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CHAPITRE 6 : UN CADRE POUR LA
GUERRE
La seconde moitié du livre d’Alma raconte la partie centrale,
cruciale, de l’histoire néphite. À partir d’un moment situé
peu avant 75 av. J.-C., les Néphites menèrent par
intermittence, pendant treize dures années, une guerre de
survie face à un ennemi rusé et décidé. La guerre faisait
partie d’un processus par lequel les Lamanites, menés par
Amalickiah et d’autres Néphites mécontents et assoiffés de
pouvoir, exerçaient une pression hors de leurs frontières en
direction du nord et à l’intérieur du territoire néphite. Ces
derniers faillirent être envahis. Mais il faudra examiner
ailleurs la dynamique de cette situation. Ici, nous allons
nous contenter de regarder le conflit dans le seul but
d’éclaircir d’autres aspects géographiques et culturels du
cadre dans lequel vivaient les peuples du Livre de Mormon.
Quand ils arrivèrent au pays de Zarahemla, les Lamanites
convertis – les Anti-Néphi-Léhis – furent envoyés au pays de
Jershon, selon les dispositions prises par le gouvernement en
vue de les protéger d’une invasion lamanite éventuelle.
Jershon se trouvait dans une région d’une faiblesse cruciale
dans les défenses néphites ; les terres basses à l’est avaient
besoin d’être équipées en garnisons et les Anti-Néphi-Léhis
allaient faire l’affaire. Bien que devenus pacifistes, ces
anciens Lamanites allaient pouvoir au moins assurer le soutien
logistique des armées néphites de la zone.
En même temps, Alma, le grand prêtre, avec des amis et deux de
ses propres fils, se préoccupaient d’une région adjacente, qui
posait des problèmes ayant des implications stratégiques. Le
groupe se rendit au pays d’Antionum (voir carte 12). Ils
cherchaient à y récupérer un groupe appelé Zoramites, dont la
loyauté à la souveraineté néphite présentait des signes de
faiblesse. Antionum était situé « à l’est du pays de Zarahemla,
qui bordait presque la mer, qui était au sud du pays de
Jershon, qui bordait aussi le désert au sud, désert qui était
rempli de Lamanites » (Alma 31:3). Si Alma réussissait à
ancrer les Zoramites à l’intérieur de la sphère politique et
culturelle néphite, cela pourrait éviter la guerre. Les
centres de culture lamanites des plateaux étaient à cette
époque en cours d’expansion vers les plaines, c’est-à-dire en
direction des Néphites « le désert du sud ». Pour attaquer les
Néphites dans ce secteur, il leur fallait une base et des
alliés. Les Zoramites d’Antionum leur offraient les deux.
Donc, « les Néphites craignaient beaucoup que les Zoramites
n’entrassent en relation avec les Lamanites » (verset 4).
L’allégeance politique et l’orthodoxie religieuse étaient
étroitement liées, comme dans tout le monde antique, et le
grand prêtre se souciait en premier lieu de la foi des
Zoramites. En arrivant chez eux, Alma fut choqué de constater
à quel point les Zoramites s’étaient écartés de l’idéal
néphite. En dépit d’un certain succès de la prédication «
parmi la classe pauvre du peuple » (Alma 32:2), les
missionnaires furent finalement forcés par l’élite zoramite de
quitter le pays pour le Jershon néphite. Leurs convertis les
suivirent (Alma 35:1-6).
Le fait que le territoire au sud décrit comme étant un «
désert » soit « rempli de Lamanites » nous donne un aperçu
intéressant des conceptions néphites relatives au pays. Il est
évident que le sens véritable de « désert » ne résidait pas
dans l’absence d’habitants mais dans quelque chose d’autre,
apparemment la modification substantielle du paysage
qu’implique la civilisation. Il est probable que cette zone
méridionale n’avait précédemment été que peu peuplée, mais que
maintenant, des gens s’y installaient pour de bon. Certains de
ces colons étaient des Lamanites qui avaient été chassés de la
bande côtière au nord (« le désert de l’est ») par un coup de
balai de l’armée néphite. Les dirigeants néphites avaient pris
la décision stratégique de prendre le contrôle de ces terres
côtières, qu’ils réclamaient mais qu’ils avaient permis à des
squatters lamanites d’occuper (Alma 22:29 ; 50:9). Bien que
qualifiée de « lamanite » par les Néphites, la population
installée dans le désert du sud devait en réalité comporter
des restes de peuples plus anciens qui méritaient
l’appellation principalement parce qu’ils étaient maintenant
gouvernés par un roi lamanite. Ce qui confirme l’existence
d’une diversité ethnique, c’est la réflexion d’Alma que «
beaucoup d’entre eux sont nos frères » au pays d’Antionum
(Alma 31:35 ; comparez avec 43:13). Les Lamanites des plateaux
auraient eu du mal à gouverner activement dans cette zone
chaude et humide. Ils étaient biologiquement adaptés à un
habitat beaucoup plus frais [1]. Cependant, si le roi lamanite
suprême portait le titre « Laman », comme le roi, chez les
premiers Néphites, portait le titre « Néphi » (comparez avec
Mosiah 10:6 ; 24:3 ; Jacob 1:11), tous ses sujets devaient
être des « Lamanites », même s’ils étaient des natifs des
plaines [2].
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Il ne fallut pas longtemps aux Zoramites pour devenir
Lamanites (voir Alma 43:4), c’est-à-dire qu’ils transférèrent
leur loyauté au gouvernement lamanite. Ce qui hâta cette
mesure, ce fut la colère que ressentirent les dirigeants
zoramites en voyant la compréhension avec laquelle les
Néphites recevaient les réfugiés zoramites des classes
inférieures qui avaient suivi Alma au pays de Jershon.
Là-dessus, les Zoramites « commencèrent à se mêler aux
Lamanites » (Alma 35:10). Déjà au moment où les missionnaires
étaient à Antionum, il devait y avoir des échanges réguliers
entre les habitants de ce pays et les Lamanites plus au sud,
car Corianton, fils d’Alma, avait pu passer du territoire
zoramite « au pays de Siron, parmi les régions frontières des
Lamanites, à la suite de la prostituée Isabel » (Alma 39:3).
Le texte nous dit donc clairement que dans ce secteur du pays,
la frontière entre les Néphites et les Lamanites était fluide.
Le transfert de loyauté de ce groupe de Néphites marginaux
qu’étaient les Zoramites, faisait apparemment partie d’un long
processus d’expansion politique et économique de la puissance
lamanite dans lequel la religion ne jouait vraisemblablement
qu’un rôle secondaire.
Le premier affrontement militaire eut lieu près de Jershon.
Les Lamanites l’abordèrent à partir de leur nouvelle base d’Antionum.
Les Néphites étaient écrasés par le nombre (Alma 43:13-14,
21). Quand ils rencontrèrent leurs ennemis « dans les régions
frontières de Jershon », ils étaient protégés, à la grande
consternations de leurs adversaires, par leurs armures
individuelles. Craignant d’attaquer face à une tactique aussi
inattendue, les armées ennemies quittèrent la région tout
entière, faisant un « détour » dans le désert jusque « près de
la source du fleuve Sidon, afin d’entrer au pays de Manti »
(verset 22).
Jershon, nous l’avons vu, se trouvait dans les plaines de
l’est, quelque part entre Abondance et le territoire lamanite.
Il y avait, dans les environs, suffisamment de terrain
cultivable pour la subsistance aussi bien des nouveaux colons
que pour au moins une partie de l’armée néphite (Alma 43:13 ;
mais voir 60:9). C’était le pays le plus à l’est et au sud que
les Néphites pouvaient, à ce moment-là, convertir en base
défensive. C’est là que Moroni, le commandant néphite, fit
camper son quartier-général pour la durée du reste de la
guerre (comparez avec Alma 50:31). (Aucune ville de Jershon
n’est mentionnée.)
La première escarmouche et le premier repli donnèrent
l’impression que la menace contre le front de Jershon avait
disparu, mais cela n’allait pas se confirmer. La géographie
stratégique rendait inévitable une attaque ultérieure des
Lamanites dans la même région. Leur but principal était de
couper la retraite aux Néphites vers le pays situé du côté du
nord en s’emparant du passage étroit (Alma 50:11, 32 ; 52:9).
L’ennemi allait attaquer les défenses néphites partout où ils
pensaient avoir le plus de chances de faire une percée jusqu’à
l’isthme. Une première attaque le long de la côte ouest avait
eu des résultats décourageants (Alma 16:2-9), ce qui ne les
empêcha pas de réessayer au même endroit, sans plus de succès
(Alma 49:1-15). Quoi qu’il en soit, les tentatives par la côte
ouest étaient dangereuses ; l’étroitesse évidente de la bande
de désert qu’ils devaient traverser pour atteindre l’isthme du
côté ouest devait les rendre vulnérables aux attaques néphites
sur leurs arrières autour de Mélek. Les attaques lamanites
n’allèrent pas loin non plus par le centre du pays (voir Alma
2:27-35 ; Hélaman 1:15-32). Dès lors, le secteur est se
présentait comme étant le seul front évident. Nous avons vu au
chapitre 1 que la partie de la côte est, contrôlée par les
Néphites, était limitée ; la brièveté de la distance qu’une
attaque lamanite aurait à parcourir pour atteindre l’étroite
bande de terre représentait donc une tentation irrésistible.
Le peuple d’Ammon ne tarda pas à s’avérer être plus une gêne
qu’une aide à Jershon. Par conséquent, on l’évacua à Mélek,
plus à l’abri (Alma 35:13) dans la partie supérieure du bassin
du Sidon. Il a dû probablement se sentir plus heureux à Mélek,
situé à mi-hauteur, que dans le Jershon torride des plaines,
car il provenait des plateaux. Moroni hâta ses préparatifs de
défense, chassant les Lamanites attardés le long de la côte et
installant des villes de garnison en utilisant les colons de
la région de Zarahemla (Alma 50:9-11). Certains d’entre eux ne
furent probablement pas très enthousiastes quand ils virent
dans quelle situation ils se retrouvaient à leur arrivée
(versets 26, 29). La ville de Moroni était quasiment sur la
côte (Alma 62:32 ; 3 Néphi 8:9 ; mais Alma 62:34 donne à
penser qu’il a pu y avoir un peu de désert entre elle et la
mer) et elle était la plus exposée du dispositif (Alma 50:13).
Néphihah était une base encore plus cruciale plus loin à
l’intérieur du pays (Alma 50:14 ; 59:8-9). Léhi, Morianton,
Omner et Gid étaient d’autres zones de peuplement installées
pour renforcer le secteur sud-est et constituer un tampon pour
le quartier-général à Jershon. Dans l’ensemble, les Néphites
essayaient de tenir une ligne droite allant de la mer vers
l’intérieur des terres aussi loin qu’il y avait le moindre
risque d’attaque (Alma 50:8).
L’assaut lamanite finit par se produire. Mené par le renégat
néphite Amalickiah, il se lança d’abord sur Moroni, puis sur
un cordon d’autres villes. Les squatters lamanites, qui
avaient été expulsés de la bande côtière lors de la création
des garnisons, ont certainement dû mettre les assaillants au
courant de toutes les pistes et de tous les obstacles. La
position de Néphihah à l’intérieur des terres est confirmée
par le fait que l’offensive passa à côté d’elle. Jershon, elle
aussi, était suffisamment loin à l’intérieur des terres pour
être en sécurité (Alma 43:4, 25 ; comparez avec 50:27),
quoique débordé lorsque les Lamanites se déversèrent vers le
nord près de la mer. Le texte signale à ce moment la prise de
Néphihah (Alma 51:24-26), mais c’est là une information
inexacte si nous en croyons Alma 59:9-11. Le fait que les
rédacteurs aient commis des erreurs ne doit pas nous
surprendre. À la page de titre du Livre de Mormon, Moroni nous
met en garde en disant : « Et maintenant s’il y a des fautes,
ce sont les erreurs des hommes. »)
La grande quantité d’informations qui s’interpénètrent dans
cette partie de l’Écriture nous permet de rattacher le texte
au vécu des Néphites. Tous les endroits cités peuvent être
identifiés avec des localisations géographiques et des sites
archéologiques plausibles. Les raisons pour lesquelles des
populations se sont installées à ces endroits deviennent
évidentes et la logique de la campagne d’Amalickiah et de la
défense de Moroni devient claire. La carte 12 montre la
localisation la plus raisonnable de chaque pays et ville
mentionnés.
Une ligne marquant la limite linguistique et culturelle maya
traverse cette région située au centre et un peu à l’est.
Cette frontière était apparemment valable à l’époque de la
conquête espagnole, comme elle l’était de nombreux siècles
auparavant, à l’époque classique [3]. Même dans les temps
olmèques anciens, les sites de cette culture se trouvaient
d’un même côté de cette ligne [4]. Une espèce de frontière
écologique devait séparer les territoires situés de part et
d’autre de la ligne, empêchant les flux de population et de
culture. Quelle qu’en ait été la cause, une zone étroite d’une
trentaine de kilomètres de large environ semble effectivement
avoir constitué, de manière durable, une frontière ethnique.
La zone se situe précisément là où la frontière
néphite-lamanite dans le secteur de la mer de l’est s’insère
dans la géographie élaborée au chapitre 1.
La région géographique du sud du Mexique, où les défenseurs
néphites résistèrent aux Lamanites, est maintenant appelée la
Chontalpa. Arrosée par des cours d’eau paresseux, une grande
partie de ce terrain plat est trop humide pour permettre une
colonisation, mais ça et là, des endroits situés en hauteur
sur des levées de rivières ou de légères élévations
géologiques permettent à des villages d’exister [5]. Le
célèbre site de La Venta en est un, situé sur une élévation de
quelques kilomètres carrés au milieu de marécages près du
fleuve Tonala. Les déplacements dans la région côtière se
limitent à deux ou trois pistes bien établies qui suivent en
gros une direction nord-ouest/sud-est en terrain plus élevé.
Les guerres entre natifs à l’époque de la conquête espagnole
se situaient essentiellement entre octobre et février. La
nourriture était abondante à ce moment-là, et les inondations
saisonnières avaient cessé pour la plupart. Le long de la côte
se trouve une bande de vieilles dunes de plage, couvertes de
végétation, ayant une largeur de 3 kilomètres. Elle est
suffisamment continue pour que l’on puisse s’y déplacer
parallèlement à la plage sans être gêné par les marécages
situés juste à l’intérieur des terres, où se conjuguent les
difficultés causées par le sable, le vent et les insectes [6].
La zone de Chontalpa est limitée d’un côté par le Rio Seco.
Jusqu’à l’époque coloniale espagnole, le courant principal du
fleuve Grijalva atteignait la mer par le chenal du Seco, mais
ensuite le cours d’eau à haute levée, lors d’un de ses
débordements réguliers, s’est jeté dans une nouvelle
embouchure loin vers l’est, où il coule maintenant [7].
L’ancien lit suivait essentiellement la frontière linguistique
et culturelle mentionnée plus haut. Comme le fait remarquer R.
Gadacz: « Beaucoup de cours d’eau du Tabasco servaient de
frontières provinciales [8]. » Le fleuve est une barrière
suffisamment redoutable pour constituer une ligne de défense
logique pour le capitaine Moroni. Moroni et Néphihah étaient
les garnisons-clefs verrouillant cette « ligne des possessions
des Lamanites » (Alma 50:13). Cette disposition géographique
explique pourquoi les annales néphites ne mentionnent jamais
le fleuve Sidon sur la côte est, parce que le fleuve lui-même
constituait la frontière au lieu d’être un accident
géographique que les Néphites devaient traverser.
La ville de Moroni reçut certainement son nom en l’honneur du
capitaine néphite de l’époque, selon la coutume de donner à un
pays et à une zone de peuplement le nom de « celui qui les
avait possédés en premier lieu » (Alma 8:7). Tout ce qui est
dit à propos de Moroni s’intègre parfaitement si nous
supposons qu’elle se trouvait près de Laguna Mecoacan, dans
laquelle se déversait anciennement le Grijalva/Sidon. Autre
possibilité, elle a pu se trouver sur le site ou près du site
de Tupilco, quelques kilomètres plus loin le long de la côte.
Lors de sa reconnaissance archéologique de cette région,
Sisson a trouvé que, dans la période préclassique tardive,
comprenant le moment où Moroni fortifiait cette section, la
céramique « à sensation cireuse », caractéristique de la
région maya, était répandue dans toutes les terres basses du
Guatemala et dans le sud-est du Mexique jusqu’au côté oriental
de Laguna Mecoacan, où elle s’arrêtait. Au-delà de la lagune,
frontière ethnique, existait un style tout à fait différent
[9]. En outre, à l’époque de la conquête, un « bloc économique
» unique, coïncidant avec la répartition des langues mayas,
s’étendait du Honduras jusqu’à cette même limite ethnique
[10]. Cette répartition concorde avec ce qui semble avoir été
l’habitat des « Lamanites » des terres basses. Si Moroni a
fondé sa nouvelle ville à la limite même près de la lagune,
pareille provocation devait inévitablement inciter les
Lamanites à attaquer. L’autre emplacement possible de Moroni
est intéressant pour une raison supplémentaire. Un site
archéologique à Tulpico, tout proche, a été, ces dernières
décennies, englouti dans la mer par des tempêtes violentes sur
le Golfe, dont les vagues martèlent parfois le rivage [11].
Cela nous rappelle que la ville de Moroni « s’enfonça dans les
profondeurs de la mer » au moment de la grande tempête qui
marqua la crucifixion du Sauveur (3 Néphi 8:9). Le fait que
Moroni se situe aux environs de cet endroit de la côte
correspondrait alors au cadre naturel, bien que,
naturellement, les ruines originelles aient été, selon le
Livre de Mormon, englouties sous l’eau il y a 1900 ans.
La ville de Néphihah, fondée en même temps que Moroni, fait
vraisemblablement partie d’un ensemble de sites appartenant au
préclassique tardif que Sisson a localisé à quelques
kilomètres à l’ouest de la frontière du Rio Seco. Les «
plaines » près de Néphihah (Alma 62:18) devaient faire partie
des vastes savanes anciennement non cultivables de la
Chontalpa. (Bernal Diaz a décrit une des toutes premières
batailles espagnoles sur le continent un peu à l’est de cet
endroit. Des milliers de guerriers natifs attendaient pour le
combattre dans une « plaine » de ce genre, qui se révéla être
un terrain idéal pour permettre aux chevaux espagnols de
manœuvrer [12].) Léhi, Morianton et Moroni semblent avoir été
des satellites de Néphihah, centre (marché ?) régional (Alma
51:24; 59:5; 50:14). Elles se trouvaient toutes les trois plus
près de la côte que Néphihah. Mais Léhi et Morianton ont dû
être très proches l’une de l’autre, car leurs habitants se
disputèrent pour des terres agricoles presque dès leur
installation dans cet endroit, et le groupe de Morianton finit
par être politiquement incorporé à Léhi (Alma 50:25-26, 36).
Sisson a localisé des sites appartenant à la période
considérée et situés l’un à côté de l’autre en direction de la
côte par rapport à notre Néphihah supposée et pourraient être
des vestiges de ces deux petites zones de peuplement [13].
La question des directions, dont nous avons parlé au premier
chapitre, est particulièrement d’application maintenant. À des
endroits du récit, comme Alma 50:13-15, si nous appliquions à
la carte le sens que nous donnons aujourd’hui aux termes «
nord » et « sud », cela pourrait être source de confusion.
Mais si nous supposons qu’il s’est produit, dans la
terminologie néphite, un certain décalage par rapport aux
points cardinaux qui nous sont familiers aujourd’hui, peu
importe pourquoi, la situation a du sens. Une note
supplémentaire : ce récit a été écrit par Mormon, longtemps
après que les événements se soient produits (notez, par
exemple, le « je » rédactionnel qui apparaît dans Alma 43:3).
Les termes indiquant les directions relèvent de sa conception
générale au moment où il écrit alors qu’il se trouve dans le
pays situé du côté du nord. Selon sa perception des choses, il
devait effectivement considérer la ville de Léhi comme située
plus au nord que Moroni (Alma 50:13-15) [14], même sans tenir
compte des autres données fournies au chapitre 1 sur les
directions néphites.
Jershon, l’unique centre néphite dans l’est que les Lamanites
n’allèrent même jamais jusqu’à menacer, devait se trouver
nettement plus loin à l’intérieur du pays. La région entourant
le site archéologique de San Miguel (Tabasco) répond aux
exigences géographiques pour Jershon. Déjà à l’époque olmèque,
c’était une zone de peuplement importante, quoique dépendante
de La Venta, à une trentaine de kilomètres de là [15]. Une
situation qui confirme ceci vaut d’être notée : quand ils
quittent leur ville pour aller dans la direction du pays situé
du côté du nord, Morianton et son peuple suivent une piste
différente de celle de Téancum. Celui-ci les poursuit avec une
armée par un autre itinéraire, dans l’intention de les «
devancer » (Alma 50:33). Les pistes et les distances pouvant
permettre à Téancum d’être informé à Jershon de la fuite de
Morianton et de réussir ensuite à le rattraper sont tout à
fait faisables si Jershon est dans les environs de San Miguel.
Il n’y a pas beaucoup de choix.
Omner, Gid et Mulek sont des villes dont le nom est également
mentionné, toutes dans « les régions frontières de l’est, près
du bord de la mer » (Alma 51:26). À première lecture, ce
verset donne l’impression que ces endroits ont une importance
égale et qu’ils sont situés dans une belle ligne droite, mais
cette description ne tient pas. Pendant la reprise des villes
de garnison par la contre-attaque néphite, Omner n’est pas
mentionnée du tout, ayant apparemment été laissée sur le côté
et abandonnée à son triste sort (Alma 55:24-25, 33). De plus,
lorsqu’ils entreprennent beaucoup plus tard une mission de
prédication (Hélaman 5:14-15), Néphi et Léhi, son frère,
atteignent Gid et Mulek dans un ordre inverse de ce à quoi on
se serait attendu d’après Alma 51. Cela doit vouloir dire que
Gid était à l’écart, plus à l’intérieur des terres par rapport
à Mulek plutôt qu’alignée avec les autres zones de peuplement
parallèlement à la côte. Nous savons que Mulek n’était pas
loin de la mer, parce qu’en la traversant dans la direction
d’Abondance, l’armée d’Amalickiah aboutit sur la plage (Alma
51:32).
Notez que Mulek n’était pas l’un des nouveaux centres de
garnison (Alma 50:14-15). Il avait déjà une histoire. Le nom
Mulek le rattache à l’ancêtre du vieux chef Zarahemla, le
prince réfugié de Juda (Hélaman 6:10 ; 8:21). Le groupe avec
lequel il arriva après avoir traversé la mer débarqua sur la
côte du pays situé du côté du sud après avoir atteint le pays
situé du côté du nord (et y être resté combien de temps ?) (Hélaman
6:10; Alma 22:36). Étant donné ces éléments, il est
vraisemblable que la ville de Mulek a été le centre le plus
ancien de ce groupe de voyageurs venus de la Méditerranée
[16]. Les rapports géographiques et l’histoire probable de
Mulek correspondent au site archéologique impressionnant de La
Venta, l’antique centre olmèque, à quelques kilomètres en
amont de l’embouchure du fleuve Tonala.
Plusieurs renseignements confirment cette identification. Il y
a tout d’abord le fait que l’endroit est accessible, par le
fleuve, à un groupe arrivant par la mer. Les recherches
archéologiques montrent que La Venta a pu être totalement
abandonnée au moment de l’arrivée du groupe de Mulek, lui
donnant l’occasion en or de s’installer dans un endroit ayant
fait ses preuves [17]. Alma 52:2 insiste sur la sécurité
offerte à une force d’invasion lamanite terrée à l’intérieur
de Mulek. Ensuite, dans le récit de la reconquête du site
(Alma 52:17-23), le texte confirme que Mulek était isolée
d’une manière inhabituelle. Le capitaine Moroni invite ses
ennemis à se battre dans les plaines entre Mulek et Abondance,
mais ils refusent. Il faudra le recours à une ruse pour les
inciter à « sortir » de Mulek (verset 19) et les amener à
l’endroit où les Néphites finissent par les avoir par la ruse.
La situation de La Venta/Mulek, dans une île entourée de
marécages, explique pourquoi on a pu parler de la sorte et il
y avait effectivement des plaines (verset 20) qui s’étendaient
jusque près de La Venta et sur une grande partie de l’espace
situé entre le fleuve Tonala et Abondance, près du fleuve
Coatzacoalcos. Les distances et le terrain révélés par
l’opération qui permit finalement aux Néphites de s’emparer de
Mulek correspondent bien à cette région [18].
Il y a un fait culturel relatif à La Venta/Mulek qui paraît
également significatif. Sur l’immense stèle 3 de La Venta est
gravée une scène célèbre dans laquelle une personne de haut
rang, dont les traits du visage ont leurs parallèles dans les
populations survivantes de la région de la côte du Golfe ainsi
que dans l’art olmèque, fait face à un personnage qui
ressemble à un Israélite. Sa barbe et son nez busqué sont si
frappants que certains savants l’ont surnommé « oncle Sam »
[19]. On interprète habituellement cette scène comme étant la
représentation de dirigeants de deux groupes ethniques très
différents, dont l’un est apparemment « sémitique », dans une
rencontre officielle, comme l’ont suggéré Tatiana
Proskouriakoff et Ignacio Bernal [20]. Ce que nous voyons là,
c’est peut-être un dirigeant mulékite rencontrant le chef
local d’un groupe de survivants de la débâcle jarédite. Le
monument sur lequel apparaît la scène remonte, autant que nous
le sachions, à une époque très proche de celle où le groupe de
Mulek qui a dû débarquer, au VIe siècle av. J.-C.. C’est à peu
près l’époque à laquelle la Première Tradition de la
Mésoamérique connaissait ses derniers jours. On a aussi
relevé, dans cette occupation tardive de La Venta, certains
traits culturels que l’on a comparés à des éléments de la
Palestine phénicienne-israélite [21]. Considérés dans leur
ensemble, ces éléments indiquent que La Venta est un bon
candidat pour la ville de Mulek. Certains vestiges découverts
sur le site datent des environs du premier siècle av. J.-C.,
ce qui semble montrer qu’une population modeste y vivait
lorsque Amalickiah lança son attaque contre Mulek
Où devait se trouver le pays d’Antionum ? C’était une zone
dans laquelle l’influence lamanite se répandait et entrait en
collision avec la sphère néphite. Si nous considérons que la
ligne lamanite-néphite est la frontière maya/non-maya près du
fleuve Seco, il semblerait qu’Antionum se trouvait juste
au-delà, du côté maya. Étant donné qu’il y avait au moins une
colline nommée à Antionum (Alma 32:4), elle était
vraisemblablement située au bord des contreforts des collines
plutôt que dans la plaine nue et inondée plus près de la mer.
Aux environs de Teapa ou Pichucalco (Chiapas) ou même aussi
loin en direction de la mer que les environs de Villahermosa,
le cadre correspond aux conditions requises ; on trouve aussi
dans le voisinage des vestiges archéologiques ayant la date
voulue. Gareth Lowe situe sa « zone d’interaction mixé/zoqué/maya
», une frontière culturelle sur laquelle il voit un conflit de
longue durée [22], à cet endroit précis (et plus loin sur
toute la largeur du sud de la Mésoamérique, à peu près là où
je vois l’ « étroite bande de désert » du Livre de Mormon,
Alma 22:27). Siron (Alma 39:3), encore plus clairement
lamanite, devait être plus loin en territoire maya, dans les
environs de Macuspana, vers Palenque, où l’on trouve également
des vestiges culturels ayant l’ancienneté voulue. Cet endroit
se trouve dans une région de collines jusqu’à la ligne
suivante de partage des eaux à partir d’Antionum, comme le
texte l’exige.
AMALICKIAH, L'ARCHI-DISSIDENT
Alma 46 raconte que des problèmes se posent une fois de plus à
Zarahemla pour des questions de pouvoir et de privilèges. Le
chef des dissidents était Amalickiah, qui voulait devenir roi
des Néphites (verset 3-6). Certaines parties du pays étendu de
Zarahemla étaient davantage affectées par la subversion d’Amalickiah
que d’autres. Moroni lui-même emporta son « étendard de la
liberté » partout dans le centre du pays vers divers groupes
et « envoya » des messages ailleurs, ralliant les fidèles aux
principes de la liberté et du gouvernement par des juges élus
(verset 28). Quand ils virent qu’ils avaient perdu le combat
politique, Amalickiah et ses partisans les plus proches
s’enfuirent de Zarahemla et gagnèrent le pays de Néphi, pour y
recommencer à zéro (versets 29-33).
Selon le scénario classique des dissidents néphites ambitieux,
cet homme monta à Néphi pour exciter le roi des Lamanites à la
guerre contre les Néphites (Alma 47:1). Mais beaucoup de
personnes dans la population lamanite n’avaient aucune envie
d’entreprendre une guerre désastreuse de plus parmi la série
apparemment sans fin dans laquelle les Néphites semblaient
toujours avoir le dessus. Cette fois, la majorité des
Lamanites rebelles du voisinage de la ville de Néphi s’enfuit
purement et simplement vers un endroit proche appelé Onidah, «
le lieu des armes ».
Il y avait, tout près, un mont Antipas, au sommet duquel ils
s’assemblèrent après s’être armés. Il est clair qu’Onidah
était dans une région accidentée non loin de la capitale
Léhi-Néphi. En Mésoamérique, ce qui constitue « le lieu des
armes » est évident ; ce ne peut guère être autre chose qu’un
affleurement d’obsidienne. Ce verre volcanique était le
matériau le plus pratique, le plus efficace et le moins
coûteux pour fabriquer des armes ou des outils tranchants.
(Notez qu’Alma 49:2 nous apprend que les armes principales des
Lamanites étaient « des flèches et des pierres ».) Le commerce
de l’obsidienne était, depuis les temps les plus reculés, la
denrée principale du commerce. Certains des itinéraires sur
lesquels il s’effectuait avaient jusqu’à 1.100 km de long.
Il se fait qu’une des sources les plus abondantes de ce
matériau clef est la zone montueuse appelée El Chayal, à 25 km
environ au nord-est de Kaminaljuyú. Il y a, dans les
affleurements d’obsidienne d’El Chayal, qui ont des kilomètres
de large, des endroits qui sont virtuellement pavés d’éclats,
où des outils coupants ont été façonnés par la technique de
l’éclatement. Dès l’époque jarédite, l’obsidienne en
provenance d’El Chayal connaissait une exportation
considérable [23]. Voilà pourquoi les malheureux Lamanites,
qui s’attendaient à devoir combattre les forces du roi pour ne
pas être pressés au service militaire, se rendirent d’abord à
Onidah, peut-être El Chayal, pour s’armer, puis se réfugièrent
au sommet d’une montagne par mesure de sécurité.
Après une série de manœuvres subtiles bien dans son genre,
Amalickiah finit sur le trône, après avoir manipulé les
Lamanites hostiles à la guerre, les forces loyales au roi et
le roi lui-même, ce dernier par assassinat (Alma 47:10-19).
Finalement l’ambitieux ex-Néphite « prit possession » de la «
ville principale » et monta sur le trône. Une fois maître des
forces lamanites, Amalickiah essaya tout d’abord de remporter
une victoire surprise facile sur les Néphites. Ce fut
l’offensive sur la côte ouest contre la ville d’Ammonihah,
comme nous l’avons vu plus haut.
Le « désert » étroit de l’ouest (Alma 22:28), composé d’une
barrière montagneuse et d’une bande côtière parallèle du côté
Pacifique du grand Zarahemla, n’avait apparemment jamais été
colonisé ni défendu par les Néphites. La raison en est,
vraisemblablement, qu’il était occupé par une vieille
population résiduelle des temps prénéphites qu’il était plus
facile d’ignorer que d’expulser. (Alma 50:11 pourrait laisser
entendre que pareille expulsion a eu lieu, mais ce n’est pas
clair ; quoi qu’il en soit, les Néphites ne colonisèrent pas
cet endroit.) Ce n’est que dans les extrémités nord et sud que
les Néphites manifestèrent un intérêt marqué. Au sud, il y
avait « la ville » d’Antiparah, en passant par le col de
montagne et en descendant « dans les régions frontières près
du bord de la mer [de l’ouest] » (Alma 56:31). À l’extrémité
nord, du moins au IVe siècle av. J.-C., se trouvait le pays de
Josué, que les Néphites occupèrent lors de leur retraite
finale (Mormon 2:6). La zone côtière Pacifique du Chiapas,
avec les montagnes qui lui sont parallèles, est sûrement ce
désert de l’ouest. Le grand centre cérémoniel d’Izapa se
trouve à l’endroit qu’il faut à l’extrémité sud pour être « la
ville qui se trouvait au-delà » d’Antiparah, bien que d’autres
sites de cette région de Soconusco puissent également faire
l’affaire. (Le texte ne dit pas que c’était une ville néphite.
Cet endroit n’est mentionné nulle part ailleurs. Il a très
bien pu être un centre de pèlerinage ouvert à divers peuples
[24], sa nature sacrée faisant que les manœuvres militaires,
telles les incursions des Lamanites sur la côte ouest,
l’évitaient). À deux reprises, les Lamanites envoyèrent des
armées le long de cet itinéraire occidental, les deux fois
sans succès. C’est à la suite de ces échecs qu’Amalickiah
décida de lancer l’attaque contre l’est, dont nous avons déjà
décrit le cadre.
Rappelez-vous la rapidité de cette offensive contre la côte
est qui contourna la ligne de défense des Néphites.
Pratiquement avant que les uns et les autres ne se rendent
compte de ce qui était arrivé, les envahisseurs étaient
proches de l’endroit crucial qu’était Abondance. Plus tard, le
mouvement s’inversa petit à petit ; les Néphites grignotèrent
le territoire occupé par les Lamanites. Après des années de
combat, l’action finale se produisit de manière si soudaine
qu’en quelques heures le dernier cordon de villes retomba
entre les mains des Néphites.
LA GUERRE SUR LE FRONT DU SUD
Se voyant déjoués à l’est, où ils furent chassés au moment où
ils approchaient de Jershon en venant d’Antionum (Alma
43:18-22), les Lamanites changèrent de cible. Le deuxième
endroit où ils pouvaient espérer faire pression sur les
Néphites était la région de Manti. « C’est pourquoi ils
partirent du pays d’Antionum, entrèrent dans le désert et
entreprirent leur voyage en faisant un détour dans le désert,
au loin, près de la source du fleuve Sidon, afin d’entrer au
pays de Manti et de prendre possession du pays » (verset 22).
On nous propose ici un éclaircissement précieux sur les
rapports géographiques : la position relative du territoire de
Jershon-Antionum par rapport à Manti.
Manti était, bien entendu, la zone de peuplement néphite
située à l’endroit le plus élevé sur le Sidon. Immédiatement
au-delà se trouvaient les sources du Sidon dans le désert qui
séparait le territoire néphite du territoire lamanite. Elle
était donc très près des Lamanites, mais elle n’avait pas
encore été attaquée parce qu’elle avait une valeur stratégique
limitée par rapport aux terres basses de l’est.
On nous laisse entendre que Manti était loin des « régions
frontières près de la mer de l’est ». Les informateurs de
Moroni eurent le temps de lui dire dans son camp de Jershon
que les armées lamanites abandonnaient Antionum, sur quoi il
envoya des espions surveiller leurs mouvements. Il envoya
simultanément une demande d’information à Zarahemla pour
qu’Alma, en sa qualité de prophète, le guide pour savoir dans
quelle direction les ennemis se dirigeaient. La réponse revint
de Zarahemla à Jershon ; ensuite Moroni organisa son armée et
fit le long chemin jusqu’à Manti. Il y a arriva à temps pour
alerter les troupes locales et dresser une embuscade sur le
chemin qu’il savait que les Lamanites allaient suivre en
descendant vers le fleuve, le Sidon, près de Manti (Alma
43:22-33). L’itinéraire suivi par les Lamanites d’Antionum à
Manti ou bien était sinueux ou bien était difficile à
parcourir, car toutes ces allées et venues des forces de
Moroni ont dû prendre des semaines. Et les forces de Moroni
avaient un chemin beaucoup plus direct et beaucoup plus facile
à parcourir de Jershon à Manti que les agresseurs lamanites.
Cette conception d’un long détour dans le désert concorde avec
ce que l’on peut déduire d’un autre voyage accompli par une
armée lamanite. C’est quand Amalickiah prenait position avec
ses forces pour l’offensive presque réussie sur le bord de mer
oriental. On signalait déjà la grande armée « entrant dans les
régions frontières du pays » alors que le commandant Moroni
n’avait pas encore reçu du gouverneur du pays de Zarahemla
l’autorité de prendre des mesures contre les « hommes-du-roi »
subversifs qui avaient refusé de prendre les armes pour
défendre leur pays (Alma 51:14-16). Il envoya alors son armée
attaquer et soumettre la partie du pays contrôlée par ces
chefs dissidents qui « professaient avoir le sang de la
noblesse » (verset 21). (J’ai démontré précédemment que cette
partie du pays se trouvait vraisemblablement en aval de
Zarahemla et était centrée sur Sidom/Chiapa de Corzo. Il y a,
dans ce site, des indications que la transmission de la phase
guanacaste à la phase horcones, vers 75 av. J.-C., a été
marquée par de la violence [25]. C’était à peu près au moment
où les forces de Moroni marchaient contre les hommes-du-roi «
pour abattre leur orgueil », les dissidents étant « abattus et
abaissés jusqu’à terre » [versets 17-18]. Toutes ces
activités, qui ont dû prendre beaucoup de temps, étaient en
cours au moment où les Lamanites entrèrent « dans les régions
frontières » du pays. Ils ont dû se diriger vers la côte est,
vers le pays de Moroni, en empruntant un itinéraire qui était
presque l’inverse de celui emprunté par l’armée lamanite pour
aller à Manti. « Le détour dans le désert » était
manifestement une fameuse distance.
Un coup d’œil sur la carte 12 montre comment ces laps de temps
et ces distances fonctionnent. Deux itinéraires étaient
accessibles aux Lamanites entre Antionum et Manti ; ils
pouvaient prendre n’importe lequel des deux. Il y en a un qui
coupe à travers le vaste désert constitué par la forêt vierge
du Chiapas, via un réseau de vallées de jungles. L’autre
chemin contourne la région accidentée, va jusqu’au fleuve
Usumacinta et le remonte. Le deuxième est beaucoup plus long,
mais c’est une question de bon sens de choisir celui-là, car
il devait y avoir en chemin des zones de peuplement
susceptibles de fournir de l’approvisionnement, et la route
était sûre. Le chemin du désert, bien que réalisable,
traversait une des régions les plus difficiles de toute la
Mésoamérique, qui fut essentiellement inoccupée pendant toute
la période dont nous parlons [26]. Le cœur de la région est
toujours appelé « el desiertro de los Lacandon » (le désert
des Indiens lacandons) [27]. Quel qu’ait été l’itinéraire
emprunté par l’armée lamanite, cela pouvait laisser
suffisamment de temps aux forces de Moroni pour atteindre
Manti les premiers.
Il ne fait pas de doute que le commandant néphite et ses
hommes suivirent le même chemin quand ils allèrent plus tard
soutenir le grand juge Pahoran. Des dissidents avaient
réaffirmé leurs prétentions au gouvernement et pris le pouvoir
à Zarahemla, obligeant le juge à s’enfuir (Alma 61:5) Moroni
monta de sa base de Jershon vers la région de San Cristobal
Las Casas. Ensuite il dut aller tout droit le long des vallées
ouvertes jusqu’à Comitan/Gédéon, où Pahoran attendait les
secours (Alma 60:30 ; 62:3-4, 6).
Un autre incident qui se produisit lors du retour de Moroni
après qu’il fut allé aider Pahoran éclaire mieux les
itinéraires suivis. Il revenait avec son armée vers le pays de
Néphihah et de Jershon lorsqu’il tomba sur « un important
corps de troupes d’entre les Lamanites », le captura et
réquisitionna ses provisions (Alma 62:14-18). De toute
évidence, l’itinéraire en question n’était contrôlé par aucun
des belligérants. L’étendue de désert avait pour résultat que
leurs frontières étaient rarement fermes et sûres. (Les
observations de Kubler sur le caractère vague des frontières,
note 24, nous éclairent ici.) L’histoire ne nous en dit pas
assez pour nous permettre de savoir avec précision où la
rencontre eut lieu, mais le bon sens veut que les deux aient
utilisé la vallée supérieure du fleuve Teapa au-dessus de
Pichucalco, ou alors, cela a pu être plus près du Sidon, près
de ce qui est aujourd’hui Huimanguillo.
Sur le front au sud et à l’ouest de Zarahemla, le conflit
s’était enlisé et la guerre contre Amalickiah n’en finissait
pas (Alma 53-58). Manti tomba entre les mains des Lamanites.
La ville de Zeezrom fut, elle aussi, prise, bien que, étant
donné qu’elle n’est mentionné qu’une seule fois, elle ne
devait pas avoir une importance cruciale (Alma 56:14). Plus
loin en direction de la mer de l’ouest se trouvaient Cumeni et
Antiparah, deux autres localités prises par les Lamanites. Le
pays de Judéa resta entre les mains néphites, comme un bouchon
sous pression sur une bouteille, empêchant l’ennemi de
descendre directement vers Zarahemla (Alma (56:15-18, 22-25).
Ces rapports géographiques correspondent à la disposition des
lieux dans le sud du Chiapas. La carte 12 montre un
arrangement logique des villes sur ce front. Leur localisation
par rapport au terrain montre comment les événements
militaires se sont produits. Les montagnes de la Sierra Madre
constituent une barrière quasiment infranchissable à une
traversée normale entre le bord de mer et la dépression
intérieure tout le long de son extrémité méridionale, à une
exception notable près : un col relie la région des affluents
du nord du fleuve Grijalva via la ville de Motozintla à la
bande large et riche de contreforts et de territoire côtier
appelée la Soconusco. Dans la direction opposée par rapport à
Motozintla, la vallée étroite d’une rivière descend vers le
Grijalva [28].
Antiparah devait se trouver dans le col traversant ces
montagnes. Nous voyons pourquoi lorsque nous examinons la
reprise d’Antiparah par les Néphites. Antipus et Hélaman, les
chefs néphites sur ce front, eurent recours à « un stratagème
» pour amener les Lamanites à quitter les défenses de la
ville. Ils envoyèrent une petite troupe passer devant la
localité, incitant les Lamanites à la poursuivre. La
destination de la troupe était censée être évidente d’après
l’itinéraire qu’elle empruntait : « comme si nous allions vers
la ville qui se trouvait au-delà, dans la région frontière
près du bord de la mer » (Alma 56:30-31). Antiparah se
trouvait donc dans ou près d’un col sur un chemin qui
descendait vers le bord de la mer venant d’une part d’Antiparah
et allant vers Zarahemla via Judéa d’autre part. Une troupe
d’hommes se dirigeant vers la mer de manière à être vue d’un
lieu de défense dans la vallée de rivière près de Motozintla
devait de toute évidence être en train de traverser le col
voisin pour descendre vers Izapa ou une autre ville de la
région de Soconusco. Antiparah convient très bien près de
Motozintla.
C’est près de là que se produisit la bataille remarquable des
2000 jeunes guerriers d’Hélaman. Ce dernier et ses jeunes
Ammonites étaient montés de Mélek (sans aucun doute via
Zarahemla, patrie d’Hélaman) vers Judéa pour renforcer l’armée
assiégée d’Antipus. Ils arrivèrent juste à temps pour déjouer
une attaque lamanite contre Judéa. Les jeunes gens ne
tardèrent pas à prendre part aux opérations de reconquête d’Antiparah.
Une fois que les forces lamanites eurent été attirées hors de
leur bastion, les hommes d’Hélaman se retirèrent vers le nord
et entrèrent dans le désert (Alma 56:36-39). Le long du sommet
en terrain libre et plat de la chaîne de montagnes, ils
coururent à travers une forêt de pins ou de chênes [29]. S’ils
avaient essayé de descendre par l’un des canyons sinuant en
direction de Judéa, leur base, les Lamanites auraient éventé
le piège et auraient fait demi-tour et l’objectif de la
manœuvre, qui était d’attirer les Lamanites loin d’Antiparah,
aurait été déjoué. Après une longue poursuite, les forces
s’affrontèrent dans une bataille qui donna la victoire aux
Néphites. Les prisonniers furent ensuite emmenés sous bonne
garde depuis le lieu de la bataille vers Zarahemla, tandis que
le gros des forces néphites retournait à sa base à Judéa.
Finalement, une fois que la garnison affaiblie d’Antiparah eut
renoncé et se fut retirée, les préoccupations néphites
concernant la défense de cette « région du pays » furent
apaisées. La carte montre de nouveau clairement pourquoi.
Les recherches archéologiques viennent à peine de commencer
dans cette région accidentée. Une reconnaissance rapide depuis
le fleuve Grijalva en remontant la vallée jusqu’à Motozintla
n’a permis de découvrir aucun site de datation ancienne, mais
l’archéologue qui a fait le travail a reconnu qu’il ne faisait
que commencer les recherches et que beaucoup d’autres efforts
étaient nécessaires [30]. Une documentation d’une époque plus
ancienne indique que des ruines de taille importante sont
effectivement présentes près de Motozintla et aussi près d’Amatenango
de la Frontera, plus en contrebas dans la vallée, là où, à mon
avis, Cumeni pourrait convenir [31]. La ville de Zeezrom
devait se trouver en aval, plus près de Manti, peut-être au
site de Guajilar, qui a été fouillé en 1976 et en 1977.
C’était une grande zone de peuplement à l’époque de ces
guerres néphites [32]. Judéa devrait être dans la région de
Chicomuselo, une situation idéale pour couper la route à tout
mouvement lamanite voulant descendre contre Zarahemla (Alma
56:25). Dans toutes ces régions, il existe très peu de terres
cultivables ; cela explique le degré élevé de dépendance des
forces néphites et lamanites vis-à-vis des importations de
nourriture (Alma 56:27, 29, 32 ; 57:6, 8, 11, 15).
Pour pouvoir traiter complètement la microgéographie qui fut
le théâtre de la bataille et des marches qui permirent aux
Néphites de récupérer Manti (Alma 58:13-29), il faudrait avoir
entre les mains des cartes locales détaillées et je n’en ai
pas. Les cartes régionales et l’observation personnelle
donnent à penser qu’il existe des emplacements généralement
plausibles pour ces mouvements militaires. (La même
topographie convient aussi d’une manière générale à la
bataille antérieure qui eut lieu dans les environs et qui est
rapportée dans Alma 43:25-54. Il faut une étude plus soigneuse
pour vérifier les détails.) Manti elle-même semble avoir
vraisemblablement été située là où se trouvent les grandes
ruines de La Libertad. Elle est située à la confluence de
trois grands affluents qui forment le fleuve Grijalva juste en
dessous du grand site, et le désert qui est censé être là se
trouve directement à côté du site. La Libertad était, vers
cette époque, la plus grande ville de toute la « partie du
pays » des affluents supérieurs [33].
La reprise de Manti mit fin à la grande guerre, mais son effet
avait été profond. Moroni, commandant en chef, avait eu
recours à plusieurs reprises à la force armée pour appuyer le
gouvernement central dans ses efforts pour surmonter la pire
des divisions et l’indécision qui l’avaient affligé. Des
populations avaient été déplacées de manière tout à fait
arbitraire et installées çà et là selon les besoins. Les
colonies avaient dû être consolidées pour la défense et de la
main-d’œuvre avait dû être réquisitionnée pour construire des
fortifications (Alma 50:10). Les pertes avaient été lourdes de
part et d’autre et, même après la fin des hostilités
proprement dites, des tensions restèrent ; les Néphites ne
pouvaient en aucun cas relâcher leur surveillance (Alma
62:42). Toute la région gouvernée depuis Zarahemla était plus
étroitement unie que jamais. Il ne fait aucun doute que le
besoin urgent de communication et la nécessité de mouvements
importants de personnel armé et des femmes et des enfants dans
leurs camps ont rendu leurs itinéraires plus réguliers. La
richesse, issue partiellement de l’accroissement du commerce,
s’en était suivie (verset 48). L’attention s’était portée
davantage sur la valeur stratégique et les ressources de la
région de l’étroite bande et sur le pays situé du côté du nord
qui se trouvait au-delà (Alma 63:4-10). Apparemment,
l’instruction et la tenue des registres s’étaient également
étendues (verset 12).
Ces caractéristiques de la vie dans la région de l’isthme dans
le Livre de Mormon concordent avec ce que nous savons de la
Mésoamérique méridionale au cours de la période qui suivit 75
av. J.-C.. De plus, les prototypes de nombreuses pratiques,
qui apparurent dans la vie néphite et mésoaméricaine à
l’Époque Classique du IVe siècle apr. J.-C., sont déjà
visibles maintenant, y compris les guerres, les classes
sociales, le commerce, les cultes et les autres éléments que
Mormon décrit tout à la fin de la carrière historique de ses
peuples.
FACONS DE FAIRE LA GUERRE
Il serait bon maintenant de jeter un coup de sur certains
données relatives à la façon de faire la guerre en
Mésoamérique pour pouvoir apprécier plus complètement la
manière dont les hommes de Moroni combattaient. Les traités
classiques sur la culture mésoaméricaine sont jusque tout
récemment partis de l’idée que la guerre a été une exception
tardive – que les groupes plus anciens de la région ne
pratiquaient que les arts de la paix. Nous savons maintenant
que ceci déforme totalement la réalité. Il apparaît que les
Mésoaméricains étaient, selon toute probabilité, rarement très
pacifiques. Il y a un nombre croissant d’indications qui
montrent que les conflits armés étaient fréquents, même à
l’époque olmèque. David Webster a publié une monographie qui
insiste sur le fait, du moins en ce qui concerne les plaines
mayas, que « la guerre et le militarisme furent des processus
importants tout au long de l’époque classique » (selon ses
termes, de 300 à 900 apr. J.-C.). Plus tôt encore, « la
guerre, pendant les temps du Préclassique Tardif furent un
facteur essentiel dans la définition politique des diverses
sous-régions des plaines [34]. » Et nous savons aussi
maintenant qu’au Honduras, sur le plateau du Guatemala, au
centre du Mexique et à Oaxaca, des éléments ont été découverts
qui montrent que la guerre était d’une grande importance et
d’une grande antiquité [35].
Quand il traversa le sud du Mexique pendant son voyage épique
vers le Honduras, Cortez découvrit, autour de la région de
Laguna de Terminos, des fortifications ressemblant très fort à
celles que Moroni érigea au Ier siècle av. J.-C. (Alma 53:1-5)
dans les plaines côtières orientales, à quelques dizaines de
kilomètres seulement de la route de Cortez. Le Livre de Mormon
décrit le creusement d’un fossé autour de la zone protégée ;
la terre dégagée était empilée vers l’intérieur pour former un
talus. Au sommet de ce talus on plantait une palissade de bois
dont on reliait les éléments avec des sarments. Cette
technique même est bien confirmée maintenant par
l’archéologie. Les recherches de la National Geographic
Society, université de Tulane à Becan, au centre de la
péninsule du Yucatan, ont montré que le procédé était très
ancien. Dans son interprétation des fouilles, Webster voit un
rempart massif de terre autour de ce centre quelque part entre
250 et 450 apr. J.-C., au cours de la période où se
produisirent les guerres finales entre Néphites et Lamanites.
On peut se faire une idée de la taille impressionnante de ces
constructions défensives grâce à l’observation de Webster que
du sommet du talus (sans compter la palissade de bois qui
existait probablement au-dessus) jusqu’au fond du fossé la
distance était d’une bonne dizaine de mètres. « Les ennemis
pris au fond du fossé étaient à la merci des défenseurs, dont
les armes les plus efficaces, vu les circonstances, devaient
être de gros blocs de pierre. » De plus, « la largeur extrême
de la défense assure une protection supplémentaire, car, dans
la plupart des endroits, ce n’est qu’avec beaucoup de
difficultés que l’on lançait des projectiles lourds du talus
jusqu’à l’extrémité extérieure du fossé. Lancer vers le haut à
partir de l’extérieur est presque impossible. Les défenseurs,
peut-être protégés par une palissade, pouvaient faire pleuvoir
des projectiles sur une longue distance sur les ennemis en
approche en utilisant des propulseurs et des frondes [36]. »
Comparez ces citations avec Alma 49:22 : « Mais voici… [les
assaillants lamanites] furent balayés par les pierres et les
flèches qui leur étaient lancées. » Une comparaison complète
des tactiques, de la stratégie et des constructions défensives
en Mésoamérique – le peu qu’on en a appris sur le sujet
jusqu’à présent – révèle beaucoup de parallèles instructifs
avec le Livre de Mormon, ignorés pour la plupart il y a
quelques années seulement.
Les Écritures décrivent d’autres aspects de la vie militaire.
Les arcs et les flèches, les pierres et les frondes, les
javelots, les traits, les haches et diverses espèces de
boucliers sont bien attestés dans les documents et les
vestiges archéologiques de la Mésoamérique [37]. Les «
vêtements épais » portés, pour des raisons défensives, par les
Néphites (Alma 43:19) semblent apparentés aux vêtements
rembourrés (ichcauipilli) utilisés par les Aztèques et leurs
voisins. On mettait du sel ou une autre substance entre des
couches de tissu et l’ensemble était piqué sommairement. Ce
vêtement pouvait résister à l’impact direct d’une flèche et
pourtant il était si léger et si bon marché que les Espagnols
eux-mêmes l’adoptèrent [38]. Et il y avait également d’autres
sortes d’armures [39]. Ce que le Livre de Mormon appelle «
cimeterre » (dans le sens que le dictionnaire donne au terme),
comme l’objet du même nom en Asie, était une arme à brandir.
Sa force de frappe était suffisante pour percer une armure
(comparez avec Alma 43:44)) ou pour tuer d’un seul coup
(verset 37). L’équivalent mésoaméricain devait être l’arme que
les Aztèques appelaient le macuahuitl, un gourdin de bois dur
bordé des deux côtés de lames d’obsidienne coupantes comme un
rasoir. Les Espagnols appelaient cette arme redoutable « épée
», disaient qu’elle était plus coupante que leurs propres
armes et constatèrent avec consternation qu’un seul coup de
cette arme pouvait couper la tête à un cheval. Bernal Diaz,
l’un des conquérants espagnols, signale aussi « des épées
larges », distinctes du macuahuitl, mais, autant que je sache,
elles ne sont pas décrites ailleurs [40]. Une épée, selon la
terminologie normalement utilisée en Europe, a une lame
pointue que l’on utilise en la projetant en avant. Le Livre de
Mormon ne dit jamais que pareille arme ait été utilisée par
les Néphites ou les Lamanites. Il n’y a qu’un cas où l’on
trouve une description d’une « épée » ayant une pointe d’une
sorte ou d’une autre : un soldat néphite frappe un chef
lamanite, le scalpant accidentellement ; il ramasse ensuite le
scalp, le pose sur la « pointe » de son épée (plutôt que de le
mettre au bout de sa lance, comme nous pourrions nous y
attendre), et le brandit (Alma 44:12-13). Cette description
bizarre ne nous explique pas exactement à quoi l’arme
ressemblait. De même que le texte du Livre de Mormon ne nous
explique pas clairement l’aspect et les fonctions des armes en
forme d’épée des Néphites, de même les sources sur le Mexique
et le Guatemala anciens ne donnent aucune précision concernant
certaines armes. La concordance entre l’Écriture et les
sources extérieures semble suffisante pour le moment ; il n’y
a aucun problème majeur à faire concorder les objets.
Il y a un principe de l’organisation militaire en Amérique
ancienne qui éclaire certains passages du Livre de Mormon. On
parle parfois d’ « armée » néphite ou lamanite, mais dans les
affrontements plus importants, il est question de part et
d’autre d’ « armées ». Les capitaines mésoaméricains
dirigeaient leurs propres forces composées d’hommes faisant
partie de leur parenté. Les dirigeants n’avaient pas de
pouvoir absolu, mais ils exerçaient une forte influence sur
les décisions affectant la guerre. Avec leurs conseillers, ils
choisissaient s’il fallait ou non engager leurs unités de
milice dans une campagne donnée. (Les soldats à plein temps
étaient une exception.) Il ressort d’Alma 46:28 ; 50:12 et
62:4-5 que Moroni avait beaucoup à gagner à persuader les
chefs de ces groupes de lignée de se joindre à lui. Les
Amlicites (Alma 2:7-16) et les hommes-du-roi (Alma 51:17-21)
étaient composés d’unités familiales ou géographiques qui
refusaient de soutenir la cause néphite officielle de Moroni.
À la fin, les hommes-du-roi furent obligés d’engager leurs
forces et de « hisser l’étendard de la liberté sur leurs tours
et dans leurs villes » comme symbole de loyauté au
gouvernement central (verset 20). Avec cet éclairage, les
termes utilisés par Mormon pour décrire la bataille finale des
Néphites deviennent compréhensibles : « Et voici, les dix
mille de Gidgiddonah étaient tombés…, et Lamah était tombé
avec ses dix mille; et Guilgal était tombé avec ses dix mille;
et Limhah était tombé avec ses dix mille, et Jénéum était
tombé avec ses dix mille, et Cumenihah, et Moronihah, et
Antionum, et Shiblom, et Sem, et Josh étaient tombés, chacun
avec ses dix mille » et ainsi de suite (Mormon 6:13-14). À
l’époque de la conquête espagnole, Bernal Diaz utilise les
mêmes termes concernant l’organisation des armées tlascalanes
qui étaient en face de Cortez. Cinq capitaines apparurent sur
le champ de bataille, chacun avec ses dix mille hommes : « Des
partisans du vieux Xicotenga... il y en avait dix mille ; d’un
autre grand chef appelé Moseescaci il y en avait encore dix
mille ; d’un troisième, qui était appelé Chichimecatecle, il y
en avait encore autant » et ainsi de suite. Chaque groupe
avait son drapeau propre. (L’armée tlascaltèque qui s’opposait
à Cortez avait un grand étendard « porté » par le commandant,
bien qu’en réalité la perche fût liée à son dos [41]. Nous
nous rappelons que « Moroni, qui était le commandant en chef
des armées des Néphites », prit un morceau de son manteau,
écrivit un slogan dessus, « l’attacha au bout d’une perche »
et « s’en alla parmi le peuple, agitant en l’air la partie
déchirée de son vêtement », comme le raconte Alma 46:11-12,
19). Les Tlascalans portaient aussi des uniformes différents
pour signaler l’unité à laquelle ils appartenaient et « chaque
capitaine avait un insigne différent, tout comme nos ducs et
nos comtes de Castille. » La décision de savoir s’il fallait
combattre était prise séparément par chaque capitaine pour son
groupe [42]. De plus, le chef d’une unité militaire
mésoaméricaine avait des rapports spéciaux avec ses hommes : «
Les guerriers qui combattaient sous ses ordres étaient
considérés, dans le cadre de la parenté, comme des ‘fils et
vassaux’ [43]. » Cela rappelle dans le Livre de Mormon Hélaman
et ses 2000 « fils » guerriers.
Les « armées » des Néphites et des Lamanites étaient
probablement constituées de groupes d’armées séparés, chacune
sous le commandement direct d’un dirigeant de lignée, chaque
groupe venant d’une région unique et parlant probablement à un
dialecte unique [44]. Pareille structure de commandement était
fragile. Un commandant étranger ne pouvait pas reprendre sous
ses ordres une unité par une substitution purement
administrative. Ainsi, « lorsque les Lamanites virent que
leurs capitaines en chef étaient tous tués, ils s’enfuirent
dans le désert » et rentrèrent chez eux (Alma 49:25). Selon le
même éclairage, nous pouvons comprendre pourquoi les
fortifications construites par l’astucieux Moroni eurent pour
résultat une augmentation quotidienne de ses armées « à cause
de l’assurance de protection que ses ouvrages leur apportaient
» (Alma 50:12). Les chefs politiques locaux étaient de plus en
plus disposés à appuyer quelqu’un qui avait l’air d’être un
gagnant.
L’AFFAIRE HAGOTH
La paix revenue, la curiosité accumulée concernant le pays
situé du côté du nord se donna publiquement libre cours.
Morianton, nous nous en souviendrons, avait envisagé de
s’emparer du territoire situé au-delà de la bande étroite «
couverte de grandes étendues d’eau » et avait vainement essayé
d’atteindre cette région (Alma 50:29), dont nous avons conclu
qu’elle devait se trouver dans le centre-sud de Veracruz. La
crainte de Moroni avait été qu’une alliance soit conclue entre
cette région et Abondance, située probablement juste de
l’autre côté du fleuve Coatzacoalcos. Si ces deux régions
avaient été fusionnées en un seul état, cela aurait ranimé la
vieille unité territoriale que les Olmèques de la côte du
Golfe avaient exploitée avec tant de succès des siècles
auparavant. Un homme ambitieux comme Morianton (dont le nom,
soit dit en passant, était purement jarédite) a dû voir les
possibilités d’édifier, dans le pays de Désolation et au-delà,
une puissance politique qui pourrait ressusciter le vieux
modèle olmèque/ jarédite. Il semble évident que d’autres
voyaient des possibilités semblables. La devise de l’époque,
parmi ceux qui ne tenaient pas en place après la fin de la
guerre semblait être : « L’avenir est au nord. »
La trente-septième année de l’ère du règne des juges (vers 60
av. J.-C.), 5400 hommes, plus les femmes et les enfants,
quittèrent Zarahemla pour le nord (Alma 63:4). L’année
suivante, beaucoup d’autres partirent. D’autres encore
partirent peut-être à la même époque du territoire lamanite.
C’est quelque chose de plus que la curiosité qui a dû pousser
tant de personnes à partir. Qu’était-ce ? Elles y étaient
probablement poussées autant qu’elles y étaient attirées. Nous
avons vu précédemment que la zone du pays de Zarahemla
susceptible de donner de bonnes récoltes était limitée. Nous
avons également vu la population augmenter avec le temps.
Quand trop de personnes occupent une région productrice, il
est possible de s’accommoder temporairement de pressions
croissantes (comme dans le conflit avec les hommes-du-roi),
mais en fin de compte il y a des chances pour qu’une partie de
la population excédentaire aille voir ailleurs. Quand on lit
Alma 62:39-41 (notez particulièrement les « famines »), cela
donne à penser que la trop grande importance de la population
par rapport à ce que la terre pouvait produire avait dû être
une des causes de la guerre qui venait d’avoir lieu, tout
autant qu’elle en avait été le résultat. Quoi qu’il en soit,
le pays situé du côté du nord se trouvait devant eux avec la
perspective qu’il pouvait absorber une partie de l’excédent de
population du sud. Ils avaient déjà pris l’habitude de se
délocaliser en masse en temps de guerre. Mais il est très peu
vraisemblable que de simples personnes privées se seraient
rendues dans les zones de peuplement du nord. Seules les
unités « sociales » organisées disposaient des ressources
nécessaires pour entreprendre une tâche aussi ambitieuse. Les
groupes devaient vraisemblablement être forts au sens
militaire du terme pour prendre le contrôle d’une région,
quelle qu’elle soit, ayant beaucoup de valeur, car c’est une
règle écologique générale que toutes les meilleures régions de
colonisation devaient être occupées depuis longtemps. Ce sont
probablement des unités de lignée qui ont mené à bien ces
déménagements. Par conséquent, les zones de peuplement
néphites ont pu être fort concentrées géographiquement (mais
notez Hélaman 3:8). Il est improbable que les Néphites se
soient dispersés par familles séparées sur la surface du pays,
comme l’ont fait les pionniers américains dans l’Ouest. Les
moteurs principaux étaient, selon toute vraisemblance, des
dirigeants ambitieux qui voyaient là une occasion d’accroître
leur pouvoir personnel et celui de leur lignée. Morianton et
Jacob (3 Néphi 7:12) sont des illustrations de ce type.
Toute cette histoire de recherche de nouvelles terres et d’un
nouveau pouvoir sonne très mésoaméricain [45].
Ceux qui sont partis par voie de terre (sans aucun doute la
majorité) ont dû principalement traverser le passage étroit
pour entrer précisément dans les zones sur lesquelles
Morianton avait jeté son dévolu, les plaines orientales du
pays situé du côté du nord près de l’étroite bande. D’autres
partirent par la voie maritime, s’installant le long de la mer
de l’ouest dans le pays situé du côté du nord. Quel que soit
l’itinéraire suivi, les émigrants n’auraient pas voyagé plus
loin que nécessaire. Nous n’avons aucune raison de croire que
les distances aient dépassé quelques centaines de kilomètres.
(Du point de vue économique, par exemple, cela n’a pas
beaucoup de sens de transporter très loin des produits
encombrants comme le bois de construction, du moins dans les
temps anciens – Hélaman 3:10-12).
Il y a une exception apparente à cette règle vraisemblable des
voyages courts. Hélaman 3:4 signale que certains Néphites «
voyagèrent sur une distance extrêmement grande, de sorte
qu’ils arrivèrent à de grandes étendues d’eau et à beaucoup de
rivières ». Ce passage paraît indiquer une distance plus
grande que la région du pays situé du côté du nord que
Morianton essayait d’atteindre et qui était si proche
d’Abondance que les deux auraient pu s’allier (Alma 50:29-32).
Dans le passé, le sol de la vallée de Mexico était occupé par
un ensemble de lacs dont la superficie combinée était plus
grande que quoi que ce soit d’autre dans le centre du Mexique.
C’est ce système de lacs qui permit aux Aztèques de faciliter
les déplacements de marchandises nécessaires pour entretenir
leur grande ville de Tenochtitlan. La concentration
exceptionnelle de ressources rendue possible par le fait que
les lacs raccordaient les terres adjacentes est maintenant
considérée comme étant la raison principale de la prospérité
de la vallée aussi bien à l’époque aztèque qu’aux époques
précédentes. C’est pour ces raisons que la région devait être
attrayante pour les colonisateurs et pourrait être le
territoire mentionné dans Hélaman 3. C’est peut-être de la
même région qu’il est question dans 3 Néphi 7:12, qui parle
d’un groupe de dissidents qui s’enfuirent vers « la partie la
plus septentrionale du pays » et occupèrent une ville appelée
Jacobugath, qui fut brûlée à l’époque de la Crucifixion (3
Néphi 9:9). Il est donc très possible que les dimensions du
pays situé du côté du nord, dont il est question dans les
annales néphites et jarédites, dépassent quelque peu les
chiffres que j’ai proposés au chapitre 1. Si les voyages
étaient possibles jusqu’à la vallée de Mexico, on devait se
trouver près de l’extrémité de la zone culturelle
mésoaméricaine à l’époque de nos annales. Et si ces dimensions
plus grandes se révélaient être correctes, elles
constitueraient un lien possible intéressant, par
l’intermédiaire du « roi » Jacob et de ses dissidents, entre
les vieux centres du Livre de Mormon et la montée en puissance
de Teotihuacan, car ces émigrants vers la vallée de Mexico ont
pu atteindre cette région au début du Ier siècle apr. J.-C.,
juste au moment où sa croissance s’accélérait.
Hagoth joua un rôle majeur dans cette impulsion donnée aux
émigrations vers le nord. L’endroit où se trouvait son port
d’attache est tout à fait clair : exactement à la frontière
entre les pays situés du côté du sud et du côté du nord,
c’est-à-dire exactement à l’isthme ou bande étroite. Du côté
mer de l’ouest ou côté Pacifique de l’isthme de Tehuantepec,
il y a de grandes lagunes profondes qui ont souvent incité à
des activités maritimes. Dans les collines situées juste à
l’intérieur des terres dans l’isthme, on trouve un bois
d’excellente qualité [46], qui était si désirable que les
Espagnols le coupèrent, le firent descendre par flottaison sur
le fleuve vers le côté atlantique et l’envoyèrent à Cuba pour
construire des bateaux. Les lagunes et les ressources en bois
sont à l’endroit du côté Pacifique de l’étroite bande qui est
requis par le chapitre 63 d’Alma.
On a trouvé des zones de peuplement du premier siècle av.
J.-C. dispersées le long de la côte des états de Guerrero et
d’Oaxaca, à quelques centaines de kilomètres au nord de
l’isthme [47]. Il est raisonnable de penser que c’est une
colonisation néphite, et le commerce qui en résulta (Hélaman
3:10) se fit dans cette direction-là, particulièrement parce
que le bois de qualité est rare dans cette bande chaude et
sèche. Plus tard, en tout cas, cette région fut à coup sûr
colonisée par des populations provenant du sud de la
Mésoamérique [48]. On peut imaginer que les colons ont pu
parcourir une distance considérable vers le nord, même jusqu’à
l’état de Nayarit, à plus de 1.000 km de là, mais si c’était
le cas, ils ont dû perdre le contact avec leur mère patrie,
puisque même à l’intérieur du pays situé du côté du sud, les
communications étaient souvent ténues sur des distances
beaucoup plus courtes. (Notez les messages lents et
inefficaces même parmi les plus hauts dirigeants dans Alma 59
; comparez avec Mosiah 7:1). Il y a des preuves concrètes que
les voyages par mer le long de la côte Pacifique non seulement
du Mexique mais jusqu’en Équateur, en Amérique du Sud, étaient
une pratique ancienne, bien que probablement pas régulière
[49].
Le « navire » de Hagoth, s’il était comme les bateaux que l’on
a connus plus tard sur la côte du Pacifique, était soit une
très grande pirogue sur laquelle on avait dressé des flancs,
soit un radeau de troncs équipé de voiles. Quelle qu’en ait
été la forme, il n’aurait pas pu être un vaisseau complexe
fait de planches ressemblant de près ou de loin aux navires
européens. Nous n’avons, jusqu’à présent, aucune preuve que de
tels bateaux aient été construits ou utilisés dans le Nouveau
Monde avant la conquête espagnole et il semble peu
vraisemblable qu’une réalisation technologique aussi
importante n’ait laissé aucune trace, même dans les arts. Il
n’empêche que la grande pirogue que Colomb vit lors d’un de
ses voyages au large de la côte du Yucatan était d’une taille
très respectable, capable de transporter des dizaines de
personnes pendant des jours d’affilée [50]. Avec autant de
preuves culturelles de voyages côtiers entre l’Amérique du Sud
et la Mésoamérique, il se peut que nous découvrions un jour
que les grands radeaux de mer que l’on a connus au large de
l’Équateur ou du Pérou et qui étaient capables d’atteindre les
îles Galapagos au large de l’Amérique du Sud [51], étaient
également fabriqués et utilisés au large du Mexique, bien que
cela n’ait pas encore été démontré.
Qu’en est-il de la tradition, qui a cours dans l’Église, selon
laquelle Hagoth, le constructeur naval néphite qui ne revint
jamais de son voyage, est l’ancêtre des Polynésiens ? Il y a
des années, j’ai compilé une grande quantité de traits
culturels partagés qui suggèrent effectivement des liens
historiques entre ces îles et diverses parties de l’Amérique,
et ce que j’ai fait a été complété par d’autres. Néanmoins les
éléments dont nous disposons ne nous permettent pas de mettre
le doigt sur la moindre époque ni le moindre lieu précis pour
une émigration du commerce qui expliquerait les ressemblances
de manière convaincante. Il reste impossible de démontrer un
lien clair entre les deux régions, bien que le débat continue
[52]. Ayant été missionnaire en Polynésie, je connais bien le
thème de Hagoth dans la tradition de l’Église, mais les
éléments dont nous disposons ne le confirment pas comme étant
un fait historiquement fondé. Nous ne pouvons pas non plus
exclure la possibilité d’un voyage rare entre le continent et
les îles. La plupart des éléments que l’on cite dans un sens
ou dans un autre sont soit faibles soit peu clairs. Ceux qui
veulent croire que Hagoth a atteint la Polynésie doivent se
reposer principalement sur la foi plutôt que sur des éléments
de preuve dignes de confiance [53]. Le Livre de Mormon
lui-même, bien entendu, dit seulement que cet homme et ses
compagnons ont disparu en ce qui concerne le peuple de
Zarahemla. Autant que celui-ci le sache, il a pu mourir de
vieillesse sur la côte occidentale mexicaine, ne disposant pas
d’un bateau convenable pour faire le voyage de retour. Et nous
n’en savons rien non plus.
Le chapitre 3 de ce livre citait des indications en provenance
de plusieurs endroits du centre et du sud du Mexique montrant
que des influences culturelles et probablement une élite
d’émigrants arrivèrent effectivement de la Mésoamérique
méridionale au cours du premier siècle av. J.-C. et prirent le
pouvoir sur place. Monte Alban à Oaxaca, au début de sa
période II, est un cas particulièrement limpide [54]. Au fil
des recherches, nous pouvons nous attendre à apprendre d’une
manière plus claire comment et à quel point ces mouvements en
direction du nord ont affecté les localités habitées par les
nouveaux colons.
LE CALCUL DU TEMPS CHEZ LES NEPHITES
On trouve, avec une fréquence croissante à mesure que l’on
avance, des déclarations éparses dans toute la partie centrale
du Livre de Mormon concernant le système de datation néphite.
Presque tous les lecteurs de l’Église consultent simplement
les notes de bas de page, qui proposent des dates (dont aucune
n’est vraiment exacte) dans notre calendrier. Si nous étudions
de manière approfondie chaque mention du calendrier néphite,
les dates des notes de bas de page deviennent douteuses. Nous
pourrons peut-être éclaircir la question en examinant les
calendriers mésoaméricains.
Arrivé à la moitié du Ier siècle av. J.-C. (au début du livre
d’Hélaman), le lecteur a déjà compris que, pour les rédacteurs
du Livre de Mormon, les détails chronologiques sont
extrêmement importants. On retrouve cette même caractéristique
culturelle en Mésoamérique. Les principales populations
mésoaméricaines tenaient strictement note du passage des
années. C’est sur les Mayas de la péninsule du Yucatan que
nous avons les meilleurs renseignements. Ils mesuraient les
années écoulées à partir d’une date lointaine (3113 av. J.-C.)
dont la signification est inconnue [55]. Les premiers Néphites
utilisaient comme référence fondamentale la date du départ de
Léhi du pays de Jérusalem (2 Néphi 5:28 en est la première
mention). Ils suivirent cette pratique pendant quelque 600
ans, quoique, vers la fin de cette période, une référence
secondaire soit apparue, la date à laquelle les juges néphites
commencèrent à gouverner à la place du roi Mosiah, comme dans
3 Néphi 1:1 : « Or, il arriva que la quatre-vingt-onzième
année était passée, et il y avait six cents ans que Léhi avait
quitté Jérusalem. » Cette année-là, on observa des signes
marquant la naissance de Jésus-Christ en Palestine (verset
26).
Au départ, la connexion néphite avec la chronologie biblique
est le « commencement de la première année du règne de
Sédécias, roi de Juda » (1 Néphi 1:4), qui est le début des
annales de Néphi. Léhi quitta Jérusalem et le calcul des
années néphites commença dans les quelques mois qui suivirent,
semble-t-il, et toujours au cours de la première année de
Sédécias. La note de bas de page de l’édition actuelle du
Livre de Mormon estime cette date à « vers 600 av. J.-C. ».
Nous pouvons maintenant être plus précis, grâce aux acquis de
la recherche biblique. La tâche a été difficile en partie
parce que « la première année » des rois israélites pouvait
avoir deux significations. Selon un mode de calcul, on disait
qu’un roi commençait à gouverner dans la partie de l’année où
il montait véritablement sur le trône ; selon une autre
méthode, sa première année était l’année de calendrier
complète suivant son accession au siège du gouvernement. Les
Juifs de l’époque de Léhi utilisaient probablement le premier
système [56]. En outre, il y a le problème du rattachement à
notre calendrier actuel des passages de la Bible relatifs à la
chronologie. On a réussi à calculer les dates des souverains
juifs à la suite de nombreuses années de recherches
historiques minutieuses. Les renseignements clefs transitent
par le Moyen Âge européen, l’époque de l’empire romain, les
souverains hellénistiques, l’empire perse et finalement les
annales des rois assyriens. Des éclipses sont mentionnées en
relation avec des événements de la vie de ces monarques ; les
astronomes peuvent les dater avec précision, ce qui permet de
fixer toute la séquence sur notre calendrier à une ou deux
années près [57]. Aujourd’hui, la quantité de renseignements
qui s’interpénètrent est si grande qu’on ne peut pas mettre
sérieusement en question la date de Sédécias. Les paroles de
Néphi commencent par des événements qui ont eu lieu dans le
courant de l’année juive qui chevauche nos années 597-596 av.
J.-C..
Le deuxième lien clef entre les dates historiques du Vieux
Monde et le Livre de Mormon se situe à la naissance de Jésus.
À ce jour, nous ne pouvons pas encore dater cet événement avec
certitude dans notre calendrier, étant donné que les annales
historiques de l’époque ne tiennent aucun compte de la
naissance obscure de l’enfant de Bethléhem. Mais il y a, parmi
les historiens, un consensus selon lequel le Hérode qui
gouvernait à l’époque de la naissance du Sauveur mourut en 4
av. J.-C.. D’autres faits historiques sont mentionnés dans les
évangiles – Luc 2:2-3 donne le nom du gouverneur d’une
province avoisinante de l’empire romain au moment du
recensement pour lequel Joseph et Marie durent se rendre à
Bethléhem ; et il y a des indications concernant l’apparition
de la « nouvelle étoile » qui marqua la nativité (Matthieu
2:9-10 ; 3 Néphi 1:21). L’harmonisation de toutes ces
considérations historiques est une tâche compliquée donnant
lieu à controverse. La plupart des experts s’accordent
maintenant pour dire que la naissance de Jésus eut lieu « un
peu avant 4 av. J.-C. », avec la possibilité qu’elle se soit
produite dès 7 av. J.-C. [58]. Mais, objectera le lecteur,
comment notre calendrier, avec sa distinction entre avant et
après Jésus-Christ a-t-il pu commettre une erreur sur un
événement aussi important ? L’explication en est que l’année
de la naissance du Sauveur n’a pris de l’importance dans le
calendrier utilisé en Europe que des siècles après
l’événement. Le moine Denis le Petit a calculé la date après
500 apr. J.-C., mais il a commis une erreur, due
essentiellement à l’insuffisance des documents historiques
dont il disposait [59]. Ainsi donc, le Christ est né ni en 1
av. J.-C., ni en 1 apr. J.-C., mais probablement en 4 ou 5 av.
J.-C., peut-être encore un peu plus tôt.
Réfléchissez à ce que cela veut dire pour le Livre de Mormon.
Aussi bien par la prophétie (1 Néphi 10:4 ; 19:8 ; 2 Néphi
25:19) que par le système de datation néphite de l’histoire (3
Néphi 1:1), l’Écriture américaine prévoit un intervalle de 600
ans entre le départ de Léhi dans la première année de Sédécias
et la naissance de Jésus-Christ. Or les documents historiques
non religieux n’autorisent pas plus de 593 ans (597 av. J.-C.
à 4 av. J.-C.) entre ces événements. Bien qu’il semble y avoir
un problème, il existe une solution intéressante. Pour
comprendre de quoi il s’agit, nous devons supposer que les
Néphites se sont mis à calculer leur temps en fonction du
système de calendrier qui était couramment utilisé dans le sud
de la Mésoamérique à l’époque et à l’endroit où le récit
scripturaire a été écrit. Tout ce que ce livre contient
jusqu’à présent confirme cette relation importante.
Notez que le mot « année » a plusieurs significations selon
les civilisations. Diverses définitions du mot « années » sont
reconnues, chacune utilisée à des fins différentes. Un
dictionnaire non abrégé de la langue anglaise révèle que même
nous, nous avons plusieurs calculs différents pour lesquels
nous utilisons un seul et même mot. Parmi les Mayas des
plaines, dont le calendrier est celui que nous connaissons le
mieux dans le sud de la Mésoamérique, on comptabilisait au
moins trois espèces d’années : (1) le tzolkin ou année sacrée
de 260 jours (treize mois de vingt jours chacun), (2) le haab,
qui comptait 365 jours (dix-huit mois de 20 jours chacun, plus
un « mois » de clôture ou cinq jours « maléfiques »), (3) le
tun de 360 jours. Le tun était utilisé pour la plupart des
calculs de calendrier, et servait apparemment d’approximation
au haab, ayant le mérite spécial de pouvoir être divisé et
multiplié beaucoup plus facilement (360 est divisible par
beaucoup de nombres, 365 par très peu). Les spécialistes du
calendrier maya aimaient jouer avec des dates qui se
prolongeaient sur des millions d’années et remontaient jusqu’à
400 millions d’années [60] ! Le système de calcul maya adapté
aux questions de calendrier ressemblait donc à ceci :
1 jour = 1 kin
20 jours = 1 uinal (« mois »)
360 jours = 1 tun (« année »)
20 tuns = 1 katun
20 katuns = 1 baktun (« cycle »)
Il ne faudrait surtout pas croire que le fait de reconnaître
plusieurs types de calcul des années est la manifestation
d’une confusion de la part des anciens à l’égard des réalités
astronomiques. Les experts des sociétés mésoaméricaines
savaient, avec une grande précision, combien de temps il
fallait à la terre pour tourner autour du soleil et la
correspondance que ce cycle avait avec la lune dans ses
mouvements, avec les cycles de Vénus et de Saturne et, sans
aucun doute, avec d’autres renseignements sur les corps
célestes (dans le Livre de Mormon, comparez avec Alma 30:44 ;
Hélaman 12:14-15). L’utilisation de l’année tun de 360 jours
était un compromis délibéré par souci de facilité, rien de
plus. Supposons que les Néphites utilisaient le même système
de calcul du temps que les Mayas [61]. Les « 600 ans »
prophétisés dans ce calcul constitueraient exactement un
baktun et demi (trente katuns), un total pratique de 216.000
jours. Ce calcul de 600 années tuns serait d’environ 3156
jours plus court que le total obtenu en utilisant notre année
sidérale actuelle (approximativement 365 jours, 6 heures, 9
minutes et 9,54 secondes). En d’autres termes, 600 ans,
d’après la méthode maya de calcul du temps, serait de 8,64 ans
plus courts que « 600 ans » au sens conventionnel
d’aujourd’hui. Si nous calculons 600 années tuns à partir de
la première année de Sédécias, 597-596 av. J.-C., 216.000
jours nous amèneraient à l’année 4 av. J.-C., une date
acceptable pour la naissance du Christ.
Une autre confirmation de cette relation entre la chronologie
néphite et le système katun est fournie par la « prophétie
baktun » qu’Alma semble avoir faite. Il prédit à son fils que
l’extinction de sa lignée et de son peuple, les Néphites, se
produirait « quatre cents ans après le moment où Jésus-Christ
se manifestera[it] à lui » (Alma 45:10-14). Samuel, le
prophète lamanite, annonça le même intervalle jusqu’à la
destruction des Néphites (Hélaman 13:5). Quatre cents tuns,
cela ferait un baktun ou cycle dans le système maya (144.000
jours soit environ 395 de nos années). Les présages et les
prophéties (ainsi que les « générations ») chez les Mayas
étaient couramment formulés en fonction du début ou de la fin
d’unités entières de calendrier [62]. Dans la pensée
mésoaméricaine, les prophéties d’Alma et de Samuel pour un
baktun complet devaient être des affirmations extrêmement
profondes. Et, bien entendu, les 600 tuns avant le Christ,
additionnés aux 400 ans après sa naissance, font apparaître
l’histoire néphite tout entière dans des termes de calendrier
entiers. Nous voyons cette même tendance à insérer l’histoire
dans un schéma chez les Égyptiens, les Aztèques et même les
Israélites [63]. Yehudi Radday, un érudit israélien, propose
l’argument que l’histoire d’Israël entre effectivement, et pas
simplement dans les formes littéraires, dans un schéma
symétrique [64].
Pour que les choses soient bien claires, passons ces points en
revue. Si l’année néphite avait été la même que notre année
actuelle de 365 jours et quelque, les prophéties du Livre de
Mormon, ainsi que son histoire, &auraient été erronées, car de
Sédécias à la naissance du Christ, il y a en fait, non pas
600, mais plus près de 592 de nos années solaires. Mais si
nous supposons que les Néphites utilisaient la méthode de
calcul du temps qui avait cours dans le sud de la Mésoamérique,
où doivent se trouver les terres néphites, 600 des années tuns
de 360 jours que l’on y utilisait correspondent plutôt bien à
l’intervalle manifeste entre Sédécias et le Christ. Non
seulement le problème est éliminé, mais cela nous donne un
aperçu important de l’utilisation par les Néphites du système
de calendrier qui avait cours dans leur milieu géographique et
culturel.
Si l’espace nous le permettait, nous pourrions explorer
d’autres points intéressants qui s’ouvrent à nous grâce à
cette relation évidente avec les notions de calendrier et de
temps mésoaméricains. Notons simplement en passant un autre
passage d’Écriture encore. Amalickiah avait failli remporter
la victoire sur les Néphites sur le bord de mer oriental,
lorsque Téancum, capitaine néphite, se glissa pendant la nuit
dans le camp d’Amalickiah, « lui enfonça un javelot dans le
cœur » et se retira ensuite sans éveiller personne. C’était la
dernière nuit de leur année. (Dans cette région, il est
vraisemblable que la guerre devait se produire entre octobre
et février, lorsque les pluies et les inondations ne gênaient
pas les mouvements ; puisqu’à ce moment-là, Amalickiah était
déjà bien avancé dans sa campagne, il paraît vraisemblable que
cette fin/début d’année se situait au solstice d’hiver ou aux
environs du solstice d’hiver.) « Et alors, voici, il arriva,
la vingt-sixième année du règne des juges sur le peuple de
Néphi, que lorsque les Lamanites s’éveillèrent, le premier
matin du premier mois [de l’année], voici, ils trouvèrent
Amalickiah mort dans sa tente… Et alors, quand les Lamanites
virent cela, ils furent terrifiés; et ils abandonnèrent leur
dessein… et se retirèrent avec toute leur armée dans la ville
de Mulek, et cherchèrent protection dans leurs fortifications
» (Alma 52:1-2). Dans toutes les sociétés mésoaméricaines
ultérieures, des efforts immenses ont été déployés pour
déterminer si une période de temps portait bonheur ou malheur
pour une entreprise ou l’autre. On recherchait régulièrement
les présages et ils étaient souvent liés aux événements du
dernier ou du premier jour [65]. C’était tout à fait
caractéristique des Mésoaméricains d’agir comme le firent les
Lamanites à la mort d’Amalickiah. S’éveiller le premier jour
d’une nouvelle année pour découvrir leur chef mort devait être
beaucoup plus décourageant pour ces gens sensibles aux
présages que nous, les modernes, nous pouvons l’imaginer.
Les allusions à l’astronomie et au calendrier que nous glanons
dans l’Écriture sont bien à leur place dans le contexte des
pratiques mésoaméricaines, mais nous ne savons pas encore
quand la connaissance que l’on avait du calendrier dans la
région s’est cristallisée sous la forme complète qu’elle avait
à l’époque classique. Ce ne fut probablement pas plus tard
qu’en 100 av. J.-C., selon David Kelley, de l’université de
Calgary, l’un des grands spécialistes dans ce domaine. Il
croit aussi que des éléments clefs du système proviennent du
Vieux Monde [66]. Des recherches plus récentes semblent
démontrer que 235 av. J.-C. a été l’année exacte, basée sur
les nécessités astronomiques, où le calendrier maya à calcul
long s’est cristallisé [67]. (Le calendrier à calcul long
comporte une combinaison de « l’année vague » de 365 jours,
qui est apparemment utilisée depuis 1322 av. J.-C. environ,
avec le calcul de 260 jours, d’origine plus tardive.) Cela a
pu se produire par la conjonction de connaissances olmèques
avec la civilisation mésoaméricaine méridionale en cours de
développement, que j’ai appelée la Seconde Tradition.
Quand il fut découvert par Mosiah, le peuple de Zarahemla
utilisait apparemment un calendrier lunaire, car il est dit
que Coriantumr, le souverain jarédite, survécut auprès d’eux
pendant un certain nombre de « lunes ». Ceci est une allusion
patente à l’hébreu yerah, « mois lunaire » ou « lune », reflet
du calendrier simple des Mulékites peu évolués. (Le calendrier
juif avait été un calendrier strictement lunaire jusqu’à ce
que les Juifs empruntent le système babylonien à l’époque de
Léhi.) Puisqu’il n’est plus question de « lunes » après
l’arrivée de Mosiah, il semble que l’on puisse supposer, sans
risque de se tromper, que son groupe et lui amenèrent un
système plus évolué des plateaux de Néphi/Guatemala. La date à
laquelle le professeur Vincent Malmstrom croit que se
produisit l’invention du calendrier complexe de la
Mésoamérique méridionale, 235 av. J.-C., tombe dans le règne
de Mosiah I. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre la
combinaison de sa connaissance du calendrier, amenée des
plateaux du Guatemala, et le système mulékite, l’amalgame se
catalysant pour causer l’apparition du calcul long ? Les
travaux en cours pour tirer au clair les systèmes de
calendrier de la Mésoamérique nous donneront peut-être un jour
un éclairage sur les influences et les mouvements des
populations du Livre de Mormon au IIIe siècle av. J.-C.
NOTES
[1] Comparez Alma 51:33 et 52:28 concernant la chaleur
accablante des terres basses avec les tentatives désastreuses
faites à l’époque coloniale espagnole pour relocaliser les
gens des plateaux dans les terres basses. Souvent, « ils
tombaient rapidement malades et mouraient », Felix W. McBryde,
Cultural and Historical Geography of Southwest Guatemala, SISA
4, 1945, p. 11.
[2] On signale une pratique parallèle, quoique bien entendu
pas nécessairement liée, de la même manière de donner un nom
aux souverains dans les hauteurs du Guatemala, où Keh Nay, un
célèbre prince quiché, a fourni le nom: « Jusqu’à l’arrivée
des Espagnols, les rois portaient ce nom, Keh Nay, parce que
c’est comme ‘César’ chez les natifs. » Munro S. Edmonson, The
Book of Counsel: The Popol Vuh of the Quiche Maya of
Guatemala, MARI 35, 1971, p. 230, citant une source indigène.
[3] Sylvanus G. Morley, The Ancient Maya, 2e éd. Stanford,
Stanford University Press, 1947, planche 19. Une exception
temporaire a pu se produire à l’époque classique tardive,
selon Donald L. Brockington dans « The Archaeological Sequence
from Sipolite, Oaxaca, Mexico » thèse de doctorat, University
of Wisconsin, 1966. Egalement, correspondance privée de
Brockington, citée dans P. et S. Turner, Chontal to
Spanish-English and Spanish to Chontal Dictionary, Tucson,
University of Arizona Press, 1971, p. 335, signalant des sites
côtiers d’Oaxaca avec des céramiques de l’époque classique
tardive comme celles de Tabasco, probablement faites par des
gens de langue maya. Comparez avec l’interprétation de Michael
D. Coe qu’une culture « hautement mayoïde » occupait la région
de la côte du Golfe à l’époque classique tardive,
Archaeological Synthesis of Southern Veracruz and Tabasco,
HMAI 3, 2e partie, 1965, p. 705, mais cela aussi était
temporaire.
[4] Edward B. Sisson, « Settlement Patterns and Land Use in
the Northeastern Chontalpa, Tabasco, Mexico, A Progress Report
», Ceramica de Cultura Maya, no. 6, 1970, pp. 41-54.
[5] Philip Drucker et Eduardo Contreras, « Site Patterns in
the Eastern Part of Olmec Territory », Journal of the
Washington Academy of Sciences 43, 1953, pp. 392-393; Thomas
A. Lee, Jr., « The Historical Routes of Tabasco and Northern
Chiapas and Their Relationship to Early Cultural Developments
in Central Chiapas », dans Mesoamerican Communication Routes
and Cultural Contacts, dir. de publ. Thomas A. Lee, Jr., et
Carlos Navarrete, NWAF 40, 1978, p. 54.
[6] Philip Drucker, La Venta, Tabasco. A Study of Olmec
Ceramics and Art, Smithsonian Institution, Bureau of American
Ethnology, Bulletin 153, 1952, p. 5.
[7] Jorge L. Tamayo, en collaboration avec Robert C. West, The
Hydrography of Middle America, dans HMAI 1, 1964, p. 93; Lee,
« Historical Routes », p. 57.
[8] Rene R. Gadacz, Pre-Spanish Commerce in the Gulf Coast
Lowlands of Mexico, Calgary, Alberta: Western Publishers,
1979, p. 50.Sisson, « Settlement Patterns », p. 49.
[9] F. V. Scholes et R. L. Roys, The Maya Chontal Indians of
Acalan Tixchel, CIWP 560, 1948, pp. 3, 18.
[10] F. V. Scholes et R. L. Roys, The Maya Chontal Indians of
Acalan Tixchel, CIWP 560, 1948, pp. 3, 18.
[11] Correspondance personnelle, Philip Drucker, 1953.
[12] Bernal Diaz del Castillo, The Bernal Diaz Chronicles,
trad. et dir. de publ. A. Idell, Garden City, New York,
Doubleday, 1956, pp. 49-50.
[13] Le site T-2 est bien placé pour l’un d’eux. Certains des
neuf ou dix sites environnants se révéleront probablement être
de la même période, beaucoup ne sont pas encore datés. Sisson,
« Settlement Patterns.
[14] Un article de journal récent est symptomatique de la
tendance qui existe dans le traitement de la géographie de la
Mésoamérique, même aujourd’hui. Parlant des perspectives
pétrolières du Belize, anciennement le Honduras Bitannique, un
journaliste parle de découvertes spectaculaires de pétrole «
au nord d’ici » au Mexique. En réalité, les découvertes ont
été faites dans les états de Chiapas et de Tabasco, juste à
l’ouest du Belize; bien entendu, la région à laquelle il est
fait allusion est située du côté du nord (en direction de
Mexico). Christian Science Monitor, 16 juillet 1977, p. 7.
[15] Roman Pina Chan et Carlos Navarrete, Archaeological
Research in the Lower Grijalva River Region, Tabasco and
Chiapas, NWAF 22, 1967, pp. 3-11.
[16] On trouvera des parallèles entre leur voyage et leur
arrivée et les traditions mésoaméricaines dans mon article
dans The Improvement Era, « The Twig of the Cedar », 60, mai
1957, pp. 330-337.
[17] Des dunes de sable formées par le vent ont couvert le
site après la Phase IV de son occupation (dernière occupation
« olmèque »?), ce qui donne à penser qu’il y a eu abandon
après 550 environ av. J.-C. Philip Drucker, Robert F. Heizer
et Robert J. Squier, Excavations at La Venta, Tabasco, 1955,
Smithsonian Institution, Bureau of American Ethnology,
Bulletin 170, 1959, pp. 81-82, 113, 218-230.
[18] Philip Drucker dans « The La Venta Olmec Support Area »,
dans Kroeber Anthropological Society, Papers 25, automne 1961,
pp. 59-72, en donne une description détaillée.
[19] Matthew W. Stirling, « Great Stone Faces of the Mexican
Jungle », National Geographic Magazine 78 septembre 1940, p.
327.
[20] Voir note sur ce sujet au chapitre 3 parlant d’Ignacio
Bernal, The Olmec World, Berkeley, University of California
Press, 1969, p. 59.
[21] Constance Irwin, Fair Gods and Stone Faces, Ne |