précipités du ciel sur cette terre. Le diable, qui les dirige, est également connu sous les noms de Lucifer dans l’existence prémortelle et de Satan depuis qu’il a été précipité.
Le nom Lucifer signifie «porteur de lumière» en latin et est la traduction de l’hébreu heylel ben shakhar, qui signifie «annonciateur fils de l’aube» ou «étoile du matin». Dans la vie prémortelle, Lucifer était un ange ayant autorité en présence de Dieu. Il joua un rôle important lors du Conseil dans les cieux. Après que le Père céleste eut offert le plan de justice pour aider ses enfants à devenir comme lui, Lucifer proposa un plan différent.
Le plan du Père était de sauver et d’exalter tous ses enfants obéissants. Pour être obéissants, ils devaient garder ses commandements et faire le bien. Dans le plan du Père, on savait d’avance que beaucoup rejetteraient l’exaltation et recevraient donc une gloire inférieure.
Le plan de Lucifer proposait de «sauver» tous les enfants du Père en forçant chacun à obéir en toutes choses à la loi du Père. Lucifer désirait être récompensé de ce grand exploit du salut universel en s’octroyant l’honneur et la gloire du Père. Comme les mortels ne peuvent être sauvés que par leur propre repentir librement consenti, la proposition de Lucifer fut rejetée. Dans la guerre qui s’ensuivit dans les cieux, il s’acquit l’allégeance du tiers des enfants d’esprit du Père. Lucifer et ses partisans furent alors précipités du ciel sur la terre où il est devenu Satan et ils sont tous devenus des démons (Moï. 4:1-3; D&A 29:36-37; 76:25-38).
Le nom Satan vient d’une racine hébraïque signifiant «adversaire, ennemi», de là «agresseur, accusateur» (voir Ap. 12:10). Sur cette terre, le rôle de Satan et de ses démons est d’empêcher l’accomplissement d’œuvres de justice et de les détruire dans la mesure du possible (Moï. 4:4; D&A 10:20-23; 93:39).
La justice c’est apporter le plus grand bonheur possible à toutes les personnes concernées. On ne peut atteindre une pleine justice qu’avec l’aide d’un être omniscient et omnipotent. Cette pleine justice est l’ordre spécial du royaume céleste où le Père demeure. Quand la volonté du Père est faite et que son ordre est en place, chaque personne et chaque chose atteint, ou est en voie d’atteindre, le potentiel qu’elle a de s’épanouir et de connaître le bonheur. Cette justice est le côté « bien » du bien et du mal. Elle doit faire contraste avec les désirs humains qui sont contraires à l’ordre et à la volonté du Père.
Une bonne personne (juste) est un être libre qui ne choisit et ne fait que ce qui est juste. Aucun mortel n’est intrinsèquement et parfaitement bon et, à lui seul, aucun mortel ne peut atteindre ce stade (Mt. 19:17). Mais les mortels peuvent poser des actes justes et devenir justes par l’intermédiaire du salut offert par Jésus-Christ. Le Christ est la source de toute justice (Et. 12:28). Les enfants de Dieu peuvent atteindre l’ordre de justice du Père par le Christ s’ils choisissent cet ordre en rejetant expressément le mal.
Le mal est toute façon d’exister qui n’est pas juste. Un état de choses, un acte ou une personne qui n’est pas dans l’ordre de la justice est donc mauvais. Laisser son prochain languir dans la pauvreté quand on a soi-même l’abondance, voler autrui ou lui souhaiter du mal, tout cela est mal. Satan fait progresser le mal partout il peut pour contrecarrer la justice de Dieu (voir D&A 10:27). Ainsi, Satan tente les gens pour qu’ils fassent le mal au lieu de la volonté du Père. Satan lui-même n’est pas nécessaire au mal, mais il accélère et encourage le mal partout où il peut.
Les premières cibles de Satan sur terre ont été Adam et Ève dans le jardin d’Éden. Sachant que le Père leur avait commandé de ne pas manger du fruit défendu sous peine de mort, Satan chercha à détruire l’œuvre du Père en les incitant à en manger malgré tout. Le succès de Satan a marqué le commencement du monde (pas de la création de la terre), du royaume de Satan sur cette terre (voir TJS, Mt. 1:55).
En obéissant à Satan, Adam et Ève lui ont ouvert la porte pour qu’il ait une domination partielle sur eux, sur la terre et sur tous leurs enfants (voir Chute d’Adam). Les exemples de sa domination partielle sur la terre accordée par le Père sont sa capacité de posséder les corps des animaux (Mt. 8:28-32) et d’utiliser l’eau pour détruire les gens (D&A 61:14-19). Satan a acquis le pouvoir de tenter ceux qui sont responsables de faire le mal (D&A 29:39), de communiquer avec des individus pour leur enseigner des choses (habituellement mais pas toujours des mensonges), de posséder leur corps, de provoquer la maladie et de causer la mort physique. Il stimule le péché, les mauvaises actions, ce qui apporte la mort spirituelle au pécheur et le malheur à toutes les personnes touchées. Dans chacune de ces occasions, le pouvoir de Satan est limité: Il ne peut faire que ce que Dieu lui permet expressément de faire (D&A 121:4; Lu. 8:30-33). On peut lui ôter son pouvoir en écoutant Dieu et en utilisant correctement la sainte prêtrise pour limiter ses activités (D&A 50:13-35).
Ce que Satan n’a pas réalisé en Éden est que ce qu’il faisait en essayant de détruire l’œuvre du Père était en réalité la chose même qui était requise pour accomplir son plan (Moï. 4:6). Les hommes ne pouvaient pas démontrer suffisamment leur amour pour Dieu et leur disposition à accomplir l’œuvre de la justice pour les qualifier pour l’exaltation sans être exposés à des adversaires mauvais tels que Satan et ses armées et les vaincre (2 Né. 2:11-22).
Sur terre, Satan est donc le père de la tromperie, du mensonge et du péché – de tout ce qui est mal – car il les encourage vigoureusement. Il peut apparaître comme une contrefaçon d’un ange de lumière ou en tant que prince des ténèbres, mais ses manifestations habituelles aux mortels revêtent habituellement la forme d’une révélation mauvaise dans le cœur et l’esprit d’une personne ou indirectement p